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Full text of "Description de l'Égypte, ou, Recueil de observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'éxpédition de l'armée française"

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DESCRIPTION 



DE L'EGYPTE 






DESCRIPTION 

DE L'EGYPTE, 



OU 



RECUEIL 



DES OBSERVATIONS ET DES RECHERCHES 



QUI ONT ÉTÉ FAITES EN EGYPTE 



PENDANT L'EXPÉDITION DE L'ARMÉE FRANÇAISE, 



PUBLIE 

PAR LES ORDRES DE SA MAJESTÉ L'EMPEREUR 

NAPOLÉON LE GRAND, 



HISTOIRE NATURELLE. 



TOME PREMIER. 




A PARIS, 

DE L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. 



M. DCCC. IX. 



y 



V. 



PREMIÈRE LIVRAISON. 



HISTOIRE NATURELLE. 



MÉMOIRES. 

lllSTOIRE naturelle des poissons du Nil; par M. le chevalier Geoffroy 
Saint-Hilaire, membre de l'Institut de France , et l'un des professeurs 
et administrateurs du Muséum d'histoire naturelle Page i. 



-o^ 



Description du palmier Doum de la haute Egypte , ou Cucifera Thebaïca; 

par M. Delile , membre de l'Institut d'Egypte 53. 

Réflexions sur quelques points de comparaison à établir entre les plantes 

d'Egypte et celles de France; par feu M. Coquebert ^9. 

Système des oiseaux de l'Egypte et de la Syrie; par Jules-César Savigny , 

membre de l'Institut d'Egypte 63. 



Nota, Cette table des Mémoires relatifs à l'histoire naturelle n'est que provisoire; elle sera remplacée 
par une table définitive, lorsque le volume sera complet. 



HISTOIRE NATURELLE 

DES POISSONS DU NIL; 



Par M. le Chevalier GEOFFROY SAINT-HILAIRE, 

Membre de l'Institut de France, et l'un des Professeurs et Adminis- 
trateurs du Muséum d'histoire naturelle. 



INTRODUCTION. 

JL'Egypte, selon l'expression d'Hérodote, est un bienfait du Nil. Il paroît, en 
effet, qu'elle n'exista comme contrée habitable, que long-temps après que les 
dernières catastrophes du globe lui eurent donné sa forme actuelle . L'aspect des 
lieux s'accorde avec la tradition recueillie par Hérodote, et là zoologie de cette 
contrée en fournit une autre preuve. 

Examinons d'abord son état géologique. 

La chaîne qui sépare l'Egypte de la mer Rouge, est formée de granit à son milieu, 
de grès dans les parties adjacentes, et de calcaire au-delà : cette chaîne, long-temps 
parallèle à la vallée du Nil, la coupe à son extrémité méridionale. Le banc de grès 
se montre déjà dans le voisinage d'Edfoû , et sa dernière rupture semble indiquée 
à Gebeî el-Selseleh, où deux éperons de la montagne resserrent en cet endroit 
le fleuve et en rendent la navigation périlleuse. Le milieu de la chaîne s'aperçoit 
ensuite seize lieues plus loin, à Syène. Là, tout le sol est de granit; la montagne 
n'y est excavée et entr'ouverte qu'autant qu'il le faut pour que le fleuve la traverse. 
De vastes débris , des blocs énormes, laissés çà et là dans la largeur d'une vallée si 
étroite, révèlent l'ancien état de choses, et sont en effet comme autant de vestiges 
et de témoins d'une ancienne barrière que le Nil n'a pu d'abord franchir. 

On ne sauroit donc douter, à l'aspect de tant de roch s, et à la correspon- 
dance des ^parties élevées sur les flancs du fleuve, que celui-ci n'ait long-temps 
été arrêté dans son cours par le travers de la chaîne granitique, et que ses eaux, 
acculées à la latitude de Syène et rendues plus hautes par ces obstacles alors insur- 
montables, n'aient trouvé à se verser à l'ouest; on en suit encore la trace dans 
le désert : car à quelle autre cause pourroit-on attribuer l'existence de ces fameuses 
Oasis, de ces heureuses contrées, dont la fertilité forme un si grand contraste avec 
l'aridité des sables qui les entourent, et qui, disposées les unes à la suite des 
autres, semblent là comme autant de jalons répandus sur tout l'ancien lit du Nil! 
Desire-t-on une autre preuve de ce résultat, on la trouve dans la prospérité de 
l'immense empire de la Libye. En effet , il n'est pas donné aux hommes de pouvoir 
H. n. A 



2 HISTOIRE NATURELLE 

fertiliser, sans le concours d'un grand fleuve, une terre d'une étendue aussi consi- 
dérable et dans une pareille position : tout ce qu'a pu faire depuis leur industrie , 
dès que le Nil eut suivi une autre route , a été de s'opposer, avec un succès qui 
alla toujours en décroissant, au dépérissement d'une région autrefois si florissante. 

La vallée actuelle du Nil aura donc long-temps formé un long sinus entière- 
ment ou en partie baigné par les eaux de la Méditerranée , et son sol ne sera 
devenu habitable qu'après avoir été successivement exhaussé par le limon que le 
fleuve prend à sa source et transporte, chaque année, vers son embouchure. 

On doit de îà tirer la conséquence que l'Egypte n'a point été habitée aux 
mêmes époques que le reste de la terre , ou du moins qu'elle ne l'a pas été de la 
même manière qu'elle l'est présentement : un coup-d'œil général sur les animaux 
qui s'y trouvent, va nous montrer ce qu'il y a de vrai dans cette proposition. 

Tel est le point de vue d'où j'ai désiré d'abord de considérer la zoologie de 
l'Egypte, persuadé qu'après l'avoir ainsi embrassée d'une manière générale , et en 
avoir déjà, déduit quelques conséquences utiles , on s'intéressera davantage aux 
détails dans lesquels notre sujet va nous entraîner. 

On sait (et c'est maintenant un des faits les mieux établis) que chaque région 
du globe , séparée par les mers ou circonscrite par de hautes montagnes , a ses ani- 
maux particuliers. Si ce n'est pas toujours sans quelques exceptions, ces exceptions 
ne détruisent pas, mais confirment, au contraire, cette loi zoologique, dont nous 
sommes redevables au génie de Bufïbn : elles n'atteignent que ceux d'entre les ani- 
maux qui jouissent des moyens de franchir de grands intervalles. Enfin cette loi 
reçoit tous les jours de nouvelles applications : elle n'embrasse pas uniquement les 
êtres qui se traînent à la surface de la terre, ou ceux qui habitent les hautes régions 
de l'air ; les animaux Neptuniens y sont également soumis. Car si les géographes 
ont trouvé à partager les mers en plusieurs bassins circonscrits par des montagnes 
sbus-marines, les zoologistes en peuvent faire autant, d'après les observations de 
M. Péron, qui a vu les animaux des mers changer à fur et mesure que son vais- 
seau l'entraînoit en d'autres régions. 

Si, frappé de ces aperçus, on jette un coup-d'œil attentif sur les animaux de 
l'Egypte , on se persuade bientôt qu'il n'en est aucun de propre à ce pays , et qu'ils 
lui ont sans doute été fournis par les contrées environnantes. 

Nous occupons-nous d'abord des animaux du Nil, nous les voyons partagés en 
deux tribus sous le rapport de leur habitation : les uns sont répandus dans tout îe 
cours du fleuve, tandis qu'il en est d'autres qui s'éloignent peu de son embouchure. 

A proprement parler, il n'y a que les premiers qu'on puisse considérer comme 
appartenant au Nil : nul doute alors qu'ils n'en aient suivi les révolutions et qu'ils 
ne soient entrés avec lui dans la vallée où il épanche présentement ses eaux. Tels 
sont un grand nombre de silures , le trembleur , le raschal , le raï , la tortue 
molle, le crocodile, le tupmambis, &c. Rien de plus vraisemblable, en effet, si ces 
animaux non-seulement ne vivent pas uniquement en Egypte, mais s'ils se trouvent 
ailleurs que dans le Nil : or, c'est un fait dont nous avons présentement une con- 
noissance positive ; les manuscrits et les collections d'Adanson nous apprennent 



::,;• 



DES POISSONS DU NIL. v 

qu'ils existent aussi au Sénégal. lis peuplent donc le Niger comme le Nil, résultat 
qui s'accorde parfaitement avec l'opinion où l'on est que ces deux grands fleuves 
mêlent leurs eaux à l'époque de leur plus haute élévation. 

Les poissons de l'embouchure du fleuve , comme diverses espèces de clupée , 
de mugil , de perche, de labre, &c. , sont des espèces qui, ne pouvant vivre en 
pleine mer, cherchent une certaine profondeur et sur-tout un fond avec des qua- 
lités déterminées : ce sont donc originairement des animaux marins, que leurs 
besoins précipitent aux embouchures des fleuves , et que l'habitude de séjourner 
dans des eaux saumâtres rend propres à ces longues excursions qu'ils font dans 
les fleuves à l'époque où ils s'occupent de leur reproduction. 

Les oiseaux sont dans le même cas que les poissons ; la plupart viennent encore 
présentement d'ailleurs. Telle est cette quantité prodigieuse d'oiseaux erratiques, de 
passereaux, d'échassiers et de palmipèdes, que la fertilité du sol, les marécages et 
les lacs immenses de l'Egypte y attirent. On ne sauroit aussi méconnoître l'origine 
des oiseaux qui y passent toute l'année : les uns sont identiquement les mêmes que 
nos espèces Européennes , et les autres ont un certain air de famille et une telle 
vivacité dans leurs teintes, qu'ils se font aisément reconnoître pour des oiseaux 
de l'intérieur de l'Afrique. La plupart nous ont déjà été envoyés de quelques 
points de son immense pourtour ; et nous en avons même remarqué dans le 
nombre, comme Kalcedo nidïs, qu'on reçoit plus habituellement du cap de Bonne- 
Espérance. 

En général, les productions naturelles de l'Egypte ont tant de ressemblance 
avec celles des terres de la côte de Barbarie, qu'on est entraîné à attribuer à 
celles-là l'origine de celles-ci. Les mammifères sont semblables dans ces deux 
contrées, chauve-souris, chacal , hyène , ichneumon , gazelle, bubale, &c. Que 
d'oiseaux s'y trouvent de même ! Combien d'insectes, comme on peut s'en assu- 
rer par la comparaison des collections d'Egypte avec celle que M. Desfontaines 
a faite dans les environs de Tunis et d'Alger! 

Un autre fait qui résulte aussi de mes observations , et que j'aurai par la suite 
occasion de développer davantage, est l'identité des espèces littorales de Soueys et 
de celles de la Méditerranée : s'ensuivroit-il que ces deux mers auroient autrefois 
communiqué l'une avec l'autre ï 

C'est ainsi que la zoologie peut être employée à répandre quelques lumières 
sur certains faits de l'histoire physique des diverses portions du globe : en nous 
montrant que l'Egypte , telle qu'elle est présentement constituée, a reçu et reçoit 
encore ses animaux des contrées qui lui sont adjacentes, elle nous fournit de nou- 
veaux motifs de croire aux changemens survenus dans l'état physique de cette con- 
trée mémorable; changemens qui, comme nous l'avons déjà dit plus haut, sont 
indiqués non-seulement par l'exhaussement continuel du sol , l'encaissement du 
Nil , la construction de son bassin, les déchirures de ses montagnes, mais qui sont 
en outre attestés par les traces d'un ancien lit qu'on suit dans le prolongement des 
Oasis, et sur-tout par des traditions puisées à des sources dont on ne sauroit 
méconnoître l'authenticité. 

Ai 
H. N. 



4 HISTOIRE NATURELLE 



LE POLYPTÈRE BICHIR. 

PûLYPTERUS BiCHIR. 

Planche 3. 

Je n'aurois découvert en Egypte que cette seule espèce, quelle me dédom- 
magèrent des peines qu'un voyage de long cours entraîne ordinairement : car je 
ne connois pas d'animal plus singulier, plus digne de l'attention des naturalistes, 
et qui , montrant combien la nature peut s'écarter de ses types ordinaires , soit 
plus susceptible d'agrandir la sphère de nos idées sur l'organisation. 

Il n'y a guère que l'ornithorhynque qu'on pourroit placer sur la même ligne, pour 
ia singularité de ses formes. 

Le bichir paroît en effet comme un composé d'élémens qu'on ne rencontre que 
dans des animaux fort différens les uns des autres. Il tient des serpens par son 
port, sa forme alongée et la nature de ses tégumens; des cétacées, en ce qu'il est 
pourvu d'évents ou d'ouvertures dans le crâne, par où s'échappe l'eau qui a été 
portée sur les branchies ; et des quadrupèdes , par des extrémités analogues aux 
leurs , les nageoires ventrales et pectorales étant placées à la suite de prolongations 
charnues. 

Sa queue est beaucoup trop courte, tandis qu'elle est si longue dans les poissons , 
qu'elle y supplée au défaut de liberté et de grandeur des membres, et y devient le 
principal instrument du mouvement progressif. 

Aucun n'a l'abdomen d'une aussi grande dimension. 

Le bichir est enfin si remarquable par le grand nombre de ses nageoires dor- 
sales, que c'est cette considération qui nous a fourni les éiémens de son nom 
générique de polyptère. 

Tant de singularités feront excuser les détails dans lesquels nous allons entrer. 

§. I. er 

Des Tégumens du Bichir. 

Le bichir est couvert d'écaillés fortes et impénétrables, qui le défendent égale- 
ment de tout contact funeste et de la dent des animaux qui seroient tentés de 
l'attaquer. Cette solidité provient d'une matière osseuse qui double chaque écaille 
en dessous, et qui est si épaisse et si compacte, que la plupart de nos instrumens 
tranchans ne parviennent qu'avec peine à l'entamer. 

Considérées dans leur ensemble, les écailles paroissent carrées et disposées 
comme dans les serpens; mais, si on les examine séparément, on trouve qu'elles 
ressemblent à un fer de bêche, et qu'elles s'engrènent les unes dans les autres, 



DES POISSONS DU NIL. c 

de façon que la portion excédante en arrière , ou leur queue, est reçue en partie 
dans une dépression qui lui correspond, et dont le lieu est à l'extrémité opposée 
et à la face interne de l'autre écaille. 

Ces écailles sont disposées par rangées; et les diverses rangées, ainsi engrenées, 
forment autant de bandes qui s'étendent obliquement d'avant en arrière. Elles sont 
à recouvrement, de manière que la première pose sur la seconde, celle-ci sur la 
troisième, et ainsi de suite: glissant ainsi les unes sur les autres, elles se prêtent 
sans difficulté à tous les mouvemens imprimés par le système musculaire. 

La bande d'un côté forme , avec sa congénère du côté opposé , un angle de 
quatre-vingts à quatre-vingt-dix degrés , selon que le bichir s'aîonge ou se rac- 
courcit. L'écaillé sur laquelle ces deux bandes aboutissent, est nécessairement 
d'une structure particulière et symétrique, puisqu'elle leur sert également de 
point d'appui. 

II suit aussi de ce qu'elle occupe la ligne moyenne et qu'elle forme comme le 
premier anneau d'une double chaîne, que son engrenage est d'une solidité moindre 
que celui des autres écailles ; mais il n'en résulte pas toutefois que le bichir soit au 
moins vulnérable à la ligne moyenne du dos, où il y a en effet une série de ces 
écailles centrales : un mécanisme admirable supplée à la foiblesse de leur engre- 
nage, la ligne qu'elles forment étant défendue par une file de seize à dix-huit 
dards. Cette puissante armure est fournie par les principales pièces ou les rayons 
osseux des nageoires dorsales. 

La tête est également sous la protection de larges boucliers ou de grandes 
plaques d'une solidité parfaite; elles rappellent en cet état l'organisation des 
erustacées, sous ce point de vue que les muscles qui soulèvent quelques-unes de 
ces plaques, sont interposés entre les feuillets osseux de la superficie du crâne et 
les os de l'intérieur de la bouche. 

En général , le bichir ne pouvoit être pourvu d'une cuirasse qui fût à-la-fois 
plus solide et qui l'embarrassât moins dans ses mouvemens. 

§. IL 

De ses Nageoires dorsales. 

Si de ces considérations nous passons à celles que nous présentent les nageoires 
dorsales, nous n'avons pas moins sujet de nous étonner. Leur nombre, leur forme, 
leur attache, leur usage, et l'insertion des rayons cartilagineux, sont autant de 
faits qui se présentent pour la première fois à l'ichthyologiste. 

On compte au plus, dans certaines espèces, jusqu'à trois de ces nageoires; 
le bichir nous en montre de seize à dix-huit. 

Une pièce osseuse (i), disposée en une lame longue, posée transversalement 
et terminée à un bout par deux pointes, et à l'autre bout par une double tubé- 
rosité en forme de condyle, est la principale pièce de chacune de ces nageoires. 

(i) Voyez planche 3, fîg. 1 , z et 3, en d, d } d. 



6 



HISTOIRE NATURELLE 



Sa face antérieure est iisse et légèrement voûtée; et la face postérieure, sillonnée 
dans une moitié de sa longueur. Elle repose et joue sur un tuteur osseux engagé 
dans les muscles dorsaux, et ûxé à sa partie inférieure dans un fort ligament que 
supportent à leur tour les apophyses épineuses des vertèbres. 

Chaque nageoire dorsale est en outre composée de quatre à six rayons carti- 
lagineux, qui méritent notre attention sous le rapport de leur position : car ils ne 
sont pas parallèles à la pièce que nous avons décrite, et ils ne portent pas non 
plus sur une apophyse tutrice; mais, par une anomalie des plus singulières, ils 
naissent de la face postérieure de la pièce principale, et précisément du sillon dont 
il a été parlé ci-dessus. 

Ainsi entés sur une sorte de premier rayon, et placés comme en hors-d'ceuvre, 
ils sont passifs dans la membrane qui les réunit; leur écartement dépend de l'exten- 
sion de cette membrane , comme l'extension de celle-ci du mouvement imprimé 
à la pièce principale. 

'■■'$. m. 

De sa Nageoire caudale et de la Queue, 

La queue de notre bichir n'offre pas moins de singularités. C'est, comme on 
sait, dans tous les poissons, une partie distincte de la nageoire, qui se termine 
où commence l'autre : dans le bichir, au contraire, la nageoire caudale embrasse 
les quinze vertèbres qui composent le squelette de la queue; elle suit de si près la 
dernière dorsale , qu'elle lui est unie et se confond avec elle. 

Quelques poissons, comme les murènes, les gymnotes, les trichiures, cns 
pareillement la queue terminée en pointe et bordée en entier par des rayons: 
mais ils le doivent à un autre arrangement; privés de nageoire caudale, ils en 
trouvent l'équivalent dans le prolongement des nageoires du dos et de l'anus , qui 
bordent la queue et finissent par se confondre l'une avec l'autre au-delà de la 
dernière vertèbre coccygienne. 

Au surplus, la nageoire caudale de notre poisson est formée de vingt rayons, 
tous composés d'anneaux cartilagineux, qui se subdivisent en s'éîoignant de leur 
origine ; elle est enfin arrondie à son extrémité, 

s. IV. 

De sa Nageoire anale. 

La nageoire anale est voisine de celle de la queue, et située au-dessous de la 
dernière dorsale; sa particularité est d'avoir dix de ses rayons, sur quinze, formés 
par une lame ployée en deux et dentelée sur ses bords. Ces dix rayons sont dis- 
posés de façon que le premier reçoit le second, celui-ci le troisième, cet autre 
le quatrième, et ainsi de suite : c'est ainsi que la nageoire de l'anus participe à la 
solidité dont sont doués les tégumens communs. 



DES POISSONS DU NIL. 7 

§. V. 

De ses Nageoires pectorales et ventrales. 

Comme s'il falloit que l'extrême petitesse de la queue fût signalée par une oppo- 
sition , et qu'il ne pût arriver qu'une partie fût plus rétrécie sans qu'une autre en 
revanche fût plus développée, le polyptère bichir est pourvu de très-longues na- 
geoires pectorales et ventrales, on pourroit presque ajouter, d'extrémités à la 
manière des quadrupèdes; ce qui ne seroit pas la moins curieuse de toutes les 
anomalies que nous avons jusqu'ici constatées. Ce qu'il y a de vrai à cet égard, 
c'est que ces nageoires, placées à la suite d'une espèce de bras, rappellent assez 
bien ce qui existe dans les phoques, et que l'usage qu'en fait le bichir pour nager 
et se traîner à terre, peut bien autoriser à les regarder comme analogues aux extré- 
mités de ces animaux. 

Je devois être d'autant moins éloigné d'admettre ce résultat, que j'ai démontré 
le premier (i), que la charpente osseuse du membre pectoral des poissons est com- 
posée des mêmes pièces que celles des autres animaux vertébrés, des os de l'épaule, 
ou d'une clavicule, d'une omoplate et d'une fourchette; de ceux du bras, ou d'un 
humérus, d'un radius et d'un cubitus; enfin d'os carpiens ou de phalanges. 

Néanmoins ces pièces ne sont pas respectivement placées de même. On sait 
que tous les animaux nageurs ont les bras d'autant plus courts qu'ils séjournent 
davantage dans l'eau ; les poissons dont c'est le séjour habituel , n'ont de saillant 
à l'extérieur que les nageoires ou les parties des extrémités qui correspondent aux 
mains et aux pieds proprement dits : aussi l'on avoit cru jusqu'ici qu'ils man- 
quoient des os du bras ; et il avoit paru naturel , en effet , qu'ils en fussent tout-à- 
fait privés, pour permettre à la nageoire d'être plus rapprochée du tronc et plus 
solidement attachée. Mais c'est ce qui n'est pas. Leurs os du bras ont été soumis 
à une loi d'un effet plus général : comme matériaux donnés de l'organisation, ils 
ont été conservés; mais, comme inutiles, ils ont été rapetisses au point que leur 
ensemble est plus court que la clavicule; et en outre, ils sont couchés sur cette 
pièce et articulés par le travers avec elle, au lieu de saillir en dehors et de tenir 
la main éloignée du tronc, ainsi qu'on le voit dans les mammifères. 

Ceci posé, je ne doutois pas que ce ne fût de ces derniers que participoit le 
polyptère bichir à l'égard du membre pectoral : je voyois ses nageoires portées 
par un pédicule; et celui-ci me paroissoit d'autant mieux mériter le nom d'avant- 
bras, que j'avois remarqué qu'il étoit soutenu à l'intérieur par trois os, dont deux, 
entre autres, avoient l'apparence d'un cubitus et d'un radius : aussi est-ce dans ce 
sens que j'ai parlé de ces os et que je les ai décrits dans les Annales du Muséum 
d'histoire naturelle (2). 

On peut voir ces deux pièces, fig. 4, et remarquer qu'elles s'écartent sous un 
angle de cinquante degrés : la troisième, qui occupe le centre de cet écartement, 

(1) Premier Mémoire sur les poissons, ifc. Annales (2) Tome I." , page j 9 ; et tome IX, page 367. 

du Muséum d'histoire naturelle, t. IX, p. 357. 



8 



HISTOIRE NATURELLE 



est ronde et très-mince; c'est sur la base demi-circuiaire du triangle qu'elles forment, 
que viennent s'appuyer les apophyses tutrices des rayons. 

Ayant depuis donné plus d'attention aux os qui portent la nageoire pectorale 
et les pièces de son prolongement, et les ayant trouvés, après en avoir soumis 
les ligamens à une très-longue macération, plus nombreux qu'à un premier examen, 
je suis revenu sur l'opinion que je m'en étois faite. Il seroit possible en effet que 
les trois os du pédicule ou prolongement brachial ne fussent tout simplement 
que des os du carpe; et l'on pourroit en alléguer pour preuve ce principe bien 
établi , que la forme des organes indique bien moins sûrement leurs analogues 
*que leurs connexions, leur nombre et leurs usages. 

J'ai compté quatorze pièces dans le bandeau osseux sur lequel battent les oper- 
cules, sept de chaque côté. Ce bandeau est formé d'autant de pièces dans les 
autres poissons, et c'est parmi elles que j'ai retrouvé tous les os de l'épaule et du 
bras. L'analogie ne permettant pas de croire que le bichir diffère à cet égard de 
ses congénères, il seroit alors soumis aux mêmes lois qu'eux tous, il auroit le bras 
aussi court et couché de même tout le long de la clavicule; et toute cette diffé- 
rence qui avoit d'abord causé notre ètonnement , auroit porté seulement sur les 
os du carpe, lesquels auroient été assez agrandis pour procurer au polyptère bichir 
ce long pédicule ou cette sorte d'avant-bras qui n'en reste pas moins un des traits 
les plus remarquables de son organisation : mais du moins la singulière anomalie 
qui nous occupe n'auroit pas été produite par un mode réservé aux autres classes 
des animaux vertébrés. 

J'ai fait figurer à part, sous le n.° 5 , les os du bras : a est le sternum dont nous 
parlerons plus bas, b l'omoplate, C la clavicule et l'humérus joints ensemble ; l'hu- 
mérus est l'os de gauche , et la clavicule celui de droite : d représente le radius, 
€ le cubitus, et J le furculaire. 

Les nageoires ventrales ne diffèrent de celles des autres poissons que par plus 
de longueur des quatre osselets qui servent de base aux rayons. 

S. VI. 

Du Sternum et de ses dépendances. 

Avant de décrire ces parties dans le bichir, faisons connoître ce qu'elles sont 
dans les poissons osseux. 

Leur considération a fait le sujet d'un mémoire que j'ai lu à l'Institut de France, 
et que j'ai eu occasion de publier depuis (1). 

J'y ai fait voir que les poissons ont le devant de la poitrine abrité par un 
appareil osseux semblable à celui des oiseaux; 

Que cet appareil , que sa situation extérieure , ses connexions avec les bran- 
chies, sa forme et ses usages font aisément reconnoître pour un véritable sternum, 

(1) Troisième Mémoire sur les poissons . où l'on traite de leur sternum sous le point de vue de sa détermination. 
Annales du Muséum d'histoire naturelle, t, X , p. 8j. 

est 



DES POISSONS DU NIL. g 

est formé d'autant de pièces que le sternum des jeunes oiseaux, c'est-à-dire, d'un os 
impair et centrai, et de quatre annexes, deux de chaque côté, qu'on désignoit 
autrefois sous le nom de grands os de la membrane branchiostége ; 

Que cet appareil est pareillement accompagné de côtes sternales qui se re- 
trouvent dans les rayons branchiostéges; 

Que sa principale différence, par rapport aux oiseaux, est d'avoir en quelque 
sorte passé en avant du bras et sous la tête , et d'être ainsi entré en connexion 
et en relation d'usage avec le crâne, ce qui a mis les annexes sternales dans le 
cas de s'appuyer sur les os de la langue , et privé les côtes sternales ou les rayons 
de leur articulation vertébrale ; 

Enfin, que la nécessité de ménager, pour la sortie du liquide ambiant porté sur 
les branchies, une issue particulière sous la gorge, a seule empêché les annexes 
de s'articuler avec la branche latérale de la pièce impaire et centrale, et qu'ainsi la 
réunion des cinq pièces du sternum dans les oiseaux adultes , et leur séparation 
constante dans les poissons, dépendent d'une circonstance secondaire et appré- 
ciable. 

A peine retrouve- t-on quelques traces de ce plan dans le bichir ; la pièce 
unique et centrale du sternum fournit à elle seule trois exceptions. 

Elle est d'abord fixée sur toute la face inférieure des clavicules. En second lieu, 
elle n'est point engagée dans les chairs , mais visible en entier au dehors. Enfin 
ce n'est plus un os impair, il est rendu double par une séparation faite à son 
milieu; séparation qui existe vers les points d'articulation des clavicules, et que 
les mouvemens de ces deux pièces auroient bien pu occasionner. 

La principale pièce du sternum ne remplit donc plus son usage habituel , qui 
est de servir de plastron aux organes de la respiration; mais, ajoutée aux clavi- 
cules, ou, comme s'exprime très-heureusement M. Cuvier, aux os en ceinture, 
elle les fortifie, et procure, par l'addition d'une lame de plus en dessous, un point 
d'appui sur lequel le bichir fait porter tout son corps, quand il se traîne ou qu'il 
repose sur le roc. 

La loi qui subordonne certains organes à de plus essentiels et de plus généraux, 
reçoit, dans ce cas-ci, une application bien digne de remarque; et cela n'étonnera 
pourtant pas, si l'on réfléchit qu'il failoit bien que le sternum, que nous venons 
de voir employé à former une cuirasse, fût suppléé dans ses usages, ou qu'il fît 
tout au moins éprouver à ses annexes le contre-coup de sa métamorphose. 

C'est en effet ce qui arrive à celles-ci, qu'il est difficile de reconnoître au premier 
aspect, à cause d'une grande différence de forme et de l'inégalité de leur volume. 

L'annexe antérieure (i) ressemble à un bec de spatule qui seroit alongé; elle 

est mince, mais si étendue en surface, qu'elle remplit avec sa congénère tout 

l'espace compris entre les branches de la mâchoire inférieure. Sa face extérieure est 

au surplus recouverte par un épiderme très-mince qui adhère fortement à l'os. 

La seconde annexe n'est qu'un petit osselet arrondi , engagé dans les chairs, 

(i) Voyez la figure m t où elle est désignée par les lettres h C; la seconde annexe est numérotée e. 
H. N. B 



IO HISTOIRE NATURELLE 

comme arrangé pour les besoins de la première, et lui servant d'intermédiaire 
pour la fixer au crâne. 

Les annexes antérieures, devenues de larges plaques et recouvrant tout l'espace 
occupé parles organes de la respiration, remplissent donc, à l'égard de ceux-ci, 
les fonctions de la pièce intermédiaire du sternum : mais ce n'est pas à ce seul 
service que se borne leur utilité. 

Un nouveau spectacle attire nos regards : car nous marchons de singularité en 
singularité; ou plutôt, tout, dans ce singulier poisson, si l'on s'obstine à le com- 
parer avec ses congénères, paroît désordre et confusion. Il faut vraiment se dé- 
gager de toute prévention et de toute idée ichthyologique , pour se complaire à 
tous les détails de son organisation, jouir de l'accord admirable qui règne entre 
toutes ses parties, et en saisir les rapports et le mécanisme. 

Par-tout ailleurs les annexes sternales n'ont qu'un usage secondaire, lequel se 
borne à servir de support aux rayons des ouïes; mais, dans notre polyptère, celles 
qui sont étendues en plaque, ou les antérieures, les remplacent entièrement. 

Chaque plaque est appliquée et comme collée sur la membrane branchios- 
tége , qui , de son côté , participe aux anomalies que nous venons de décrire ; 
car, au lieu d'être amincie pour se plisser ou se déployer à volonté, elle est 
formée par un cuir épais : aussi est-elle soulevée à-la-fois et entièrement , quand 
la plaque , devenue alors son unique appui , est entraînée en dehors ; ou bien 
elle est appliquée sur les bords de l'opercule, quand, dans le cas contraire, celle- 
ci est ramenée vers sa congénère. 

Des rayons branchiostéges eussent été inutiles au milieu d'une masse aussi peu 
flexible; on n'en trouve aucune trace. Cette absence de côtes sternales, exemple 
unique parmi les poissons osseux, est un des faits les plus curieux de l'histoire 
anatomique de ce polyptère ; j'oserois presque ajouter qu'il déroge aux lois zoolo- 
giques. En effet, la nature est plus constante dans sa marche: elle est ingénieuse 
seulement à diversifier les formes des organes; mais elle les conserve et les em- 
ploie tous. On diroit que ces organes sont pour elle des matériaux obligés qu'elle 
ne peut omettre dans aucune de ses compositions. 

§. VII. 

Des Events, 

Les rayons branchiostéges complètent dans les poissons osseux l'appareil au 
moyen duquel s'exécute l'acte de la respiration. Leur utilité consiste moins à 
fermer l'ouverture branchiale, en appliquant la membrane branchiostége sur l'oper- 
cule, qu'à ménager à l'eau, durant la déglutition, de petites ouvertures par où 
elle s'échappe comme à travers un crible : l'eau alors, pressée dans la cavité des 
branchies, parvient facilement à glisser et à s'écouler par les petites filières qu'elle 
se pratique entre les rayons des ouïes. 

Il faut bien que ce soit là le principal objet des rayons branchiostéges, puisque 



DES POISSONS DU NIL. I i 

le bichir offre les mêmes résultats au moyen d'une organisation en tout point dif- 
férente ; ce que font par-tout ailleurs les rayons branchiostéges , est produit chez 
lui par deux soupapes ou évents (i). 

Ils sont situés derrière les yeux : chacun est formé par deux petites lames 
osseuses, placées l'une au-devant de l'autre ; l'antérieure apparoît sous la forme 
d'un triangle, et la postérieure sous celle d'un parallélogramme alongé. Elles ne 
tiennent au crâne que par leur bord extérieur : par conséquent, la fente que pro- 
duit la non-adhérence de l'autre bord, est intérieure par rapport à elles. Aucun 
muscle ne leur donne de ressort ; elles sont seulement bridées par leurs ligamens 
articulaires , de manière que l'eau pressée , comme nous l'avons dit ci - dessus , 
est la force qui les soulève et les fait entre -bâiller. Si cet effort cesse, elles se 
ferment d'elles-mêmes en vertu de l'élasticité propre de leurs ligamens. Enfin on 
peut facilement suivre dans le crâne la route qui descend de ces évents, et la voir 
aboutir dans la cavité qui correspond à toute l'étendue de l'opercule. 

S'il n'y a pas de rayons branchiostéges, on retrouve en revanche dans le crâne 
deux séries distinctes de neuf à douze petites pièces carrées , qui proviennent 
des yeux et se dirigent parallèlement en arrière : les deux pièces des évents en 
font partie et se trouvent au milieu. Si on les considère comme os de la tête, 
il est impossible d'indiquer leurs analogues, et il est difficile cependant de croire 
qu'elles n'existent que dans le genre polyptère. Ne seroit-ce pas le cas de recon- 
noître en elles les rudimens des rayons branchiostéges î II est du moins certain 
qu'elles en font les fonctions , puisqu'elles contribuent sous une autre forme à 
procurer un lent écoulement au liquide porté sur les organes de la respiration ; 
mais alors ce déplacement, cet engrenage des rayons branchiostéges ne seroient 
pas le moins extraordinaire des faits que nous venons de présenter. 

Ainsi se reconnoissent dans le bichir toutes les parties du sternum, mais sous 
des formes et avec des usages si différens de ce qui existe dans les autres pois- 
sons, qu'il faut absolument avoir embrassé toutes les modifications de ces parties 
pour être assuré qu'elles existent dans notre poisson, et pour les y retrouveravec 
quelque certitude. 

§„ VI IL 

Des Os hyoïdes. 

Les os hyoïdes sont formés de trois paires d'osselets; savoir, les branches pro- 
prement dites, ou la paire qui s'articule avec les os carrés, et qui soutient toute 
la charpente dont se composent les arcs des branchies. Entre ces deux os, les plus 
longs et les plus considérables des six, sont deux autres pièces ramassées en mame- 
lons et qui coiffent l'extrémité des premiers : ils donnent attache à la langue. Puis 
viennent enfin deux osselets étroits et alongés, qui s'articulent avec ces derniers 
et qui se dirigent en arrière. 

(î) Voyez figure 2 en a a, et les neuf à douze petites pièces carrées dont il est parlé plus bas, en b, b, b. 
H. N. B a 



î2 HISTOIRE NATURELLE 

§. IX. 

Des Arcs des Branchies, 

Les arcs des branchies reposent en bas sur les branches des os hyoïdes, et 
tiennent vers le haut aux occipitaux latéraux. Ils ne sont pas mous et cartilagineux, 
ce qui est le cas le plus ordinaire, mais fort résistans et tout-à-fait osseux. Le 
dernier arc porte des dentelures ou papilles cornées, qui contribuent, avec les 
petites dents des mâchoires, à s'opposer au retour d'une proie qui auroit été saisie. 
(Voyez i;£,i,fiê~ f.) 

s- x. 

De la Colonne épinière. 

La colonne épinière est formée de soixante-six vertèbres, dont quinze seule- 
ment font partie de la queue. (Voyez Jig2irej.) 

Chaque vertèbre est une portion de cylindre plus large que haute , accompa- 
gnée de trois branches ou apophyses. La supérieure est de beaucoup plus longue 
que les latérales : elle naît du sommet de l'anneau par où passe la moelle épinière, 
et se dirige en arrière/Les deux apophyses latérales sont plus larges; elles portent 
les côtes , et servent aussi de support à des arêtes ou fausses côtes. 

Les côtes, attachées bout à bout à ces apophyses, sont à-peu-près de même 
grandeur dans toute l'étendue du tronc : les antérieures sont seulement un peu 
plus épaisses et un peu plus longues. 

II n'en est pas de même des fausses côtes l i, j j \ qui naissent de l'intérieur de 
ces apophyses et d'un point voisin du corps de la vertèbre : celles qui sont atta- 
chées aux vingt-quatre premières vertèbres i i-, sont très-courtes, tandis que les 
autres JJ sont d'autant plus grandes quelles sont plus voisines de la queue ; n'ayant 
d'abord qu'un tiers de la longueur d'une côte, elles finissent par être du double 
plus longues. Ces différences semblent partager l'abdomen en deux bassins dis- 
tincts, dont l'un contient l'estomac et le foie, et l'autre les organes de la généra- 
tion et le canal intestinal. 

§. XI. 

De l'Estomac et de ses dépendances. 

L'estomac (e, e, e,fig.j et S) est un cul-de-sac profond et de forme conique: 
sa base est du côté de l'œsophage, dont le canal est cylindrique, et dont les parois 
sont simplement membraneuses. Le tissu de l'estomac se distingue toutefois de 
celui de l'œsophage par des fibres musculaires, qui le rendent plus épais et qui 
sont étendues dans le sens de sa longueur ; sa membrane interne , plissée en 
quelques endroits, borde d'un repli l'ouverture du pylore, qui en est rétrécie. 



DES POISSONS DU NIL. I ? 

Le mésentère a peu d'étendue , et n'est remarquable que par des vaisseaux san- 
guins très-apparens. (Voyez m,fig. 7 et S.) 

§. X ï I. 

Du Canal intestinal. 

Le canal intestinal (ii,fig. 7 et S) naît du haut de l'estomac : il ne présente 
ni valvule, ni sphincter. Il remonte d'abord tout le long de l'œsophage, d'où 
après être descendu d'une quantité égale, il se bifurque en deux branches, dont 
l'une est un ccecum qui est reporté du côté de l'cesop liage , et qui se loge dans 
le repli que forme l'intestin en cet endroit : l'autre branche est la suite du canal 
intestinal, qui, à partir de cette bifurcation, se rend droit à l'anus. On trouve 
dans son intérieur une membrane qui est repliée sur elle-même, et qui n'est adhé- 
rente à l'intestin qu'au moyen d'un de ses bords longitudinaux. Cette membrane 
auroit-elle pour objet de retarder le passage des masses alimentaires, et de sup- 
pléer , quant à cet effet , au défaut de longueur de l'intestin î 

§. XIII. 

Du Foie et de la Vésicule. 

Le foie a à-peu-près la forme d'un de ces longs bâtons avec crochet à un bout, 
dont on se sert en quelques endroits pour puiser de l'eau : il est pointu à sa partie 
supérieure , et croît jusqu'à ce qu'il rencontre l'estomac ; dès-lors une petite por- 
tion se porte sur la droite de cet organe, et une autre, plus longue en même temps 
que plus grêle , sur la gauche de l'intestin. La portion du foie appuyée en partie 
sur l'estomac a trois côtés , dont un s'applique sur l'estomac , un autre sur la 
petite vessie aérienne , et le troisième sur les parois de la face interne de l'abdo- 
men. (Voyez J,fig> 7 et 8.) 

La vésicule du fiel naît de la longue portion du foie et du point où il se bifurque : 
c'est une sorte de bouteille, dont la largeur est à la longueur comme 1 est à 4- 
Ce qu'elle offre , au surplus , de remarquable , c'est qu'au lieu de se porter en arrière , 
elle remonte dans le haut, et se loge en partie dans la bifurcation du foie et en 
partie au-dessous. 

Je ne dois pas non plus omettre de dire que le tronc hépatique s'unit au canal 
cystique. 

s. XIV. 

De la Rate. 

La rate est une languette adhérente à la grande vessie aérienne , et comme une 
sorte de ruban étroit, de la consistance et de la couleur du foie. (Voyez e e, fig.jf.) 



14 HISTOIRE NATURELLE 

S- XV. 

Des Vessies aériennes. 

Les vessies aériennes remplissent presque tout le vide de l'abdomen, le reste 
des organes abdominaux ne formant qu'une masse fort petite en comparaison de 
leur volume : elles sont entre elles d'une dimension très- inégale; leur forme est 
celle d'un cylindre, sauf que l'extrémité de la petite fa CL,fig-$) est terminée en 
pointe. Privées de canal pneumatique, elles s'ouvrent à-la-fois et immédiatement au 
moyen d'une fente vers la partie supérieure de l'œsophage (i) : un. muscle cons- 
tricteur entoure cette ouverture, et donne conséquemment au bichir la faculté 
de conserver l'air introduit dans les vessies. 

On pense bien que c'est seulement par intervalles que cela peut avoir lieu, 
puisqu'on ne peut soutenir long-temps la contraction des fibres musculaires. Le 
bichir, réduit à ce sphincter pour conserver l'air de ses vessies natatoires, doit peu 
souvent y avoir recours, et c'est ce que démontre le reste de son organisation : il 
vit à fond d'eau, et constamment à terre, où il parvient à ramper à la manière 
des serpens , et en s'aidant de ses longues nageoires pectorales. 

Les vessies aériennes occupent tout le haut de l'abdomen: la grande fcc , fig. g) 
en remplit toute la longueur immédiatement au-dessous de la colonne épinière, 
et la petite est située au-dessus de l'estomac. 

§. XVI. 

Des Reins. 

Les reins sont formés par deux languettes ou deux rubans placés de chaque 
côté de la saillie interne de la colonne épinière; ils commencent à la naissance de 
celle-ci, et se portent jusque derrière l'anus. On distingue à leur extrémité posté- 
rieure très-sensiblement des uretères qui débouchent dans une vessie urinaire. 

§. XVII. 

Des Organes sexuels. 

Les organes sexuels sont formés de deux testicules ftt.fig. 7/chez les mâles, ou 
de deux ovaires chez les femelles , lesquels , dans la saison du frai , sont d'une 
dimension à occuper les deux tiers de la longueur de la cavité abdominale. Un 
tissu cellulaire très-mince les retient si foiblement à la surface des autres organes de 
i'abdomen, que, quand on enlève le poisson par la tête, leur propre poids les 
entraîne en en bas, et vice versa. Ce tissu si mince forme autour de la semence un 

(i) Voyez cette fente représentée en o>fg' S. 



DES POISSONS DU NIL. ] ç 

sac qui se rompt au moindre effort : les œufs qu'il renferme à une certaine époque, 
sont alors de Ja grosseur des grains de millet et de couleur vert-pré. 

S. XVIII. 

Des Organes des Sens. 

Nous terminerons la description du bichir par ceux des organes des sens qui 
ont leur siège dans la tête. 

Du goût. Le palais est formé de plusieurs pièces osseuses, recouvertes d'aspérités 
(voyez a, h , C ,fig. <f) : entre cette couche dos et celle de l'extérieur de la tête 
sont logés les muscles qui meuvent la mâchoire d'en bas et les opercules. 

La bouche est large et circulaire : quarante-huit dents (1) à-peu-près garnissent 
tout son pourtour. Elles sont coniques, pointues, légèrement inclinées en dedans 
et en arrière, et très-petites. Il en est encore beaucoup d'autres plus en dedans, 
qui sont beaucoup plus fines , très-nombreuses, ramassées confusément, et d'autant 
plus arquées qu'elles sont situées davantage en arrière. 

Une langue f ' k, fig. tfj, extrêmement épaisse et charnue, remplit toute la cavité 
de la bouche ; elle est bordée par deux lèvres très-prolongées , dont la supérieure 
seule est soutenue au moyen d'un fort tendon. 

La figure 6 présente toutes les parties qui composent l'organe du goût, hors 
de leur position naturelle : je prie alors qu'on veuille bien donner attention à 
l'explication suivante. 

Tout le haut du dessin nous montre la voûte du palais : / est la mâchoire supé- 
rieure , m m les deux mandibules inférieures qui sont détachées et écartées , et 
77 77 les os carrés qui unissent celles-ci au crâne. 

Tout le bas est la partie inférieure du palais, c'est-à-dire, la langue et les diverses 
aspérités e de i'arrière-bouche. Elles correspondent dans l'état vivant et touchent 
à la voûte du palais Cl, u , C ; mais on les a renversées, en les faisant jouer sur 
un axe l, l , et on les a reportées en arrière , pour montrer tout l'intérieur de la 
bouche. Les branchies g g sont portées par leurs osselets i i. 

De l'odorat. Les narines ont une double ouverture , et sont précédées par deux 
barbillons fort courts. 

De la vue. L'œil est situé plus en arrière, et un peu de côté. Il est logé assez 
profondément; ce qui se remarque d'autant mieux qu'il manque tout-à-fait de 
convexité. 

De l'ouïe. On n'en aperçoit pas d'ouvertures en dehors. 

Pour le surplus , la tête est , à l'égard de son extérieur , dans le cas des tégumens 
communs , sans parties molles au dehors , et parfaitement défendue par de fortes 
cuirasses; chaque pièce de son pourtour est formée d'os larges et solides; un épi- 
derme qui y adhère fortement, est l'unique tégument qui en empêche l'exfoliation. 

La tête est encore remarquable par la longueur de l'occipital postérieur , qui 

(i) Voyez fig, i, 3 , 6 et io. 



ï 6 HISTOIRE NATURELLE 

forme comme un bec de flûte pour aller à la rencontre de la colonne épinière. 
Elle présente enfin distinctement dans le squelette , fig. 3 , les parties suivantes; 
le coronal CL , le jugal ou l'os des pommettes J , les deux pièces de l'opercule h 

et g , les osselets b que je crois analogues aux rayons des ouïes, l'os carré p, 
dont nous avons déjà parlé plus haut. 

S- XIX. 

Des Dimensions respectives des Parties, 

Miflimèff**.' 

Longueur totale du bichir, sujet des observations suivantes. 50/0. 

du prolongement brachial. ■..-...• 34. 

de la nageoire pectorale. . ." . . . . ......... 36'» 

■ — — du prolongement de la nageoire ventrale 10. 

> — de la nageoire ventrale ...................... 3p. 

— de la première annexe stemale . . . 60. 

' ■ — *- de l'opercule ; 66'. 

ï de la tête jusqu'à l'opercule. .,...-. 83., 

de la tête jusqu'à l'extrémité de la membrane branchiostége .... 118. 

des barbillons. ...... 6. 

de la fente ou entrée du canal pneumatique. ............... 22. 

■ de la grande vessie natatoire ou aérienne. 37 '2„ 

' de la seconde vessie natatoire , ...*.... 24s» 

— de la rate . . . , *...-.. 1 67. 

■ du foie , en totalité . . 301. 

de la portion du foie adossée à l'estomac 68. 

' de celle placée au-dessous de l'œsophage 61 . 

' de celle qui accompagne l'intestin . 240. 

de la vésicule du fiel -. 35. 

de l'œsophage 36. 

' ' de l'estomac 1 02. 

de l'intestin depuis l'estomac jusqu'au cœcum . . . . 45» 

' de l'intestin depuis le cœcum jusqu'à l'anus . . 3<^ 2 « 

des ovaires ou testicules pendant le frai 300. 

Distance de la bouche à l'anus • • 4 60-. 

de la nageoire pectorale à la ventrale. ...-. ....,.„ 280. 

de la nageoire ventrale à l'anale 73. 

de la nageoire anale à la caudale . . 20. 

Contour du ventre 201-. 

de l'ouverture branchiostége 1 00. 

de la bouche o^ 

Diamètre de l'œil 13. 

Ouverture de l'évent ...................... ^ . . , . . . . 19* 

•§. XX. 

Des Rapports naturels du Bichir, 

J'ai déjà eu occasion d'en traiter dans un petit article, où j'ai fait connoître 

les 



DES POISSONS DU NIL. j ^ 

les principaux traits de ce poisson (i). Le genre dont il se rapproche le plus est 
celui des ésoces : il a même quelque chose de la physionomie du gavial; ressem- 
blance qu'il doit à ses tégumens, à la distribution et à la grandeur de ses écailles: 
aussi M. le comte de Lacepède (2) l'a-t-il placé à la suite de son nouveau genre 
lépisostée , dont le gavial ou caïman fait partie. Mais ces considérations ne rangent 
pas nécessairement le bichir avec les ésoces, ni même avec les lépisostées , puis- 
qu'il en diffère , aussi-bien que de tous les autres abdominaux connus, par des organes 
beaucoup plus essentiels. Il est le seul des abdominux qui ait les nageoires pla- 
cées à l'extrémité du bras , le seul dans lequel les rayons branchiostéges soient 
remplacés par une plaque osseuse, le seul qui ait des espèces d'évents munis de 
soupapes, par lesquels il se rapproche des cétacées; il est aussi le seul dont la ligne 
dorsale soit garnie d'un aussi grand nombre de nageoires, le seul dont le premier 
rayon de ces nageoires soit transformé en un aiguillon à deux pointes, le seul 
dont les apophyses des vertèbres soutiennent sans intermédiaire les rayons osseux 
des nageoires dorsales, le seul qui ait une queue si courte qu'elle est presque inu- 
tile à la natation, le seul enfin qui semble, à l'égard des organes de la digestion, 
établir une nuance des abdominaux aux cartilagineux. 

C'est d'après cette considération que je me suis fondé à considérer le bichir 
comme un être isolé , et comme étant bien véritablement dans cet état d'anomalie 
que les naturalistes ont coutume de désigner sous le nom de genre nouveau. 

Tous les naturalistes qui ont eu occasion, depuis moi, de parler de ce po- 
lyptère , ont confirmé par leur assentiment la justesse de cet aperçu : tels sont 
M. le comte de Lacepède, dans son Histoire des poissons ; le docteur Shaw, dans 
sa Zoologie générale; M. Cuvier, dans les derniers volumes de son Anatomie 
comparée; et M. Duméril, dans sa Zoologie analytique. 

§. XXI. 

Des Habitudes du Bichir. 

Quelque attention que j'aie pu apporter à prendre des informations sur les 
mœurs de ce poisson , j'y ai eu peu de succès. On le trouve si rarement dans le 
Nil, que quelques pêcheurs ont prétendu n'en avoir jamais vu d'autres individus 
que ceux qu'ils m'avoient fournis. En effet , le haut prix que je donnois de chaque 
bichir, m'est un sûr garant que l'on m'a fourni presque tous ceux qui ont paru au 
marché général du Kaire ; et cela s'est toujours borné à trois ou quatre par an. 

C'étoit à l'époque des plus basses eaux qu'on le pêchoit, et il n'est jamais 
arrivé qu'on m'en ait apporté quelques jeunes individus. 

Ayant trouvé que tous les poissons du Nil se divisoient en deux classes de 
voyageurs , que les uns , dans le décroissement de ce fleuve , le remontoient depuis 

(ï) Annales du Muséum d'histoire naturelle, tome I , page jp> ; et Bulletin des sciences, par la Société philo- 
mathique, n.° 61, 

(2) Histoire naturelle des poissons , in-j-S , tome V, page 34.1 . 

H. N. C 



8 



HISTOIRE NATURELLE 



son embouchure , et que les autres deseendoient de la Nubie avec les grandes 
eaux, j'ai voulu .savoir à laquelle de ces divisions appartenoit le bichir; mais je 
n'ai pu trouver personne en état de m'en informer. 

Tout ce que j'ai pu soupçonner des divers renseignemens que j'ai acquis, c'est 
que le bichir n'habite que les lieux les plus profonds du fleuve, qu'il vit cons- 
tamment dans la vase, et qu'abandonnant seulement ses retraites pendant la saison 
du frai , il vient quelquefois alors se renfermer dans les filets des pêcheurs. 

On peut lui appliquer ce que dit M. le comte de Lacepède du lepisostée gavial. 
A l'abri sous un tégument privilégié, plus confiant dans ses forces, plus hardi dans 
ses attaques que ses congénères; pouvant enfin ravager avec plus de sécurité, exercer 
sur ses victimes une tyrannie moins contestée, et satisfaire avec plus de facilité 
ses appétits violens, il semble qu'il méritoit <Je porter, de préférence à tout autre, le 
nom de phager ou de vorace , par lequel les anciens ont désigné un des poissons 
du Nil : mais il paroît que ces mêmes écailles défensives qui, par leur épaisseur 
et leur dureté, peuvent ajouter à son audace, diminuent par leur grandeur et leur 
inflexibilité la rapidité de ses mouvemens, la facilité de ses évolutions, l'impétuosité 
de ses élans , et laissent à sa proie beaucoup de ressources dans l'adresse , l'agilité 
et la fuite précipitée. 

Ce qu'il y a de certain à cet égard, c'est que je nai jamais pu savoir de quoi 
le polyptère bichir se nourrit : j'en ai ouvert et disséqué plusieurs individus, sans 
avoir trouvé le moindre vestige dans l'estomac. Toutefois, à l'étendue de sa gueule, 
aux dents nombreuses dont elle est armée, à la conformation de son canal intes- 
tinal , il y a tout lieu de croire que le bichir est Carnivore. 

Sa chair est blanche et beaucoup plus savoureuse que celle des autres habitans 
du Nil. Comme on ne peut entamer ce poisson avec le couteau, on le cuit 
d'abord au four, et on acquiert par-là plus de facilité pour le retirer de sa peau, 
d'où il sort comme un manchon de son étui , après une opération à l'une de ses 
extrémités. 



DES POISSONS DU NIL. jq 



LE TÉTRODON FAHAKA, 

Tetrodon Physa. 

Planche i , fig. / , et planche 2 pour les détails anatomiques. 

Le tetrodon fahaka a été ainsi nommé par Hasselquist. On de voit tout natu- 
rellement espérer que les traits de ce poisson, dessinés par un des plus habiles dis- 
ciples du grand Linnéus, resteroient immuables, et nous en conserveroient les 
caractères, de manière à prévenir toute méprise ultérieure; la description d'Hassel- 
quist étant d'ailleurs assez soignée pour qu'il fut difficile d'y rien ajouter. Mais on 
se borna à en savoir gré à son auteur : on garda le souvenir de son travail, et, par 
une contradiction assez bizarre , on perdit de vue l'animal qui en étoit l'objet. 

§. L cr 

De sa Nomenclature. 

Linnéus contribua sans doute à donner cette direction à ses successeurs, en 
changeant, sans un motif suffisant, la première dénomination du tetrodon du Nil. 
Notre voyageur avoit pris le parti de conserver à son tetrodon le nom qu'il porte 
en Egypte , et il avoit réussi à nous le retracer , autant toutefois que nos sylla- 
baires d'Europe s'y prêtent à l'égard de mots tirés des langues Orientales; mais il ne 
tarda pas à en être blâmé par son maître, qui , pénétré de la nécessité de n'employer 
pour noms triviaux que des mots caractéristiques, s'empressa de remplacer le terme 
de fahaka (1) qui n'avoit aucun sens, par l'épithète de lineams , qui en présentoit un 
significatif, et qui avoit, en effet, l'avantage de rappeler à la mémoire une distribu- 
tion de couleurs inconnue jusqu'alors dans aucun autre tetrodon. 

On se trouve tous les jours très-bien de ce principe ; mais il a aussi ses incon- 
véniens, lesquels se font principalement sentir, quand on vient à découvrir une 
autre espèce à laquelle la même épithète convient également : or c'est ce qui est 
arrivé dans le cas qui nous occupe. 

Bloch eut occasion de voir un autre tetrodon rayé : dans la préoccupation que 
lui laissa le mot lineams, il ne douta pas que le hasard ne lui eût procuré l'avan- 
tage de posséder un tetrodon du Nil, et il imagina d'en donner une figure (2) 
qui fut très-soignée, et que sa beauté recommanda à l'attention des naturalistes. 

Presque tous ceux qui eurent depuis occasion d'écrire sur les poissons , s'arrê- 
tèrent à cette figure , et tracèrent d'après elle les caractères du prétendu tetrodon 

(1) Les Égyptiens écrivent ainsi ce mot ^Us, qui (2) Planche 14.1, laquelle fut ensuite reproduite sou? 

seroit mieux représenté par cet équivalent en lettres Eu- le même nom par Bonnaterre , dans l'Encyclopédie 

ropéennes, fak-haka ou fah-haka. méthodique, pi. 16, fig. p. 

H. JV, Cz 



2 O HISTOIRE NATURELLE 

Egyptien : on ne songea plus à Hasselquist que pour lui attribuer le mérite de la 
première découverte ; le nouveau tétrodon avoit fait oublier le premier. 

Je ne pouvois plus employer une expression qui avoit produit cette confu- 
sion d'espèces : j'y ai suppléé en rendant au tétrodon du Nil ses noms ancien et 
moderne ; celui de physa, qu'il me paroît avoir porté autrefois chez les Grecs et 
les Latins; et celui de fahaka , sous lequel il est présentement connu, en écrivant 
ce nom avec l'orthographe consacrée par Hasselquist. 

Rondelet, dont l'Histoire des poissons date de ij^i, est le premier parmi 
les modernes qui ait décrit [de orbe, lib. xv, p. 4*9) ^ e fahaka, et le seul qui 
l'ait encore figuré : la description d'Hasselquist parut en 1757 dans son Voyage 
en Palestine, page 400 ; Linnéus en reproduisit une autre en 1764, dans le supplé- 
ment à sa Description du cabinet du prince Adolfe ,page yy ; et Fôrskai une qua- 
trième en 1775 , dans sa Faune Arabique, page 7 (f , n.° 114. 

Tous quatre, mais principalement Hasselquist, en ont présenté les traits prin- 
cipaux et décrit avec soin l'extérieur : aussi n'auroit-on eu rien à ajouter à la déter- 
mination de cette espèce , sans la méprise échappée à Bloch , qui fît peindre et qui 
donna un tétrodon rayé sous le ventre , pour le fahaka, chez qui ces rayures sont 
disposées sur le dos et les flancs. 

Le genre du tétrodon est parfaitement défini dans les auteurs : il comprend 
tous les poissons qui gonflent une partie de leur corps au point de ressembler à 
une vessie soufflée, et qui ont les mâchoires armées de quatre grosses dents, ainsi 
que l'explique leur nom de tétrodon, ou mieux celui de tétraodon , dont on se 
servoit plus anciennement. Il est bien quelques autres poissons qui partagent avec 
eux la faculté de se gonfler de même, tels que les balistes, les ovoïdes et les dio- 
dons; mais la forme de leurs mâchoires établit entre eux de si grandes différences, 
que le genre tétrodon reste parfaitement circonscrit. 

s. 11. 

De la Description de son extérieur. 

Nous allons donc nous borner à donner les caractères particuliers du fahaka : 
dans un genre très -naturel, ils reposent ordinairement sur un bien petit nombre 
de traits. 

Le fahaka ne s'élève jamais au-delà de trois décimètres : celui que nous avons figuré 
l'a été de grandeur naturelle ; c'est la taille la plus habituelle sous laquelle on le trouve. 

Il se rapproche, à beaucoup d'égards, du tétrodon lagocéphale; et il est parti- 
culièrement remarquable par une tête assez grosse, un front large, des yeux saillans 
et assez haut placés, l'iris jaune, la prunelle bleu-foncé et le dos voûté. 

Un peu en avant des yeux , et plus sur le devant , on trouve un petit tubercule 
qui se divise en deux barbillons. On croit d'abord trouver là les ouvertures 
nasales; mais la peau n'est pas perforée en cet endroit, et ce n'est qu'un peu au- 
dessous qu'on y aperçoit les conduits des narines. 



DES POISSONS DU NIL. 2 I 

La ligne latérale commence près et au-devant de l'œil , le contourne en dessus 
se relève pour descendre parallèlement au dos jusque vers la nageoire dorsale , 
d'où elle se rend droit à la queue. 

Les nageoires sont disposées comme dans tous les tétrodons : la dorsale est 
opposée à celle de l'anus; et toutes sont petites, circulaires et transparentes, à 
l'exception, toutefois, de la nageoire de \fr queue, plus grande et d'un jaune 
orangé. 

Aucun tétrodon n'offre un assemblage de couleurs mieux assorties et plus 
agréables ; chaque partie attire l'œil par la vivacité des teintes , le dos étant d'un 
bleu noirâtre , les flancs rayés de brun et d'orangé , le ventre jaunâtre , et la gorge 
d'un blanc de neige. Les jeunes et les femelles ne diffèrent des mâles adultes que 
par un peu moins de vigueur dans le coloris ; et quant aux différens accidens de 
couleur dont tous les animaux sont plus ou moins susceptibles, ils se bornent, 
dans le fahaka, à un défaut de parallélisme de deux raies, qui alors coïncident l'une 
sur l'autre ; ce qui est rare et ne s'est jamais offert à moi des deux côtés à-la-fois. 

Tout tétrodon est plus ou moins armé de piquans. Ceux du tétrodon du Nil 
sont fort courts ; ils se dirigent en arrière , et ne dardent leurs pointes que dans 
son plus grand gonflement : les plus longs couvrent le ventre , et Ton n'en trouve 
aucun à la gorge , sur la queue et sur le dos ; en revanche , une humeur visqueuse 
est répandue sur toutes les parties qui en sont dépourvues. 

Enfin la description de cette espèce sera complétée par la connoissance suivante 
du nombre de chaque nageoire. 

II n'y a que des nageoires dorsale , pectorales , anale et caudale : la ventrale 
manque dans tous les tétrodons. 

D. 12. P. 2,1. A. 9. C. 11. (Suivant H as sel quist.) 

D. 11. P. 18. A. <p. C. 11. (Suivant Linnéus,) 

D. 12. P. 19. A. p. C. 10. (Suivant Forskal.) 

B. 5. D. 11. P. 18. A. 9. C. 9. ( D'après mes observations. ) 

Toutes ces observations rentrent les unes dans les autres; et il seroit même 
possible que les différences qu'elles présentent fussent moins dans la nature que 
dans la manière d'observer , puisque je me trouve rapporter le même nombre que 
Linnéus, si je regarde comme entièrement séparée et indépendante l'une de l'autre 
chaque bifurcation des rayons externes de la nageoire caudale. 

§. III. 

De ses Habitudes. 

Quoique j'aie beaucoup voyagé sur le Nil , j'y ai très-rarement aperçu des 
fahakas : aussi ai-je peu de chose à dire de leurs habitudes. 

On les voit seulement à l'époque des grandes eaux , qui sans doute les apportent 
d'au-delà des cataractes : le haut Nil les entraîne dans son cours et les disperse 



22 HISTOIRE NATURELLE 

dans les golfes et canaux où il se répand ; la tourmente ne cesse pour eux que 
quand ils sont enfin arrivés aux extrémités de ces culs-de-sac. 

A peine commencent-ils à jouir d'un peu de calme , qu'ils se hâtent de se 
rechercher et s'occupent de la reproduction de leur espèce : ils se montrent alors 
plus confians et viennent plus souvent à la surface, où, en éprouvant la plus sin- 
gulière des métamorphoses , ils cessertf de régler leurs mouvemens et ne naviguent 
plus qu'au gré des vents ou en s'abandonnant au fil de l'eau. 

Leur condition ne tarde pas à s'améliorer; c'est quand, à la retraite du fleuve, 
les campagnes inondées sont converties en des lacs immenses : ils séjournent alors 
dans des eaux dormantes. Leur sécurité s'en accroît , et ils témoignent la joie 
qu'ils en ressentent , en paroissant plus souvent à fleur d'eau. 

Mais, hélas ! ce bonheur est de bien courte durée : ils restent abandonnés dans 
des îles entourées de sable; sans moyen de regagner le fleuve qui les a rejetés de 
son sein, ils voient se tarir les lacs qui les recèlent encore. En vain ils sont atten- 
tifs à cette diminution des eaux, et ils s'empressent de gagner les lieux les plus 
bas ; ils ne font que retarder de quelques jours une mort inévitable. La terre où 
ils s'amoncèlent les uns sur les autres, n'est plus alimentée par le Nil, et elle est 
au contraire exposée aux rayons d'un soleil dont l'ardeur est dévorante et dont 
rien ne tempère l'influence. 

Il y a beaucoup plus de ces poissons qu'il n'en faut pour nourrir les hommes 
qui vivent dans leur voisinage, et pour assouvir la faim d'une quantité considé- 
rable d'oiseaux qui sont attirés par une proie aussi abondante; la plus grande partie 
reste alors gisante sur le terrain , et offre bientôt aux regards étonnés des voya- 
geurs une multitude de débris dont l'origine contraste singulièrement avec l'ari- 
dité des lieux où ils se trouvent. 

Le décroissement du Nil ramène ainsi, chaque année, une époque où toute la 
population des campagnes se procure, sans aucune fatigue, une nourriture abon- 
dante. Les enfans en désirent le retour tout aussi vivement que leurs pères, parce 
que cette saison leur ramène de nouveaux plaisirs et des jeux qui se fondent prin- 
cipalement sur la possession des fahakas : il en est de ces poissons comme en 
France des hannetons ; chacun en désire , parce qu'il n'est sorte d'amusement 
qu'on ne se procure avec eux. 

On aime à les observer dans des flaques d'eau, à voir leurs métamorphoses, 
à prédire le moment de leur culbute , à les promener sur les eaux , à les lancer 
comme des billes de billard , et quelquefois aussi à les écraser. On s'en amuse 
presque autant après leur mort , à cause de la facilité qu'on a à les gonfler ou à les 
vider à volonté. Desséchés sous la forme d'un sphéroïde, ils conservent tout l'air 
dont ils ont été remplis, et résistent long-temps en cet état, quoiqu'on s'en serve 
comme de ballon. 

J'ai été à portée d'observer la manière dont ils se gonflent. S'ils nagent , ils le 
font à la manière de tous les autres poissons; on distingue alors facilement toutes 
les parties de leur corps : la tète paroît seulement un peu forte; le ventre est 
plissé, mais bien moins gros; et la queue est plutôt longue que courte. 



DES POISSONS DU NIL. 2 1 

Viennent-ils aspirer de l'air à la surface Je l'eau, on voit d'abord les plis de 
l'abdomen qui s'effacent; le ventre croît peu-à-peu, et arrive bientôt à un volume 
qui égaie et surpasse même celui de l'animal. Dès-lors il survient un événement qui 
ne dépend plus des mouvemens vitaux : il s'établit une si grande disproportion entre 
le poids du dos et celui du ventre , que, le premier venant à l'emporter, l'animal 
culbute et demeure renversé sur le dos. Cela n'empêche pas qu'il ne continue 
à se gonfler; et il le fait avec un tel succès, que son corps, qui naturellement 
est d'une forme alongée, passe à celle d'un globe dont la surface développe 
toutes ses épines. 

Car c'est en ayant recours à cette sorte de métamorphose, que les tétrodons 
parviennent à éviter les poursuites d'un assez grand nombre de poissons : en vain 
ceux-ci s'empressent autour, d'eux et croient s'en saisir, leurs efforts n'aboutissent 
qu'à pousser devant eux un sphéroïde qui glisse facilement sur le miroir des eaux. 
L'attaquant se lasse d'autant plutôt, qu'il est atteint lui-même par les petits 
aiguillons dont toute la surface visible est garnie, et qui, en se redressant, forment 
autant de dards très-aigus et très-dangereux. 

Nous connoissions déjà ce mode de défense parmi des animaux terrestres. Les 
hérissons, au moindre danger, se mettent également en boule, et présentent de 
tous côtés des armes défensives , poignantes , et qui rebutent leurs ennemis. îl 
est assez singulier de rencontrer les mêmes habitudes -parmi des animaux si dif- 
férens. 

On est curieux de savoir à quel mécanisme on doit cette similitude d'actions; 
et l'on s'est en effet demandé comment il arrive que les tétrodons prennent et 
conservent tout l'air qu'ils aspirent, quel en est le réservoir, et quels agens enfin 
leur donnent cette faculté. C'est à l'anatomie à nous donner la solution de ces 
questions. 

Personne n'a encore révélé l'organisation d'aucune de ces singulières espèces. Ce 
que je vais essayer de faire au sujet de celle qui habite dans le Nil, a l'avantage de 
s'appliquer à toutes, et peut-être même de s'étendre aux espèces du genre diodon. 

s- iv. 

Du Réservoir aérien , ou de l'Estomac. 

Je ne connois que le célèbre Bloch et M. le comte de Lacepède qui se soient 
occupés de la poche des tétrodons : Bloch a fait voir qu'elle communiqué avec 
la cavité des branchies; et mon illustre confrère en a étudié la structure, et l'a 
vue formée par une membrane située entre les intestins et le péritoine. 

Cette dernière observation, ayant porté sur un sujet retiré, mal conservé, de 
la liqueur, n'a pu être faite avec tous les développemens dont elle étoit suscep- 
tible. Ayant eu au contraire à ma disposition autant de tétrodons que j'en pouvois 
désirer, je me suis occupé de remplir cette lacune. 

J'ai donc ouvert un grand nombre de ces poissons, et je me suis toujours de 



2 4 HISTOIRE NATURELLE 

plus en plus convaincu que c'est l'estomac qui, sans perdre de ses usages habituels, 
leur sert aussi de réservoir aérien. 

Cet organe, qui occupe ordinairement peu d'espace, échappe donc, pour ainsi 
dire, dans cette circonstance, de la cavité où il est contenu, pour grandir au 
point de l'emporter par son volume sur tout le reste de l'animal; c'est un résul- 
tat si singulier, que le premier mouvement est de se refuser à le croire. Cepen- 
dant, si l'on réfléchit que la nature n'opère jamais par des créations nouvelles, 
mais simplement par des modifications de choses existantes ailleurs , et que de 
toutes les combinaisons pour produire cette poche qui s'annonce en dehors par 
un relief si considérable , la plus simple étoit d'employer un sac à pot tée des 
cavités de la bouche et des branchies, et dont il ne restoit plus qu'à augmenter 
la capacité, on sera moins étonné que cette modification, quelque merveilleuse 
qu'elle paroisse, soit tombée sur l'estomac, et que ce viscère ait pu acquérir un 
volume aussi prodigieux. 

C'est d'ailleurs un fait que l'observation met hors de doute. Si l'on examine l'in- 
térieur de la poche aérienne des tétrodons, on n'y trouve que deux ouvertures, 
dont l'une correspond au col de l'œsophage, et l'autre à l'entrée du canal intestinal. 

Ce qui, au premier aspect, détourne de l'idée que ce grand sac soit le même que 
l'estomac, est son peu d'épaisseur : mais, si l'on fait ensuite attention qu'il est formé 
d'autant de tuniques que tout autre estomac, et qu'on retrouve au-delà les diverses 
couches musculaires et la peau qui forment les autres enveloppes de l'abdomen, 
on cesse de se faire une difficulté du peu d'épaisseur de ces parties. On sait d'ail- 
leurs , ce qui est la réponse à cette sorte d'objection , que lorsqu'un organe sort 
des limites qui lui sont comme assignées , c'est toujours aux dépens de sa masse : 
ainsi le souffleur en flacons de verre fait, avec une quantité donnée de matière, 
des sphéroïdes qui ont plus ou moins de capacité, selon qu'il lui importe d'en 
rendre les parois épaisses ou minces. 

Un estomac d'un aussi grand volume ne pouvoit rester sur la ligne des autres vis- 
cères abdominaux; et en effet, situé plus inférieurement, il les recouvre presque 
tous. Naissant de l'arrière-bouche , il tapisse, vers le haut, le foie, la vessie na- 
tatoire , les intestins, auxquels il adhère au moyen d'un tissu cellulaire très-mince ; 
puis, revenant sur lui-même, il recouvre tous les muscles abdominaux, agrandis 
dans la même proportion que lui , pour se porter ensuite à la dernière des pièces 
du sternum , où nous avons observé son point de départ. Là tout est adhérent , 
les diverses tuniques de l'estomac , les muscles de l'abdomen et la peau ; en sorte 
que, pour étudier la structure de ces parties, il faut prendre la peine de séparer 
tous les feuillets dont cette portion du grand sac est formée. 

On comprend alors aisément comment les muscles abdominaux, formant une 
couche intermédiaire entre les tuniques de l'estomac et la peau, parviennent à 
chasser l'air qui produit le gonflement des tétrodons. Ce résultat est amené par 
la contraction de leurs fibres musculaires, secondée par la non-activité ou la resti- 
tution des muscles de la poitrine. 

Ces fibres musculaires, en se raccourcissant encore davantage, forcent, tant 

les 



DES POISSONS DU NïL. 2 Ç 

les membranes de la peau en dehors, que celles de l'estomac en dedans, à se 
plisser; et l'estomac, comme affaissé sur lui-même et ramené à des dimensions 
qui sont plus en harmonie avec les autres viscères de l'animal, est rendu à ses 
fonctions habituelles. 

La planche des détails anatomiques rend sensibles tous les faits que nous venons 
d'exposer. 

Le n.° i. er nous montre les viscères abdominaux en position : toute la face aa 
est l'intérieur de l'estomac ; 00 en est la continuation, sauf qu'au lieu de former 
un large tablier, de recouvrir toute la masse des intestins et de présenter comme 
le plancher ou le haut de l'estomac (ce qui existe réellement dans la nature), on 
l'a coupé, détaché et rejeté pour laisser voir les viscères abdominaux. 

Le n.° 2 nous montre sur la droite une partie a CL des tuniques de l'estomac, 
et à gauche , la couche inférieure ou les muscles de l'abdomen. 

Cette couche se compose de deux muscles L et M. Le muscle M tient lieu 
du grand droit , et a ses attaches en arrière; savoir, les unes, aux osselets de la 
colonne épinière , et les autres , en moindre nombre , à ceux qui soutiennent la 
nageoire anale : il se perd en devant sur une bande tendineuse ; deux lignes ou 
aponévroses le coupent par le travers, et le partagent en trois portions à-peu-près 
égales, tandis que les fibres dont il est composé se ramassent, dans le sens de la 
longueur, par paquets, au nombre de sept à dix. 

L'autre muscle L prend sa naissance en arrière , à la dernière bande tendineuse 
du premier, et se porte obliquement sur les ouïes : ses fibres sont plus réunies que 
dans M. 

Un tissu cellulaire plus abondant , recouvrant ces deux muscles et les séparant 
davantage d'un troisième plus extérieur et plus mince, numéroté O, nous porte 
à croire que celui-ci n'appartient point aux muscles abdominaux , et qu'il est l'ana- 
logue du panicule charnu; il s'étend beaucoup au-delà de la région de l'estomac, 
se porte jusque sur la tête , et fournit des rameaux qui se répandent par-dessus 
les muscles des nageoires pectorales : la direction des fibres est transversale, et 
l'on en voit tant en dessus qu'en dessous. 

Toutefois il concourt, avec les deux autres muscles L et M , à l'expulsion de l'air 
de la poche, en en diminuant la capacité : il plisse la peau transversalement, L obli- 
quement, et M longitudinalement ; ce qui forme trois puissances dont le concours 
en diminue la surface. 

Nous connoissons la nature de la grande poche aérienne : montrons présen- 
tement quels agens y conservent l'air durant le gonflement des tétrodons. 

§. v. 

De la Vessie aérienne ou natatoire, 

Le plus remarquable de ces agens est la vessie natatoire , qui n'agit que par 
impulsion et d'une manière passive. On s'étonne sans doute de la voir figurer ici, 

H. N. . 



l6 HISTOIRE NATURELLE 

quand ses fonctions sont transportées à l'estomac : on sait que dans beaucoup de 
poissons il lui est donné de communiquer avec l'arrière-bouche et d'en recevoir 
de l'air. 

Il n'en est pas de même dans les tétrodons : aucune ouverture ou canal pneu- 
matique ne lui donne de communication avec la bouche ; c'est un sac fermé de 
toutes parts , qui a la forme d'un fer à cheval , dont le bord circulaire est en 
avant, et qui se termine par deux branches en arrière. La figure n.° 2 la représente 
de grandeur naturelle. 

Sa face , visible dans le dessin , est adhérente , mais par un tissu cellulaire très- 
lâche, à la partie de l'estomac qui repose dessus; l'autre face adhère pareillement 
à l'épine du dos : en sorte qu'elle n'est là que suspendue en quelque sorte, et qu'elle 
peut être portée indifféremment en avant et en arrière. 

L'ouverture marquée g g qui se voit au-dessus de la vessie natatoire , est la 
section de l'œsophage ou du conduit intermédiaire qui existe entre l'arrière- 
bouche et l'estomac. 

§. VI. 

De VOs furculaire , de ses Muscles, et de leur influence sur la Vessie natatoire. 

J'ai appelé os furcidairc une pièce qu'on trouve dans tous les poissons osseux, 
et que j'ai le premier décrite (1). Ayant reconnu son analogie avec les branches 
de la fourchette, je lui en ai donné le nom, ou du moins celui de furadaire , em- 
ployé dans les derniers ouvrages d'anatomie. Cet os est si long dans les tétrodons, 
et il y joue un rôle si important , que c'est pour avoir été frappé de son dévelop- 
pement extraordinaire dans le fahaka, que j'ai désiré connoître ses relations géné- 
rales dans l'ensemble de l'organisation. 

C'est un long filet osseux, semblable à une côte, qui porte le n.° 16 , tant 
dans \a.fig. J que dans celle du squelette fig. 23. 

Deux grands muscles y trouvent, vers leur milieu, de nombreux points d'attache. 
Ces muscles naissent d'ailleurs : le premier G, du sternum, d'où il se dirige en 
arrière , et s'insère par son autre extrémité sur les os de la nageoire anale ; et le 
second H, de l'omoplate n.° 15 , ayant son extrémité opposée épanouie sur l'apo- 
névrose générale qui existe au-dessous de la peau. 

Ces muscles et leurs congénères , ainsi répandus sur les côtés de la vessie nata- 
toire, lui impriment , quand ils se contractent , un mouvement qui la porte d'arrière 
en avant; ce qui s'effectue avec d'autant plus de facilité, que la vessie natatoire est 
saisie et comme embrassée par les os furculaires que la contraction de ces muscles 
rapproche l'un de l'autre. Tous ces efforts acculent la vessie natatoire sur le col 
de l'œsophage , et ferment si exactement cette communication , que tout l'air 
contenu dans l'estomac ne peut plus s'en échapper. 

L'action de ces muscles ne sauroit être prolongée autant de temps qu'il arrive 

(1) Voyev les Annales du Muséum d'histoire naturelle, /, IX , p, 357 et 413. 



DES POISSONS DU NIL. 2 7 

aux tétrodons detre gonflés : mais alors elle est remplacée par une humeur 
visqueuse répandue dans le pourtour intérieur du col de l'œsophage. Cette humeur 
rend ces parties assez adhérentes pour lutter avec avantage contre la réaction 
qu'exerce nécessairement le fluide accumulé dans l'estomac. Elle conserve la 
même ténacité après la vie; ce dont je me suis assuré en injectant souvent de l'air 
dans la grande poche d'un fahaka. 

Le moyen dont on fait usage pour cela , consiste à souffler de l'air dans la bouche 
de l'animal , après avoir pris la précaution qu'il n'en échappe point par les ouïes. 
La pression qu'on est alors forcé d'exercer sur celles-ci pour en tenir l'ouverture 
hermétiquement fermée, met la vessie natatoire dans le cas de remplir son effet 
sur le col de l'œsophage, ou, ce qui est la même chose, la porte vers le haut; 
effet d'où il résulte que les parois de l'œsophage sont si intimement rapprochées 
et adhèrent tellement ensemble , que si l'on donne un coup sec sur la peau tendue 
d'un fahaka, il arrive autant de fois à celle-ci de se déchirer, qu'à 1 air de s'ouvrir 
un passage de l'estomac dans l'arrière-bouche. 

Les tétrodons font cesser eux-mêmes leur gonflement de deux manières : i.° en 
ramenant en arrière la vessie natatoire , au moyen de deux petits muscles h 
(fig. 14.J, lesquels sont placés vers le milieu de la région abdominale , immédia- 
tement sur les côtés, le long et sur les bords de la colonne épinière ; ces muscles 
s'épanouissent antérieurement sur ft qui est une section de la vessie natatoire : 
2. en pressant leur poche aérienne au moyen des fibres musculaires répandues 
sur toute sa surface extérieure; le ressort de l'air, augmenté par cette compres- 
sion, rompt tous les obstacles qui s'opposent à son passage, et détruit en parti- 
culier la cohésion résultant de l'humeur visqueuse qui humecte les parois inté- 
rieures de l'œsophage. 

Nous verrons aussi plus bas, que le col de l'œsophage est entouré de petits 
muscles qui peuvent, au besoin, en développer l'étendue et en rétablir les commu- 
nications. 

§. VIL 

Des Pièces osseuses qui composent le Coffre pectoral des Tétrodons. 

Nous nous sommes bornés jusqu'ici à indiquer comment l'air entre dans l'esto- 
mac et comment il en sort ; il nous reste à reconnoître quelle force l'oblige à s'y 
accumuler et l'y conserve dans un certain degré de condensation. Pour produire 
cet effet, qui tient au mécanisme des corps de pompe, il falloit un appareil plus 
compliqué que celui que nous présente le coffre pectoral des poissons osseux, 
chez qui cet ensemble est amalgamé et comme confondu dans la cavité de la 
bpuche. 

Une plus grande complication du coffre pectoral distingue en effet les tétro- 
dons : quelques parties y semblent ajoutées, et leur procurent tout au moins ce 
résultat très-singulier pour des poissons, d'avoir, à volonté, la cavité de la poitrine 
distincte de celle de la bouche. 

H. N. 



8 



HISTOIRE NATURELLE 



Pour bien comprendre ce que les organes de la respiration des tétrodons 
offrent de nouveau et de remarquable, rappelons-nous d'abord ce que nous savons 
du sternum des poissons osseux. 

Il est formé de cinq pièces, dont une occupe le centre : celles de côté, ou 
les annexes stemales , sont ordinairement placées l'une au bout de l'autre, et ont 
pour principal usage de porter la membrane branchiostége et les filets osseux qui 
servent à son déploiement ; d'où on les avoit nommées autrefois les grands os de 
la membrane branchiostége. 

Les tétrodons ne conservent que fort peu de chose de ce plan général : la 
pièce impaire , ou proprement le corps du sternum , leur manque entièrement ; et 
au lieu que les annexes sternales soient placées bout à bout, une seule (n.° 21 , 
fig. 20 et 21) s'étend de l'os carré à sa congénère et se réunit à celle-ci un peu 
au-dessous des os hyoïdes. Tout me porte à croire qu'elle est analogue à celle 
des deux annexes qui s'articule aux os carrés : aussi longue que le sont ailleurs les 
deux annexes, elle en remplit aisément à elle seule toutes les fonctions, puisqu'elle 
sert de support tant à la membrane branchiostége qu'aux rayons des ouïes. 

L'autre annexe (n.° 20 , fig. 20 et 21) n'en existe pas moins : on la voit en 
dedans et le long de la première. Elle est fort grande et d'une configuration bizarre; 
aussi-bien que l'annexe extérieure , elle complique le coffre pectoral tout autant 
que si c'étoit une nouvelle pièce ajoutée pour la première fois à cet appareil. 

Sa forme est celle d'un large feuillet repîoyé longitudinalement, et dont les 
deux plans tombent presque à angle droit l'un sur l'autre. Elle est terminée vers le 
haut par une tubérosité ou une sorte d'onglet qui sert à son articulation , et qui 
est reçu dans une cavité pratiquée vers le milieu de l'autre annexe. Son bord, 
du côté interne, est circulaire, et l'autre rectiligne : le sinus formé par le pli de la 
partie mince est rempli par deux muscles épais (0, p ,fig. 4). La face opposée est 
aussi couverte de muscles , mais qui diffèrent de ceux-ci tant par leur moindre 
épaisseur que par la combinaison de leurs attaches. 

Nous donnerons à ces deux annexes les noms qui conviennent à leur situation 
respective : à celle-ci, le nom $ annexe intérieure ; et à la première, celui à' annexe 
extérieure. 

C'est entre ces deux pièces que sont comme cachés les rayons des ouïes. Il 
n'est venu en effet à l'esprit de personne de les aller chercher en cet endroit, 
quoique, à vrai dire, ils soient dans la place qui leur convient. J'en ai compté cinq 
dans le fahaka : le n.° 22 (fig. 20 et 21) en montre la forme, la position et les 
attaches. Ils s'articulent tous les cinq à l'annexe extérieure. Enclavés comme ils le 
sont, ils ne peuvent se déployer en éventail : ils ne sauroient d'ailleurs le faire, 
parce qu'ils sont retenus à leurs deux extrémités; ce sont autant de demi- cerceaux 
qui ne s'écartent les uns des autres qu'à leur milieu, effet qui est produit par le 
besoin d'agrandir la capacité de la poitrine. 

La membrane branchiostége, qui est contiguë et réunie à sa congénère, au 
point de ne pas se distinguer des tégumens communs, recouvre toutes les pièces 
du coffre pectoral, annexes et rayons : elle n'est percée, ou, pour me servir de 



DES POISSONS DU NIL. 2 Q 

l'expression habituelle , elle ne montre son ouverture branchiale qu'à la partie la 
plus postérieure de la poitrine , un peu au-dessus de la nageoire et tout-à-fait à 
l'extrémité des rayons, qui, par-tout ailleurs, en sont les principaux agens. C'est 
ce voile considérable , étendu au-devant des branchies , qui a fait considérer les 
tétrodons comme appartenant à l'ordre des poissons branchiostéges. 

La figure 22 nous montre les autres pièces qui font partie des organes de la 
respiration; savoir, i.° au milieu et en avant, les trois os hyoïdes, et 2. sur le 
côté et en arrière, les arcs des branchies. 

§. VIII. 

Des Muscles qui meuvent les pièces du Coffre pectoral. 

Nous décrirons ces muscles dans l'ordre où les figures de notre planche nous 
les présentent. 

Premièrement , figure 4- 

Le muscle n et son congénère. Ils s'appuient l'un sur l'autre en partie et du côté 
interne : ils bordent en avant la crête de la mâchoire inférieure , et s'insèrent en 
arrière tant sur le premier et le second rayon branchiostége, que sur l'os hyoïde. 
Ils ont pour usage d'abaisser la mâchoire inférieure, et peuvent aussi, quand elle 
reste fixe , entraîner un peu de son côté les rayons branchiostéges et l'os hyoïde. 

Le muscle est une portion du muscle de la langue , qu'on peut voir plus dis- 
tinctement, même lettre , figure 11. Il se bifurque et s'attache en arrière à la crête 
de l'annexe extérieure, qu'il soulève dans ses fortes contractions et fait rouler du 
dedans au dehors. 

Le muscle V. Grand, fort, épais, il remplit le creux formé par le repli de l'annexe 
intérieure : attaché en outre par une sorte de gros pédoncule à la crête de l'autre 
annexe, il rapproche ces deux pièces l'une de l'autre, et soulève particulièrement 
celle dont il remplit toute la profondeur : en général, il tend , en écartant des 
branchies l'annexe intérieure , à développer la cavité de la poitrine et à lui pro- 
curer une plus grande capacité, a a est une section de l'œsophage. 

Secondement , figure J . 

Le muscle a A montre la réunion des deux petits pectoraux : à peine aper- 
çoit-on la bande tendineuse qui les réunit vers le milieu. Ils fournissent en avant 
deux forts tendons qui s'écartent l'un de l'autre, et qui vont s'insérer sur la crête 
de l'annexe extérieure : ils sont partagés en arrière en deux portions distinctes , 
dont chacune s'attache à l'extrémité et le long de la clavicule. Ils entraînent , 
quand ils se contractent, les clavicules vers les annexes extérieures, et vice versa, 
suivant que l'une de ces pièces est rendue fixe. 

Au-dessous l'on voit l'aorte A, le cœur C et l'oreillette du cœur J. 

Troisiètnement , figure 6. 

Le haut de la figure nous montre une portion des deux petits pectoraux tf, 
décrits dans l'article précédent : ils sont représentés, rejetés après la section qui 



3O HISTOIRE NATURELLE 

,en a été faite, tout-à-fait en devant, et conséquemment en sens contraire de leur 
véritable situation. 

Le muscle d . Je lui donne ce signe, qui n'est pas tel dans le dessin : Il fait le 
pendant de k, dont il n'est pas cependant le congénère ; aussi je le décris sépa- 
rément. II est gros, arqué, et attaché, d'une part, vers le haut à la tête de l'an- 
nexe extérieure, et, d'autre part, aux arcs branchiaux, qu'il entraîne et qu'il écarte 
quand il se contracte. 

Le muscle k. Nous venons de le désigner comme faisant le pendant du précé- 
dent. Il est situé au-dessous : il naît, ainsi que son congénère, de l'os hyoïde, et 
se dirige de côté , où il s'attache partie à l'annexe extérieure et partie à la tête de 
la clavicule. ha figure 11 nous le montre plus isolé. 

J. Ce muscle remplit le bas de la facette de l'annexe intérieure , et s'attache à 
tout son bord dans cette partie : ses fibres convergent ensuite vers un centre com- 
mun , où il s'unit à son congénère. 

Un autre muscle , qui ne diffère guère de celui-ci que par un peu plus d'obli- 
quité des fibres, se voit au-dessus. 

L'usage de ces muscles est d'entraîner l'annexe intérieure de dehors en dedans. 
Pour bien comprendre comment ce mouvement est imprimé, il ne faut pas perdre 
de vue que les petits pectoraux CL sont posés au-devant de ces muscles , et leur 
opposent une bride qui modifie les effets de leur contraction. 

h , muscle impair. Il est placé sur la ligne moyenne et au-dessous de la mem~ 
brane qui se rend de l'arrière-bouche à l'estomac. Plat et mince , il s'épanouit vers 
le bas sur l'extérieur de l'œsophage, qu'il contribue à ouvrir; et il fournit antérieu- 
rement une aponévrose qui adhère à la membrane générale, très-près de l'endroit 
où se réunissent les arcs branchiaux. 

m est également un muscle impair, ainsi que le suivant. Il est attaché en tra- 
vers à la paroi extérieure des membranes de l'arrière-bouche. 

îl est parallèle au précédent. 

Tous deux, situés sur le travers de l'œsophage, contribuent à l'ouvrir. 

Qiiatrihnement , figure y. 

Connoissons-en d'abord les pièces osseuses. 

2 est l'annexe intérieure, 22 les rayons des ouïes, 2J l'os carré, et 26 la 
mandibule inférieure. 

Muscle X. Son large bord est attaché en avant à la face inférieure et antérieure 
de l'opercule, et ses digitations, vers l'autre extrémité, aux rayons branchiostéges ; 
disposition qui n'empêche pas que ceux-ci ne puissent s'écarter un peu les uns des 
autres. Si ce muscle agit sur les rayons, il les rapproche : s'il se contracte pendant 
que d'autres efforts rendent les rayons immobiles, il abaisse et ferme l'opercule. 

y. Attaché d'un bout aux extrémités des rayons, et de l'autre à l'angle inférieur 
de la nageoire pectorale, le muscle y ferme l'ouverture branchiale. 

Cinquièmement , figure 8. 

Muscle b. Nous l'avons déjà décrit figure & : il n'en existe ici que ia moitié 
inférieure. 



DES POISSONS DU NIL. -, F 

l 

Au bas et de chaque côté, sont deux autres muscles, attachés, vers le haut, à la 
dernière pièce qui sert de support aux branchies : ils se dirigent l'un vers l'autre, et 
se fixent à l'œsophage, que leur action simultanée contribue à ouvrir. 

Muscles g. Minces et élargis inférieurement, ils se rendent tous deux oblique- 
ment de la partie moyenne des arcs branchiaux aux clavicules, et ont pour usage, 
si les annexes intérieures sont dans leur plus grand écartement, de tirer vers le bas 
et d'entrouvrir les arcs branchiaux. Ils les ferment, au contraire, dans le cas où 
ces mêmes annexes sont très-rapprochées entre elles et du palais. 

Muscles d. Ils naissent de la crête inférieure de cette même annexe, et ont un 
point d'attache à la clavicule : ils contribuent, avec d'autres muscles, à ramener les 
annexes intérieures et à les rapprocher du palais. 

Sixièmement , figure i4- 

Cette figure représente uniquement les deux petits muscles h : ils ont quel- 
ques rapports avec les piliers du diaphragme ; ils en occupent du moins la place , 
et ont au surplus un usage qui ne nous a pas permis de les passer sous silence. Ils 
sont placés et fixés, dans toute leur longueur, sur les côtés des trois premières 
vertèbres : ils se réunissent en avant et s'épanouissent à l'extérieur et vers le centre 
de la vessie natatoire ; leur contraction tire à eux la vessie, qui, en vertu de cet 
effort, cesse de peser sur le col de l'œsophage, et d'empêcher que l'estomac ne 
restitue l'air qui y est accumulé. 

§. IX. 

Des efforts des Tétrodons pour s'élever et se maintenir a la surface de Veau. 

Ce qui précède est une exposition assez complète des pièces osseuses et des 
muscles qui entrent dans la composition de la langue et des organes de la respi- 
ration : il nous reste à en faire connoître la destination et le jeu. 

Quoique les tétrodons diffèrent, sous beaucoup de rapports, des espèces pour- 
vues de vessie, il y a cependant tout lieu de croire qu'ils jouissent des mêmes 
facultés de s'élever ou de descendre dans l'élément ambiant, c'est-à-dire qu'ils 
peuvent tout aussi -bien changer à leur gré de volume, et se rendre plus ou 
moins pesans que le volume d'eau qu'ils déplacent. 

La locomotion des poissons dans une ligne verticale dépend en effet de ce 
changement dans leur volume; mais on l'a, suivant moi, attribué trop exclusive- 
ment à la diminution ou à l'augmentation de la vessie, et sur-tout de l'air qu'elle 
contient. On sait, à n'en pas douter, que si des poissons sont pourvus de ves- 
sie natatoire, ils ne sauraient s'en passer, et que, si l'on vient à les en priver, 
non-seulement ils ne peuvent se maintenir dans le fluide qui les environne, mais 
qu'ils tombent à fond et y sont invinciblement retenus : mais il ne suit pas de 
ces faits, que la vessie exerce sur les déplacemens des poissons en hauteur une 
action aussi immédiate que celle qu'on lui a attribuée. 

On ne voit pas qu'elle ait la faculté d'acquérir instantanément une plus grande 



3 2 HISTOIRE NATURELLE 

masse d'air, ou du moins on est absolument sans connoissance sur la manière 
dont se passe ce phénomène. Si, à la rigueur, la vessie peut se vider, en tout ou 
en partie , au moyen d'un canal qui la mette en communication avec l'œsophage 
et la bouche , on ne peut rien conclure de cette circonstance , attendu qu'il est un 
assez grand nombre de poissons qui ont des vessies sans aucune issue ni commu- 
nication au dehors. 

D'ailleurs les poissons qui s'élèvent ou descendent , se déplacent avec beau- 
coup trop de vitesse pour qu'on puisse hésiter de croire que ces déplacemens, 
comme tous les autres mouvemens progressifs des animaux , ne dépendent pas 
uniquement des seuls organes soumis à l'empire de la volonté. 

La vessie natatoire n'auroit-elle donc qu'une influence médiate et éloignée sur 
la locomotion verticale des poissons l ne seroit-elle qu'une sorte de modérateur 
dont les dimensions auroient été calculées sur le poids absolu de ces animaux, et 
dont, en définitif, le principal usage seroit de leur procurer une pesanteur égale, 
ou à-peu-près , à celle du fluide qu'ils habitent ï 

Cet aperçu m'a mis dans le cas de rechercher quelle partie du système muscu- 
laire étoit mise en jeu pour faire varier ainsi au gré de l'animal le volume de son 
corps , et de découvrir que la locomotion des poissons dans une ligne verticale 
étoit due en effet aux contractions alternatives des muscles furculaires et des 
muscles dorsaux. 

Les muscles de l'os furculaire , que je me suis d'abord attaché à constater dans 
des cyprins et des ésoces , sont au nombre de deux ; ils proviennent de la clavi- 
cule, et se rendent, l'un au furculaire, et l'autre au furculaire et par-delà, à la pre- 
mière côte. Si ces deux muscles se contractent, ils entraînent du côté de la 
clavicule, non-seulement l'os furculaire et la première côte où ils aboutissent, 
mais en outre toutes les côtes à-la-fois, attendu qu'elles sont liées les unes aux 
autres par une aponévrose. 

L'effet général qui en résulte , est de ramener dans une direction perpendicu- 
laire à la colonne épinière toutes les côtes naturellement un peu inclinées en 
arrière, d'augmenter par-là la capacité de l'abdomen, de permettre à l'air contenu 
dans les viscères abdominaux et particulièrement à celui de la vessie natatoire de 
se dilater, et, en dernière analyse, de procurer aux poissons une plus grande 
légèreté spécifique. 

La restitution des muscles furculaires et la contraction des muscles dorsaux, 
qui ramènent les côtes en arrière et les rétablissent dans leur inclinaison habituelle, 
sont les moyens dont se servent les poissons pour reprendre leur première pe- 
santeur; à quoi, s'ils veulent descendre à pic au fond. des eaux, ils ajoutent la 
contraction des muscles de l'abdomen; ce qui donne lieu à une compression de 
tous les viscères , à une forte condensation de l'air contenu tant dans la vessie 
natatoire que dans l'estomac et les intestins, et en général à une diminution de 
volume qui les rend plus lourds que le volume d'eau qu'ils déplacent. 

Les tétrodons n'ont point de côtes; mais toutefois cette explication leur con- 
vient également, parce que la grandeur des furculaires supplée à ce qui leur 

manque 



DES POISSONS DU NIL. *> ~> 

$ 5 

manque à cet égard. En effet, voici ce qui arrive : s'ils nagent horizontalement, 
les furculaires restent engagés dans une position à-peu-près parallèle à l'épine du 
dos; s'ils cherchent au contraire à monter, des muscles propres (G et H, fis. j) 
entraînent les furculaires du côté de la clavicule, et leur font prendre une autre 
position plus rapprochée de la verticale. Comme en même temps la continuation 
de ces muscles (i) , qui se prolongent sur les flancs de 1 abdomen depuis les furcu- 
laires jusqu'à la nageoire anale, forme de chaque côté une large bande extrême- 
ment tendue , l'abdomen en est élargi et agrandi aussi efficacement que si ces 
muscles eussent reposé sur une série de petits filets osseux : c'est donc le même 
résultat qu'à l'égard des poissons qui sont pourvus de côtes; et il est tout simple, 
en conséquence , que les tétrodons , devenus plus volumineux par tous ces 
efforts, soient alors, et bien promptement, portés à la surface du milieu qu'ils 
habitent. 

Mais les efforts qui les y amènent ne les y sauroient maintenir aussi long-temps 
qu'on les y voit demeurer : on sait que l'action des muscles n'a qu'une durée fort 
courte. Les tétrodons ont donc recours à une autre industrie pour ne pas revenir 
à leur première pesanteur; faisant usage de tous les moyens musculaires que nous 
avons examinés dans le précédent paragraphe , ils aspirent de l'air et le dirigent 
dans leur estomac» 

On a lieu d'être surpris du grand nombre de pièces qu'il leur faut mettre, pour 
cela, en mouvement ; ils agissent sur les arcs des branchies qu'ils entr'ouvrent , 
sur les os hyoïdes et le demi-coffre pectoral qu'ils entraînent en arrière , et spé- 
cialement sur les annexes intérieures , qu'ils écartent l'une de l'autre et qu'ils ren- 
versent sur elles-mêmes , en les faisant rouler sur leur axe : la cavité pectorale est 
alors réunie à celle de la bouche, et dans son plus grand développement, 

Ceci se passant à Ja surface de l'eau et dans l'air atmosphérique , les tétrodons 
ont donc , à chaque aspiration , à introduire dans leur estomac une prise d'air 
assez considérable : ils la dirigent ensuite dans ce vaste réservoir, au moyen de 
deux actions successives. 

Ils lui ôtent d'abord toute issue à l'extérieur, en fermant hermétiquement les 
ouïes et la bouche : les ouïes , par l'abaissement de l'opercule et la contraction 
du muscle ^y (fis. y ) ; et la bouche, en ramenant les os hyoïdes, et en poussant 
sur le palais et les dents la langue, qui est charnue et épaisse dans les tétrodons. 

Ils agissent, en second lieu, sur l'air conservé dans la cavité des branchies, en 
ramenant tout le demi-coffre pectoral , en rétablissant les annexes intérieures dans 
leur premier état, et en fermant enfin les arcs des branchies. 

La cavité pectorale , venant à cesser d'exister comme cavité par le rapproche- 
ment et la contiguïté de toutes ces parties, perd auparavant tout l'air qu'elle con- 
tenoit : ce ne peut être par aucune des issues qui versent à l'extérieur, puisque 

(i) Je ne doute pas que cette portion des muscles G et rieure; et peut-être aurois-je dû les considérer comme 

H qui se prolonge en arrière des furculaires, ne soit autant de muscles séparés, d'autant mieux que chacun 

analogue aux muscles intercostaux- des entre-croisemens agit indépendamment de l'autre, 
de fibres en établissent Ja liaison avec la portion anté- 

//. N. 



3 4 HISTOIRE NATURELLE 

nous avons dit que ies tétrodons les tiennent exactement fermées ; mais, la même 
résistance n'ayant pas lieu à l'œsophage, l'air suit ce conduit et se répand dans 
l'estomac. II y est retenu, comme nous l'avons vu plus haut, par la vessie natatoire , 
qui ferme l'œsophage en pesant sur lui, et qui remplit, en effet, à l'égard de tout 
ce mécanisme , les fonctions d'une véritable soupape. 

La cavité pectorale, reprenant tout aussitôt toute la capacité dont elle est sus- 
ceptible, se rétrécit de nouveau pour faire passer dans l'estomac une seconde , puis 
une troisième prise d'air, et ainsi de suite: l'estomac en est bientôt rempli; ce 
qui suffit , si les tétrodons ne se sont proposé qu'une sorte de promenade sur 
le miroir des eaux. 

Mais si le besoin de se soustraire aux poursuites d'un ennemi redoutable les a mis 
dans le cas de venir humer de l'air atmosphérique, ils ne cessent plus d'en aspirer; 
tant que durent les alarmes que leur cause un si dangereux voisinage, ils font les 
plus grands efforts pour accumuler de ce fluide et pour en condenser dans leur 
réservoir. Ils ne sont en effet tranquilles sous l'abri de l'immense vessie qui les 
couvre, que quand elle est fortement tendue, et que les piquans qui en hérissent 
la surface sont et bien redressés et très-roidis. 

II suit enfin de ce que nous venons de dire, que l'estomac des tétrodons se 
charge d'air de la même manière que la culasse d'un fusil à vent : le demi-coffre 
pectoral est, en effet, construit sur les mêmes principes qu'une pompe foulante; 
disposition dont il est principalement redevable à la singulière conformation des 
annexes sternales. 

s. x. 

De la Voix des Tétrodons. 

On ne croît point les poissons susceptibles de voix, dans la véritable acception 
de ce mot : le vulgaire l'a dit, à la vérité, de quelques-uns ; mais un examen attentif 
a toujours appris que le bruit ou l'espèce de cri que certaines espèces font en- 
tendre, est produit ou par le battement des mâchoires, le jeu des opercules, le 
mouvement de quelques nageoires, ou par le frottement de forts rayons osseux. 
En effet, le renversement des organes pectoraux, leur passage en avant des extré- 
mités antérieures, la simplicité de la langue et de ses dépendances, l'absence enfin 
d'un larynx, semblent rendre toute existence de voix impossible. 

Néanmoins les tétrodons , qui cependant à cet égard ne diffèrent en rien de 
leurs congénères, produisent du son , non pas exactement de la manière, mais du 
moins par un mécanisme analogue à celui des reptiles. Ils portent quelquefois en 
avant leur langue ; et en la refoulant sur le palais , ils peuvent en faire une barrière 
qui sépare en deux la cavité des branchies et celle de la bouche. Si dans ces cir- 
constances , agissant sur les tuniques musculeuses de leur estomac, les tétrodons 
en expulsent de l'air, en lui opposant en même temps une foible résistance à 
chaque issue, l'air qui s'échappe , s'engage d'abord dans la cavité des branchies , et 
le moment d'après dans celle de la bouche : cela n'a pas lieu qu'il n'éprouve, 



DES POISSONS DU NIL. 2 r 

sur-tout en passant à portée de la langue , un refoulement, qu'il ne subisse une 
certaine modification, et qu'il ne fasse enfin explosion. 

C'est absolument ce qui arrive à quelques reptiles : placés dans des circonstances 
toutes semblables par l'état vésiculeux de leurs poumons , ils emploient pareil- 
lement ces sacs aériens à soufïïer de l'air du dedans en dehors , et à produire la 
voix qui leur est propre. 

S- XI. 

Du Canal intestinal , du Foie et des autres Viscères abdominaux. 

Le canal intestinal (C C , c C, C C y fig. i) a ses fibres beaucoup plus unies et 
ses tuniques plus épaisses que celles de l'estomac : il naît du milieu de cette poche, 
et conséquemment du centre de la région abdominale. Je n'ai aperçu à sa nais- 
sance ni sphincter ni étranglement , en sorte qu'il communique sans obstacle 
avec l'estomac , et qu'il se remplit d'air et se gonfle comme lui et avec lui. Il se 
replie deux fois sur lui-même ; il manque de cœcum ; son diamètre est presque 
égal dans toute sa longueur, un peu plus fort à sa naissance et à sa terminaison. 
On remarque particulièrement l'intestin rectum, comme se détachant davantage 
de la portion qui lui est contiguè*. Sa longueur totale est deux fois et demie celle 
de la longueur de l'animal. 

Le foie (ad, fig. i) est remarquable par sa masse : la vésicule du ûd est 
arrondie en poire. 

Les testicules (il, fig. 3) forment deux petits corps aîongés. 

Les reins occupent tout le haut de la région abdominale : on les voit k h, 
même figure, ainsi que les uretères. 

La vessie urinaire, ee , s'aperçoit un peu au-dessous. On a figuré dans le 
cloaque commun, h h , le point où elle y aboutit. On a aussi figuré cette vessie, 
mêmes lettres , fig. 1. 

§. XII. 

Des Parties osseuses» 

Nous avons déjà fait connoître plusieurs parties osseuses ; entre autres , celles 
qui constituent la charpente solide des organes de la respiration. 

Le tronc (fig. 23) n'est formé que des pièces de la colonne épinière : on en 
compte dix-huit, y compris la dernière, qui est terminée en un bord arrondi, et 
autour de laquelle sont articulés les rayons de la nageoire caudale. Toutes ces 
vertèbres sont sans apophyses latérales : comme celles-ci n'existent ailleurs que 
pour offrir un point d'appui aux côtes, il est tout simple qu'elles soient comprises 
dans la suppression de ces côtes. Les cinq premières vertèbres (n. os 14 et 16) 
différent des suivantes, en ce qu'au lieu d'être terminées vers le haut par une 
apophyse unique, elles le sont par deux lames minces, assez écartées l'une de 
l'autre et assez élevées pour donner lieu, par cette disposition, à la formation 

H. N. Ea 



^6 HISTOIRE NATURELLE 

d'un canal large et profond : les muscles releveurs de la nageoire dorsale rem- 
plissent tout ce vide. 

Les sept vertèbres suivantes sont surmontées par de longues apophyses, que 
séparent et avec lesquelles sont enchâssés autant de filets osseux, qui sont les apo- 
physes tutrices de cette même nageoire. Enfin l'on trouve (n.° 24) cinq de ces 
pièces en dessous, et couchées le long de l'épine, dont l'usage est de servir à 
l'articulation de la nageoire anale. 

Les membres antérieurs (fig* zj) et 23) sont, comme ceux de tous les poissons 
osseux, formés d'autant d'osselets; savoir, du furculaire (n.° 1 5), de l'omoplate (16), 
de la clavicule (47) -, de l'humérus (18) , des os de l'avant-bras (19), et de rayons 
ou de phalanges. Le bras , ce que montre distinctement la figure 1 9 , est couché 
le long de la clavicule ; et l'os furculaire se fait remarquer par une grandeur qui 
ne s'explique que quand on sait qu'il remplace les côtes dans leurs principaux 
usages. 

Un travail qui nous est propre, et dont nous avons présenté les principales 
bases dans le tome X des Annales du Muséum d'histoire naturelle , pages 24$ 
et 342 , nous met en état de donner ici une détermination des pièces dont le 
crâne des tétrodons est l'assemblage. 

La grandeur du crâne (fig. i(f et 23) fait donner plus d'attention à la petitesse 
des os des mâchoires. Une autre circonstance rend ces os également remarquables, 
c'est qu'une portion d'entre eux n est point enveloppée ; une sorte d'émail en 
fait l'écorce et en prévient fexfoliation : toujours visibles en dehors , durs et 
tranchans, on diroit des mandibules de perroquet. Telles sont enfin ces quatre 
dents des tétrodons, dont la considération (avons-nous dit plus haut) a tellement 
frappé les naturalistes, qu'ils en ont fait le caractère distinctif de ces animaux, 
et qu'ils en ont tiré la dénomination sous laquelle on les désigne habituellement. 

Les tétrodons n'ont donc pas de véritables dents, mais une portion des os 
maxillaires en tient lieu ; anomalie tout aussi curieuse que celles que nous nous 
sommes attachés à constater jusqu'ici. Toute mâchoire inférieure de poisson est, 
dans le principe , composée de quatre pièces au moins , de deux branches anté- 
rieures et de deux branches postérieures. Ce sont ces deux premières (n.° 26), à 
l'égard de la mâchoire inférieure, et les deux intermaxillaires (n.° 25), à l'égard 
de la supérieure , qui forment le bec des tétrodons. 

Les autres os du crâne sont les maxillaires supérieurs (n.° 1), les temporaux (2), 
les jugaux (3) , les nasaux maxillaires ou les os carrés du nez (4) , les lacrymaux 
ou les tingiiis (5), les coronaux (6), les pariétaux (8,9 et 10), l'occipital su- 
périeur (11), les occipitaux latéraux (12), et l'occipital inférieur (13) : enfin la 
figure 1 7 représente le vomer à part. 

Je n'entrerai point ici dans le détail des preuves que je pourrois offrir à l'ap- 
pui de ces déterminations : je les ai en partie consignées dans les Mémoires cités 
ci-dessus, et je crois devoir y renvoyer le lecteur. 

Quiconque n'a pas suivi, comme je l'ai fait, pas à pas et dans Tordre des géné- 
rations constatées par les naturalistes , tous les intermédiaires que nous présente 



DES POISSONS DU NIL. $n 

le vaste ensemble des animaux vertébrés , s'étonnera sans doute d'entendre dire 
que les coronaux s'articulent directement avec les occipitaux , et que les tem- 
poraux et les pariétaux, qui dans les animaux d'un haut rang existent entre ces 
pièces, soient comme rejetés de côté dans les poissons, et deviennent des pièces 
utiles au mécanisme de la respiration. Toutefois, je n'en saurois douter, le cer- 
veau, devenu plus petit, n'avoit plus besoin de ces enveloppes, et les organes de 
la respiration, passés au-devant des bras, en ont acquis l'usage. 

Enfin nous terminerons ce paragraphe, qui est le dernier de notre description, 
par une observation sur la consistance de toutes ces pièces osseuses. On est 
généralement dans l'opinion que les tétrodons ont le squelette cartilagineux, sur 
ce qu'on les a crus de la même famille que les raies et les squales. A la vérité, 
ils manquent de côtes : mais c'est presque l'unique rapport qu'ils aient avec les 
squales ; car quant aux opercules et aux rayons branchiostéges qu'on ne leur avoit 
pas trouvés, nous avons vu qu'ils n'en sont pas privés. 

Mais, au surplus, ce qui décide cette question péremptoirement, c'est l'obser- 
vation du fait. Les os des tétrodons ont toute ou presque toute la solidité de 
ceux des poissons osseux : s'ils ploient plus facilement dans quelques petits sujets, 
c'est qu'ils sont pour la plupart minces et privés de la substance spongieuse ; 
circonstance alors qui dépend de la forme et non de la nature de la matière. 



38 



HISTOIRE NATURELLE 



LE TÉTRODON HÉRISSÉ, 

Tetrodon Hispidus. 



1 out ce que nous venons de rapporter touchant l'organisation générale des 
tétrodons, s'applique si parfaitement au tetrodon hérissé, qu'il ne nous reste plus, 
à son égard, qu'à indiquer le petit nombre de traits par lesquels il diffère du 
fahaka. C'est, en effet, le même port, ainsi que le même arrangement des parties. 
Il se gonfle tout autant, et sait tout aussi bien faire valoir ses épines et les rendre 
redoutables à ses ennemis : il est même couvert d'une plus grande quantité de 
pointes, plus petites à la vérité , mais plus également répandues sur tout le corps. 
C'est ce grand nombre d'aiguillons qui lui a fait donner le nom spécifique sous 
lequel il est connu. 

Ses couleurs, tous les tétrodons étant plus ou moins hérissés d'épines, four- 
nissent un meilleur caractère pour le distinguer de ses congénères. Sur un fond 
gris-bleu, où quatre bandes, comme autant de digitations , descendent sur les 
flancs et se prolongent fort avant sur le ventre, se voit une multitude de taches 
bleu-de-ciel, petites, rondes, et disposées en quinconce. Ce mélange, d'uneffet 
très-agréable, est encore relevé par quatre raies également d'un bleu tendre, qui 
traversent les bandes ou digitations des flancs. Deux de ces raies ont leur origine 
en avant de la nageoire, et en forment l'encadrement, et les deux suivantes 
naissent de la bande antérieure ; elles sont à-peu-près parallèles et à une égale 
distance les unes des autres : le ventre est d'ailleurs d'un blanc sale. 

Le squelette présente des différences plus importantes : le sinus, formé par les 
apophyses supérieures des premières vertèbres, a moins d'étendue; le crâne est 
plus long et plus étroit; une simple lame sert de cloison aux fosses orbitaires; et 
les coronaux, qui terminent le haut de l'orbite par un rebord lisse et circulaire, 
sont de moitié moins larges. Enfin les furculaires ont une forme toute particulière 
et bien mieux appropriée aux usages que nous leur avons reconnus : ils ressemblent 
à une spatule, et sont beaucoup mieux dans le cas, par leur partie évasée qui est 
mince et flexible, d'embrasser la vessie aérienne, et de la porter sur l'œsophage. 

Le tetrodon hérissé est un poisson des mers de l'Inde et de l'Arabie : Lages- 
troem (i) l'a trouvé sur les côtes de la Chine; Commerson (2) , dans des mers adja- 
centes; et j'ai péché moi-même à Soueys l'individu que j'ai fait graver. 

Cependant on croit généralement que cette espèce vit aussi dans les eaux de la 
Méditerranée. Salvien et Bloch rapportent qu'on lui donne , dans plusieurs en- 
droits de l'Italie, le nom de pesce palombo , et celui de jlascopsaro dans quelques 

(1) Lagestr. Chin, 23. 

(2) Histoire des poissons par M. le comte de Lacepède, in-4. , tome I, er , page 48g. 



DES POISSONS DU NIL. 2 g 

contrées du Levant. Rondelet est la source où l'on a puisé ces renseigncmens; mais 
il est aisé de démontrer qu'ils ne prouvent rien à l'égard du tétrodon hérissé. 

En effet , le passage de Rondeiet ( i ) s'applique entièrement au fahaka. On avoit pris 
aux embouchures du Nil le sujet dont il a donné une description; et la figure faite 
d'après cet individu est aussi celle du fahaka, ou du moins s'annonce telle par les 
rayures qu'on voit sur les flancs de ce poisson, et particulièrement sur les côtés de 
sa queue. Les Vénitiens, ajoute à la vérité Rondelet, lui donnent le nom de pesce 
columbo ; et les Grecs, celui de jîascopsaro. Mais l'on ne sauroit entendre ce pas- 
sage autrement qu'en supposant qu'il n'est ici question que des Vénitiens et des 
Grecs établis à Alexandrie ou à Rosette; c'est la seule manière de l'accorder avec 
ce que nous savons de la patrie du fahaka, 

Un autre passage de Belon (2) est susceptible d'une interprétation semblable. 
« On pêche aussi, dit -il, dans le Nil, deux espèces de poissons ronds, gros 
» comme la tête, dont les peaux sont emplies de bourre ou de foin, et nous sont 
y envoyées par la voie des marchands : les Grecs les nomment jîascopsari ; et les 
» Latins , or Sis. » 

La réflexion de Belon sur ces poissons devenus un objet de commerce rend 
évident qu'il ne les a connus que préparés. On continue à en envoyer de bourrés, 
de la mer Rouge au Kaire ; et ce qui prouve le prix qu'on y attache toujours , est 
ie présent d'un individu qu'en fit, dans une certaine occasion, un négociant Mu- 
sulman à sa Majesté l'Empereur, alors général en chef de l'armée d'Orient. 

Je regarde donc comme certain, d'après ce qui précède, que le tétrodon hérissé 
ne se trouve pas dans la Méditerranée : j'ai dû porter ce fait jusqu'à une entière 
démonstration, à cause des conséquences importantes, tant pour la zoologie, que 
pour l'histoire des révolutions du globe , qu'on est dans le cas de déduire de l'assi- 
gnation des lieux qu'habitent les animaux. 

M. le comte de Lacepède a décrit et figuré ce poisson. 

(1) Rondelet, Pisc. part. I, page 419. (2) Belon, Observ. liv t il, chap.32. 



40 HISTOIRE NATURELLE 

LE SERRASALME CITHARINE, 

Serrasalmus C itharus. 

Le genre serrasaime a été fondé par M. le comte de Lacepède, pour une espèce 
dont Pallasavoit donné la description sous le nom de salmo rhombeus. Ce poisson, 
des rivières de Surinam, est ainsi devenu le type d'une nouvelle famille, parce 
qu'il participe des salmones par îe caractère adipeux de sa deuxième nageoire 
dorsale, et des dupées par la carène fortement dentelée de son ventre. 

Je lui réunis l'espèce représentée -planche j , fig. 2, non que le ventre de cette 
nouvelle espèce soit terminé par une arête aussi vive et aussi fortement dentelée, 
mais parce qu'elle lui ressemble d'ailleurs sous tous les autres rapports, principa- 
lement sous ceux de l'aplatissement des flancs et de sa grande dimension en 
hauteur. 

Ayant eu à choisir entre les formes aplaties et rhomboïdales qui caractérisent 
également ces deux espèces , et la considération d'une différence dans la dentelure 
du bord abdominal , j'ai dû attacher plus d'importance à celui de ces caractères 
qui donne lieu à des habitudes plus décidées , d'autant qu'il est aisé de faire voir 
que la différence dont il est ici question, tient uniquement à la variation- d'un 
©rgane peu important par lui - même. En effet , de plus fortes dentelures sur la 
ligne moyenne du ventre ne sont jamais que le résultat d'écaillés plus grandes, 
adaptées à une carène plus étroite. 

Il ne s'ensuit pas cependant que cette considération dans les dupées ne four- 
nisse point un caractère d'un ordre plus élevé; mais alors c'est que, dans ce cas 
particulier, la plus grande valeur provient de son accord constant avec les autres 
traits qui distinguent cette famille. Quelque contradictoires que paroissent ces 
résultats, on y est réellement conduit par l'étude de tous les animaux, dès que 
c'est maintenant un principe bien constaté , que certains caractères s'allient le 
plus souvent à d'autres avec une constance et une harmonie parfaites , tandis 
qu'ils varient quelquefois pour chaque espèce dans d'autres familles d'ailleurs très- 
naturelles. 

Nous avons donné au serrasaime du Nil le nom spécifique de citharine 
\cuharus en latin], parce que nous avons cru reconnoître en lui le poisson dont 
Aristote , Athénée et Strabon ont fait mention sous le nom de citharus : ce nom , 
que les Latins ont quelquefois traduit par l'expression correspondante àtjidicida, 
lui avoit été donné, parce que ses côtes longues, presque droites et parallèles, 
présentent une sorte de ressemblance avec les cordes d'une harpe. 

Notre planche représente la citharine dans sa plus grande dimension. Elle n est 
pas fort commune dans le Nil ; cependant elle y est moins rare dans la saison 

du 



DES POISSONS DU NIL. A j 

du frai, parce qu'à cette époque les poissons, doués de plus d'activité, exigeant 
plus de moyens réparateurs, et livrés presque exclusivement à la reproduction de 
leur espèce, veillent moins attentivement à leur conservation. 

La citharine, semblable au serrasalme de Surinam par son port, en diffère 
cependant par sa nageoire dorsale plus reculée en arrière, par sa nageoire adipeuse 
plus grande, par ses écailles plus larges , et sur-tout par le grand nombre et l'extrême 
petitesse de ses dents : sa tête, qui est courte et déprimée en dessus et de côté , se 
détache aussi davantage du tronc ; les mâchoires sont d'égale longueur, et garnies 
de dents trop petites et trop flexibles pour être de quelque utilité ; une bride tégu- 
mentaire partage en deux chaque ouverture nasale ; enfin l'opercule est demi- 
circulaire et à bords lisses. 

La saillie antérieure du dos est formée de deux lignes qui se réunissent sous un 
angle d'environ cent degrés; la ligne latérale naît du point le plus élevé de la mem- 
brane branchiostége, et se rend droit à l'anus. Les écailles ont une forme irrégulière 
qui se rapproche de l'hexagonale; elles sont assez grandes, plus hautes que larges, 
toutes de couleur argentée, et fixées sur la peau, de façon que leurs différens 
reflets donnent lieu à l'apparence d'autant de rayures longitudinales qu'il y a de 
rangées de ces écailles. L'anus existe très-près de la nageoire qui porte son nom. 
Cette nageoire se prolonge jusque sur la queue, et est , en outre, remarquable 
par ses premiers rayons , qui sont plus longs que les autres. A l'égard de la na- 
geoire de la queue, elle est fourchue. 

Les couleurs de la citharine sont celles de la plupart des poissons , le blanc 
argenté, qui passe au glauque sur le dos : néanmoins la tête se fait distinguer par 
différens reflets bleus, pourprés, dorés et argentés ; enfin une teinte écarlate colore 
les nageoires inférieures, et ne colore si décidément que celles qui sont attachées 
à l'abdomen , que le lobe supérieur de la nageoire caudale n'est pas plus dans ce 
cas que la membrane de celle du dos : ces nageoires attachées à la poitrine n'ont 
de rouge qu'à leur origine. 

Le tableau suivant du nombre des rayons de chaque nageoire complète les 
renseignemens que l'extérieur de ce poisson est dans le cas de fournir : 

B. 4. D. 17. o. P. 13. V. 10. A. 27. C. 19. 

L'anatomie de la citharine la rapproche assez des cyprins, et sur-tout des espèces 
du grand genre salmo : néanmoins sa configuration générale a assez d'influence 
sur la forme de quelques-uns de ses viscères pour qu'il ne paroisse pas inutile d'en 
présenter ici une description. 

La cavité abdominale, fort étroite transversalement, mais très- étendue dans 
les deux autres sens , est partagée en deux parties presque égales par un dia- 
phragme formé par le péritoine : la cavité supérieure contient le rein et les vessies 
natatoires; et celle d'en-bas, tous les autres viscères. 

Le rein forme une masse rubanée , adossée à toute la portion inférieure de la 
colonne épinière. 

Les vessies aériennes ou natatoires existent au-dessous , l'une au bout de l'autre. 
h. n. F 



42 HISTOIRE NATURELLE 

L'antérieure est petite et conique ; elle est attachée par sa base à la saillie que 
forme l'occipital postérieur, et s'unit par son sommet à la grande vessie : celle-ci 
est cinq à six fois plus longue, et courbée en arrière, à-peu-près comme l'est une 
serpe de bûcheron. 

Deux muscles alongés, semblables à deux rubans étroits, naissent, à la partie 
inférieure et postérieure de la graude vessie , d'un point commun , d'où ils 
s'écartent pour se porter sur les flancs de ce viscère et s'y prolonger parallèlement : 
parvenus près de la vessie antérieure, ils se partagent chacun en deux branches, 
lesquelles , après avoir traversé le collet qui sépare les deux vessies , se réunissent 
ensemble par paire, chacune avec sa congénère ; une de ces paires entoure l'ouver- 
ture du canal pneumatique, et sert à sa fermeture. Les fibres de ces deux muscles 
sont transversales, de façon que leur contraction resserre les vessies sur leur largeur. 

Je ne connois pas d'autre appareil aux vessies aériennes pour en opérer la com- 
pression ; car les côtes et les muscles abdominaux, auxquels ces fonctions sont 
dévolues dans les autres poissons, sont, dans la citharine , engagés et conformés 
de manière à n'avoir presque aucune action sur elles. Les côtes ne sauroient, en 
effet, osciller sur leur axe , à cause de leur adhérence au bord abdominal , ni presser 
les vessies aériennes, étant, dans la portion qui leur est adossée, renforcées par 
une arête vive , saillante et extérieure. 

Elles sont, d'ailleurs, au nombre de dix-sept de chaque côté; elles circonscrivent 
entièrement la cavité abdominale , et forment un support solide aux masses mus- 
culaires dont elles sont tapissées à l'extérieur : ce sont dix-sept lames d'égale gran- 
deur, hors les trois dernières, presque droites, coudées seulement vers le haut 
pour leur articulation avec l'épine du dos, et sensiblement plus larges à leur moitié 
supérieure, indépendamment de l'arête dont nous avons fait mention plus haut. 

Tous les autres viscères contenus dans la seconde cavité de l'abdomen, sont : 

i.° Le foie, qui est peu volumineux : il est formé de trois lobes; le plus 
grand , qui tapisse toute la hauteur et la convexité antérieure de l'abdomen ; le 
second, qui accompagne l'œsophage ; et le troisième, le plus petit des trois, qui 
se porte , ainsi que la vésicule du fiel , sur l'estomac ; 

2. L'œsophage, qui est formé par un canal presque aussi long que l'estomac, 
et dont le col est remarquable par un sphincter ; 

3. L'estomac : c'est un sac alongé , cylindrique, d'un diamètre double seule- 
ment de celui du plus gros intestin, et qui est dans une position renversée à l'égard 
de l'œsophage, à cause du coude qu'il forme avec lui ; 

4-° Le canal intestinal, à la naissance duquel se voit un petit nombre de petits 
cœcum: au-dessous sont tous les intestins grêles, roulés sur eux-mêmes en spirale, 
et décrivant des ellipses à l'extérieur et des cercles en dedans; sur le côté de cette 
masse existent trois portions droites, qui sont une partie des intestins grêles, le 
colon et le rectum : ces deux derniers intestins sont de la même longueur, et de 
toute celle de la cavité abdominale elle-même; le colon est principalement 
remarquable par sa grosseur et par des lames ou demi-feuillets dont son intérieur 
est garni ; 



DES POISSONS DU NIL. A. « 

H: 5 

5 .° Le pancréas : il est appuyé sur la courbure que le colon forme vers le haut ■ 

6.° Et enfin les testicules ou ovaires : ce sont deux longs rubans , comme 
dans la plupart des poissons. Je n'ai point trouvé de vessie urinaire. 

L'affinité de la citharine avec toutes les autres espèces du genre salmo se 
déduit également de la considération des diverses pièces de son squelette : c'est 
le même plan, sauf quelques différences dans la proportion des parties; encore ces 
différences se réduisent-elles à peu de chose à l'égard des pièces du crâne. 

Les quatre rayons branchiostéges, les os du bras, ceux de l'épaule, la clavicule, 
le furculaire et l'omoplate, sont autant de lames minces et flexibles; la seule pre- 
mière côte est d'une grandeur et d'une épaisseur remarquables. 

La colonne épinière est formée de quarante- une vertèbres, surmontées toutes, 
hors la dernière, par de longues apophyses. Dix-sept servent à l'articulation des 
côtes. Les cinq suivantes concourent avec elles à la formation de la voûte de la 
cavité abdominale; elles sont déjà pourvues d'apophyses inférieures, qui sont d'au- 
tant plus grandes qu'elles se rapprochent de l'anus. On doit aux dix-neuf autres le 
nom de coccygiennes ; elles se distinguent de celles-ci par de plus longues apophyses 
inférieures et par l'appui qu'elles donnent aux pièces qui portent la nageoire anale. 

Le nom que la citharine porte présentement en son pays , ne répond pas à l'idée 
que les Grecs s'en étoient faite : les Arabes ont montré, en cela, moins de discer- 
nement que l'ingénieuse nation qui les avoit précédés dans l'occupation de l'Egypte; 
ils l'ont comparée, sans doute à cause de sa largeur, à la lune dans son plein, et 
lui en ont donné le nom [qamar el-lelleh , astre du soir, astre de nuit). 

Nous avons eu occasion de goûter de la chair de ce serrasalme : elle est fade, 
comme celle de tous les poissons du Nil ; elle ne conserve, sur-tout, rien de la 
saveur particulière à la plupart des salmones. Cependant Epicharme , cité par 
Athénée , l'a donnée pour un mets agréable , ayant placé le citharus au nombre 
des poissons dignes d'être servis aux noces d'Hébé; Pline, au contraire, l'a jugée 
mauvaise , à la vérité, pour l'avoir comparée à celle des pleuronectes. Gâlien, 
qui en parle également, et qui cite l'observation d'un certain Philotinus, remarque 
qu'elle manque de consistance, ce qui est vrai, mais qu'elle peut cependant fournir 
une assez bonne nourriture. 

Enfin Aristote et Oppien traitent aussi de la citharine; c'est, suivant eux, un 
poisson qui vit solitaire, et qui se nourrit de végétaux, et notamment d'algues 
marines : mais auroient-ils réellement entendu parler, sous ce nom, de l'espèce 
que Strabon et Athénée mettent au nombre des habitans du Nil , et ce passage 
ne conviendroit-il pas plutôt à une autre espèce de la Méditerranée l 



H. N. 



44 HISTOIRE NATURELLE 

LE CHARACIN NÉFASCH, 
Characinus Nef asc h. Lac. 



I L semble qu'il n'y avoit rien de plus facile que d'être d'accord sur la nomen- 
clature et la synonymie du néfasch, puisqu'il n'est encore décrit que par un seui 
auteur, Hasselquist, dans son Voyage en Palestine , page 3/$. On eût d'ailleurs 
inutilement désiré un guide plus sur et des observations plus exactes. 

Mais ce qui, plus que tout cela, devoit préserver de l'oubli l'unique descrip- 
tion du néfasch que nous ayons, est l'ancienneté de sa publication. Elle parut en 
1757, long-temps avant ces ouvrages généraux, ces Systèmes de la nature , où l'on 
a la prétention de donner un aperçu des travaux des savans, et de présenter le 
tableau de toutes les espèces connues. 

Hasselquist avoit donné au néfasch le nom de salmo Niloticus. Son ouvrage 
n'avoit pas encore paru, que Linnéus fut chargé de rassembler tous les objets 
qu'il avoit recueillis dans son voyage, et de les disposer dans le cabinet du prince 
Adolfe- Frédéric. Ce grand naturaliste eut bientôt occasion de les passer en 
revue; il le fit à l'époque où, se proposant de publier la suite de la Description 
du cabinet du prince Adolfe , il annonça dans un prodromus les objets sur lesquels 
rouïeroit le second volume. 

C'est dans cet ouvrage qu'il publia un salmo Niloticus. On devoit croire et 
l'on fut effectivement persuadé qu'il avoit entendu parler, sous ce nom, du salmo 
Niloticus de son disciple. Mais Linnéus , trompé sans doute par une transposition 
d'étiquettes , décrivit une tout autre espèce ; ce qui n'est point équivoque , puis- 
que les caractères (1) qu'il assigne à celle-ci ne conviennent ni au salmo d'Has- 
selquist, ni à aucun autre salmo du Nil. Il répéta plus tard la même faute dans la 
douzième édition du Systema naturœ. 

Gmelin ne manqua pas de la transcrire dans la treizième ; et il trouva de plus 
le moyen d'embrouiller de nouveau la synonymie de ces salmo, par le mauvais 
emploi qu'il fit d'un passage de la Faune Arabique. 

En effet , Forskal y avoit aussi décrit un salmo Niloticus : mais la preuve que , dans 
les notes qu'il a laissées et que ses éditeurs n'ont pas toujours entendues dans leur 
vrai sens, ce savant naturaliste n'avoit voulu, par le mot Niloticus , qu'indiquer la 
patrie de ce poisson, c'est qu'il ajoute qu'il faut bien se garder de le confondre 
avec le salmo Niloticus d'Hasselquist ; que ce sont deux espèces très-distinctes , et 
qu'elles sont connues des Égyptiens sous deux noms différens, celle-là sous le nom 
de rai , et celle-ci sous celui de néfasch (2). 

(1) Pinnls omnibus fiavescentibus , corpore toio albo , (2) Salmo Niloticus est Arabum rai, radiis D. 9, 

D. p. 0, P. ij. V.p.A. 26. C, i 9 . Mus. Ad. Fred. prodr. adebque diversissimus ab H asselquistii (Nihtico), qui est 
p.fp. 2, Systema naturae, 12/ édition, A^gyptiorum néfasch. Forskal, p. 66. 



DES POISSONS DU NIL. Ar 

Comment donc est-il arrivé qu'après un témoignage aussi positif, Gmeiin n ait 
admis qu'une partie de l'opinion de Forskal, et qu'en insérant dans son cata- 
logue la nouvelle espèce de ce voyageur, dont il changea seulement le nom en 
celui de salmo /Egyptiiis , il ait ensuite donné cette étrange assertion, que c'étoit-là 
le néfasch des Égyptiens, le salmo Nilotkus d'Hasselquistî On doit sans doute de 
l'indulgence à d'aussi grandes compilations que celle d'un Sysmna naturœ : mais 
cependant, quand on considère que de tels ouvrages deviennent, par l'insou- 
ciance du plus grand nombre des naturalistes, des livres classiques, on ne sauroit 
trop vivement regretter qu'il s'y introduise de semblables erreurs. 

On a cru y remédier dans ces derniers temps (i) par le nom de néfasch rendu 
à ce poisson, tandis qu'on a, au contraire, laissé les choses dans le même état 
en se bornant à traduire la description de Gmeiin (2) , qui, en dernière analyse, 
n'est qu'un assemblage monstrueux de traits qui appartiennent , partie au néfasch , 
et partie au raï. 

Enfin nous avons adopté les noms de M. le comte de Lacepède (3), parce 
que le néfasch fait effectivement partie du nouveau genre characin établi par ce 
savant ichthyologiste. 

Le néfasch, systématiquement parlant, appartient à ce genre, d'après la con- 
sidération de ses quatre rayons branchiostéges : mais d'ailleurs il a tant d'affinité 
avec le serrasalme citharine , qu'il devra en être très-voisin dans une méthode 
naturelle. Il forme même un chaînon intermédiaire qui lie cette espèce aux vé- 
ritables characins : plus long que la citharine, il est plus court que ceux-ci. Sa 
plus grande hauteur est à sa longueur à-peu-près dans la proportion de 1 à 3, 
et ces parties sont dans la citharine comme 1 à 2 , et dans les autres salmo ou 
characins du Nil, comme 1 à l\. 

Le néfasch , comparé à la citharine , a le museau plus obtus et pourtant plus 
alongé, la nageoire dorsale moins élevée et semi-elliptique, l'adipeuse plus pe- 
tite et pyriforme, toutes les autres nageoires, particulièrement celle de l'anus, 
beaucoup moins étendues , et les dents bien plus distinctes. 

Ces dents sont grêles, nombreuses, alongées, flexibles, contiguë's, disposées 
sur deux rangs, et sur-tout remarquables par la bifurcation de leur extrémité : le 
crochet d'une dent forme , en s'appuyant sur le crochet d'une dent voisine , une 
sorte d'engrenage qui rend toutes ces dents susceptibles de quelque résistance, et 
propres à de continuelles recherches dans les terrains du fond des rivières. 

La langue est libre en partie, déprimée, cartilagineuse, obtuse et glabre en dessus. 

La ligne latérale est comme dans la citharine. Les écailles sont dans le même 
cas, mais plus petites : on en trouve sur deux nageoires qui en sont ordinaire- 
ment dépourvues , telles que la seconde dorsale et la caudale. 

(1) Salmo néfasch. Bonnaterre, Encyclopédie méthod. néfasch, et le reste, copié littéralement de Forskal, de 

planches de l'ichthyologie. ce " e du rai ' 

(2.) Nous la rapporterons ici: Radiis D. 23, dorso (3) Histoire naturelle des poissons , in-4.% tome V, 

vïrescente , dentihtis maxilice inférions majoribus. Ce pages 2/0 et 2/4. 
grand nombre de rayons est pris de la description du 



46 HISTOIRE NATURELLE 

La première nageoire du dos présente également un caractère remarquable : ce 
sont des taches, mais qui n'existent que sur sa membrane. On les a figurées dans 
notre planche avec trop de maigreur et sous l'apparence de traits linéaires. 

Enfin le néfasch est, en général, d'un cendré noirâtre : cette teinte est toute- 
fois relevée par les couleurs argentées et bleuâtres de l'opercule ; elle passe au 
glauque sur le ventre, et au brun sur le dessus de la tête. 

Les rayons des nageoires sont comme dans le tableau suivant : 

B. 4. D. 25. o. P. 18. V. 11. A. 14. C. 20 -+- 6. 

Hasselquist les a comptés un peu différemment : 

B. 4. D, 23. o. P. 17. V. 10. A. 16. C. 20. 

Mais c'est sans doute pour avoir négligé de petits rayons filiformes fixés au-devant 
des nageoires, comme ceux, par exemple , qui bordent la queue, et que j'ai indi- 
qués par le chiffre 6. 

Les dents du néfasch étant différentes de celles de la citharine, les viscères 
abdominaux présentent des différences analogues. On sait , en effet , qu'il n'ar- 
rive pas à l'un de ces systèmes de subir des modifications, que l'autre n'en éprouve 
de semblables. 

Ces différences se manifestent toutefois davantage dans la proportion des 
parties, qui ont en général plus de longueur dans le néfasch, attendu que sa 
cavité abdominale est plus longue et moins large verticalement. 

L'estomac et l'œsophage sont, dans ces poissons, également parallèles, et com- 
muniquent de même en arrière l'un avec l'autre; le foie entoure aussi avec ses 
trois lobes la portion de l'œsophage située en avant de l'estomac. 

Nous avons pris des mesures exactes des viscères du néfasch sur un des plus 
grands individus que nous nous soyons procurés; il avoit o m .620 de long, sur 
o m . i4o dans sa plus grande largeur. Nous donnerons ici ces mesures , en nous ser- 
vant du millimètre pour unité. 

i.° L'œsophage. Son diamètre, 20; sa longueur totale, 140; celle du col, 2. 

L'œsophage descend parallèlement le long de l'estomac , et communique avec 
lui sans valvule ni autre obstacle : son col est pourvu d'un muscle épais, faisant 
fonction de sphincter , et pouvant s'opposer au retour des alimens. Immédiate- 
ment au-dessous, est l'ouverture du canal pneumatique. Tout l'œsophage est 
membraneux , sauf une douzaine de fibres musculaires parallèles entre elles et 
longitudinales. 

2. L'estomac. Sa largeur, 120 millimètres ; son diamètre, 18. 

L'estomac se distingue de l'œsophage par sa contexture : c'est un muscle d'une 
épaisseur considérable ( 3 millimètres) , composé de fibres entre-croisées et peu 
apparentes. Le coude qu'il forme avec l'œsophage, n'est pas musculeux; il est ter- 
miné, 'à son autre extrémité, par une valvule qui ne permet plus de retour aux 
matières qui en sont sorties. 



DES POISSONS 1DU NIL. Aj 

3. Le foie forme une masse assez épaisse, ayant 1 10 millimètres de pourtour : il 
enveloppe l'œsophage à sa partie supérieure. Un des trois lobes dont il est com- 
posé, est terminé par une languette de 1 80 millimètres, laquelle adhère d'abord aux 
parois extérieures de l'estomac , et se prolonge au-delà sur le colon. La vésicule du 
fiel, longue de 8 millimètres, est engagée dans la partie du tissu cellulaire qui 
réunit deux replis de l'intestin. 

4-° Les cœcum. A la naissance de l'intestin, au-dessous et autour du pylore, est 
une couronne d'environ cinquante cœcum qui ont de 2 jusqu'à 6 millimètres de 
long; les plus grands se voient auprès de l'estomac : ils diminuent par degrés, jusqu'à 
disparoître entièrement. Quoique rangés sur une même ligne, ils ne débouchent 
pas tous dans l'intestin , mais seulement par douze ouvertures plus grandes alors 
que le diamètre de chacun d'eux. J'ai remarqué distinctement, à leur fond, comme 
autant de petites bouteilles remplies d'une liqueur blanchâtre. Devra-t on conclure 
de cette observation que ces cœcum, ou du moins les plus petits, commencent 
cette sorte d'élaboration qui est proprement l'objet des vaisseaux lactés l 

y Le canalimestinal. Sa longueur, 800 millimètres; son plus grand diamètre, 1 <. 

Le canal intestinal est formé de huit longues portions repliées sur elles-mêmes : 
la plus longue des huit est l'intestin rectum ; vient ensuite une autre portion qui 
lui est adossée , et qu'on reconnoît pour le colon à son tissu différent et à son plus 
grand diamètre ; le reste du canal intestinal , qui correspond aux petits intestins , 
est moins long et moins étroit que dans la citharine. 

6.° La rate forme une masse alongée, assez petite, engagée dans du tissu cellu- 
laire, et logée, à fa suite de l'estomac, dans deux replis de l'intestin. 

y.° Les organes de la génération. Longueur , 22 millimètres. 

Les testicules ne m'ont rien présenté de remarquable : ce sont deux longs ru- 
bans, placés au-dessous de la seconde vessie natatoire, et qui se dirigent parallè- 
lement d'arrière en avant. 

8.° Vessie urinaire. Elle m'a paru manquer dans le néfasch comme dans la 
citharine. 

9. Vessies natatoires. Longueur de la première, 4 millimètres; de la seconde, 
220; du canal pneumatique, 18. 

Un grand caractère distingue ces vessies natatoires de celles de la citharine , 
c'est de n'être pas enfermées de même : aucun repli ne forme de diaphragme au- 
dessous d'elles. D'ailleurs , ces vessies diffèrent peu ; la plus grande n'est pas éga- 
lement arquée. Le canal pneumatique a son insertion à la naissance de celle-ci; et 
c'est à ce point qu'aboutissent ces longs rubans musculeux dont j'ai donné , dans 
l'article précédent, une description détaillée. 

i.o.° Les reins. Ce sont deux masses spongieuses, de l'apparence et de la con- 
sistance du foie , qui, en longeant la rainure formée par la colonne épinière et le 
commencement des côtes , sont d'abord réunies et confondues , mais qui de- 
viennent distinctes et en même temps très-volumineuses au point de la jonction 
des deux vessies ; les reins occupent exactement , en cet endroit , tout l'espace 
auquel donne lieu le rétrécissement des vessies à leur collet. 



48 HISTOIRE NATURELLE 

i i.° Le squelette. Le crâne, ainsi que tous les os du bras et de la langue qui 
s'y articulent , ne diffèrent pas assez des mêmes parties dans la citharine , pour 
que nous nous y arrêtions davantage. 

II n'en est pas de même du tronc : la colonne épinière du néfasch est composée 
de quarante-six vertèbres; de trente, qui portent des côtes, et de seize, qui en 
sont dépourvues. Les quatre dernières de ces vertèbres coccygiennes finissent par 
se souder les unes aux autres, et, ainsi transformées en une lame épaisse, par deve- 
nir, pour la nageoire caudale, un point d'appui d'une solidité parfaite. 

Les côtes ne sont ni assez longues pour atteindre à l'arête abdominale, ni assez 
renforcées près des vessies aériennes pour ne pas céder sous l'action des muscles 
abdominaux : elles peuvent donc être employées, au gré de l'animal, à comprimer 
ses vessies aériennes; et elles ont réellement, dans le néfasch, tous les genres d'uti- 
lité qu'on leur a reconnus dans la plupart des poissons. 

Toute nageoire dorsale, comme on le sait très-bien , ne repose pas immédia- 
tement sur des muscles ou sur les apophyses montantes des vertèbres , mais est 
assise sur une série d'apophyses particulières. Il n'y a jamais moins de ces apo- 
physes tutrices que de rayons à la nageoire. 

Ces apophyses , se soudant avec l'âge , adhèrent ensemble, dans le néfasch, par 
l'interposition d'autant de lames osseuses; et les antérieures sont, de plus, remar- 
quables par de vives arêtes latérales qui en augmentent l'épaisseur , et conséquem- 
ment la solidité. Mais ce qu'il y a , en outre , de plus favorable pour la fixité de la 
nageoire dorsale, ce sont dix autres apophyses semblables, qui existent entre elle 
et la tête , quoiqu'elles n'aient rien à soutenir dans cet intervalle : elles forment 
là une sorte de chaîne , dont la première pièce est articulée avec le crâne , et la 
dernière avec le premier rayon de la nageoire. 

CONCLUSION. 

Le néfasch ressemble à la citharine, mais non jusqu'à lui appartenir comme 
espèce du même genre : ses dents, si longues, si nombreuses et si singulièrement 
bifurquées , ne nous ont pas trompés , en nous faisant pressentir un tout autre 
arrangement des organes de la digestion, puisqu'il résulte de la considération de 
ceux-ci qu'il est en effet plus décidément carnassier que la citharine ; et il étoit non 
moins intéressant de constater comment ses vessies aériennes ne participent plus 
aux anomalies dont celles de la citharine nous ont offert un si singulier exemple. 



LE 



DES POISSONS DU NIL. 



49 



LE CHARACIN RASCHAL 

ET 

LE CHARACIN RAÏ. 



.Le temps a consacré l'usage introduit par Artédi , d'appliquer le nom de salmo à 
tous les poissons abdominaux qui, ayant deux nageoires dorsales, en ont une des 
deux fort petite , privée de rayons , et formée seulement par une simple expansion 
de la peau. 

Il a sans doute fallu, avant de songer à ranger les poissons dans une série na- 
turelle, s'occuper d'abord des moyens de les distinguer; et il n'est pas étonnant 
qu'à l'époque où l'on n'employoit à la distinction des êtres que les choses de leur 
extérieur ies plus apparentes, on ait accordé autant d'importance à cette seconde 
nageoire dorsale, qu'une mollesse habituelle a fait désigner sous le nom de nageoire 
adipeuse. 

On ne peut, en effet, expliquer le choix qu'on en a fait comme caractère géné- 
rique , que par la commodité qu'on a trouvée à s'en servir ; car , d'ailleurs , il est 
impossible d'indiquer l'usage de cette partie , et il l'est également de lui trouver 
quelque influence sur l'organisation. Comme pièce de l'extérieur, elle n'a d'action 
ni sur les muscles, ni sur les parties du squelette en contiguïté avec elle : c'est tout 
simplement une excroissance du système cutané. Qu'elle existe dans un poisson , 
ou qu'elle vienne à y manquer, rien n'est au surplus changé dans la condition de 
cet être ; ses goûts, ses habitudes et ses allures n'en sauroient être affectés. 

Une circonstance semble pourtant la relever aux yeux du physiologiste , c'est 
la fixité de sa position. On ne trouve effectivement de nageoire adipeuse que vers 
la naissance de la queue : mais il en est une cause appréciable ; le lieu où s'attache 
cette partie en détermine la nature. Placée plus haut, ce ne seroit plus une na- 
geoire adipeuse , une nageoire rudimentaire : mais elle deviendrait ce qu'est la 
deuxième dorsale dans les autres poissons , c'est-à-dire , une nageoire complète 
et pourvue de tous ses rayons , ceux-ci existant par-tout où ils trouvent à se dé- 
velopper. 

Il est d'autres organes de l'ordre d'une nageoire adipeuse qui appartiennent 
aussi au système cutané , dont on n'aperçoit pas davantage la liaison avec les 
choses de leur voisinage, et dont l'inutilité est également manifeste, qui ne sont 
pas moins considérés comme ayant une certaine valeur : tels sont ceux qui nous 
fournissent des indications infaillibles d'une conformation commune à plusieurs 
espèces. Mais la nageoire adipeuse n'est pas dans ce cas : on ne peut pas dire 
qu'elle ne se trouve que dans des poissons qui ont d'ailleurs la plus grande affinité, 

G 

H. N. 



JO HISTOIRE NATURELLE 

puisqu'en nous bornant aux quatre espèces du Nil où elle existe, on voit qu'elle 
réunit des êtres qui diffèrent les uns des autres, non-seulement par les proportions 
de leurs parties respectives (ce qui ne peut avoir lieu que ce ne soit le produit de 
beaucoup de différences partielles) , mais encore , et d'une manière plus notable , 
par la forme et la nature des dents. 

La prééminence appartenoit sans doute à ce dernier caractère : les dents jouent 
un si grand rôle dans l'économie animale, et sont dans une corrélation si néces- 
saire avec les organes de la digestion, et, dans beaucoup de circonstances, avec 
ceux du mouvement , qu'on auroit dû espérer de leur emploi le même avantage 
dans la classification des poissons que dans celle des mammifères ; leur moindre 
modification influe sur les habitudes des animaux, et très-souvent aussi elles sont 
un indicateur excellent de l'état des viscères. 

Quoi qu'il en soit de ces observations , nous n'avons pas cru devoir nous 
écarter, à l'égard du ras.ch.al et du raï, de la détermination et de la nomenclature 
adoptées dans l'excellente Histoire des poissons de M. le comte de Lacepède : 
nous n'avons pas encore réuni assez d'observations pour combiner une méthode 
ichthyologique sur toutes les données de l'organisation. 

Mais nous nous devions d'insister sur les considérations précédentes, pour pré- 
venir le reproche d'anomalie qu'on n'est que trop disposé à faire aux ouvrages de 
la nature, quand on ne les trouve pas conformes aux règles établies. 

Ce n'est pourtant pas sans quelque regret que nous avons conservé les noms 
de characinus dentex et de characinits Niloticus, comme s'appliquant au raschal et 
au raï : on va voir pourquoi et de combien de méprises ils ont été le sujet. 

Le plus anciennement cornu de ces deux poissons est le raï. Ses dents grosses , 
courtes et ramassées , l'avoient fait prendre pour un spare par Hasselquist : mais 
Linnéus, entraîné par la considération de sa nageoire adipeuse, le ramena bientôt, 
et dans l'ouvrage même de son disciple, parmi les salmo , en lui donnant le nom de 
salmo dentex. Il lui ôta ce nom dans la suite , et en fit le cyprinus dentex , quand, 
disposant ses matériaux pour le deuxième volume de la Description du cabinet 
du prince Adolfe-Frédéric , il vint à passer en revue les animaux provenant du 
voyage en Palestine , et qu'il s'aperçut ou crut voir que ce poisson n'avoit point de 
nageoire adipeuse. Le raï est , en effet, donné pour un cyprïnas , dans le prodrome 
de ce second volume et dans la douzième édition du Systema naturœ. 

Une autre méprise produisit une erreur d'un effet plus fâcheux. La description 
qu'Hasselquist avoit faite du raï, est aussi exacte et aussi complète qu'on pou- 
voit l'attendre d'un aussi habile naturaliste ; il ne se trompa que sur son nom 
appellatif en Egypte , kalb el-bahr (i), qui est celui du raschal, aussi nommé kelb el- 
moyé. Il paroît que Forskal ne donna d'attention qu'à cette citation , et , certain 
d'avoir sous les yeux le véritable kalb el-bahr, il transporta, sans s'en douter, le 
nom de salmo dentex du raï au raschal. 

Gmelin , qui vint ensuite, et qui travailloit avec trop de promptitude pour 
prendre le temps de comparer ensemble deux descriptions originales , se borna à 

(i) Kalb el-bahr, c'est-à-dire, chien de mer. Kelb el-moyeh , oa chien d'eau. 



DES POISSONS DU NIL. c j 

adopter toutes les opinions de ForskaI ; il crut rétablir le salmo dentex d'Hassel- 
quist, quand il lui appliquoit les caractères d'une espèce entièrement nouvelle; 
et, comme si ce n'étoit assez de cette première erreur, dans le même temps qu'il 
faisoit perdre au raï le nom de dentex , il lui donnoit celui de Niloticus , qui appar- 
tenoit au néfasch : étrange compensation, qui ne pouvoit être soupçonnée par 
aucun naturaliste sédentaire. 

Aussi est-il arrivé que les opinions de Gmelin ont prévalu , et qu'introduites 
dans des ouvrages très-recommandables, elles ont effectué sans retour la trans- 
position de ces deux noms. 

Le raschal et le raï se ressemblent par un même fades, qui est assez celui des 
cyprins, ainsi que l'a reconnu Linnéus. Le raschal est néanmoins plus alongé que le 
raï : sa tête, sans être très-longue, l'est aussi proportionnellement davantage; enfin 
sa nageoire anale est plus courte et plus large. 

L adipeuse est très-petite dans tous les deux , la ligne latérale presque égale , et 
les écailles à-peu-près de même grandeur. 

Tous deux sont aussi de la même couleur, d'un blanc d'argent, qui prend une 
teinte de verdâtre sur le dos : cette ressemblance s'étend jusqu'au lobe inférieur 
de la queue, qui est également coloré en écarlate. 

On peut distinguer le raschal du raï par une différence dans le nombre des 
osselets de la membrane des ouïes et dans celui des rayons de la nageoire anale, 
ainsi que le tableau ci-joint en offre la preuve : 

"Le raschal. B. 4» D. 10. o. P. 15. V. 9. A. 13. C. 17 -+- 8. 
Le rai. B. 3. D. 10. o. P. 15. V. 9. A. 22. C. 19 -+- 5. 

Hasselquist porte à 2^., et Linnéus à 26, les rayons de la nageoire anale qu'ils 
ont observés sur le raï. 

Mais en quoi ces deux poissons cessent d'être comparables, c'est dans la con- 
formation des dents. 

Le raschal en a douze, rangées sur une seule ligne à chaque mâchoire; toutes, 
hors les deux petites des coins de la bouche, très-écartéës les unes des autres; 
alternes par rapport à celles de l'autre mâchoire, s'entre-croisant, et toujours 
apparentes; longues enfin, grêles et un peu arquées. 

La grandeur de ces dents et l'air menaçant que donnent à la physionomie de 
ce poisson leurs tiges toujours visibles et leurs' pointes acérées, sont sans doute 
ce qui l'a fait surnommer par les anciens , le vorace ou phager. Ce n'est qu'à lui, en 
effet, que s'applique le passage suivant de S. Clément d'Alexandrie : «Lephager, 
» si remarquable par sa voracité et sa nageoire ensanglantée , est des premiers à 
» descendre de la Nubie avec les grandes eaux du fleuve. » 

Les dents du raï sont plus compliquées dans leur forme. Ce qui s en voit 
d'abord , c'est qu'elles sont courtes , grosses et contiguës. En les examinant en- 
suite avec plus d'attention , on voit qu'elles sont disposées sur deux rangées à la 
mâchoire supérieure, six en devant et huit en arrière; et sur une seule rangée 

et au nombre de huit, à la mâchoire d'en-bas. 

g % 

H. N. 



j2 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS DU NIL. 

Les huit dents du palais ne sont formées que d'une tête large , crénelée sur les 
bords, et creuse au centre : les six dents rangées au-devant sont au contraire 
terminées en cône. 

Celles-ci sont reçues dans la couronne évasée des six dents de la mâchoire 
inférieure qui leur correspondent : elles s'y emboîtent avec d'autant plus de pré- 
cision, qu'un onglet des dents d'en-bas s'appuie sur leur face antérieure. 
- Les deux premières dents d'en-bas offrent en outre une particularité remar- 
quable; c'est une portion conique qui naît du milieu de la tranche, et qui s'élève 
parallèlement à l'onglet et plus haut que lui. II n'y a le plus souvent de vide 
entre les dents supérieures que pour loger une seule de ces excroissances ; et 
alors , ou l'une des deux ne se développe pas , ou le battement des mâchoires en 
opère l'usure. 

A ces différences dans les dents , en correspondent d autres dans les os maxil- 
laires : ceux-ci sont forts et très-larges dans le raschal , et d'une petitesse singulière 
dans le raï. Quoique la tête du premier soit plus longue , les pièces osseuses qui 
la bordent en arrière et qui portent les nageoires pectorales , sont plus courtes : 
cette différence, discordante au premier aperçu, devient possible, à cause du plus 
de longueur du sternum dans le raschal que dans le raï. Les clavicules, au moyen 
de cette pièce intermédiaire , n'en sont pas moins appuyées sur les os hyoïdes. 

Les côtes sont courtes et flexibles : l'abdomen, quelles circonscrivent, est plus 
long dans le raschal, qui a vingt-neuf vertèbres ventrales et dix-sept coccygiennes; 
les vertèbres qui portent des côtes, sont, dans le raï, au nombre de vingt-trois, 
et celles de la queue, au nombre de vingt-une. 

Celui-ci a de fausses apophyses tutrices, qui manquent à l'autre; je les ai dé- 
crites dans le néfasch, où elles occupent l'intervalle qui existe entre la tête et la 
première dorsale. 

Le raï est figuré (pi. 4) de grandeur naturelle , tandis que le raschal ne l'est 
guère qu'à moitié des plus grands individus que j'ai vus. 

Le raï se nourrit de vers , d'oeufs, et d'immondices qu'il épluche entre ses dents 
le raschal est plus décidément carnassier, ainsi que ses dents le laissent assez juger. 

Enfin je compléterai les renseignemens que j'ai à donner sur ces deux pois- 
sons , en observant qu'on ne les trouve , du moins abondamment , qu'à l'époque 
de l'inondation : le raschal est particulièrement un des premiers à paroître, et à 
remonter le fleuve quand il est dans son décours. 



DESCRIPTIO 



DU 



PALMIER DOUM DE LA HAUTE EGYPTE, 

OU 

CUCIFERA THEBAÏCA; 

Par M. DELILE, 

Membre de l'Institut d'Egypte. 



JLe Doum croît auprès des monumens de Philae, de Thèbes et de Denderah. 
Sa verdure contraste avec la sécheresse des lieux qui l'environnent. En s'élevant 
dans les plaines presque stériles qui bornent le désert, il présente un rempart 
contre les vents et les sables; et il rend propres à la culture, des lieux qui seroient 
abandonnés, s'il ne les abritoit. Il reçoit sous son ombre les sensitives épineuses, 
qui croissent rarement dans les champs arrosés par le Nil; et, en se portant du 
côté du désert, il contribue à l'agrandissement des terres cultivées. Il croît aussi 
sur les bords du Nil, et il est commun dans la haute Egypte, au-dessus de Girgeh. 

C'est à peu de distance de cette ville qu'une des îles du fleuve a reçu le nom 
d'île des Doum, parce qu'elle produit ces arbres en grand nombre. Au nord de 
cette partie de l'Egypte, le Doum devient rare; mais il croît naturellement fort 
loin vers le sud. 

Il forme, par son tronc rameux, une exception remarquable dans la famille des 
palmiers. Il s'élève ordinairement à huit ou dix mètres (i), et se partage d'abord 
près du sol en deux branches , de chacune desquelles il en sort deux autres qui 
quelquefois se bifurquent plus haut. Le tronc a un mètre (2) de circonférence; il 
est presque uni , et marqué d'anneaux que les pétioles forment en se détachant du 
bois. Ces anneaux, hauts de deux doigts ou davantage sur la première partie du 
tronc , sont plus courts sur les branches. Cette diminution provient du ralen- 
tissement de la végétation lorsque l'arbre est vieux. Les branches terminales sont 
couronnées de faisceaux de vingt à trente feuilles palmées , longues de deux mètres 
ou deux mètres et demi (3). Leurs pétioles ont un peu plus de la moitié de cette 
longueur; ils sont demi-cylindriques, taillés en gouttière en dessus, terminés en 

(1) Vingt-cinq à trente pieds. (2) Trois pieds. (3) Six ou sept pieds. 



j4 DESCRIPTION 

gaine à la base, et garnis d'épines sur les bords. Le sommet de chaque pétiole se 
termine inégalement sur les côtés, pour donner attache à la lame demi-circulaire et 
plissée qui résulte de l'union des folioles : celles-ci sont réunies dans leur moitié 
inférieure, et représentent un grand éventail ouvert; elles sont libres à leurs som- 
mets, où elles se rétrécissent, et sont séparées par des filamens roulés en spirale 
qui se détachent d'entre elles. 

Les fleurs sont mâles ou femelles sur des pieds différens. De longues grappes 
les produisent au-dehors de spathes dans les aisselles des feuilles. Ces spathes , 
formés d'une seule pièce , s'ouvrent sur le côté , et sont petits en comparaison 
de ceux du Dattier; ils contiennent les gaines ou spathes partiels propres aux 
rameaux des grappes. Chacun de ces rameaux se termine par plusieurs épis ou 
chatons couverts d'écaillés imbriquées, que des faisceaux de soies séparent, et du 
milieu desquels sortent des fleurs solitaires fort petites. 

Les fleurs mâles ont un calice à six divisions, dont trois extérieures, étroites, 
sont redressées contre un pédicelle qui soutient les trois intérieures plus larges. 
Ces dernières divisions sont ouvertes et écartées. Le pédicelle sur lequel elles 
naissent, porte aussi les étamines, qui sont au nombre de six, et dont les filets, 
réunis par leur base au centre des divisions, sont tellement disposés, que trois 
alternent avec ces divisions, tandis que les trois autres leur sont opposés. Une 
anthère ovoïde termine chaque filet. 

Le calice des fleurs femelles est plus grand que celui des mâles, et se divise en 
six portions presque égales : il est placé au-dessous d'un ovaire à trois lobes. Cet 
ovaire grossit d'une manière irrégulière. Un seul des lobes se développe communé- 
ment pour former le fruit, à la base duquel on remarque souvent deux tubercules 
qui remplacent les lobes avortés : mais lorsque deux ou trois lobes se développent 
ensemble, ils produisent autant de fruits soudés par la base , sur lesquels une 
même écorce passe de l'un à l'autre , et dans chacun desquels se trouve une 
semence parfaite. 

Le fruit est un drupe sec, jaunâtre, ovoïde, couvert d'une écorce fine, lisse et 
friable, qui cache un tissu particulier de fibres. Une pulpe d'une saveur mielleuse 
et aromatique est logée entre les fibres, qui, extérieurement, sont lâches et re- 
dressées : elles naissent d'une couche très-serrée à l'intérieur, et qui forme une 
enveloppe ligneuse. Le tissu dense de cette enveloppe ne se continue pas éga- 
lement de toutes parts pour former la paroi d'une loge complète ; il est inter- 
rompu dans un point à la partie supérieure, qui se perce aisément. Cette enve- 
loppe contient une amande ou semence de forme conique, quelquefois presque 
ovoïde, et élargie par une de ses extrémités qui lui sert de base. Cette semence 
est un peu tronquée au sommet, où l'embryon se trouve logé dans une petite 
cavité; elle est composée d'une substance blanche et cornée, qui laisse un vide 
dans le centre. Sa surface est recouverte d'une pellicule brune et écailleuse. 

Le bois, du Doum est plus solide que celui du Dattier. On en taille des 
planches dont om fait des portes dans plusieurs villages du Sa'yd. Les fibres 
de ce bois sont noires, et la moelle qui les unit est un peu jaune. Le bois 



DU PALMIER DOUM. r r 

des branches est mou, léger, et n'a point de couleur. Les feuilles sont employées 
à faire des tapis, des sacs et des paniers fort commodes et d'un usage très- 
répandu. Les fruits ont une pulpe pleine de fibres; ce qui n'empêche pas les 
paysans du Sa'yd d'en manger quelquefois. On en apporte beaucoup au Kaire, où 
on les vend à bas prix, On les regarde plutôt comme un médicament utile que 
comme un fruit agréable; ils plaisent cependant aux enfans , qui en sucent la 
pulpe , dont la saveur est exactement celle du pain d'épice. On en fait par. infusion 
un sorbet qui ressemble à celui que l'on prépare avec la racine de réglisse ou avec 
la pulpe des gousses de caroubier. Cette liqueur est douce, et passe pour salutaire. 

Le Doum fleurit tous les ans au mois d'avril. Il n'est pas besoin d'aider la 
fécondation en portant des fleurs mâles sur les grappes femelles ; la poussière des 
étamines , en volant dans l'air , imprègne suffisamment les ovaires. Les paysans 
du Sa'yd assurent qu'un Doum mâle peut féconder plusieurs pieds femelles éloi- 
gnés. Quoiqu'il avorte beaucoup de fruits sur les grappes, ils y sont fort serrés; 
s'ils nouoient tous , ils manqueroient d'espace pour se développer : une grappe 
en produit environ trente ou quarante. Ils sont très-pesans avant leur matu- 
rité. Ils se colorent et se recouvrent d'une poussière glauque, comme des prunes 
fraîches. 

La semence ou l'amande de ces fruits est d'abord cartilagineuse et remplie d'une 
eau claire sans saveur : dans les fruits mûrs, elle se durcit assez pour que l'on puisse 
en tourner des anneaux et des grains de chapelet faciles à polir. 

Pococke a donné , dans ses Voyages , un dessin et une description du Doum , qu'il 
nomme Palma Tlùbaïca , et qu'il regarde comme le Cncifera de Théophraste. 
L'Ecluse et les Bauhin en avoient aussi parlé, mais très -brièvement. G&ertner a 
décrit et figuré le même fruit : il en a formé un genre particulier, Hyphœne , à 
cause de la position de l'embryon au sommet de la graine. Deux espèces de ce 
genre sont décrites dans l'ouvrage de Gsertner : l'une, Hyphœne crinita (i), est la 
même que le Doum; l'autre, Hyphœne corïacea (2), diffère par son fruit élargi au 
sommet : ces fruits se ressemblent d'ailleurs beaucoup. On découvre dans les deux 
espèces le même tissu de fibres, lorsque la pulpe et l'écorce fine des fruits com- 
mencent à se détruire ; mais ces fibres , par une grande vétusté , se séparent plus 
facilement de Y Hyphœne corïacea que de X Hyphœne crinita. 

M. de Jussieu m'a fait voir un fruit d'Hyphœne coriacea qui est dans l'état où 
l'a figuré Gsertner, c'est-à-dire, privé de ses fibres extérieures et réduit à l'enveloppe 
coriace de la semence. II suffit délire la description de Gsertner pour se convaincre 
que ce fruit est très-fibreux dans son état naturel ; et lorsque Grew l'a décrit sous 
le nom de nucidactylus , il en a comparé les fibres aux crins d'une brosse. On ne 
peut assigner, entre les deux Hyphœne, d'autre différence qui paroisse constante, 
que celle de la forme des fruits. L'arbre qui produit XHyvhœne coriacea, n'est pas 
encore connu. 

La figure de ce fruit ou nncidactyhis de Grew (3) mérite d'être citée pour 
l'exactitude du genre. Elle représente très-bien les deux tubercules formés par les 

(1) Gœrtner, tom, II, p. ij, tab. 82, (2) Ibid. tom. I , p. 28, tab. 10. (3) Mus. tab. i6 ; n.° i. 



$6 DESCRIPTION 

deux semences ou lobes de l'ovaire qui avortent. Dans ce fruit, comme dans celui 
de la Thébaïde, l'enveloppe de la graine se perce aisément au sommet, et laisse 
une ouverture pour le passage de l'embryon, quand il a commencé à germer. Une 
disposition analogue se retrouve dans les fruits de palmiers à semences contenues 
dans des enveloppes ligneuses, et favorise la germination. Ces enveloppes ou 
noix, comme celles du Cocotier, ne contiennent qu'une graine , et sont marquées 
de trois cicatrices, dont une seule, qui est facile à percer, répond précisément à 
l'embryon ; les deux autres cicatrices aboutissent à des plaques ligneuses et restent 
fermées. 

J'ai conservé au Doum le nom de Cuàfera, sous lequel Théophraste l'a exac- 
tement décrit dans les termes suivans : « L'arbre appelé Cucifira ressemble au Dat- 
» tier; mais le tronc du Dattier est simple, tandis que celui du Ciicifera se partage 
» en deux branches, qui en produisent elles-mêmes deux autres, et qui portent 
» encore des rameaux courts et peu nombreux. Il produit un fruit remarquable 
» par sa grosseur, sa figure et son goût; il est assez gros pour remplir la main, 
» arrondi , un peu jaune ; et son suc est doux et agréable. Ce fruit renferme un 
y> noyau d'une grande dureté, dont on fait au tour des anneaux pour les rideaux. 
» Le bois du Cuàfera est meilleur que celui du Dattier : ce dernier est mou et 
« composé de fibres lâches; l'autre est, au contraire, serré, pesant, dur et veiné. 
» Les Perses recherchoient ce bois pour en faire des pieds de lit (i). » 

La description du même arbre dans Pline (2) ne diffère point de celle de Théo- 
phraste. Strabon (3) a fait mention des ouvrages tissus de feuilles de Cuci d'Egypte, 
qui avoient la fermeté et l'apparence des feuilles de jonc ou de palmier. 

Il ne paroît pas que cet arbre ait été employé dans les hiéroglyphes. Je n'ai 
point vu de figure qui le représentât sur les monumens de la haute Egypte ; et il 
est difficile de déterminer si ses fruits ou d'autres productions analogues ont servi 
à la composition de quelques ornemens des temples. 

Bruce rapporte que le Doum ou Palmier de la Thébaïde est le Cncifera des 
anciens; mais il paroît attribuer aux fruits, comme distinctive, une qualité qui est 
très -passagère, celle d'être amers. Cette amertume n'a lieu que dans les fruits verts; 
ils la perdent et deviennent doux et sucrés en mûrissant. Bruce rapporte aussi que 
le Doum croît dans la Nubie; ce qui est confirmé par les Nègres qui viennent du 
Dârfour et de Sennâr au Kaire. 

Forskal a observé le Doum en Egypte et en Arabie, et a parlé brièvement de ses 
usages (4). II a placé ce palmier, d'une manière incertaine, dans les genres Borassus 
et Corypha, et n'en a point donné de description. 

Le Doum a de l'affinité avec le genre Chamœrops , dont les feuilles ont presque 
la même forme; mais l'embryon, placé au côté de la graine dans le Chamœrops, 
et au sommet dans le Doum , établit entre ces deux genres une distinction 
importante et facile à saisir. 

On navoit bien connu jusqu'ici que. les fruits iïHyphœne ou Cuàfera. Le 

(1) Hist, plant. Iib. IV, cap. 2. (3) Geogr. Iib. XVII, p. 117c,, edit. Amstelœd. i 7 o8. 

(2) Hist. nat. Iib. xin , cap. 9. (4) Flora Arabix FelkU , p. xcvn. 

voyage 



DU PALMIER DOUM. r n 

voyage de la haute Egypte ma procuré l'occasion de décrire les fleurs de ce 
genre de palmier. J ai aussi comparé la description que Théophraste a faite du 
Cucifera, et je lai citée comme une preuve de l'exactitude et du mérite de ses 
ouvrages. 

Henri Etienne, auteur de l'excellent Dictionnaire ou Thésaurus linguœ Grœcœ, 
me paroît s'être appuyé (i) sur des observations et des règles exactes pour tra- 
duire par le mot Latin Cucifera, le nom qui désigne cet arbre dans le texte Grec. 
J'ai adopté le mot ainsi traduit, et je l'ai préféré aux noms diversement écrits, 
que plusieurs auteurs ont cités. 

Le nom Arabe de l'arbre et de son fruit est Doum. 

Il est appelé Amboui par les Barâbras des environs de Philae. 

Les synonymes suivans se rapportent au Doum : 

Çuciophoron. Anguillara, pag. 70. 

Cortusi fructus pro Bdellio missus , qui veriùs Cuci fructus nuxinterior. Clus. Arom. 
Hist. 1, fol. 160, icon. 

Palma cujus fructus Cuci. Bauh. Pin. fol. J09. 

Bdellii fructus. Lobel, icon. 2, fol. 150. 

Palmœ facie Cuciofera. CHABRyEi Sciagr. fol. 29, icon. 

Palma Africana coccifera , procerior et ramosa , trunco lœviore nigricante , radiato 
folio, ire. Lippi, manuscr. è biblioth. D. de Jussieu. 

Palma Thebaica dichotoma , folio flabelliformi , peduncidis spinosis , fructu racemoso 
sparso sessili. Pococke, Lond. 1743» tom - I> P a g- 2 §o , tab. 72 et 73. 

Hyphœne crinita. Gartner, de seminib. plant, tom. II, pag. 13, tab. 82. 

Doma. Lamark, Illustr. tab. 900, fig. ultima. 

Cucifera Thebaica. Tableau de l'Ecole de botanique du Muséum d'histoire 
naturelle, par M. Desfontaines , Paris , 1804. 

Hyphœne Cucifera. Persoon, Synopsis, 2, p. 623. 

Voici un résumé de la description : 

Flores dioici in spadicibus ramosis. Singulo spadici spatha i-phylla brevis. Ramuli 
spathis vaginantibus suffiilti, et supra vaginas radiai im divisi in ameuta tecta squamis 
imbricatis , setis fascicidatis et floribns solitariis interpositis. 

Masculi. Calix sex-partitus. Laciniœ très exteriores , angustœ , appressœ ; très interio- 
res è priorum fundo supra stipitem parvum élevât œ , crassiusculœ , patentes. Stamina sex. 
Fi lamenta basi c alita , calicis laciniis in ter i or i bu s affixa. 

Feminei. Calix infinis persistens , sex-partitus , coriaceus , laciniis sub-œqualibus, 
Germen trilobum. Stigmata , propter induratum gummi in floribus marcidis , forma et 
numéro incerta. Fructus. Drupa pyramidata , fibrosa , basi plernmque 2-tubercidata , 
magnitudine ovi gallinacei , mellitum suc cum parce exhibens , lœvi c ortie e tecta, fœta nuce 
coriaceâ monospermâ, apice tantummodo facile perviâ. Semen ovatum aut fere conicum, 
substantiâ albâ corneâ ; intîis cavum. Fmbryo in yertice seminis. 

(1) Tom. IV, foî. 1279. 

H 

H. N. 



jô DESCRIPTION DU PALMIER DOUM. 

Observatio. In niicibus Palmarum monospermis , et instar Cocos 3-ocellatis , 

for amen super est majusculum , lobo germinante , pervium. Puncta duo ligneâ occluduntur 

materiâ , et semina totidem abortiva compressaqne loculamenta indicant ; for amen verb , 

supposito embryoni favens , fragili obtegitur tympano. Cuciferœ affmis inde structura , 

cujus embryo in molliore fructûs apice reperitnr. 

Drupœ interdum duœ s eu très basi coadunatœ fructum referunt lobatum. 

Arbor candie e dichotomo ; foliis plicatis , palmato -flabelliformibus , filamentosis , 
petiolis margine aculeatis. 

Habitat in yEgypto super iore , Nubia et Arabia. Fructus idem cum Hyphœne crirrita 
Gœrtneri. Hyphœnes coriaceae , forma obeonicâ prœcipue discrepantis , flores, arbor et 
habitatio adhuc ignoti. 

EXPLICATION DES PLANCHES. 

Voye^ H. N. Botanique. 

Planche I/ c — Un Doum femelle portant des fruits. 
Planche id. Fig. 2. Un chaton de fleurs mâles. 

Fig. 3. Fleurs mâles détachées. 

Fig. 4- Fleurs femelles dont les ovaires ont commencé a se développer. 

Fig. 5 . Le fruit scié en deux parties égales dans sa longueur. 

Fig. 6. L'amande séparée. 
Planche II. — Une feuille avec une portion du pétiole, et une grappe de fruits où l'on 
voit h. disposition des rameaux et des spathes. 

Toutes ces figures, à l'exception de la première, qui représente Une vue de 
l'arbre en perspective , sont de grandeur naturelle. 



REFLEXIONS 

SUR 

QUELQUES POINTS DE COMPARAISON 

À ÉTABLIR 

ENTRE LES PLANTES D'EGYPTE 

ET CELLES DE FRANCE; 
Par feu M. COQUEBERT (i). 



O'il est vrai, comme la physiologie des plantes nous l'apprend, que les produc- 
tions du règne végétal doivent varier selon le sol où elles croissent et le climat 
quelles habitent, on jugera d'avance que celles de l'Egypte diffèrent absolument 
de celles de France. Pour avoir un point de comparaison, il seroit peut-être à 
propos de faire ici le tableau de l'aspect que présente la nature dans les régions 
tempérées de l'Europe ; mais je me contenterai de rappeler la variété des sites qui 
embellissent la France , la quantité de rivières et de ruisseaux qui l'arrosent, les 
montagnes, les plaines fertiles, les gras pâturages qui font sa richesse, enfin les 
forêts antiques qui contribuent à l'orner. On sent qu'un pays aussi diversifié doit 
être riche en végétaux. La France étant située vers le 45 - e degré de latitude, et 
s'étendant de plusieurs degrés au nord et au sud de cette ligne, réunit dans son 
sein des plantes de la nature la plus opposée. Les marais et les bois de la France 
septentrionale, ainsi que les hautes montagnes dispersées sur son sol, offrent au 
botaniste des productions naturelles à l'Angleterre , au Danemarck, à la Suède, et 
même à la Norvège ; d'un autre côté , le ci-devant Dauphiné est fertile en plantes 
de Suisse, du Piémont et d'Autriche; enfin les rochers des ci-devant provinces de 
Languedoc et de Provence, ainsi que les pics escarpés des Pyrénées, fournissent 
une abondante moisson de végétaux communs à l'Espagne et à l'Italie. 

On sent encore que, dans le même canton, il doit régner souvent une grande 
diversité dans les espèces que recueille le botaniste. Il cueillera, par exemple, 
sur des collines arides, les cistes, les thyms, les lavandes, qui font l'ornement de 
l'Europe australe : près de là, s'il se trouve un marais fangeux , il verra les carex , 
les joncs, les pédiculaires , les cirophorum, croître en foule et rappeler les climats 
septentrionaux. Ces exemples pourroient être multipliés à l'infini. Voyons si 
l'Egypte peut rivaliser sur ce point avec la France. 
: Toute l'étendue de l'Egypte est divisée en deux sortes de terrains qui n'ont 

(i) L'auteur avoit destine ce IVlémoire à être lu aux pour rendre un hommage à la mémoire de ce naturaliste, 

séances de l'Institut d'Egypte; il se proposoit aussi de enlevé, à la fleur de son âge, par l'épidémie d'Egypte 

compléter ses recherches et de développer les réflexions de 1801. 
que l'on y trouve. On a cru devoir en publier cet extrait 

h. n. H : 



6û COMPARAISON ENTRE LES PLANÎES d'ÉGYPTE 

aucune analogie entre elles, et qui présentent chacune des végétaux particuliers, 
appropriés à la qualité du sol. Le limon noir, gras et argileux dont est cou- 
Verte la vallée du Nil ainsi que le Delta, produit beaucoup de plantes que leur 
organisation destine à peupler les étangs, les mares, les fossés, les marécages les 
pins humides : leur existence est une suite de l'inondation du Nil. 

L'autre terrain, celui qui constitue le désert, est tout entier formé de sable : 
il ne jouit pas d'un aussi grand nombre de végétaux que le précédent, et ceux 
qu'on y trouve ont un aspect particulier qui indique bientôt leur origine. Leurs 
racines très-longues et fibreuses font connoître que ces plantes manquent de l'hu- 
midité nécessaire à leur végétation; l'instinct végétal (si j'ose me servir de cette 
expression) les porte à étendre au loin leurs racines pour pomper les moindres 
molécules d'eau répandues dans un grand espace. Leurs tiges , presque toujours 
dures et même ligneuses, sont souvent armées d'épines ou d'aiguillons, ou bien 
l'extrémité même de leurs feuilles est terminée par une pointe piquante , comme 
on le remarque dans certaines espèces de graminées. Leurs fleurs ne sont que 
rarement peintes de couleurs bien vives , et généralement elles sont petites et peu 
apparentes: Enfin leur feuillage est d'une teinte grisâtre qui n'égayé pas la vue. 

L'Egypte , quoique parcourue très-souvent par les voyageurs , est loin d'être 
parfaitement connue sous le rapport de l'histoire naturelle. Les recherches de 
Prosper Alpin, dePococke, d'Hasselquist , ont, à la vérité, enrichi la botanique 
d'un assez grand nombre de plantes. L'ouvrage dont ForskaI est l'auteur , et qui 
porte le titre de Flora Algyptiaco-Arabica , a sur -tout contribué à étendre nos 
connoissances; on y trouve un grand nombre de plantes recueillies en Egypte et 
en Arabie , et données comme nouvelles : mais ForskaI s'est souvent mépris dans la 
nomenclature; il a cherché à établir beaucoup de genres nouveaux, tandis qu'il pou- 
voit facilement rapporter ses espèces à des genres connus. Malgré ces défauts , on 
trouve dans son ouvrage des descriptions très-exactes et des remarques judicieuses. 

Les plantes d'Egypte cultivées à Paris exigent l'orangerie tous les hivers : la serre 
chaude ne leur conviendroit pas, elle n'est faite que pour les plantes de la zone 
torride; et quoique l'Egypte soit bornée au sud par le tropique du cancer, ses 
productions ne sont point les mêmes que celles de la partie de l'Afrique comprise 
dans cette zone. La Flore d'Egypte se rapproche plus de celle de Syrie, de Malte, 
de Candie , que de celle de Guinée ou d'Abyssinie. 

Les plantes de France éprouvent , chaque année, une gelée plus ou moins forte , 
qui ne produit sur elles d'autre effet que de suspendre leur végétation : cet effet 
se présente de trois manières différentes , selon que les plantes sont annuelles , 
vivaces ou ligneuses. Dans le premier cas , elles périssent après avoir répandu 
leurs graines en automne ; la graine reste enfouie dans la terre pendant la froide 
saison ; au printemps , elle germe et produit de nouveaux individus. Quant aux 
plantes vivaces , leurs racines restent également enfouies dans la terre : tant que 
dure le froid, elles semblent privées de vie ; mais, quand la température s'élève, 
elles poussent des tiges et des feuilles , et la plante végète avec une nouvelle 
vigueur. Les arbres restent aussi, en hiver, plongés dans une sorte de sommeil 



ET CELLES DE FRANCE. g t 

léthargique , dont ils sont tirés par la chaleur du printemps. Rien de semblable 
n'a lieu en Egypte, où le froid n'est jamais assez considérable pour suspendre 
ainsi la végétation. La défoliation des arbres, qui s'opère généralement en France 
au mois de novembre, n'a lieu qu'en décembre et janvier. D'un autre côté, la 
verdure renaît dès ie mois de février et de mars , tandis qu'il est rare en France 
qu'en avril tous les arbres soient revêtus de leurs feuilles naissantes. Toutes ces 
différences si remarquables ne sont dues qu'au climat et à l'influence d'un hiver 
semblable à un long printemps; car les arbres de la même espèce restent à peine 
deux mois dépourvus de leurs feuilles en Egypte, tandis que ce terme est de plus 
de quatre en France. 

Le terrain de l'Egypte étant très-peu varié, comme je l'ai dit plus haut , il résulte 
que des tribus entières de plantes, sur-tout celles qui habitent les bois et qui sont 
très-répandues en France, manquent absolument en Egypte. Il en est de même de 
celles qui croissent sur les montagnes élevées, et auxquelles Linnéus a départi le 
nom général d'alpines. Il est des plantes qui sont communes aux deux pays ; ce 
sont principalement celles des bords de la mer, et celles des champs de blé. Je 
citerai pour exemple le passerina hirsuta , plante ligneuse de la famille des thy- 
melées, qui est très-commune aux environs de Marseille et de Toulon, et qu'on 
retrouve à Alexandrie ; je citerai encore les frankenïa , petites plantes de la famille 
des cary ophy liées , qu'on rencontre également sur les côtes des deux pays. 

Quoique l'Egypte soit entièrement privée de forêts , elle jouit cependant de 
quelques-uns des avantages attachés à leur présence. Les sycomores, les cassiers, 
les lebbek, les napeca , sont de grands arbres très-touffus, dont le feuillage large 
est propre à donner beaucoup d'ombre. Ces arbres ont le double avantage d'or- 
ner les campagnes dans lesquelles ils sont répandus , et d'y offrir un abri contre 
les rayons ardens du soleil ; sans eux l'Egypte seroit presque totalement dépourvue 
de verdure au printemps, et ne présenteroit, à perte de vue, que de vastes champs 
poudreux, dont rien ne couperoit l'uniformité : car on ne voit pas dans ce pays ces 
beaux gazons si frais qui parent nos contrées tempérées , et encore plus les régions 
septentrionales ; les gramen ; qui constituent généralement ces gazons , n'existent 
pas en Egypte, ou bien ils demeurent isolés sans se réunir par touffes. D'ailleurs, 
l'action continuelle d'un soleil bridant dessèche ces plantes , et les bride jusqu'à 
la racine. On connoît les soins que prennent les Anglais pour se procurer de beaux 
gazons : qu'on juge , par les difficultés qu'on éprouve en Angleterre , dans un 
climat toujours humide et brumeux , des peines qu'il faudroit prendre pour entre- 
tenir la verdure en Egypte , seulement dans un espace resserré, tel qu'un jardin. 
Les gazons ne sont pas faits pour les climats chauds : la nature a voulu répandre 
ses bienfaits avec une certaine égalité ; elle a dédommagé les pays du Nord des 
brouillards, des pluies, des gelées, en leur accordant une verdure délicieuse; ceux 
du midi , jouissant d'un ciel toujours serein, n'y ont pas eu part. 

S'il est vrai de dire que la France offre des tribus de plantes dont l'Egypte est 
privée, il faut avouer aussi que le contraire a lieu pour certaines familles. L'Egypte 
présente beaucoup de dattiers ; la France n'en contient pas de naturels à son soi, 



6l COMPARAISON ENTRE LES PLANTES D'EGYPTE &C. 

Cet arbre est un des plus utiles parmi ceux que la nature a placés dans ce pays; 
toutes ses parties ont un usage quelconque : son fruit sain et nourrissant est un 
aliment agréable : son bois léger et poreux se travaille facilement ; on en fait 
communément des solives ; on peut aussi l'employer comme combustible : ses 
feuilles servent à faire des paniers, des couffes, des nattes, le. On emploie le 
réseau filamenteux qui s'entrelace à la base de ses feuilles , pour fabriquer des 
cordages grossiers, mais solides et peu coûteux. Cet arbre paroît parfaitement 
approprié au sol de l'Egypte; car on le voit prospérer également dans les sables du 
désert et sur les rives du Nil. L'Egypte possède encore une seconde espèce de pal- 
mier; c'est celui qu'on nomme en arabe doum, et que Pococke a décrit. M. Delile a 
donné un mémoire détaillé sur cet arbre ; ce qui me dispense d'en parler plus au long. 

Les palmiers ne sont pas les seuls végétaux étrangers à la France et naturels à 
l'Egypte. Parmi les productions utiles je ne citerai que le riz, non pas qu'il croisse 
spontanément dans ce pays , mais parce que sa culture a naturalisé beaucoup de 
plantes des Indes, qu'on lui trouve toujours associées : aussi les rizières sont-elles 
les lieux que les botanistes- visitent de préférence; ils sont sûrs d'y trouver un 
grand nombre de plantes naturelles à la zone torride, et dont les graines paroissent 
avoir été apportées anciennement avec le riz. Ces végétaux se plaisent, comme 
le riz, dans les eaux stagnantes, et ne prospèrent que lorsque leurs racines y sont 
constamment plongées. 

Une classe de végétaux manque presque totalement en Egypte; c'est celle que 
Linnéus a placée la dernière dans son système, et qu'il a nommée cryptogamie, ou 
noces cachées , parce que les organes de la fécondation et de la fructification sont 
cachés, et tellement différens de ceux des autres plantes, qu'on n'a pu encore 
parvenir a découvrir leur structure et à développer les usages des diverses parties 
qui les composent. Les espèces rangées dans cette classe sont extrêmement répan- 
dues dans les régions tempérées et boréales : ce sont les .fougères, les mousses, les 
hépatiques, les lichen, les champignons, les byssus. Ces plantes aiment toutes l'ombre 
épaisse des forêts et la fraîcheur perpétuelle qui y règne ; elles ne fleurissent qu'en 
hiver, et ne sont jamais en meilleur état que lorsque les autres plantes languissent 
et sont comme engourdies par le froid. Le soleil ardent de l'été les dessèche au 
point qu'elles sont à peine reconnoissables dans cette saison. L'Egypte , par son 
climat, par son sol nu et brûlé, ne peut leur convenir en aucune manière : 
aussi n'en trouve-t-on dans ce pays qu'un nombre infiniment petit par rapport à 
celui que la France en possède. En général , ceci peut s'étendre au règne végétal 
considéré dans sa totalité ; il est beaucoup plus riche en France qu'en Egypte. En 
consultant les ouvrages les plus récens , on voit que la Flore de la France peut 
offrir une liste d'environ deux mille quatre cents plantes , tandis que , dans l'ou- 
vrage de ForskaI , qui jusqu'à présent est le plus complet que nous ayons sur l'his- 
toire naturelle de l'Egypte, on ne trouve mentionnées que près de six cents plantes : 
la cause de cette grande différence provient sur-tout de la variété des terrains , 
des expositions , des températures en France, mise en opposition avec l'uniformité 
qui règne en Egypte dans toutes ces circonstances. 



SYSTEME 

DES 

OISEAUX 

D E 

L'EGYPTE ET DE LA SYRIE, 

Par Jules-César SAVIGNY, 

Membre de l'Institut d'Egypte. 



Ouvrage présenté à l'assemblée générale de la Commission, le 29 Août 1808. 



Explication des abréviations et des signes. 

CARACT., Caractères; — DISTINCT., distinctifs ; — compl. , complémentaires ; 
— princip. , principaux ; — anatom., anatomiques ; — access. , accessoires. 

Synonym. , Synonymie; — Natural., Naturalistes; — Voyag., Voyageurs. 

f Espèces que l'auteur n'a pas observées lui-même. 

5 Espèces que l'auteur a observées. 

55 Espèces que l'auteur a observées et rapportées. 

(v.) après le nom spécifique , indique les espèces dont les formes ou les 
couleurs n'ont pas paru exactement les mêmes en Egypte qu'en Europe. 



Observa tion. 



Ce Système des oiseaux devoit faire partie d'un travail plus considérable. 
Le lecteur, en le parcourant avec quelque attention, pourra entrevoir le plan 
et le but de l'auteur. 



SYSTEME 

DES 

OISEAUX 

DE 

L'EGYPTE ET DE LA SYRIE. 



DISTINCT. 



ORDRE PREMIER. 

LES OISEAUX DE PROIE, 
AVES ACCIPITRIN^E. 

Caract. Pieds emplumés vis-à-vis des talons. 

Doigts très-flexibles, très-propres à saisir, garnis 
sous les jointures de renflemens ou d'appen- 
dices en forme de verrues ; les trois doigts an- 
teneurs séparés, tendant beaucoup à s'écarter 
dès leur origine; X extérieur se portant natu- 
rellement de côté ou même en arrière. 

Pouce articulé très-bas et sur le plan du doigt in- 
térieur, parfaitement opposable à ce doigt. 

Ongles très-mobiles, rétractiles (c'est-à-dire, pou- 
vant se replier spontanément sous les pénul- 
tièmes phalanges), longs, gros à la base, 



H. N. 



66 



SYSTEME DES OISEAUX. 



assez comprimés, très -courbés, pointus; 
l'ongle interne ordinairement le plus fort de 
ceux de devant. 

Caract. Bec très-dur, comprimé, à bords hauts et tranchans; la 
mp ' Mandibule supérieure communément inclinée , cou- 

verte à sa base d'une cire nue ou hispide , et courbée 
à sa pointe en crochet solide et aigu ; Narines 
situées dans la cire, vers son bord antérieur; Palais 
court, voûté; Mandibule inférieure droite, à bassin 
profond, court, tronqué et sans rebord à l'extré- 
mité. 

Langue n'excédant pas le gosier, tenant au frein par 
sa moitié postérieure, charnue, épaisse, canaliculée, 
obtuse , poreuse près de son origine , puis striée 
et spongieuse, cartilagineuse en dessous, divisée à 
sa base par un angle rentrant en deux cornes hori- 
zontales fermes et papilleuses , et très -entière vers 
le bout , ou simplement échancrée. 

Bouche à ouverture grande, pourvue de papilles; Gosier 
offrant une cavité relevée en carène, comme moulée 
sur la langue et propre à la recevoir; arrière-gosier 
frangé à son bord postérieur. — Larynx sous-trian- 
gulaire , papilleux , du moins à la base. — Œso- 
phage ample ; Ventricule glanduleux séparé du 
gésier par un étranglement. — Gésier mince et 
presque membraneux dans les ACCIPITRES , plus 
charnu dans les VULTURES , plus encore dans les 
ULUL^E, mais toujours à fibres lâches, formant des 
faisceaux très-distincts , qui se portent séparément d'un 
tendon à l'autre ; l'intérieur revêtu d'un épiderme 



ORDRE I, LES OISEAUX DE PROIE. 67 

ou plutôt dune gelée liquide, dont l'épaisseur et la 
consistance semblent proportionnées à la force des 
muscles de cet organe.— Intestins courts , quelque- 
fois très-déliés ; point de Cœcum surnuméraire. 

Pieds charnus; Tarses courts ou peu alongés, em- 
plumés bas par-devant; les deux ou trois premières 
phalanges du Doigt extérieur ordinairement unies au 
doigt intermédiaire par une membrane échancrée, 
lâche, dont l'étendue varie comme la longueur de 
ces phalanges, et qui est généralement plus appa- 
rente dans les VA UTO URS; doigt intérieur presque 
toujours plus long que l'extérieur et à-peu-près libre. 

Ailes longues étant repliées, quelquefois médiocres, 
mais grande envergure. Rémiges primaires au nombre 
de dix; la première égale au moins à la moitié de 
la seconde; ces deux pennes et quelques-unes des 
suivantes très-souvent échancrées sur leur longueur: 
Rémiges secondaires nombreuses et plus ou moins 
arrondies. 

Queue formée de douze à quatorze Rectrices arrondies 
ou usées et acuminées. 



h, n. u 



68 SYSTÈME DES OISEAU 4 *. 



CARACTÈRES DISTINCTIFS 
DES FAMILLES ET DES GENRES. 



i. LES VAUTOURS, VULTURES. 

Bec grand, droit, convexe devant la cire, incliné et très-crochu par le bout. 
Langue dure, profondément canaliculée. 
Ongles foiblement rétractiles. 

* Tarses êcailleux : cire nue, très-simple; narines découvertes. GRYPHES. 

i. Gyps. Bec gros; cire compacte; narines simples, transverses : langue bor- 

dée d'aiguillons : quatorze rectrices. 

2. tEgypius. Zforgros; cire compacte; narines transverses, composées: langue 
dépourvue d'aiguillons : douze rectrices. 

2. Neophron. Bec délié; cire molle, inclinée, très - avancée ; narines longitudi- 
nales : langue mutique : quatorze rectrices. 

* * Tarses emplit mes : cire poilue j narines cachées. HARPYIAL, 

4. Phene. Bec alongé, garni, par-dessous, d'une barbe pendante; cire incli- 

née , très-avancée ; narines obliques : douze rectrices. 

2. LES ÉPERVIERS, ACCIPITRES. 

Bec incliné dès la base, comprimé en coin, et crochu; cire découverte. 
Langue légèrement canaliculée, nue. 
Ongles fortement rétractiles. 

AËTI. Narines grandes , non circulaires : mandibule supérieure édentée , à palais 
cartilagineux; K inférieure tronquée obliquement et arrondie. 

* Ongles canaliculés et tranchans par-dessous : ailes longues. 

5. Aquila. Bec assez droit à ia base; cire convexe; narines transverses, échan- 

gées : tarses laineux de toutes parts : ongles intérieur et posté- 
rieur grands. 

6. HALLEETUS.#*f assez droit à la base ; cire convexe ; narines lunulées , trans- 

verses : tarses épais , êcailleux : ongles intérieur et postérieur 
grands. 

7. Milvus. Bec peu courbé à la base, à dos très-anguleux ; cire convexe ; na- 

rines obliques , elliptiques : tarses menus , courts , êcailleux : 
ongles intérieur et postérieur médiocres. 



ORDRE I, LES OISEAUX DE PROIE. (Jq 

8. Circus. Bec assez incliné à la base; cire déprimée, avancée ; narines longi- 

tudinales : tarses écaiileux, déliés et k>ngs : ongles intérieur 
et postérieur médiocres. 

* * Ongles canaliculés et tranchans par-dessous : ailes courtes. 

9. DjEDALION. Bec court , très -incliné dès la base; cire peu avancée; narines 

longitudinales : tarses écaiileux : ongles intérieur et postérieur 
grands. 

* * * Ongles, excepté l'intermédiaire, arrondis et lisses en dessous : ailes très-longues, 

io. Pandion. Bec presque droit à la base; cire hispide ; narines lunulées, à bord 
supérieur membraneux : tarses épais, couverts d'écaillés imbri- 
quées : ongles très-grands , tous égaux. 

il. Elanus. Bec petit, bien incliné dès la base; narines ovales, disposées en 
long : tarses courts, très-épais, finement écaiileux : doigt inté- 
rieur grand : ongles inégaux. 

HIER A CES. Narines petites, ouvertes circulairement , avec un tubercule au. 
centre : mandibule supérieure dentée, à palais corné et pourvu 
d'une grosse arête; X inférieure tronquée verticalement. 

12. Falco. Bec très-court , peu comprimé, convexe dessous; cire hispide: 

tarses écaiileux : ongles presque égaux. 

3. LES CHOUETTES, ULUL.E. 

Bec court, incliné dès la base et crochu; cire membraneuse, cachée. 
Langue molle, légèrement canaliculée, hérissée de papilles. 
Ongles fortement et complètement rétractiks, 

13. Noctua. Bec épais, très-incliné ; cire gibbeuse des deux côtés ; narines très- 

petites, rondes, écartées : oreilles médiocres, dépourvues d'oper- 
cules : ongles simples aigrettes nulles. 

14. Scops. Bec épais, très-incliné; cire à peine convexe sur les côtés ; narines 

très-petites, ovales : oreilles médiocres, dépourvues d'opercules: 
ongles simples. .. .yeux surmontés à' aigrettes mobiles. 

15. Bubo. Bec épais, très-incliné; narines grandes, un peu obliques: oreilles 

externes très-grandes et pourvues d'opercules : ongles simples 

yeux surmontés d'aigrettes mobiles. 

16. Syrnium. Bec épais, assez incliné; narines petites, transverses : oreilles externes 

grandes et operculées : ongles simples aigrettes nulles. 

1 7. Strix. Bec alongé, presque droit à la base ; narines longitudinales, grandes ; 

oreilles externes grandes et operculées : ongle intermédiaire 
crénelé sur son bord interne .... aigrettes nulles. 



7° SYSTÈME DES OISEAUX. 



PREMIÈRE FAMILLE. 

LES VAUTOURS, VULTURES. 

Caract. Bec grand, droit, alongé, convexe ou renflé devant la cire, terminé 
princip. en crochet très-courbé ; les bords de la Mandibule supérieure 

minces et descendus vers la base du crochet, chacun d'eux y 
formant un angle saiifant très-obtus; Cire séparée des yeux par un 
espace garni de soies dirigées vers les narines ou disposées en 
rayons divergens; Narines amples, souvent simples, cachées quel- 
quefois par des poils ; Palais uni ou pourvu d'une arête demi- 
cartilagineuse; Mandibule inférieure à bassin uni et ïisse. 

LANGUE grande, très-dure, repliée par les bords et profondément 
canaliculée, échancrée à son extrémité. 

Pieds rarement empïumés jusqu'au bas des tarses et jamais au-delà. 

Doigt du milieu alongé ; X intérieur ayant sa dernière phalange débor- 
dée par celle du doigt extérieur; celui-ci ne pouvant se porter 
que de côté : Pouce égal aux doigts ïatéraux, ou un peu plus 
court. 

Ongles comme émoussés , foiblement rétractiles. 

anatom. Gosier distinct de V arrière-gosier , et terminé de même par une frange 

cartilagineuse. 
Larynx lisse en devant. 
Jabot très -vaste, paroissant au-dehors sous fa peau, qui estplissée, 

colorée et nue, ou couverte d'un duvet lustré. 
Cœcum très-courts ou nuls. 

access. Rémiges peu flexibles; les secondaires au nombre de vingt et plus. 
Rectrices de douze à quatorze , roides et assez longues. 
Yeux petits ou médiocres, à fleur de tête; Paupières bordées de cils 
simples. 

Tête et Coii imparfaitement emp lûmes. 

Plumes tibiaks extérieures grandes et tombant sur les tarses. 

Ailes vastes et épaisses, sur-tout dans les genres Gyps , ./Egypius 
et Phene , parvenant à-peu-près au bout de la queue. 



ORDRE ï, FAMILLE I, LES VAUTOURS. ji 

GENRE I. Gyps. 

Caract. Bec gros, peu comprimé vers le sommet, à Jos peu convexe, anguleux; 
prmcip. Q re courte, ferme, nue; Narines très-grandes, simples, lunulées, pla- 

cées en travers, leur bord antérieur étalé. 
Langue large, bordée d'aiguillons cartilagineux courbés en arrière. 
Bouche un peu étroite, terminée en avant des yeux. 
Tarses épais, couverts de petites écailles et réticulés. 
Ongles intérieur et postérieur à-peu-près égaux à celui du milieu. 

. access. Ailes très-épaisses, sensiblement arrondies. 

Six à sept Rémiges écbancrées ; la première assez courte , n'égalant pas la 

sixième ; les autres peu différentes en grandeur ; la quatrième la plus longue : 

Retniges secondaires grandes , voûtées, et couvrant dans le repos presque 

entièrement les primaires. 
Quatorze Rectrices dures, un peu étagées. 
Jabot extérieur garni d'un duvet court, roide, très -serré, couché sur la 

peau. 

Tête mince et comprimée: Cou long, grêle, revêtit, ainsi que la tête, d'un duvet 

laineux. 
Plusieurs rangs de plumes a longée s, flottantes, formant au bas du, 4011 une sorte 

de fraise ou de demi-collier cervical. 

ESPÈCE. 
1 . 5 s G Y P S vuïgaris. Le Griffon. 

Gyps cerâ nigrâ; pedibus cînereis; corpore fulvescente. 

Synonym. i.rw4. Horus-Apoll. Hieroglyph. lib. I, cap. 11 , 12. 
Anciens, 

ry^ (genus totum femin. , &c). Geopon. Gr^ec. lib. XIII, cap. 16 , loroastr, ; lib. XIV, 

cap. 26, Aristot. ; lib. XV , cap. 1, Zoroastr. 
Ti>4 (genus innocuum , totum femin., &c). PLUT ARC H. Vit. Romul. — Id. Qiiœstion. 

Roman. n.° pj. 
Ti>4 (genus Isidi sacer, femin., &c). jELIAN. de Anim. natur. lib. II, cap. 46 '; lib. X, 

cap. 22. 
r«4 (avis sine ullo mare generans). ORIGEN. contr. Cels., lib. I, circa med. 
r«4 (quem iEgyptii colunt). Porphyr. de Abstinent, ab animât, lib. IV , cap. p. 
Tu4 (avis semper femina, 'lunae symbolum, &c). Euseb. Pmparat. evangel. lib. III, cap. 12. 
Tv^ (genus absque coïtu pariens). Basil. Hexaëmer. homil. 8, cap. 6 et 7. — Id, Comment. 

in Es ai., cap. j , se et. 201. 
Ty4 (avium genus femin. &c). THEOPHYL. Si MO C AT. Quœst. physic. cap. 8. 
r<>4 (genus avium tantùm feminarum, &c). MlCH. Glycas, Annal. part. 1, dieb. y et 6. 



7 2 SYSTÈME DES OISEAUX. 






Vultur (avis femin. , naturse symbolum). Ammian. MARCELL, Rer. gest. lib. XV II, cap. 4. 
Vultur (sine ullo mascul. semine conçip. &c). Ambros. Hexa'émer. lib. v, cap. 20 et 23. 
Vultur (femin., sine -copulatione generans &c.).. Isidor. Hispal. Origin. lib. XII , cap. 7 , 



n. 11. 



TÙ4, propriè Ôiwoç. Jo. TZETZ. Var. Hist. chiliad. 12, cap. 43g ; chi- 

liad. 13, cap. 474, Avec une description fabuleuse. 
Tty. Phil. de Proprie t. animal, cap. 2, De même. 

2. rù4 i*>*&v H£\janJbHSiçzyç. ARISTOT. Hist. animal, lib, VIII, cap. 3 , sect. 6. 
YÏ>-\ [xiyiç. Auth. Libr. de mirabil. auscult. 

Vultur magnus (omnîno sterilis, id est, in orrîine Aquilarum Vulturumque ultimus). PliN, 

Hist. natur. lib. x , cap. 3, sect. 3. 
Vultur major, griseus. Albert. M. de Animal, lib. vil , tract. 1, cap. 4. 

Comparez comme espèce distincte (Avoltoio bianco. Cett, Uccell. di Sard.pag. 12!): 
rù^ (juxpoç yj\ ixXivwTïess- ARISTOT. Hist. animal, lib. VIII, cap. 3, sect. 6. 

Voyez ensuite , pour le genre , 

I*ù4. HOMER. Iliad. lib. IV , vers. 23-/ ; lib. XI, vers. 162; lib, XVI, vers. 836; lib. 

XVIII , vers. 271 ; lib. XXII, vers. 42. — Id. Odyss. lib. XI, vers. 377 ; lib. XXII , 

vers. 30. 
r«4" Aristoph. Aves, vers. 8p2, u Si. 

T«4- ARISTOT. Hist. animal, lib. VI, cap. 3, sect. 6; lib. IX, cap. u, sect. ij. 
To4- ANTONIN. LIBERAL. Metamorph. fab. 12 s. Cycn.; fab. 21 s. Polyphont. , ex B&I 

lib. II Ornithogon.- 
rù4- DlONYS. HALICARN. Antiq. Roman, lib. I et IV. 
rt»4- PLUTARCH. de Caus. natural., quœst. 26. — Id. de Utilit. ex inimic. — Id. de Vitand. 

usur., vers. fin. — Id. contr. Colot. lib. I ,circa med. — Id. de Fluviis et mont. cap. 3, &c. 
T\i-\. GALEN. Euporist. lib. I, cap. 44; lib. Il, cap. pi ; lib. III , cap. 34, &c. 
Tt)4- Lu CI AN. Prometh. et Jup. — Id. Pisc. s, Revivisc. — Id. de Mercen. cond. — Id. Asin. 

s. Luc. — Id. Icaromenip. — Id. Navig. s. Vot. — Id. de .Mort. Peregrin., &c. 
Tv-^. OPPIAN. de Venat. lib. IV, vers. 392. — Id. Ixeutic. lib. I, cap. 3. 
rt)4- Clem. Alexandr. Pœdagog. lib. II, cap. 8. 
Iu-\. AELIAN. de Animal, natur. lib. I, cap. 43; lib. III, cap. 7; lib. IV, cap. 18; lib. VI, 

xap. 46. 
rù4. DlON. CASS. Rom. Hist. lib. XLVI, ann. 711, et lib. XLVII, ann. y 12, duob. loc. 

Volturus (Volturis ex sentent. Priscian. lib. vi). EnNIUS , Annal, lib. il, vers. 2p. 

Volturius. PLAUT. Truculent, act. 2, scen. piscis , vers. 33p. 

Volturius. LUCRET. de Rer. natur. lib. IV, vers. 684. 

Vultur. OVID. Trist. lib. I, eleg. 3 , vers. 11. — Id. Amor. lib. I , eleg. 12, vers. 20. 

Vultur. SlLIUS ITAL. Punie, lib. III, vers. 343; lib. XIII, vers. 472. 

Vultur. PLIN. Hist. natur. lib. X , cap. 6 ', sect. j, et cap. 38 , sect. 34, et cap. 69, sect. 88 ; 

lib. XI, cap. 33, sect. 113; lib. XXIX , cap. 4, sect. 24. 10. 1 , et cap. 6 ' , sect. 36 , 

38; lib. XXX , cap. 4, 6, 10, 12, 13 et ij. 
Vultur. JuvENAL. Satyr. IV, vers, m; Satyr. XIV , vers. 77, 7p. 
Vultur. Cassiodor. Var. Epistol. lib. II, ep. ip. 

Pour la famille, voyez : 

Ôimoç, Hesiod. Opéra et dies , vers. 277, 801. 

OimU. Ho MER. Iliad. lib. I, vers. 3; lib. II, vers. 393; lib. VIII, vers. 379; 

lib. XI, 



ORDRE I, FAMILLE I, LES VAUTOURS. 73 

lib. XI, vers. 395 et 453; lib. XI II, vers. 831 ; lib. Xvil , vers. 241; 

lib. XXII, vers. 335, 354; lib. xxiv , vers. 411. — Id. Odyss. lib. III , 

vers. 2yp, 2ji; lib. XIV, vers. 133; lib. XVI, vers. 216 ; lib. XX iv , 

vers. 300. 
Oiwoç. SOPHOCL. Antigon. vers, 2$, 211, yop , 1013, 1030,101)4, — ld. 

Ajax JîageUif. vers. 845. 
Qmm. Nie AND. Theriac. vers. 40 y. 

Natural. 1. Vuïtur fuîvus. G M EL. Syst. natur. LlNN. tom. I, Aves , gen. 41, n." 11, pacr. 24p. 

Vultur fuîvus. WlLLUGHB. Ornith. lib. II, pag. 36, tab. 4. — Rai. Synops. avium, pag. 10 , 

n.' 7 . 
Griffon. Hist. del'Académ. tom. III ', part. III, pag. 209, planch. 29, 30. Très-mauvaise figure, 

et description défectueuse sur plusieurs points. 
Griffon. Bu FF. Hist. natur., Ois., tom. I , pag. iyi. C'est cet oiseau qui est représenté 

tab!. y sous le nom de Grand Vautour. 
Avoltoio Grifone. CETT. Uccell. di Sard. pag. 1. 

2. Percnopteros seu Gypaëtos (quem vidimus Venetiis ann. i66/[). WlLLUGHB. Ornith. lib. II, 

pag. 33 et 34. — RAI. Synops. avium , pag. 8. 
Percnopùre. Bu FF. Hist. natur., Ois., tom. I , pag. 149 ; Planch. enlum. n." 426. 
Percnopùre. PICOT DE LA Peyr. Encyclop. méthod., Dictionn. des Oiseaux. 

3. Chasse-fente. LEVAILL. Hist. natur. des Ois. d'Afriq. tom. I, pag. 44, planch. 10. 

Voyag. Moyen Vautour brun ou blanchâtre. Bel. de la Natur. des Oys. liv. II, chap. 2, où l'on trouve 
une figure qui ne ressemble point à un Vautour. Notez que Belon paroît avoir confondu 
cette espèce et la suivante avec d'autres oiseaux de proie. 

Vautour. AlORIS. Relat. d'un voyag. au mont Sindi , &c. liv. I , chap. ip , pag. 124. _ 

Vautours appelés en arabe AKAB. V ANS L.. Relat. d'un voyag. en Egypt. pag. 102. Le nom d'Akab 
paroît être le même que celui d'O'qâb, qui appartient, en Egypte, au Petit Aigle noir. 

Vautours. PAUL Luc. 3. me Voyag. dans la Turq., l' Egypt. , ifc. tom. III, liv. VI, pag. 206, 

Vautour. G RANG. Voyag. en Egypt. chap. 14, pag. .238. 

NISR (aquike species cadaverîbus vescens). Forsk. Animal. Orient, pag. 12, n.° 6. 

Arabes. NESR -*«J Demyry, Kitâb hayouât el-hayouân. 

NESR **4-J des Égyptiens. Ce mot NESR est un nom générique qui a toujours été traduit par 
aquila ; mais aujourd'hui le peuple et les naturalistes Arabes l'emploient pour désigner 
îes grands vautours. 

GENRE II, .Egypius. 

C ara ct. Bec 'gros, comprimé vers le sommet, à dessus très-convexe, anguleux; 
prmcip. Q re courtej f erme ^ nue; Narines presque rondes, placées en travers, 

leur bord antérieur droit, étalé, et le milieu de leur ouverture pourvu 
d'une lame épaisse, cartilagineuse, qui. s'élève du fond. 
Langue large, sans aiguillons. 
Bouche très-grande et fendue jusque sous les yeux. 
Tarses épais, complètement réticulés. 
Ondes intérieur et postérieur beaucoup plus grands que. celui du milieu. 

K 
H. N. 



y 4 SYSTÈME DES OISEAUX. 

access. Ailes très-épaisses , sensiblement arrondies. 

Six Rémiges échanerées ; la première assez courte , n'égalant pas ia sixième ; 
Jes autres peu différentes en grandeur; la quatrième la plus longue : 
Rémiges secondaires grandes, voûtées, atteignant presque, dans le repos, 
le bout des primaires. 

Douze Rectrices dures, étagées. 

Jabot extérieur garni d'un duvet à barbes roides, touffu, couché sur la peau. 

Tête large et fort épaisse: Cou a longé , couvert en partie de duvet ainsi que la 

tête, ou en partie nu et coloré. 
Dts plumes étroites , flottantes , formant au-dessous de la nuque un demi-collier 
cervicaL 

ESPÈCE. 
2. 5Î ^ECYPIUS niger. Le Vautour noir. 

^Egypius cerâ pedibusque ex céeruleo aibis ; corpore nigricante. 

Planche XI , dessinée d'après un individu communiqué par M. LARREY, 
membre de l'Institut d'Egypte, commandant de la Légion d'honneur. 

SYNONYM.i. Atytfik, Alymoç. HOMER. Iliad. lib. VII, vers. jp ; lib. XIII, vers. 531 ; lib. XVI, vers. 428; 
Amiens. lib. XVII, vers. 460. — Jd. Odyss. lib. XVI, vers. 217 ; lib, XX II, vers, 302. 

Alyvmlç. HESIOD. Asp. Heracl. vers. 40 j. 
K\yj-ml<;. yE.SC H IL. Agamemn. vers. 4p. 
Aïymoç. Sophocl. Ajax fagellif. vers. 16p. 
AlyjTnlç. HERODOT. Hist. lib. III, cap. 77. 

Arymoç. (Vultur. Th. G.) Aristot. Hist. animal, lib. IX, cap. 1, sect. 2. 
Ktymlç. Anton IN. Libéral. Metamorph,,fabul. y, ex Bqei libr. I de Avium ortu. 
AïyjTnoç. Ni C AND. Theriac. vers. 406. 
Aîywmos. LuciAN. Jupit. tragœd., in orac. Apoll. 
Aiyvmoç. APOLLODOR. Biblioth. lib. I. 
Alyj-mU (médius inter vulturum genus et aquîîarum, colore nigro, &c). s£. LIAN.de Animal. 

natur. lib. II, cap. 46 ; lib. v, cap. 48. 
Alyvmlç. Agath. Epigram. 17 in lîelluon. 
Alywmoç. HESYCH. Onomatolog. elem. a. 
Aïyvmoç (idem qu. Vultur). Suid. Lexic. elem. «/. 
Aiyurfioç, Aïyimoç. Phil. de Propriet. animal. prolog. vers 31 ; cap. 2, vers, ip, 23; cap. 2p, vers, 43. 

2. Vultur niger. Plin. Hist. natur. lib. X, cap. 6, sect. 7 ; lib. XXIX, cap. 4, sect. 24. 10. 1. 
Vultur ater. Seren. Sammonic. de Medicin. cap. 14, vers. 17 ; cap. 34, vers. 20. Ater pour 
nocens ! 

Natural. 1. Vultur niger. Gmel. Syst. natur. LlNN. tom. I, Aves , gen. 41, n.' p, pag. 248. Notez que 
c'est mal-à-propos et seulement d'après Belon que Gmelin attribue au Vautour noir des 
tarses emplumés jusqu'aux doigts. 

Percnopterus (primus). Aldrovand. Ornith. tom. J, lib. Il, cap. 10, pag. 216, avec une 
mauvaise figure pag. 217. 

Avoltoio nero. Çett. Uccell. di Sard. pag. p. 



ORDRE I, FAMILLE I, LES VAUTOURS. yj 

2. Aman. PICOT DE LA Peyr, Encyclop. méthod., Dictionn. des Oiseaux. 

Comparez comme oiseau de genre vraisemblablement différent : 

i. Vautour noir , couronné ou chaperonné. Vultur niger cristatus. Edwards, 
G/an. part. Il, pag. iji, chap. 80, planch. 29Q. — Vultur monachus. 
LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I, Aves, gen. 41 , n.° 4 , pag. 122. 

2. Chincou. LEVAILL, Hist. natur. des Ois. d'Afriq. tom. I , pag. 53 , planch. 12. 

Observ. Le Vautour cendré ou commun des auteurs doit être encore très - distinct du 
Vautour noir, puisqu'il a, dit-on, les tarses emplumés jusqu'à l'origine des 
doigts, caractère que je ne trouve pas néanmoins dans les figures que les 
naturalistes ont coutume de lui rapporter. 

Voyag. Vautour. BEL. Observ. singul. liv. II, chap. 30 et 70.— Grand Vautour cendré (ou noir). Id. de 
la Natur. des Oys. liv. II , chap. 1, avec une figure qui ne ressemble à aucune espèce 
de Vautour. 



GENRE III, Neophron. 

Caract. Bec long, délié, comprimé, à dos très-convexe et très- arrondi ; Cire nue, 
princip. molle , inclinée , dépassant la moitié du bec ; Narines très - grandes , 

simples, lancéolées, disposées longitudinalement ; Mandibule inférieure 
à bords émoussés. 
Langue oblongue-linéaire, dépourvue d'aiguillons. 
Bouche large, fendue jusque sous les yeux. 
Tarses déliés, complètement réticulés. 

Ongles intérieur et postérieur égaux en longueur à celui du milieu, plus gros 
seulement, plus crochus. 

access. Ailes peu épaisses , légèrement acuminées. 

Cinq Rémiges échancrées ; la première assez courte, n'égalant pas la cin- 
quième; les autres peu différentes en grandeur; la troisième la plus 
longue de toutes : Rémiges secondaires dépassées de beaucoup par les 
primaires. 

Quatorze Rectrices étagées , formant une queue cunéiforme. 

Jabot extérieur à peau colorée, très-plissée. 

Tête oblongue /Cou peu alongé ; Gorge colorée et nue ainsi que le dessus et 

les cotés de la tête. 
Plumes occipitales , et cervicales supérieures , étroites et flottantes. 



K z 
H. N. 



j6 SYSTEME DES OISEAUX. 

ESPÈCE. 

2* r NEOPHRON Percnopterus. Le Percnoptere. 

Neophron facie ingluvieque croceis. 

SYNONYM. I. AÎt^ç TLtpKvôrftyç, Ôpei<7rt\afp>ç , TvTmitivç (al. TnctiiTOç ). ArISTOT. Hist. animal, lib. IX ,Cap. 32, 
Anciens. sect. 41. 

Percnopteros , Oripelargus. Plin. Hist. natur, lib. X , cap. 3, sect, 3. 

2.. Uipzvô^ipoç (vel ïltpwoç) rù4« Au th. Libri de mirabilib. auscult.. . . . , Je lis TïtpMÔTm&i TvTrtç 
pour Iltpwo) j££j TuTTiç. Pline paroît avoir lu (MXfo) Yv7tîç. 

Vultur minor. PLIN. Hist. natur. lib. X, cap. 3, sect. 3. 

Vultur parvus albus. Albert. M. de Animal, lib. vil , tract. 1 , cap. 4. 

3. Aîyvmoç ixârïm , Niôçç^v. Antonin. LIBERAL. Metamorph . } fabul . 5 , s. ALgypius ; ex B(EI 

libr. I de Avium ortu. 

4. Âupav (genus Aquifce). Hesych. Onomatolog. elem. a. . . Dans Ovide, Metamorph. lib. XIV, 

fab. 10, Acmon, un des compagnons de Diomède , est changé en oiseau. 

Voyez aussi , 

i.°Top^ç. Lycophron. Cassandr. vers. 88 et 3$y (per translat.) , et 1080. 
l'oppç (vulturis species, &c. ). Hesych . Onomatolog. elem. r. 

2.. Pëîecanus (filios aspersîone sui sanguinis revivificans) ; ci-après a l'article 
du Pélican. 

3.. LvoTrcua.. Ho MER. Odyss. lib. I, vers. 320 ; et EuSTATH. ad eumd. loc. 
Àvc7Tu7ct (Avimccia, SuiD.). HESYCH. Onomatolog. elem. a. 

Natural. 1. Vultur Percnopterus. LlNN. System, natur. edit. 12, tom. I.,Aves, gen. 41, n.° 7, pag. 123. 

— Gmel. System, natur. LlNN. edit. 13, tom. I , pag. 24p. 
Aquila quam Percnopterum , et Oripelargum , et Gypaëtum vocant. Gesner. Hist. animal. 

lib. III , pag. 193, avec une figure assez bonne. 
Petit Vautour. Bu FF. Hist. natur., Ois., tom. I, pag. 164; Planch. enluminées, n.° 44$; sous la 

dénomination de Vautour de Norwege. 
Alimoche. PlCOT DE LA Peyr, Encyclop. méthod., Dictionn. des Ois. ; article du petit 

Vautour. 
Ourigourap, LEVAILL. Hist. natur. des Ois. d'Afriq. tom I , pag. 62, planch. 14. 

2. Percnopterus (secundus). Aldrovand. Ornith. tom. I, lib. II, cap. 10, pag. 218, avec 

une figure qui représente un individu jeune ou femelle pag. 21p. 
Vautour de Malte , Vautour brun. Bu FF. Hist. natur., Ois., tom. I, pag. 167 ; Planch. enlumin. 

n." 4-2J. Nota. Le Vautour brun de Brisson doit être relégué parmi les espèces douteuses. 
Vilain. PlCOT DE LA PEYR. Encyclop. méthod., Dictionn. des Ois.; article du Vautour de 

Malte. 

3. Beinbrecher hoc est Ossifraga, Steinbrucckel sive Saxifraga (aîba, capite nudo, fTavo, remi- 

gibus nigris, &c). Gesner. Ijist. animal, lib. III, pag. ipp, La Suisse. 



ORDRE i, FAMILLE I, LES VAUTOURS. 77 

Comparez comme espèce distincte , et appartenant même à un autre genre ; les tarses 
étant emplumés jusqu'aux doigts, &c. 

Vultur leycocephalos. Schwenckf. Therio-troph. Si/es., Aves, pag. ?/<-. 

Vautour a tête blanche, Vultur leucocephalos. BRISS. Ornith. tom. I , 
genr. 10 , n," p, pag. 466. 

Voyag. Sacre Egyptien , Accipiter yEgyptius, Hierax. Bel. Observ. s'ingul. lib. il, cap. 30, 36, y 8. 

— Id. de la Natur. des Oys. lib. II, cap. ij, avec une figure qui ne ressemble en rien à 

l'objet qu'elle est censée représenter. 
Milvus. Prosp. Alpin. Hist. natur. AEgypt. tom. I, lib. IV , cap. i,pag. 198 et 200. Ce n'est pas 

d'un Milan qu'il s'agit, puisqu'il le compare , pour la forme, à un gros chapon. 
RACHM. VAN si. Relat. d'un voyag. en Egypt. pag. 102. 
Chapon de Pharaon, à Alep SAPHAN BACHA. Maill. Descript. de l'Egypt. tom. H, pacr. 216. 

II le prend mal-à-propos pour l'Ibis des anciens. 
Sorte d'Epervier à qui l'on rendoit un culte religieux. Paul Luc. 3.' Voyag. dans la Turq, , 

l'Egypt. Ù'c. tom. III, liv. VI , pag. 20 y, 206. Tête du Vautour, &c. 
Poule de Pharaon. POCKOCK. Voyag. en Orient, traduct. Franc, tom. II, liv. IV, chap. y, pag. 152. 
ACH-BOBBA ou Père blanc des Turcs, Percnopterus ou Oripelargus des naturalistes, rachamah 

des Arabes. SHAW, Voyag. en Bar bar., Egypt. &c. traduct. Franc, tom. II, chap. 4, pag. p , 

et chap. y, pag. 1 6p. 
Vultur percnopterus , arab. rach^me, gall. Chapon de Pharaon vel de Mahometh. Hasselq. 

Voyag. en Palest. &c. part. II, class. 2, n." 14, pag. 286 de la traduct. Allem. — Falco 

montanus ^Egyptiacus. Id. Act. Stockh. iyyi , pag. 196. 
Vultur percnopterus, arab. RACHAMA , RQCHAM. Forsk. Animal. Orient, pag. y , n." 17 , c, et 

pag. 11, n." 8. 
Poule de Pharaon tenue pour l'Ibis. Norden , Voyag. d'Égypt. et de Nub., traduct. Franc, tom. I , 

part. J, pag. 88 ,planch. 33>fig. 2, b. très-mauvaise. 
Poule de Pharaon. Savar. Voyag, en Egypt. tom. II, lettr. y , pag. 62. 
RACHAMAH ou Poule de Pharaon. BRUC. Voyag. aux sources du Nil , tom. V, pag. ipi , de la 

traduct. Franc., planch. 23. 
Sacre d'Egypte. HOLLANDR. Encyclop. méthod. , Dictionn. des Ois. — Vautour ou Sacre d'Egypte 

et d' Arabie. Id. Abrég. d'hist. natur. tom. II , pag. 2 y , 26. La Syrie, &c. 
Poule de Pharaon, Percnopùre, &C Vultur percnopterus Linn. SONN. Voyag. en Egypt. tom. I , 

chap. 20 et 21 ; tom. II, chap. ^j» ; tom. III, chap. 40 , 42 et 45. 
Petit Vautour. DENON , Voyag. dans la H. et B. Egypt., édit. in-12, tom. II, pag. 2p2,, £p 3. 
Vautour. (Vultur percnopterus.) Oliv. Voyag. en Turq. &c. tom. I, chap. 14, pag. 136 de 

l'édit. in- 4° 

Arabes. ROKHAMAH k*h\ AviCENN. Canon, lib. II , tract. 2, cap. 254,588, 613 version. Latin. 

ROKHAM £^\ (le mâle) : ANOUQ. £3V' (k- femelle). DEMYRY, Kitâb hayouat el-hayouân. 

rokhameh ou RAKHAMAH /vJ 3 ^ des Égyptiens en général. 
RAKHMENT EL MOUT A H OJll <Z*^è~ \ des Arabes de Mataryeh. 



GENRE IV, Phene. 

Caract. Bec excessivement dur, massif, aiongé, comprimé, à dos très-convexe et 

princip. très-arrondi ; Cire inclinée, mince, hispide, à poils nombreux, gros, 

roides, couchés, dirigés en avant, dépassant la moitié du bec; Narines 



7$ SYSTÈME DES OISEAUX. 

ovales, obliques, cachées par les poils; Mandibule inférieure couverte 
sur les côtés, vers sa base, de poils semblables à ceux de la cire, et 
garnie, derrière l'angle rentrant, formé par l'union de ses deux branches , 
d'un pinceau de plumules ou soies plus déliées, longues, simples ou 
rameuses, aplaties, pendantes, imitant une barbe. 

Langue dépourvue d'aiguillons. 

Bouche large, fendue jusque sous les yeux. 

Tarses courts, très-épais, emplumés jusqu'aux doigts. 

Ongles assez aigus ; l'intérieur et le postérieur beaucoup plus grands que les 
autres, plus crochus. 

access. Ailes sensiblement acuminées. 

Quatre Retniges échancrées ; la première plus courte que la quatrième ; la 
seconde presque égale à la troisième, celle-ci la plus longue de toutes : 
Rémiges secondaires excédées de beaucoup par les primaires. 

Douze Rectrices grandes, étagées. 

Jabot extérieur à duvet soyeux. 

Tète oblongue, garnie par-devant d'un duvet court et cotonneux , mêlé de quelques 

plumes roides , petites , à barbes rares, désunies. 
Plumes du Cou longues et flottantes. 

ESPÈCES. 
À. 5 i P H E N E Ossifraga. Le Vautour barbu. 

Phene barbâ nîgrâ; digitis plumbeis. 

Synonym. i.*»V». Homer. Odyss. lib. III , vers. 372; lib. XVI , vers, 217. 
Anciens. 4>«V«. ÂRISTOPH. Aves , vers. 30 j. 

a>jten. ARISTOT. Hist. animal, lib. VI, cap. 6 ', sect. <f; lib. VIII, cap. 3, sect. S; lib. IX, cap. 32, 

sec t. 41 ; et cap. 34, sect. 44. 
Qtivn. Auth. Libri de mirabil. auscult, 
3w». ANTIGON. Caryst. Hist. mirabil. cap. 52. 
«ïwm. Anton IN. Libéral. Metamorph. fab. 6 ', s. Periphas. 
Qiviç, Qtivti, Ooétip&vpç Latinorum. Dioscorid. de Medic. mater, lib. XI, cap, jS, — Id. de 

Facil. parabil. medicam. lib. II, cap. m. 
<Nf«. Oppian. de Piscat. lib. 1 , vers. 727. — Id. de Venat. lib. III , vers. 11 6. 
<fw». s£lian. de Animal, natur. lib. XII , cap. 4, Addit. Gyll. 
*«V». Alex and. Trallian. de Art. medic. lib. 1, cap. ij, ex Archigen. 
<bmn (avis aquifce similis). SuiD. Lexic. elem. <p. 
Q>wi\. Jo. Tzetz. Var. Hist. chil. 12, cap. 438, vers. p. 
®mhç (avis ossa.frangens). KlRAN. Kiranid. lib. III , cap. 35. 

Ossifraga. Lucret. de Rer. natur. lib, V, vers, 1077. 



ORDRE I, FAMILLE I, LES VAUTOURS. 

Ossifragus, Sanqualis, Aquiîa ossifraga, Aquila barbata. Plin. Hist, natur. lib. x , cap. 3, 
sect. 3 et 4, et cap. 7, sect. 8; lib. xxx, cap. y, sect. 20, et cap. 8, sect. 21. 

Ossifragus, Avis ossifraga. Marcell. Empiric, de Medicam. cap. 26 'et 2p. 

Ossifraga sive Sanqualis. Pomp. Fest. de Ling. Latin, lib. I, Mit. ; lib. ix , Immuscul.; 
lib. XIII, Oscin.; lib. XVII , Sanq. 

Ossifrangus (Ossifragus). IsiDOR. HlSPAL. Origin. lib. XII, cap. y , n.° jj. 

Chym, Kym (genus aquifce, quod quidam Gryphen esse putant) ; Cum, Ossifragus, Kyrii, &c. 
ALBERT. M. de Animal, lib. vil, tract. 1, cap. 4; lib. VI II, tract. 2, cap. 6 ; lib. XXI II , 
de Kyr. Notez que les anciens interprètes Arabes traduisent <&nvn par CHYM. "Voyez 
ï'Aristote de Scotus, 

2. 1. Âp7m ( sola inter omnes aves barbas speciem gerens). OppiAN.Ixeutic. lib. I, cap. 2. 

Âf>7m (avis montana). Aïlian. de Animal, natur. lib. 11 , cap. 47. 

Ipwjç, vel ZctZxoç vel Zivkoç (vultur devorans alba cadavera) ; Âp». KlRAN. Kiranid. lib. I, 
cap. 6, et lib. m, cap. 2. 

2. Âpm. Homer. Iliad. lib. XIX , vers. 330 ; et EuSTATH. in huncloc. 
Api». Aristot. Hist. animal, lib. IX, cap. 1 . sect. 2, et cap. 18 , sect. 24. 
Âf>7m. Antonin. LIBERAL. Metamorph.fab. 20, s. Cleinis; exB(EI libr. II,etSlMM.RHOD. 

Apollin. 
Â'pmu GEOPONIC. GrsEC. lib. XV, cap. i , Zoroastr. 

Âpin. Allian. de Animal, natur. lib. IV , cap. $ ; lib. V, cap. 48; lib. XII, cap. 4, Gyll. Add. 
Ap». Phil. de Propriet. animal, cap. 29, vers. 80. 

Harpe. Plin. Hist. natur. lib. X, cap. 74, sect. 95 , 96. 

3. Aiiï.oç (avis quaedam). Hesych. Onomatolog. elem. a. Remarquez que A%Mw est le nom d'une 

harpie. 

Natural. Vultur barbatus. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I, Aves, gen. 41 , n.°- 6 ', pag. 123. — Vultur 
barbarus. GmEL. Syst. natur. LlNN. edit. 13, tom. I, Aves , gen. 41, n." 13, pag. 2p. — 
Falco barbatus. Id. ibid. gen. 42, n.° 38 , pag. 252. 

Vultur aureus. GESNER. Hist. animal, lib. III, pag. 7 jo, avec une figure pag. 748. 

Beinbrecker id est Ossifraga. Aldrovand. Ornith. tom. I, lib. II, cap. 11, pag. 229. Les mon- 
tagnes du Tyroï. 

Vautour barbu , Vultur barbatus. EDWARDS, Hist. natur. part. III , pag. ettabl. 106. 

Avoltoio barbato. Cett. Uccell. di Sard. pag. 16, avec une figure. 

Vautour barbu. PlCOT DE LA PEYR. Encyclop. méthod. , Dictionn. des Oiseaux. 

Gypaète des Alpes, Gypaëtos Alpinus. Daud. Trait, d'ornith. tom. II, gen. 2, n.° 1, tabl. 10. 

Voyag. NISSER, ou Aigle d'or. BRUC. Voyag. aux sources du Nil , traduct. Franc., tom. V, pag. 182, 
planch. 31. Les montagnes de l'Abyssinie. 

Observ. Belon me paroît avoir rencontré cette espèce en Egypte; voye% ci-devant 
l'article du Griffon, n.° 1. 

Arabes, feynah Ails , kàçir jA^=> , mekalefah /-JtlC Demyry, Kitâbhayouâtel-hayouân. 
CHOMEYTAH kLlj^m des Arabes du désert., 



80 SYSTÈME DES OISEAUX. 

< . * 2 . PHENE gigantea. Le Grand Vautour harbu. 
Phene. \ 

SYNONYM.i. Vautour de la Cettina. FORTIS, Voyag. en Dalmath., tom. II, pag iij, 114I Les bords de la 
Voyag. Cettina. 

2. SCIAMTA. Vansleb, Relat. d'un Voyag. en Egypt. pag. 102. 

Oiseau de proie d'une grandeur monstrueuse , « tué dans le voyage que le Général Bonaparte 
si fit à la mer Rouge. Plumage d'un brun noirâtre, parsemé de quelques taches grises, 
dî principalement sous le ventre; barbe noire , &c. Les ailes étendues, mesurées en pré- 
« sence de MM. Monge et BerthoIIet, avoient vingt palmes d'envergure, que nous 
3> évaluâmes à quatorze pieds et quelques pouces. » Notes manuscrites communiquées 
par M. LARREY. 

Arabes, chomeytah el kebyr Ju^JI'^JauLu des Arabes du désert! 



SECONDE FAMILLE. 
LES ÉPERVIERS, ACCIPITRES. 

/ 

Caract. Bec court, épais ou à peine aïongé, incliné dès l'origine, comprimé 

princip. en coin et crochu; ïes bords de ïa Mandibule supérieure minces 

et descendus vers ïa base du crochet, chacun d'eux y formant un 

angle saillant très-obtus; Cire compacte, découverte, séparée des 

yeux par un espace garni de soies fines disposées en rayons diver- 

• gens ; Narines offrant toujours à leur ouverture un corps sailïant 

osseux ou membraneux; Palais armé quelquefois d'une côte dure et 

cornée ; Mandibule inférieure à bassin souvent pourvu d'une arête. 

LANGUE assez grande, légèrement canaïicuïée, nue à sa surface, 

échancrée ou entière. 
PlEDS écaiïïeux, ou empïumés jusqu'au bas des tarses, mais point 

au-defà. 
Doigt intérieur médiocrement aïongé, sa dernière phalange débor- 
dée (excepté dans le genre ElaNUS ) par ïa phalange corres- 
pondante du doigt extérieur; celui-ci ne se dirigeant ordinaire- 
ment que de côté : Pouce égal aux doigts latéraux , ou un peu 
plus court. 
Ongles fortement rétractiïes, très-aigus. 

Gosier 



ORDRE F, FAMILLE 2, LES EPERVIERS. 8l 

anatom. Gosier moins élevé que ï arrière- gosier , et terminé de même par 
une frange cartilagineuse. 
Devant du Larynx très-lisse. 
Jabot assez vaste, mais recouvert extérieurement par les plumes et 

peu ou point apparent. 
Cœcinn très-courts ou nuls : intestins très-grêles. 

access. Rémiges, sur-tout les prim aires , peu flexibles: moins de vingt Rémiges 
secondaires. Les genres AQUILA, HALLEETUS, PandïON, en ont 
quinze ou davantage ; mais ie nombre en reste fixé à quatorze 
dans les autres. 

Douze Rectrices seulement, fermes, assez longues. 

Yeux grands, enfoncés dans les orbites; Sourcils sailfans, poilus; 
Paupières bordées de cils simples. 

Tête et Cou exactement emplumés : vertex large, aplati. 
Plumes tibiales extérieures presque toujours longues {courtes dans le 
genre PANDÏON) et tombant sur les tarses. 

SECTION V e , AËTI. 

Narines grandes, offrant à leur orifice un fobe membraneux, ren- 
flé, ou pïissé , qui tire son origine de leur paroi supérieure et 
postérieure. 

Mandibule supérieure à bords non dentés, très-minces ; Palais mou, 
uni ou relevé d'un simple pli cartilagineux : Mandibule inférieure 
tronquée obliquement et arrondie par le bout. 

Première phalange du Doigt intérieur très-courte et point sensible- 
ment mobile sur ïa seconde. 

GENRE V, Aquila. 

Caract. Bec grand, presque droit à la base , très en coin, à dos anguleux; Cire glabre, 

princip. un peu convexe; Narines très-grandes, placées en travers, échancrées 

vers ie haut , le bord antérieur de chacune renflé ou marqué d'un pli ; 

Mandibule inférieure à bassin uni et lisse. 

Langue oblongue, à bords parallèles, simplement arrondie par-dessous, ses 

cornes lisses en dessus, et sa pointe très-obtuse, épaisse, entière. 
Bouche large, fendue jusque sous ies yeux. 

L 

, H. N. 



82 SYSTÈME DES OISEAUX. 

Tarses empennés Je toutes parts. 

Doigts épais, \' intermédiaire dépassant de peu les latéraux. 
Ongles intérieur et postérieur beaucoup plus grands que celui du milieu , plus 
courbés ; X extérieur petit. 

access. Ai les longues, s étendant à-peu-près jusqu'au bout de la queue. 

Six à sept Rémiges échancrées; la plus extérieure courte, n'excédant pas la 
septième, les autres peu différentes en grandeur; la troisième et la cin- 
quième presque égales à la quatrième , qui est la plus longue. 
Queue arrondie. 

ESPÈCES. 

TRIB U I. re Narines linéaires, à bord antérieur tranchant , formant vers le 
milieu un angle saillant très-pointu. Aquiue Phlegyje. 

6. î5 i. AQUILA heliaca. L'Aigle de T hè bes. 

Aquila Phlegya nigricans, jugulo saturatiore ; vertice cerviceqiie fulvis. 

Planche Xll , dessinée d'après un individu tué dans la haute Egypte, et communiqué 
par M. Bert, lieutenant-colonel d'artillerie, membre delà Légion d'honneur. 

SYNONYM. Ahrôç (cujus effigiem Apis in tergo habet, &c). HERODOT.Hist.Iib, II , cap. y y, lib. m, cap. 28. 
Anciens. ÂêToç etiCav (incolis sacer). DlODOR. Si CUL. Biblioth. hist. l'ib, I , sect. 2, cap. y. 

Àtroç OuCctioç (sacer). Strab. Geograph. lib, xvn , sEgypt. ... II y avoit aussi des aigles con- 
sacrés dans le temple d'Hiéropoîis , en Syrie. Voyez Lucien de Dea Syria. 
Ahrcç (^Egypti). jElian. Var. Hist. lib. XIII , cap. y. 

Ât-nç (quem ^Egyptii venerantur). EuSEB. Prœparat. evangel. lib. II, cap. 1, circa med. 
ÂiToç (quem ./Egyptii pingunt). HORUS-ÂPOLL. Hieroglyph. lib. II, cap. 2, ^p, ■ 56 > $6' 
Stace fait mention des aigles de la haute Egypte, Thebdid. lib. III , vers, y 32 et seq. 

Arabes. KHÀTYEH Ajib- des Arabes du désert ! 

TRIBU II. c Narines elliptiques ou presque orbicuîaires, à bord antérieur 
émoussé. Aqvilje simplices. 

— 5 2. AQUILA fulva. L'Aigle commun, 

Aquila S. naribus subellipticis; caudâ exalbidâ, apice nigro. 

SYNONYM. Mtoç Uuyccp^ç, ÂêToç Ns£po?><W (Albicilla , Hinnuiaria. Tu. G.). ARISTOT. Hist* animal, lib. VI , 
Anciens. cap, 6 , sect, 6 ; lib. IX, cap. 32, sect. 41. 

r^iaiîToç , NiCpapôvoç Iptfxvoç. Anton in. Libéral. Metamorph. fab. 20, s. Cleinis. ; ex Bœi 

lib. 11, et Simm. Rhod. Apoll. 
Tlvy*f>yoç ( aquilae species). HESYCH. Onomatolog. elem. v» 
TlCydLpyoç (genus aquifce, sic dictum quod habeat 7rvyw ipytiv). fc/ID. Lexic. elem. p.. 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. 8 



3 



Pygargus (aquila secundi generis), Aquila candicante caudâ. Plin. Hist. natur. lib. x, cap. 3, 
4, 7 , sect. 3, 4, 3 , 8; lib. XX XV II , cap. 11 , sect. 72. 

Immussulus (pullus aquilae, priusquam albicet cauda). Plin. Hist, natur. lib. X, cap. 7, sect, 8. 

Immussulus. Arnob. contra Cent, lib, 11, ultr. med.,etvil. 

Immusculus sive Regulus, Immustulus, Immussulus. Pomp. Fest. de Ling. Latin, lib. I, Alit.; 

lib. IX , Immusc. , Immust. ; lib. XIII , Oscin. 
Regaliolus avis. Sueton, Duod. Cœsar. Vit. Jul. cap. Si. 

Comparez a cette espèce et a la précédente: 

i.° AiTog y/ïiaioç. ARISTOT. Hist. animal, lib. IX, cap. 32, sect. 41. 

XpuoultToç, Ahroç Açepietç. yELIAN. de Animal, natur. lib. II , cap. 39. 

Aquila Tviicnoç. Plin. Hist. natur. lib. X , cap. 3, sect. 3. 

2." Aquila maxima quae vocatur Herodius. ALBERT. AI. de Animal, lib. VI, 
tract. 1 , cap. 6 ; et lib. XX III , Aquil. 

Voyez ensuite , principalement pour le genre : 

Ahroç. Ho MER. Iliad. lib. VIII , vers. 247 ; lib. XII , vers. 201, 219 ; lib. XIII , vers. 822; 

lib. XV, vers, 690; lib. XXII , vers. 308. — Jd. Odyss. lib. I , vers. 146 ' ; lib. XV, vers. 161; 

lib. XIX , vers. 338, 543, 348 ; lib. XX, vers. 243 ; lib. XXIV, vers. 337. 
Âîtoç. sEsop. Apolog.fab. 1, 2, 61. 
Ahroç (rex avium). PlNDAR. Pyth. od.I , vers. 10, 13 ; od. Il, vers, pi ,92 ; od. IV , vers. 8; 

od. V, vers. 14p. 130. — Id. Isthm, od. VI, vers. 73 ; &c. 
Ahroç. sEschyl. Pers. vers. 203. — Id. Prometh. vers. 1021. — ld. Agamemn. vers. 114 et seq. 

où le nûycLçyoç et le MîXAvaitroç sont visiblement indiqués, 142, 148. — Id. Choephor. 

vers. 24 3 , 256 ( per transi at.). 
Ahroç, Airoç. Aristoph. Aves , vers, 313 (aquila Jovis), 634,979 ,980, 988, 1110, 11 81, 

1248, 1337 , 1340. — Id.Spheg, vers 13. — Id. Lysistrat. vers. 693. (plerumque metaphor.) 
Ahroç (regia aies). Ni C AND. Theriac. vers. 448, 449. 
Àtroç. Plutarch. Moral, de Curiosit. — Id. Sympos. lib. V, quœst. 7. — ld. Utra animal. 

solert. — Id. Amator.; l'aigle franc, yvûtnoç ««} ôpwoç , y est distingué des aigles de 

mer . — Id, de Fortun. Alexandr. orat. 2. — Id. de Virtut. mulier. cap. 16 ' , Micc. et Megist. 

— Id. Vit. Num. Pompil., G. Mar. , Alexandr. magn., Aristid. , Pyrrh. , Dion., &c. 
Atroç. GALEN. de Simpl. medicam. lib. X, cap. 13, 27. — Id. Euporist. lib. III, cap. 34, 37. — 

Id. de Composit. secund. loc. lib. IV, cap. 7. — Id. de Art. medend. lib. XIV , cap. 17; &c. 
Atroç, Ahroç. OPPIAN.lxeutic. lib.I, cap. 1; lib. II, cap. ij, 18. — Id. de Venat. lib. I,vers. 68, 

281; lib. III , vers. 117. — Id. de Piscat. lib. II, vers. 340, 
Ahroç. PHILOSTRAT. Vit. Apollonii, lib. I, cap. 7; lib. II, cap. 14. 
Lroç. Clem. Alex. Stromat. lib. II, sect. 13; lib. V , sect, 8. — Id. Pcedag. lib. III, cap. 2. 
Ahroç. JELIAN. de Animal, natur. lib. I, cap. 33 , 42; lib. II, cap. 26 ; lib. IV, cap. 26; 

lib. VI , cap. 29, 46; lib. VII, cap. 43; lib. IX, cap. 2, 10 ; lib. XII, cap. 21; lib. XIII, 

cap. i, 11 ; lib. XV, cap. 22 ; lib. XVII, cap. 24, 37. 
ktroç. DION. Cass. Hist. Roman, lib. XL., ann. 701; lib. XLVII ; lib. XLviII, ann. 717; 

lib. LVI, ann, 767. 
Atroç, Ahnç, knvtevç, Àyôp , Alyarlç (leg. AÎùroç, Atyiw<4) , Àf>y/o<*mç, Àp^Kpoç, Uapaoç, 

^X(yy,aç (leg. <bteyva.ç). HESYCH. Onomatolog. elem. a, tt, <p. 

Aquila. VARR. de Re rustic. lib. III, cap. 11, 12, 16.~Id.de Ling. Latin, lib. VII, Vin. 

Aquila, Aquila fulva. VlRGIL. Bucolic. eclog. IX ,vers. 13— Id. jEneïd. lib. XI, vers. 732. 

Aquila. HYGIN. Poetic. Astronomie, lib. Il, cap. 17, de Aquil. 

Aquila. CoLUMELL.de Re rustic. lib. VIII, cap. 2, 4,13; lib. IX, cap. 14. 

Aquila. Corn EL, Ta CIT. Annal, lib. il, cap. 17. —Id. Hist. lib. I, cap. 62. 

H. N. 



84 SYSTÈME DES OISEAUX. 

Âquiîa. SuETON. Tranq. Duod. Cœsar. Vit. August. cap. 96; Tibet: cap. 14; Claud. cap. y; 

Galb. cap. 4 ; Vitell. cap. 9 ; Vespasian. cap. y ; Damitian. cap. 6. 
Aquila. APUL.Florid. sect. II. — Id. de Deo Socrat. — Id. Metamorph. s. Lus. Asm. Ub. III , VI. 
Àquila. ISWOR. HlSPAL. Origin. lib. xi I , cap. y, n.° 10. II confond les oiseaux de ce 
genre avec ceux du genre suivant. 

Natural. 1. Faîco fulvus. LlNN. Syst. natur. edit. 12 , tom. I, gen. 42, n.° 6 ' , pag. 125. — Gmel. 
Syst. natur. LlNN. edit. 13 , tom. I , pag. 256 ', n.° 6. 
Aigle. Hist. de VAcadém. tom. III , part. II , pag. 89 , tabl. 49. et yo. 

Aigle à la queue blanche, Aquiïa caudâ albâ. EDWARDS, Hist. natur. part. I ,pag. et planch. 1. 
Aigle, Aquila. BRISS. Ornith. tom. I , gen, 9 , n.° 1 , pag. 419. 
Aigle commun. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I , pag. 86 ; Planch, enlum. n.' 409. 

Ofocrv. L'Aigle brun ou commun, et le grand Aigle , sont, dans toutes les collections que 
j'ai pu examiner, des oiseaux de même taille, et qui se ressemblent très-exacte- 
ment, aux couleurs près : je suppose que le grand Aigle des naturalistes est 
l'oiseau jeune, et que leur Aigle commun, qui a plus de blanc sur quelques 
parties de son plumage, est l'oiseau âgé de plusieurs années. 

2. Falco Chrysaëtos. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I , gen. 42,71* y, pag. i2y. — Falco cerâ 

luteâ, pedibus lanatis ; corpore rufo. Id. Faun. Suecic. edit. 1 , n." j6, pao-. 18. 
Chrysaëtos. ALDROV. Ornith. tom. I, lib. II, cap. 2, pag. 110, avec figures,^»-, m, 113, 114. 
Aigle doré , Chrysaëtos, seu Aquila aurea. BRISS. Ornith. tom. I , gen. 9 , n.° 7 , pao-, 431, 
Golden Eagle. Penn. Brit. Zoolog. class. Il , gen. I, n." 1 , pag. 61 , tab. A. 
Grand Aigle. Bu FF. Hist. natur., Ois. tom. I , pag. y 6 ', tabl. 1 ; Planch. enlum. n." 410. 

3. Aigle noir, Melanasetus, seu Aquila nigra. BRISS. Ornith. tom. I, gen. 9 , n.° 8 , pag. 434! 

Observ. Le Melanaëtus de Willughby ,RaY et LlNNE, appartient au genre Halleetvs. 

Voyag. Aigle. VANSLEB , Relat. d'un voyag. en Egypt. pag. 102. 

Aigle. Mo Ris. Relat. d'un voyag. au mont Sindi, &c. liv. I, chap. 19 , pag. /2j. 
Aigle. Paul Luc. 3™ Voyage en Turq., Egypt. &c. tom. III , liv. VI, pag. 206. 
Aigle. G RANG. Voyag. en Egypt. chap. 14, pag. 238. 
Aquila; arab. NISR. Forsk. Animal. Orient, pag. 8, n." 3. 
Aigle. SAVAR. Voyag. en Egypt. tom. II, lettr. j , pag. 62. 

Arabes. o'QÂB el-kebyr ^.XJi ±Jlc des Égyptiens. 
LAMMÂA'H AxAH des Arabes, en Syrie, &c. 

8. 5î 3. AQUILA Melanaeetos. Le Petit Aigle noir. 

Aquila s. naribus subrotundis; caudâ nigrâ, apice canescente. 

Planche II, figure 1, dessinée d'après un individu tué aux environs de San, le 23 
frimaire de l'an q. 

SYNONYM. 1. À/'êToç, AUtoç /jiixuç. HomER. Iliad. lib. XVII, vers. 6y4; lib. XXI , vers. 252, et Eustath. 
Anciens. ad eumd. loc. 

Aîtoç fûxai, MiAuvcttiToç, Aaycùtpôvoç (aquila omnium minima). Aristot. Hist. animal, lib. VI, 

cap. 6 , sect. 6 ; lik, IX , cap. 32 , sect. 41. > 
AèToç ixihuç (hinnulariâ /xtXa.vripoç ko] lxâ.<r<rm). AntONIN. LIBERAL. Metamorph. fabul. 20, 
s. Cleinis; ex Bmi libr. 11, et Simm. Rhod. Apoll. 



ORDRE ï, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. gj 

Ahrog (pullos suos vehementer amans). jElian. de Animai natur, lib. il, cap. 40. 
Aayùtipaç (aquilae species). Hesych. Onomatolog. elem. h, 

Aquila Melanœetos à Graecis dicta, Aquila Valeria. Plin, Hist. natur. lib. x, cap. •?, 4, 
sec t. 3, 4, j. 

2. Aquila tertii generis, Aquila truncorum, Albert. M. de Animal, lib. xxm , Aquil. 

Natural. i.Falco maculatus. Gmel. Syst. natur. Linn. edit. 13, tom. I, gen. 41, n." p, pag. 258 1 
Morphno congener. Aldrov. Ornith. tom. I , lib. il, cap. 9 , pag. 214, avec une ûg. pag. 21 j! 

1. Aquila minima. Cett. Uccell. di Sard.pag. 28. 

Voyag. Aquila leporaria. Prosp. Alpin. Hist. sEgypt. natural. tom. I, lib. iv , cap. 1, pag. iyp. 
OKÂB. Forsk. Animal. Orient, pag, y , n? 17, i. 

Arabes. o'QÂb <^>Uc (l'aigle mâle) , laqouet 5Ju (l'aigle femelle), heytem Jî*J> (l'aiglon). 
Demyry, Kitâb hayouât el-hayouân. 
o QAB c^Uc des Egyptiens, o'qab est un nom générique ; mais il devient spécifique 
pour le Petit Aigle noir, qui est l'O'qâb proprement dit. 



55 



3 bis, AQUILA Meïanasetos fsenexayisj. 



Planche I, dessinée d'après un individu tué aux environs de Menzaleh , le i8 
pluviôse an 9. 

E'GG -£: ( ou HEGG -sZ" ) des Arabes de Mataryeh. 

GENRE VI, Halijeetus. 

Caract. Bec grand, presque droit à la base, très en coin, à dos convexe et angu- 
princip. leux ; Cire glabre, convexe; Narines très -grandes, lunulées, placées 

en travers , leur bord antérieur un peu étalé ; Mandibule inférieure à 

bassin uni et lisse. 
Langue obïongue, à bords parallèles, simplement arrondie en dessous, ses 

cornes lisses en dessus, et sa pointe très-obtuse, épaisse, entière. 
Bouche fendue jusque sous les yeux. 

Tarses épais, écaiileux, réticulés, avec quelques tablettes par-devant. 
Doigts dénués de membranes , épais , X intermédiaire excédant de peu les 

latéraux. 
Ongles intérieur et postérieur beaucoup plus grands que celui du milieu, 

plus courbés; ï extérieur petit. 

access. Al LES assez longues. 

Six à sept Rémiges échancrées ; la première courte , ne dépassant pas la sep- 
tième , les autres peu différentes en grandeur ; la troisième et la cinquième 
presque égales à la quatrième, qui est la plus longue de toutes. 
Queue large, cunéiforme. 



86 



SYSTEME DES OISEAUX. 



ESPECE. 



9- 5Î HALI^EETUS Nisus. L'Aigle de mer. (y.) 

Halleetus pedïbus luteis; remîgibus fasciis nuïlis. 

SYNONYM. 1, ÀXtahroç, ArISTOPH, Ans, vers. 8312. 

Anciens. ÂXiaUtoç (cervice magna et crassâ, uropygio lato, &c). ARISTOT. Hist. animal lib. Y 111, 

cap. 3, sect. 6 ' vel 7 ; lib. ix, cap. 32, se et. 41, et cap. 34, se et. 43. 

Âhfctitroç. Auîh. Libri de mirabilib. auscult. 

ÂXictîîToç. Antonin. Libéral. Metamorph.fabul. 11, s. A'édon; ex Bmi Ornithogon. 

ÂXictUroç. Oppian. Ixeutic. lib. Il, cap. 1 , 14. — Id. de Piscat. lib. I , vers. 42 3, 

■ÂXictiiTot. sElian. de Animal, natur. lib. ni , cap. 45; lib. V, cap. 30. . . . lib. VU, cap. 11. 

Nisus. VlRG. Géorgie, lib. I, vers. 404 etsea.; et Serv. ad Bucolic. eclog. 6. 

Nisus, Haliaeetus (alis fulvis). OviD. Metamorph. lib. VIII , fabul. 1, vers. 146. 

Nisus, Haliaetos, id est, Aquila marina. Hygin. Fabul. cap. ip8. 

Haliaeetos. Plin. Hist. natur. lib. x, cap. 3, sect. 3; lib. XXIX, cap. 6 ' , sect. 38. 

Aquila ( avis in mare ex alto sese ruens , &c. ). IsiDOR. Hisp. Origin. lib. XII, cap. y, n* 10. 

Linachos (vox corrupta pro Haliaseto). Albert. M. de Animal, lib. XXI II, de Linach. 

-2. T7nf>iov)ç (aquila devorans piscem , &e. ). KlRAN. Kiranid. lib. I , cap. 20; lib. III , cap. 34. 

3. Aquila secundi generis , quae anseres accipit, &c. ALBERT. M. de Animal, lib, XXI II , Aquil. 

Voyez de plus, et comparez : 

Mopçvoç çXiyvctç. HESIOD. Asp, Heracl. vers, 134. 

Ahrôç Môptpvot, Ylipwoç. Homer. Iliad. lib. XXIV , vers. 313 , 316. 

Atroç Uxâyfoç [alias K?\ciyfoç), NutIoq'ovoç , Mopçvoç. ARISTOT. Hist. animal, lib. IX, 

cap. 32, sect. 41. 
aUtoç Uipitvoç , Mopçvoç. Lycophr. Cassandr. vers. 260 , 261 , 838. (per translat.) 
AêToç, Aéras Nnrjoçôvoç. AlLIAN. de Animal, natur. lib. V, cap 33; lib. VII , cap. 16. 
Moptpvoç (aquilae species). HESYCH. Onomatolog. elem. /x. 

Mopipvoç ( aquilae species). SuiD. Lexic. elem, /a. ....Il lui attribue les habitudes 
propres au nêpfoVrêpof. 

Morphnos, Percnos Homeri , Aquiîa clanga, Aquila anataria. Plin. Hist. natur. 
lib. X , cap. 3, sect. 3. 

Comparez comme espèce du même genre (Falco albus. Gmel. Syst. natur. LlNN.) : 

Ahrôç Xivxûç %'ovoç jrlipvyi çtyavoç (niveâ alâ tectus). SOPHOCL. Antigon. vers. 113, 113. 
Âitoç qui vocatur Kvxvictç. PAUSAN. Grœc. Descript. Arcadic. cap. jj. 
knoç teuzoç. SELIAN. Var. Hist. lib. IV, cap. 17. 

Aquila tota alba. ALBERT. M. de Animal, lib. XX III, de Aquil. 

Natural. 1. Vultur Albicilla. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I, gen. 41, n." 8, pag. 123. — Falco &c. 

Id. Faun. Suecic. edit. I , n.° 37, pag, 13. — Falco Albicilla. Gmél. Syst. natur. LlNN. 

edit. 13, tom. I , pag. 233 , n." 3p. — Falco albicaudus. Id. ibid. pag. 238 , n." 31. 
Pygargus. Aldrov. Ornith. tom. I, lib. II, cap. 3, pag. 203, avec une figure pag. 206. 
Pygargus, seu Albicilla, quibusdam Hinnuîaria. WlLLUGHB. Ornith. lib. II , pag. 31, art. 4. 

<— ■ Rai, Synops. avium , pag. 7 , n.° 3. 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. 87 

2. Faïco leucocephalus. LlNN. Syst, natur. edit. 12, tom. I, gen. 42, n,° 3, pag. 124.. G m EL. 

Syst. natur. LlNN. edit. 13, tom. I,pag. 2 y y, n.° 3. 
Algie à tête Manche, Aquila leucocephalos. Briss. Ornith. tom. I, gen. p, n.° 2, pa?, 422. 
Pygargue ( a tête blanche) . Bu FF. Hist. natur. , Ois. tom. I , pag. pp ; Planch. enlum. ' n.° 4II> 

sous le nom d 'Aigle h tête blanche. 
Aigle Pygargue, Aquila Ieucocephala. Vieill. Hist. natur. des Ois. de l'Amériq. sept. 

tom. I, pag, 2j, planch. 3. 

Observ. On ne doit pas suivre, sans quelque réserve, le sentiment des naturalistes mo- 
dernes qui n'admettent , avec BufFon , qu'une seule espèce de Pygargue; senti- 
ment que j'ai peine à croire suffisamment établi par les mêmes naturalistes , vu 
le peu d'accord que j'aperçois entre leurs observations. Voye^ Othon Fabricius , 
Faun. Groenland, pag. 33, n.° 33; Daudin, Trait, d 'ornith. tom. II, pag. 62, n.° 33; 
Vieillot, loc. cit. &c. J'ajoute que de jeunes pygargues que j'ai pris vivans 
dans leur aire, avoient le bec et la cire d'un cendré très-obscur, ies iris bruns, 
la queue noirâtre, de même que tout le plumage, et qu'ils ne ressembloient 
nullement par leurs couleurs au pygargue adulte, mais bien à Faigîe impropre- 
ment dit Orfraie. 

3. Faïco Ossifragus. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I , gen. 42, n.° jf., pag. 124. 
Ossifraga. Aldrov. Ornith. tom. I , lib. 11 , cap. 11 , pag. 222, avec une figure pao-, 227. 
Orfraie ou Aigle de mer. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I, pag. 112 , tabl. 3; Planch. enlum. 

n. DS 112, ^ty, sous la dénomination de Grand Aigle de mer. Odmann , Nov. Act. 
societ. Upsal. tom. IV, pag. 234, a fait voir que l'orfraie de Buffon ne différoit en rien 
du Falco Albicilla, âgé de deux ans. 

4. Grand Aigle royal de couleur fauve. Bel. de la Natur. des Oys. liv. II, chap.4, avec Une 

figure. — Aigle noir. Id. ibid. chap. y , avec une figure assez bonne. Ces deux aigles, 
d'après Belon lui-même, ne diffèrent sensiblement que par la couleur. 

5. Chrysaëtos caudâ annulo albo cinctâ. WlLLUGHB. Ornith. lib. II, pag. 28. — Rai. Synops. 

avium , pag. <f , n.° 2. 

Arabes. CHOMEYTAH /\i2/-tf-w des Égyptiens, sur les bords des lacs Menzaleh , Burlos, &c. ; mais ce 
nom appartient ailleurs aux espèces du genre Phene. 
GOUKR j£==»û5w des mêmes! 

GENRE VII, Mïlvus. 

Caract. Bec un peu alongé, foiblement incliné à la base, très en coin, à dos ré- 
princip. tréci et anguleux; Cire glabre, convexe; Narines elliptiques, placées 

obliquement , leur bord antérieur marqué d'un pli ; Mandibule inférieure 

à bassin uni et lisse. 
Langue oblongue, simplement arrondie par-dessous, ses cornes lisses en 

dessus, et sa pointe épaisse, entière. 
Bouche fendue jusque sous les yeux. 
Tarses minces et courts, ne surpassant pas en longueur le doigt du milieu, 

réticulés avec un rang de plaques par-devant. 
Doigts courts, Y intermédiaire excédant de peu les latéraux. 



88 SYSTÈME DES OISEAUX. 

Ongles médiocres, peu acérés; l'intérieur et le postérieur pas beaucoup plus 
grands que celui du milieu ; ï extérieur petit. 

a-ccess. Ai LES longues. 

Six Rémiges échancrées ; la première beaucoup plus courte que ia sixième, 
et la seconde un peu plus que la cinquième ; la troisième presque égale 
à ia quatrième, qui est la plus longue de toutes. 
Queue fourchue. 

ESPÈCES. 

1 O. * ï. MlLVUS Ictinus. Le Milan commun. 

Mïlvus caudâ forficatâ, rufâ, maculis nigris. 

SYNONYM. Iztivoç. Àristoph, Aves , vers. 4çg,pi,j02, y 14 etseq., 866 , 893,1623. — Id. Pax, vers. 11 00. 
Anciens. IktTvoç. Aristot. Hist. animal, lib. Il, cap. iy , sect. 18; lib. VIII, cap. 3, sect. 6, y, et cap. 16, 
se et. 21 ; lib. IX, cap. 1 , sect. 2. 
Ïxtivoç. XENOPH. Hipparch. s. de Magistr. equit. off., circa med. 
Iktjvoç. Auth. Libr. de mirabilib. auscult. 
IkUvoç. Geopon. GRsEC. lib. XIII, cap. 8, Florentin. 
IktTvoç. Galen. Euporist. lib. Il , cap. 3. — Id. de Theriac. ad Pison. cap. 12, 
IktTvoç. LuCIAN. in Timon. 

Iktïv. PAUSAN. Grœc. Descript. Eliac. I , cap. 14, 
Îktiv, IktTvoç. JElian. de Animal, natur. lib. I , cap. 35 ; lib. II, cap. 47 ; lib. IV, cap. y , 26; 

lib. V, cap. 48. 
IktTvoç. Oppian. Ixeutic, lib. I , cap. y. 
IktTvoç, iKTtvoç, Iktoç , ApTT-jn-oç, Baôwppîj^oiÂw , Aiktvç, Kct<re-a.vPriptov , iKiïkoç. HESYCH. Onomatolog. 

elem. $ , <T, ; , k , <r. 
Iktivoç. SuiD. Lexic. elem. t. 
IktTvoç, Âp7ni. Jo. TZETZ. Var. Hist. chiliad. V, cap. 8. 

Milvius. Ho RAT. Epod. od. 16 , vers. 32. — Id. Epis t. lib. I , ep. 16, vers. yi. 

Milvius. OviD. Metamorph, lib. II, fabul. 12, vers, y 16. 

Milvus. Plin. Hist. natur. lib. x , cap. 10, sect. 12, et cap. 60, sect. yç , et cap. y4, sect. 9 y, 96 ; 

lib. II, cap. 3y , sect. y y, lib, X XV II, cap. 8, sect. 3;; lib. XXIX, cap. 6, sect, 36 et 38 ; 

lib. xxx p cap. 9, 10, 12. 
Milvus. Martial. Epigram. lib. ix , n.° y y. 
Milvus. Jul. Obseq. de Prodig. cap. y 1,112. 
Milvus. POMP. Fest. de Ling. Latin, lib. IX, Juger.' 
Milvus. IsiDOR. HlSPAL. Origin. lib. XII, cap. y, n. 9 et 54, 
Milvus. ALBERT. M. de Animal, lib. XXIII, de Milv. 

Natural. Fako Milvus. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I, gen. 42, n." 12, pag. 126.- — Gmel. Syst. 
natur. LlNN. edit. 13, tom. I,pag. 261, n." 12. 
Milvus. WlLLUGHB. Ornith. lib. II , pag. 41 , art. y , lab. 6. — Rai, Synops. avium , pag, iy , 

n." 6. 
Milan royal, Milvus regalis. Briss. Ornith. tom. I, gen. 8 , n." 35, pag. 414, tabl. 33. 
Milan , Milan Ployai. Buff. Hist, natur. , Ois. tom. I , pag. iyy , tabl. y ; Planch. enlum. 
n,' 422. 

Milan. 



ORDRE i, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. 

Voyag. Milan. BEL. Observ. singul. Un II, chap. 30 et 36". — Id. de la Natur. des Oys. liv, il, chap. 26 t 
avec une figure. 
Milvus. Hasselq. Voyag. en Palest. &c. part. II, class. 2, pag. 228 de la traduct. Allemand. 
Falco Milvus, arab. H^EDDÂJA. Forsk. Animal. Orient. pag. 8, n.° 1. 

Nota. Malgré ces trois autorités , je n'ai pas la certitude que le Milan commun se trouve 
en Egypte ; les voyageurs ont généralement pris pour lui l'espèce suivante. 

1 *• 5Î 2. Milvus jEtolius. Le Milan Et o lien. 

Milvus caudâ subforficatâ , fuscâ, tœniis obscurioribus. 

Planche III , figure i , dessinée d'après un individu tué aux environs du Caire, 
le 19 vendémiaire an 7. 

SYNONYM. ÎktTvoç AiÇùnç ( perennaiis). HERODOT. Hist. lib. II , cap. 22. 
Anciens. Ikt7voç Ahahioç. ARISTOT. Hist. animal, lib. 6 , cap. 6 ' , sect. 6. 

ÏKTtv. Clem. Alex an DR. Stromat. lib. V, sect. 8. — Id. Pœdagog. lib. III, cap. 11. 

Natural. 1. Falco asgyptius. GjMEL. Syst. natur. LlNN. edit. 13, tom. 1 , gen. 42, n." 61 , pag, 261. — Falco 
Forskahlii. Id, ibid, n,° 121 , pag. 263. 

2. Parasite. Levaill. Hist. natur. des Ois. d'Afriq. tom. I , pag. 88, planche 22, représentant 

l'individu âgé de plusieurs années. 

3. Falco ater. G M EL. Syst. natur. LlNN. edit. 13 , tom. I , gen. 42, n." 62, pag. 262. 
Milvus minor et nigrior. Gesner. Hist. animal, lib. III , pag. 586. 

Milan noir. Bu F F. Hist. natur., Ois. tom. I,pag. 203; planch. enluminées, n.° 4/2. 

Voyag. 1 . Falco cinereo-ferrugineus , arab. haddaj. Forsk. Animal. Orient, pag. VI, n." 1; pag. 1, n." 1. 
Espèce de Milan nommée HADDAYA, Bruc. Voyag. aux sources du Nil, tom. V, pag. 175 de 

la tràduct. Franc. 
Milan d'Egypte. Hollandr. Abrég. d'hist. natur. tom. Il ', pag. 34, planche D,fg. 2. 

2. Milan noir, Milvus Aetolius. Bel. de la Natur. des Oys. liv. II, [chap. 2j ; ce très-commun 

en Egypte pendant l'automne , et si bien apprivoisé qu'il vient jusque sur les fenêtres 
des maisons du Caire, &c. » 

3. Milan. Mo RIS. Relat. d'un voyage au mont Sindi, &c.liv. I , chap. 19, pag. 124. 
Milan, HEDDAH. VANS LES, Relat. d'un voyag. en Egypt. pag. 102. 

Milan. MAILL. Descript. de l'Égypt. tom. II, pag. 114. Les Arabes l'appellent père de l'air. 
Milan. G RANG. Voyag. en Egypt. chap. 14, pag. 238. 

— Espèce de gros faucon. Pockock. Voyag. en Or. trad. Franc, tom. II, liv. 4, chap. 9, pag. tp. 
Milan. Savar. Voyag. en Égypt. tom. II, lettr. 3, pag. 62. 

Milan. SONNIN. Voyag. en Égypt. tom. II , chap. S 3, pag. 301; tom. III, chap. 39, pag 23; 
chap. 40 , pag. 61 ; chap. 43 , pag. 163. 

Épervier. Brown. Voyag. en Égypt. &c. traduct. Franc, tom. I,chap. 3, pag. 98. 

Milan. OLIV. Voyag. en Turq. &c. tom. I, chap. 14, pag. 136I Constantinople. 

Milan. DENON, Voyag. dans la H. etB. Égypt. édit. in- 12, tom. I,pag. 49; tom. II, pag. 292. 

Arabes. hadâgz^JcX^ (hada. A. Bell.). Avicenn. Canon, lib. m,fen 3, tract. 4, cap €, 
version. Latin. 
HADAH ou HEDÂH i\ cX^ . DEMYRY , Kitàb hayouât el-hayouân. 

haddÂyeh jj J^ des Égyptiens, au Caire et par toute l'Egypte. 

M 
H. N. 



(JO SYSTÈME DES OISEAUX, 

GENRE VIII, Circus. 

Caragt. Bec un peu alongé , incliné très-sensiblement dès son origine, assez com- 
princip. primé, à dos peu anguleux; Cire avancée, inclinée, déprimée, glabre; 
Narines ovales-oblongues, à bord supérieur droit et mince, placées en 
long et presque cachées par les soies fines et recourbées qui naissent 
entre elles et les yeux ; Mandibule inférieure à bassin uni et lisse. 
Langue oblongue, un peu rétrécie dans son tiers antérieur, simplement 
arrondie par-dessous avec un léger sillon, ses cornes très-lisses en dessus, 
et sa pointe épaisse, échancrée. 
Bouche fendue jusque sous les yeux. 

Tarses grêles, surpassant de beaucoup en longueur le doigt du milieu, ré- 
ticulés avec un rang de tablettes par-devant. 
Doigt intermédiaire excédant de peu les latéraux ; l'extérieur de ceux-ci égal 

à l'intérieur ou plus grand. 
Ongles alongés, très-acérés; X extérieur petit. 

access. Ailes longues. 

Quatre ou cinq Rémiges échancrées ; la première beaucoup plus courte que 
la Cinquième, et la seconde un peu plus que la quatrième ; celle-ci pres- 
que égale à la troisième, qui est la plus longue de toutes. 

Queue arrondie. 

ESPÈCES. 

TRIBU I. re Ongles intérieur et postérieur égaux à celui du milieu. — Cinq 
Rémiges échancrées. — Tète forte , dépourvue de collerette. 
CiRCl C^ENEI. [Hypotriorchai Graecorumî) 

12. 5Î i. ClRCUS aeruginosus. Le Busard. 

Circus Cjeneus corpore rubiginoso; pileo gulâque fulvescente-aibis. 

SYNONYM. i . iîpix,!; te7oç (humïvola). ARISTOT. Hist. animal l'ib. IX, cap, 36 ', sect. 47. 

Anciens. 

z.KifMoç NtiTjàKTivoç. Phi L, de Proprietat. animal, cap. 13, vers. 6,16. 

Accipiter (quem fugit fluviaiis avis). OviD. Metamorph. lib. XI , fab. ri, vers. 7-73. 
Accipiter (qui rapit anatesj. Columell. de Rc rustic. lib. VIII, cap. 15. 

Voyez pour la tribu : 

YTTOTp/op^Jiç. ARISTOT. Hist. animal, lib. IX, cap. 36 , sect. 47. 

Natural. Fako aeruginosus. LlNN. Syst. natur. edit. 12 , tom. 1 ', gen. 42,^ 2$, pag. 130. — GmEL. Syst. 
natur, LlNN. tom. I \pag. 267 , n." 2g. 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES EPERVIERS. qi 

MHvtos aeruginosus. ÂLDROV. Ornith. tom. 1, lib. V, cap. ij, pag. 396 , avec une figure pag. 39S . 
Milvus aeruginosus AIdrov. Wîllughb. Ornith. lib. II , pag. 42, art. 6 ,tab. 7 , — R AIi Synops. 

avium, pag. 17 , n. a 4. Nota. On doit regarder cet oiseau comme le vrai Bald Busard 

de Turner. Voyez Pandion fluviaïis, ci-après n.° 17. 
Busard des marais, Circus palustris. Br/ss. Ornith. tom. I, gén. 8, n.° 29, pag. 401. 
Busard. Bu FF. Hist, natur., Ois. tom. I,pag. 218, tabl. 10 ; Planch, enlum. n." 424. 

Voyag. Busard. Hollandr. Abrêg. d'hist. natur. tom. II, pag. 44, planch. x,fig. 1. La Syrie. 

Arabes, hidm *c\£ des Egyptiens, aux bords dû iac Menzaleh et dans le Delta. 
GERRÂH ^~N^ des mêmes , à Mataryeh , &c* 

1 3 • 5i 2. Circus rûfus. La Harpaye. 

Circus CœNEUS remigibus intermediis rectricibusque canis. 

SYNONYM. 1. iép«t| çpvvoXoxoç. ARISTOT. Hist. animal, lib. ix , cap. 36 ', sect. 47. 
Anciens. iépaif (qui ranis insidietur). Oppian. Ixeutic. lib. 1 , cap. 4. 

2..îîf>a.ij TnXetyiKoç. ALLIAN. de Animal, natur. lib. VI, cap. 4$. 

iîpaï; id est Accipiter pelagi. KlRAN. Kiranid. lib. 1 , cap. 8, et lib. II, t. 

3. Ktfiç (avis ; mel, K/pp/ç, accipitris species sic dicta a cirrho colorel). HESYCH. Onomatolog. elem. ». 

Natural. Falco rufus. Gmel. Syst. natur. Linn. edit. 13 , tom. I, gen. 42, n." 77, pag. 266. 
Vultur seu Laniarius médius. Fris C h , Vorstell. der voegel , tom. I, tabl. 78. 
Busard roux, Circus rufus. BRISSi Ornith. tom,. I , gen. 8, n." 30 , pag. 404. 
Harpaye. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I , pag. 217; Planch. enlum. n.° 460, 

Arabes. DERYA'H \*K> ou &\5 des Égyptiens, à Mataryeh, &c. 

TRIBU II. e Ongles intérieur et postérieur sensiblement plus grands que 
l'intermédiaire. — Quatre Rémiges échancrées. — Tète mé- 
diocre, entourée de quelques rangs de plumes courtes et ordi- 
nairement frisées , lesquels de chaque côté partent du menton pour 
remonter en arc vers la nuque. Circi simplices. (Lanarii 
AIdrov. et Alèert.) 

ï 4 • 3. ClRCUS gallinarius. La Soubuse. 

Circus s. caudas iateribus fàsciis fulvis ; nota infra oculos aibâ. 

Synonym. K/p*o* ( Circus. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. IX , cap. 1, sect. 2; cap. 36 , sect. 47; et 

Anciens. ca P- 49 > sect - 7*> 

K/pwç. Geo p on. GrjEC. lib. xv , cap. 1, Zoroastr. 

KipKoç. GaLEN. de Usu part. lib. il , cap. 18. 

KipKoç. DlOGEN. LaËRT. de Vit. Philosoph. lib. IX, in Pyrrh. 

Kipxfis. s£lian. de Animal, natur. lib. I, cap. 35 ; lib. ni, cap. 45 ; lib. IV, cap. y, lib. V, cap. 48, 

yo ; lib. VI, cap. 4; et 46. Consultez Gyllius. 
Kiûxcç (Accipiter comniunis quem dicunt Circum). KlRAN. Kiranid. lib. I , cap. 21. 

M 2 

H. N. 



$1 ? SYSTÈME DES OISEAUX. 

• ' Circus. Pzin. Hist. natur. lib. x, cap. 8 , sêct, y , suivant quelques anciennes éditions; mais 
il paroît que les manuscrits portent yEgithus. 

Voyez encore, pour cette espèce et ses analogues, parmi îes suivantes : 

i. Kipyj>ç, ïpnl; Kipxoç. Homer. lliad. lib. xxii , vers, ijy. — Id. Odyss. lïb. XIII , vers. 
86 ' , 87 ; lib. XV, vers. y 24, y2y. — Id. Batrachomyom. vers. 4y. 
Kipxaç. sEschyl. Supplie, vers. 69 ,232. — Id. Pers. vers. 20 j. — Id. Prometh, vers. 8j(f. 
iKipzoç. Lycophr. Cassandr. vers, léy, y 31 , ZJJJ* (per translat.) 
Kïf»œç. Apollon. Argonaut. lib, I, vers, 104}); lib. II, vers. y 3 y ; lib. III , vers, y 41 , 

y4%,yf)ï;lïb. IV, vers, 486. ' 
x/pjwç. Oppian. de Venation, lib. I , vers, 70, 282; lib. III , vers. 120. 
KipKoç. QuiNT. Smyrn. Paralipomen. Homeric. lib. III , vers, y y y; lib. XI , vers. 218. 
Kipzoç, KipH.a.% , Kipzv-oç. Hesych. Onomatolog. elem. k. 
Kipaoç. Phi'l. de Proprietat. animal, cap. 2y , vers. 8, yy ,73 , 77. 

2. Circanea. PûMP. Fest. de Ling. Latin, lib. III , Circan. 

3. Accipiter (qui gallinas domesticas rapit). VARR. de Re rustic. lïb. m, cap. y, 
Accipiter ( gaJIinis domesticis infestus). COLUMELL. de Re rustic. lib. VIII. cap, 2, 4. 
Accipiter (gallinis infestus). Plin. Hist. natur. lib. X, cap, y4, sect.yy. 

Natural. Falco Pygargus. LlNN. Syst. natur, edit. 12, tom, 1 , gen. 42 , n.° 11, pag. 126. — GMEL. Syst. 

natur. LlNN. edit. 13 , tom. I , pag. 277 , n.° 11. 
. Autre espèce d'Oyseau Saint- Martin , ou Blanche queue, BEL. de la natur. des Oys. liv. Il , chap, 12, 

Couleurs du Milan , &c. 
Accipiter Pygargus, Subbuteo Turneri. Willughb. Ornith, lib. il, pag. 40 , art.. 4, tab, 7, 

— Rai. Synops, avium , pag, 17, n.° y. 
Faucon à collier, Falco torquatus (femina). BRISS. Ornith. tom, I , gen. 8 ,n.° 7., pag. 34y. Je 

n'ai pas observé en Egypte Y Oiseau Saint- Martin de Buffon, que Willughby , Brisson, 

Linné , ont décrit comme le mâle ( sans doute le mâle adulte) de la Sou buse ; celle-ci, 

cependant, y est très-commune. . 

Soubuse. Bu FF. Hist. natur., Ois, tom. I, pag. 21 y, tabl. y ; Planch. enlum. ri." 443 , 480. 

Voyag. HAVAM. VANSLEB , Relat. d'un voyag. en Egypt. pag. 102. 
ABU HAOVÂM. Forsk. Animal. Orient, pag. y , n.° 17. d. 

Arabes. ABOU HAOUÂm Ayb aJI des Égyptiens, à Alexandrie, au Caire, &c. 
SAQR el-fyrÂn /tlyJul Jlu<*& des Arabes de Mataryeh. 

GENRE IX, DyEDÀLION. 

Caract. Bec court, épais, très-incliné dès la base, médiocrement comprimé, con- 
princip. vexe dessous; Cire courte, glabre; Narines un peu ovales, presque dis- 
posées en long, à bord supérieur droit et mince; Mandibule inférieure 
à bassin relevé d'une foible arête. 
Langue oblongue, simplement arrondie par-dessous, ses cornes presque 

lisses en dessus , et sa pointe épaisse , échancrée en cœur. 
Bouche fendue jusque sous les yeux. 

Tarses plus ou moins élevés, réticulés, principalement sur les côtés, avec un 
rang de tablettes par-devant. 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. ni 

Doigts longs , ^intermédiaire dépassant beaucoup les latéraux. 
Ongles longs, très-courbés et très-acérés; Y intérieur et \e postérieur plus grands 
que celui du milieu; l'extérieur petit. 

access. Ai les courtes (c'est-à-dire qu'elles parviennent à peine aux deux tiers de 
la queue). 
Six Rémiges échancrées; la première beaucoup plus courte que la seconde, 
qui n'excède pas elle-même la sixième; les trois autres presque égales; l'in- 
termédiaire de ces trois, ou la quatrième, la plus longue. 
Queue arrondie. 

ESPÈCES. 

TRIBU I. rc Tarses peu déliés: Doigts de même; la dernière phalange du 
doigt intermédiaire ne dépassant pas les ongles des deux 
doigts latéraux: Ongles intérieur et postérieur très -grands. 

— Langue à peine échancrée, un peu rétrécie en devant. 

— Des Cœcum. D^daliones Astures. 

IJ. ï.DjEDALION païumbarius. L 'A woiir. 

D^dalion Astur cerâ margine flavâ; caudâ fuscâ, fasciis nigricantibus. 

Synonym. i. Ispaf ®clÇotÔ7ivç. ÀRISTOT. Hist. animal, lib. VIII , cap. 3, sect. 6 ', où cette dénomination est 
Anciens. certainement prise dans un sens générique. Voye^ Falco communis, ci-après, n.° 21. 

Accipiter (columbis infestus). VâRR. de Re rustic. lib. III, cap. 7. 

Accipiter (columbis palumbisque infestus). Columell. de Re rustic. lib. VIII , cap. S. 

Accipiter (id.). Plin. Hist. natur. lib. X , cap. 36 et 37 , sect. p. 

a. Accipiter (qui columbas Thisbaeas agitât), Daedalion. Ovin. Metamorph. lib. XI , fab. 8, 
vers. 291 , 295, 340, 344. 
Accipiter Daedalion. HYGIN. Fabul. cap. 200. 

3. Àçnpiaç ( Stellaris. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. IX, cap. 36, sect. 47. 

4- Astur. Jul. FlRMlC. Matheseos lib. V, cap. 7. 

Astur , Accipiter major , Accipiter (simpliciter dictus). Albert. M. de Animal, lib. VII, 
tract. 1, cap. 4; lib. VIII, tract. 2, cap. 6; lib. XXI il, de Accipitr., et de Falcon. cap. 20, 
21,22, 24. Cet auteur ne comprend sous le nom générique d'Accipiter, que Y Autour 
et l'Epervier. 

Voyez aussi: 

1 ,° fgpei| ( Thraciae , societate eu jus hommes aucupantur). ARISTOT, Hist. animal, 
lib. IX , cap. 36, sect. 47. 
tépaf (Thracise, &c). Auth. Libri de mirabil. auscult. 
is/>*f (Thracîae, &c). Antigon. Caryst. Hist. mirabil. cap, 34. 
î'if>*% (Thraciae, &c). s£lian. de Animal, natur. lib. II, cap. 42. 
K/pcç (Thrache, &c. ). Phil. de Propriet. animal, cap. 25. Notez que ce passage est 
un de ceux ou K'iôkoç est évidemment employé comme synonyme d'ie'p*?- 



94 SYSTÈME DES OISEAUX. 

Accipiter (Thracise, &o). Plin. Hist. natur. lib. X , cap, 8, sec t. 10, 

2.°KipKoç (aucupis cornes). Oppian. de Venat, lib. I , vers. 64. 

Accipiter (famulus aucupis). Martial. Epigram. lib. XIV, n.' 216. 

Accipiter (quo utuntur ad venatum). Prosper, de Vit. contempl. lib. III , cap. 17, 

Natural. Falco palumbarius. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I, gen. 42, n." 30 , pag. 130. — Gmel. 

Sy st. natur. LlNN. edit. 13, tom. I, pag. 269, n? 30 Le Falco gentilis des mêmes 

est un autour, et vraisemblablement un jeune autour de l'espèce commune. Voyez les 

descriptions et les figures qu'en ont données Linné , Faun. Suecic. , Pennant , Lewin , 

Gerini, &c. 
Asterias , Astur. ÂLDROV. Ofnitk. tom. I, lib. V, cap. i,pag, 336 ' , avec deux figures, pag, 340,34.1. 
Accipiter palumbarius. Willughb. Ornith. lib. II , pag. yi , J. i, tab. 3 et j. — Rai. Synops. 

avium , pag. 1 8 , n." 1. 
Autour, Astur. Briss. Ornith. tom. I , gen. 8, n." 3, pag. 31J. — Gros Busard , Circus major. 

Id. ibid, n." 28, pag. 398. Celui-ci est l'autour de la première année. 
Autour. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I, pag. 230, tabl. 12 ; Planch. enlum. n. os 461 , 4.18, et 

n.° 423, où l'on a représenté une variété de Y Autour sous le nom de Busard. 

Voyag. BAZ. Vansleb, Relat. d'un voyag. en Egypt. pag. 102. 

ELBAS (avis cinerea, columbâ major, prsedatrix). Forsk. Animal. Orient, pag. vil, h. 

Arabes. BÂz ^yj . AviCENN. Canon, lib. II , tract. 2, cap. 613 de sterc; lib. III , fen 3, tract. 4, cap. 3; 
lib. IV, fen 6, tract. 2, cap. 18, version. Latin. 
BÂZY (J?\u . DEMYRY , Kitàb hayouât el-hayouân. 

SAQR el-bÀz >LJ» ùu+> des Égyptiens, à Alexandrie. Notez que saqr répond exactement 

à Yaccipiter des Latins. 
LOUYHIQ /û.s^J ? abou lÂhiq /a.&Ji! ^1 des Arabes, en Syrie. 

TRIBU II. C Tarses longs et grêles : Doigts de même, celui du milieu prin- 
cipalement, sa dernière phalange dépassant les ongles des deux 
doigts latéraux ; verrues plantaires pédicellées : Ongles très- 
comprimés. — Bec très-court. — Langue bien échàncrée 
en cœur, de largeur égale par-tout. — Point de Cœcum. D^eda- 

LIONES SIMPLICES. 



6. 



55 2. Dj£DALION fringiiïarius. L'Éperyier commun. 
DjEDAlion s. cerâviridi; caudâ fuscâ, fasciis nigricantibus. 



SYNONYM. 1. is'ptf ZmÇUç. Aristot. Hist. animal, lib. VIII , cap. 3, sect. 6 ' , où ce nom est pris dans une 
Anciens. , . acception générique ; lib. IX, cap. 36, sect. 4J. 

ZiriÇlaç (species accipitris). Hesych. Onomatolog. elem. <r. 

2.'iêp«f IxauKrroç (cui magnitudine cuculus persimilis, atque volatu). ARISTOT. Hist. animal. 
. lib. VI, cap, j, sect. 6. 

3. K/jwe? (qui parvis csedem infert avibus). HomëR. lliad. lib, ij, vers. Jjf. 



ORDRE i, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. gC 

4-Nisus (femina), Muscetus (mas), Sperverius, Accipiter minor. Albert. M. de Animal 
lib. VII, tract, i, cap. 4 ; lib. VIII , tract. 2, cap. 6 ; lib. XX m , de Acciphr. , de Falcon. 
cap. 22, 24, &c. , et de Nis. 
Sparverius (Ocypteros, scilicet Sparverius). Kir an. Kiranid. lib. m, cap, 2 j. 

Voyez aussi: 

fy*| (usus ad passerum captionem). Oppian, Ixeutic. lib. III, cap. y. 

Natural. Falco Nisus. Linn. Syst. natur. edit. 12, tom. I, gen. 42, »> 31 , pag. 130. — Gmel. Syst. 
natur. LlNN. edit. 13, tom. I, pag. 280, n." 31. — Falco minutus. LiNN. ibid. n." 32, 
pag. 131. — Gmel. ibid. pag. 28 y, n." 32. 

Espervier, Fringillarius, Spizias. Bel. de la Natur. des Oys. liv. Il , chap. 21, avec une mau- 
vaise figure. 

Accipiter fringillarius, seu.recentiorum Nisus. Willvghb. Ornith. lib. il, pag. yi , f. 2, 
tab. y. — Rai. Synops. avium , pag. 18 , n." 2. 

Epervier, Accipiter. Briss. Ornith. tom. I , gen. 8, n." 1 , pag 310. — Petit Epervier , Accipiter 
minor. Jd, ibid. n." 2, pag. 31 y ^ tabl. p,fg. x. 

Epervier. Buff. Hist. natur., Ois. tôm.I,pag. 22y , tabl. xi) Planch, enlum. n. 05 412, 467. 

Voyag. bXsciek. Vansleb , Relat. d'un voyag. en Égypt. pag. 102. 

Epervier. M AI LL. Descript. de V Égypt. tom. II, pag. 113, 114. 

Epervier. G RANG. Voyag. en Égypt. chap. 14, pag. 238. 

Epervier. Savar. Voyag. en Égypt. tom. II, leur, y , pag. 62. 

Epervier. Son N IN. Voyag. dans la H. et B. Égypt. tom. III , chap. 40 , pag, 61. 

Epervier. Brown. Voyag. en Egypt. &c. traduct. Franc., tom. I, chap. 2, pag, 23. 

Arabes, baçeiq ^^0. Avicenn. Canon, lib. Il , tract. 2, cap. de sterc. 613 version. Latin. 

BÂCHEIQ j\SÀ) > BEYDAQ ou BEYZAQ £j<Xj s Demyry, Kitâb hayouât elhayouan. 

BÂCHEIQ /V^k des Égyptiens, a Alexandrie, au Caire, &c. Je crois que BEYDAQ est le 
nom du tiercelet. 

GENRE X, Pandion. 

Caract. Bec assez grand, presque droit à la base, à dos renflé; Cire lobée au-dessous 

princip. des narines, très-courte, hispide; Narines lunuiées, obliques, presque 

longitudinales, le bas de leur ouverture étalé, et le bord supérieur 

membraneux, très-mince ; Mandibule inférieur r à bassin relevé d'une foibîe 

arête. 

Langue oblongue, assez large vers le sommet, simplement arrondie par- 
dessous, ses cornes presque lisses en dessus, et sa pointe épaisse, entière. 

Bouche à peine fendue jusqu'à l'angle antérieur des yeux. 

Tarses très-épais, réticulés, garnis sur les deux faces d'écaillés petites, dures, 
saillantes, comme imbriquées de haut en bas sur la face antérieure, et 
de bas en haut sur la postérieure. 

Doigts gros , rudes au toucher , dénués de toute membrane ; X intermédiaire 
excédant de peu les latéraux ; X extérieur de ceux-ci plus long que X intérieur, 
se portant facilement en arrière, ' 



9 6 



SYSTEME DES OISEAUX. 

Ongles égaux, très-grands, très-acérés à la pointe, courbés en demi-cercle ; 
tous arrondis et lisses par -dessous; celui du milieu conservant néan- 
moins une tranche saillante sur son côté interne, 

access. Ailes très-fongues et dépassant la queue. 

Cinq Rémiges échancrées ; la première excédant à peine la cinquième , 
toutes deux beaucoup plus courtes que les trois intermédiaires ; la troi- 
sième la plus longue. 
Queue composée de rectrices égales. 
Yeux rapprochés du bec, presque à fleur de tête. 

Cuisses et jambes revêtues déplumes courtes , serrées, lustrées, couchées sur la -peau. 

ESPÈCE. 

17. î5 PANDION ffuviaïis. L'Orfraie; improprement le Balbuzard, (y. J 

Pandion cerâ pedibusque cassiis; vertice albo. 

Synonym. i . Biâxfwoç. OPPIAN, Ixeutic. lib. il, cap. ij. 
Anciens, 

2. Aquiïa parva quse vocatur Aquila piscium. Albert. M. de Animal, lib. II , tract, i , cap. 6; 
lib. VU , tract, i , cap. 4 ; et lib. XXIII , de Aquil. Description fabuleuse. . .Remarquez 
que l'Aigle de mer des anciens vivoit de poissons et d'oiseaux , et que l'Aigle pêcheur 
d'Albert , ou le Balbuzard, vit simplement de poissons. Voyez au surplus la synonymie 
de I'Hali^eetus Nisus, ci-devant, n.° o. 

Voyez de plus et comparez : 

i.° T6top^«ç, Tetop^cç. Aristoph. Aves, vers. 1181,1206. — Id.Spheg. vers. 1522. 

Tetopx**- Aristot. Hist. animal, lib. VIII , cap. 3 , sect, 6 ' ; lib. IX , cap. 1 , sect. 2, 

et cap. 36 , sect. 47. 
Te<op%Jiç. ThEOPHRAST. Hist. plant, lib. IX , cap. p. 
TpiopX'Ç a 'stoç. LYCOPHR. Cassandr. vers. 148 (per translat.). 
TeiôpxK- Anton IN. LIBERAL. Metamorph. fabul. 14, s. Munich.; ex NlCANDR. 

lib. XI Altérât. 
T&opW • ATHEN. Deipnosoph. lib. VII, cap. 13; ex Iamb. SlMONID. 
TeAopw MipfAvoi;. ALlian. de Animal, natur. lib. XII , cap. 4, add. Gyll. 
T&op%ç, sive Te<op^,«f (species aquifce. VARIN.), Bîfàévtiç , Kej^/A»?, Mip/j.vnç. 

Hesych. Onomatolog. elem. j3, k, p, T . 
Te/op%n? (accipitris genus ). SuiD. Lexic. elem. r. 

Triorches accipiter , Triorches , Buteo Romanorum. Plin. Hist. natur. lib. X , 
cap. 8, sect. 9, et cap. y 4, sect. pj, p6; lib. XI, cap. 49, sect. 11 0; lib. XXV, 
cap. 6 ', sect. 32. 21. 

2.' Buteo. Plin. Hist. natur. lib. X , cap. 49 , sect. 6p. (Falco Buteo. LlNN. ) 
Buteo. ARNOB. contra Gent. lib. II, ultra med., et VII. 

Buteo. Pomp. Fest. de Ling. Latin, lib. l,AUt.; lib. II, But.; lib. XIII, Oscin. 
Buteus. Albert. M. de Animal, lib. xxin, de But. 

3. Millo 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. gr-? 

3. Millo (afiasMillio). Marcell. Empiric. de Medicam. cap. 33. 

Comparez aussi : 

Oup ( avis Accipitri pelagi similis ). KlRAN. Kiranid. lib. I , cap. 8. II n'y a cepen- 
dant pas apparence que ce soit un oiseau de proie ; car je trouve ailleurs 
que Thyria, ®ueÂn , mère deCycnus, fut changée, comme lui, en oiseau 
d'eau. Voyc^ Antoninus Liberalis , ^/â £, 12. 

Natural. i.Falco Haliaëtus. Linn, Syst. natur. edlt. 12, tom. I, gen. 42, n." 26 ', pag. 12p. Gmel. 

Syst. natur. LiNN. edit, 13, tom. I, pag. 263, n." 26. 
Balbuzardus Ânglorum. Willughb. Ornith. lib. il , pag. 37 , art. 1 , tab. <f. — Rai. Synops. 

av'ium , pag. 16 ', n." 3. 
Aigle de mer, Haliœetus , s. Aquila marina. Briss. Ornith. tom. I, gen. $, n." 10 ,pag. 44 o, tab/. 34, 
Balbuzard. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I,pag. 103, tabl. 2; Planch. enlum. n.° 414. 

2. Orfraye ou Offraye , en grec Haliseetus. Bel. de la Natur. des Oys. liv. Il, chap. j , avec une 
figure assez défectueuse. C'est donc au Balbuzard qu'appartient légitimement le nom 
d' 'Orfraye , ou d' Orfraie, 

Osprey Anglorum. Gesner. Hist. animal, lib. III , art. de Haliœeto , pag. 196, ex Turner. 
etaliis, avec une figure placée mal-à-propos à l'article du Morphnos , pag. ip. Trans- 
position qui a fait croire aux naturalistes, même à Willughby, que cet oiseau étoit 
le Morphnos ou Bald Buzzard de Turner , tandis que le Bald Busard de cet Anglais 
est notre Busard. 

Osprey. Penn. Brit. Zoolog. class. 11 , gen. i, sp. 4, pag. 63, tab. A. I. 

Voyag. Balbuzard. HoLLANDR. Abrég. d'hist. natur. tom. H, pag. 7, planch. 3,fig. 2, Nota. Bufîbn n'igno- 
roit pas que le Balbuzard se trou voit en Egypte. Voye^ son Histoire des Oiseaux, l oc. cit. 

Arabes. NÂÇOURY {£j*-~ J ^ es Égyptiens, aux environs du lac Menzaleh, &c. 

QREYA' &** des mêmes, à Mataryeh, &c. : queïques-uns donnent ce nom au Busard. 

GENRE XI, Elanus. 

Caract. Bec petit, assez incliné dès la hase, très -comprimé, à angle dorsal gros 
princip. et arrondi ; Cire demi-hispide, très-courte; Narines ovales, placées en 

iong, ou à-peu-près, et cachées en grande partie par les soies recour- 
bées qui naissent entre elles et les yeux ; Mandibule inférieure à bassin 
relevé dune côte arrondie et fort saillante , sur-tout vers le bout. 

Langue large à la base, puis rétrécie, simplement arrondie par- dessous, 
ses cornes hérissées de papilles en dessus, et sa pointe demi-pellucide, 
échancrée en cœur. 

Bouche fendue jusque sous les yeux. 

Tarses empennés très-bas par-devant, très-courts, très-épais , garnis d'écaillés 
fines, grenues, égales, disposées en quinconce. 

Doigts gros, dénués de membranes; Y intermédiaire excédant de peu les la- 
téraux; la dernière phalange du doigt intérieur débordant celle de 
l'extérieur. 

, N 
H. N. 



Oô SYSTEME DES OISEAUX. 

Ongles grands, inégaux, l 'intérieur et le postérieur sont les plus forts, très- 
courbes, très-acérés à la pointe, lisses et arrondis en dessous ; celui du 
milieu offrant néanmoins une tranche saillante formée par son bord 
interne. 

aecess. Ailes très-longues, acuminées. 

Deux Rémiges échancrées , mais légèrement , et seulement vers la pointe ; 
la première un peu plus courte que la seconde, qui est la plus longue 
de toutes : les suivantes, depuis la quatrième jusqu'à la dixième , régu- 
lièrement étagées. 
Queue médiocre, échancrée. 

Tête trh-aglatie sur le vœrtex. 

ESPÈCE. 

10. 5Î ELANUS caesius. Le Couhyeh. 

Elanus macula circa oculos, aïarumqiié tëctricibus secundariis nigerrimis. 

Planche II f jigiire 1, dessinée d'après un individu tué aux environs de Menzaleh, 
le 21 frimaire an 9. 

Synonym. exuvoç (Milvus ; an potihs species milvi!). Hesych. Onomatolog. elem. t. 

Anciens. 

Observ. Le Couhyeh, commun sur les côtes de la Syrie, de l'Egypte, de la Barbarie , 

a sans doute été connu des anciens Grecs ; c'est de tous les petits éperviers 

celui qui méritoit le mieux les surnoms d'd>cvwTêpcç et de TaeuffïWêpoç qu'ils ont 

donnés a certaines espèces. Fov^Falco coin munis , ci-après, n.° 21. Voyez de 

plus, 1%'paf Tctwri-TTTipoç. jEliaN. de Animal, natur. lib. XII , cap. 4, add. Gyll. 

Natural. Blac. Levai ll. Hïst. natur. des Ois. d'Afriq. tom. I, pag, 147, planch. 36 et 37. — Faîco 
melanopterus. Daud. Trait, d'ornith. tom. II , gen. 4, n.° 124, pag. 152. 

Voyag. Espèce d'oiseau de proie. Sonnin. Voyag. en Égypt. tom. II, chap, 24, pag. yp, et suiv. Descrip- 
tion détaillée. 



Arabes, kôuhyèh AuJ*^b=> des Égyptiens à Mérizaïeh, Damiette, Fareskour, et dans le Delta. 
ZORRAQ Se)) \ de quelques auteurs Arabes. 

SECTION II, HlERACES. 

Narines petites, parfaitement circulaires, le centre de leur ouverture 
occupé par un tubercule solide, conique, presque lisse, qui 
s'élève de leur paroi inférieure et antérieure. 

Mandibule supérieure à bords assez épais, non-seuïement anguleux, 
mais armés chacun d une dent ; Palais entièrement corné , et 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. gg 

relevé dune côte très-grosse, arrondie; Mandibule inférieure tron- 
quée verticalement à son extrémité. 
Première phalange du doigt intérieur bien mobile sur la pénultième. 

GENRE XII 9 Falco. 

Caract. Bec très-court, épais, peu comprimé, arrondi dessus, très-convexe dessous, 

prmcip. offrant, sur les bords du crochet de sa mandibule supérieure, deux dents 

triangulaires; Cire très-courte, hispide ; Narines écartées; Mandibule 

inférieure échancrée profondément de chaque côté, relevée sur son 

bassin d'une arête. 

Langue large à la base, puis rétrécie, marquée inférieurement d'une pro- 
fonde canelure, ses cornes hérissées de papilles en dessus, et sa pointe 
cartilagineuse, très-mince, pellucide, échancrée. 

Bouche fendue jusque sous les yeux. 

Tarses courts , assez épais, réticulés, à écailles un peu plus grandes sur le 
côté interne par-devant. 

Doigt extérieur égal à l'intérieur, ou plus long. 

Ongles presque égaux entre eux. 

access. Ailes longues, acuminées. 

Trois Rémiges échancrées , mais seulement vers le bout, très-pointues; la 
seconde la plus longue : les suivantes , depuis la quatrième jusqu'à la 
dixième, régulièrement étagées. 
Queue arrondie. 

ESPÈCES. 

TRIBU I. re Doigts courts, X intermédiaire un peu plus long seulement 
que les latéraux: Ongles médiocres et peu acérés. — Les trois 
premières Rémiges très-sensiblement échancrées; l'extérieure 
plus courte que la troisième. — Queue très-arrondie par 
le bout. Falcones Cenchrides. 

ip« Jî i. FALCO Tinnunculus. La Cresserelle. 

Falco Cenchris dorso rufo, maculato; caudâ sub apice nigrâ, denique aibâ. 

SYNONYM. i.Kêp^fJi/V, Ktpxws- ÂRISTOPH. Aves , vers, 30;, jpo, 11S1 , 1335, 1454. 
Anciens. K«p^v«. Calumachus in libro de Avibus , Scholiaste ARI STOP H AN I S citante. 

KeWj'M. HesYCH. Onomatolog. elem. a. 

2. Kty%)ç (Tinunculus. Th. G.). Aristot, Hist. animal, lib. Il, cap. 17, sect. 22; lîb. VI, cap. 1, 

sect. 1, et cap. 2, sect. 2; lib. VI II, cap. 3, sect. 7. — Id. de Générât, animal, lib. III, cap. t. 

Kiytèiç. Anton in. Libéral. Metûmorph, fab. p,s. Emathid. ; ex Nicandr. libr. iv Altérât. 

™ N a 

H. N. 



IOO SYSTÈME DES OISEAUX. 

Ki-yfêlç. DlOSCORID, de Facil, parabil. medicam. Ub, I ,cap. 41. 

Ktyfëmç. ALlian. de Animal, natur. Ub. II , cap. 43. 

Ktyygiç. HESYCH. Onomatolog. elem. ». 

Kî'yfô'ivnç, K&yfâwç. SuiD. Lexic. elem. y, in voc. Gampsonych. , et elem, n. 

Cenchris. PLIN. Hist. natur. Ub. X , cap. J2,sect. 73, 7 '4; Ub. XX IX , cap. 6 ' , sect. 38. 

3 . Tinnuncuïus ( alias Tinuncuïus , Tinungulus , &c. ) . Columell, de Re rustic. Ub. VIII , cap. 8. 
Tinnunculus [aliàs Tristunculus). Plin. Hist. natur. Ub. X, cap. 37, sect. ^2, 

4. Lanarius rubeus. ALBERT. M. de Animal. Ub. XXIII, de Falcon. cap. 15. 

Raturai . Falco Tinnunculus. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. 1, gen. 42, n." 16 , pag. 127. — G M EL. 

Syst. natur. LlNN. edit. 13, tom. 1 ,pag. 278, n." 16. 
Tinnunculus seu Cenchris AIdrov. WiLLUGHB. Ornith. Ub. II ', pag. 30, art. ij, tab. y. — : 

Rai. Synops. avium , pag. 16, n? 16. 
Cresserelle , Tinnunculus. Bris s. Ornith. tom. I, gen. 8, n." 27, pag. 393. — Epervier des 

alouettes , Accipiter aïaudarius. Id. ibid. n." 22, pag. 37$. 
Cresserelle. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I, pag. 280, tab. 18; Planch. enlum. ri," 401, 471, 

Voyag. Falco Tinnunculus. HASSELQ. Voyag. en Palest. &c. part. Il, pag. 342, n." 8, trad, Allem. La Syrie. 
ABU SARAGA. FoRSK. Animal. Orient, pag. p , n.° 17 , e. 
Cresserelle. Hollandr. Abrég. d'hist. natur. tom. II, pag. 6$, planch. III , ji g. 2. La Syrie, 

l'Egypte , &c 
Espèce de faucon. SONNIN. Voyag. en Êgypt. tom, I, chap. 19, pag. 364. Description étendue. 

Arabes. KHASR yv^aâ- (SACCHARI. A. Bell.). AviCENN, Canon. Ub. II, tract. 2, cap. de sterc. Ci 3 
version. Latin.! 
abou SARAQAH Aô-^j aj\ des Égyptiens , à Alexandrie , Damiette, &c. 
SAGGAOUY ^*lkx*/ des mêmes, au Caire. 

TRIBU II. C Tarses un peu grêles : Doigts longs, l'intermédiaire beaucoup 
plus que les latéraux : Ongles grands, très-acérés, très-aigus. — 
Les trois premières Rémiges très-sensiblement échancrées; l'ex- 
térieure plus courte que la troisième. Falcones sEsalones. 

2 0. 5Î 2. FALCO Smiriiïus. L'Émêrillon. 

Falco sEsalon dorso caerulescente , rufo maculato; caudâ tienijs fulvis. 

SynonYm. klvÀrm. Aristot. Hist. animal. Ub. ix,cap. 1, sect. 2, et cap. 36, sect. 47, 
Anciens. Air**av. ANTIGON. CaRYST. Hist. mirabil. cap. 64. 
kUkhw. vELIAN. de Animal, natur. Ub. il, cap. yi. 
Aïtrihav [corrupte Al<ra.f>uv; A/V*A&>v. SuiD.). HESYCH. Onomatolog. elem. et. 

/Esaïon. PLIN. Hist, natur. iïb. X, cap. 8, sect. p (on lit dans les éditions récentes, Epiîeos), 

et cap. 74, sect. y y. 
Aeselon , Assalon. ALBERT. M. de Animal Ub. VIII, tract. 1, cap. 3 ; et Ub. XXIII, de Assal 

où il le confond avec Yakolv^iç. 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES ÉPERVIERS. ]0l 

Nota. Cette première synonymie, adoptée par les auteurs, est principalement fondée 
sur un passage de Pline, où Msalon est appelé un petit oiseau, parva avis, La synonymie 
suivante est moins douteuse. 

i . iê'paf uîfxaç. Aristot. Hist. animal, lib. ix, cap. 36, sect. 47. 

2. ip«| ùùMTr'iTtiç (ïusciniarum occisor). Hesiod. Oper. et dies, vers. 201 , 210. 
ilpaf; (qui in cassitas et hirundines ruit). Oppian. Ixeutic. lib. I, cap. 4. 

3. Coredulus. Isidor. Hispal. Origin. lib. XII , cap. 7, n." 31. 
Coredulus. Albert. M. de Animal, lib. xxill , de Coredul. 

4- Mirle, Smirlin; Meristio [vel Meriilo. Merillus. Isidor.). Albert. M. de Animal, lib. 
xxill, de Falcon. cap. 14, et de Merist. 

Natural. Falco vEsalon. G M EL. Syst. natur. LlNN. edit. 13, tom. I , gen. 42, n.° 11S , pag. 284. 

^Esalon AIdrov. Willughb. Ornith. lib. II , pag. 30 , art. 16 , avec une figure très-peu exacte 

tab. 3. — Rai. Synops, avium , pag. ij , n.° ij. 
Emerillon, ^Esalon. BRISS. Ornith. tom, I , gen. 8, n.' 23 , pag. 382. 
Ëmérillon. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I,pag. 288, tabl. 19 ; Planch. enlum, n.° 468. 
Emerillon commun, Falco ^Esalon. Daudin, Trait, d 'ornith. tom. II, gen. 4, n.° 111, pag. 137. 

Arabes. YOUYOU y^>.DEMYRY, Kitâb hayouât el-hayouân. 
GERÂDYEH Aj^Ucw des Égyptiens, au Caire. 
SAQR EL-GERÂD ^ij^tw des mêmes, à Menzaleh, Mataryeh, Fareskour, &c. 

TRIBU III. C Tarses très-courts et très-épais: Doigts longs, ['intermédiaire 
beaucoup plus que les latéraux : Ongles grands, très-acérés, 
très-aigus. — Les trois premières Rémiges plutôt insensible- 
ment rétrécies et taillées en pointe à leur bout, qu échan- 
gées ; la première plus longue que la troisième. — Queue 
assez courte. Falcones simplices. 

2* I • 5 5 3 . FALCO communis. Le Faucon. 

Falco s. genarum macula nigrâ; caudae apice albo. 

Synonym. 1. Ip»| (apud yEgyptios sacer, &c). HERODOT. Hist. lib. II , cap. 63 , 67. 
Anciens. lép a l ( sacer, &c). DlODOR. SlCUL. Biblioth. hist. lib. I , sect. 2, cap. 31, 32; lib. III , cap. 3. 

iépaf (vEgyptiis sacer). Philo Jud. in libr. de Decalogo. 
fê'paf ( ApoIIo et Hierax, Cereris cultor, in accipitres commutati). Antonin. Libéral. 

Metamorph.fab.3, ex B(EI libr. de Avium ortu;fab. 28, s, Typhon, ex Ni C AN DR. libr. iv. 

Altérât. ' 
lépaf (quem vEgyptii universi colunt). Strab. Geograph. lib. xvil , de sEgypt, , duob. loc. 
iipaï; (avis Dei symboius, sacer, &c). Plut ARC H. de Isid. et Osirid. 
i'ifa.% (symboius Solis, &c). Clem. Alex AN DR. Stromat. lib, V, sect. 7. 
I«p<xf, asgyptiacè ©«tv^asrèç (vel ®a.v<rroç; avis cultissimus , Apoliini dicatus, &c. ). sElian. 

de Animal, natur. lib. II, cap. 42, 43; lib. IV , cap. 44; lib, vil, cap. p, 43 ; lib. x, 

cap. 14, 24; lib. XII , cap. 4. 



I02 SYSTÈME DES OISEAUX. 

ïe'pttf (quem ./Egyptii Soli acceptum putant, &c). PORPHYR. de Abstinent, ab animât. 

lib. II , cap. 48; lib. III, cap. y, 23 ; lib. IV , cap. 7,9, 16. 
fs'paf (quem egyptii Soli consecrant, &c). Euseb. de Préparât, evangel. lib. I, cap. 10, vers. 

fin.; lib. Il , cap. 1, circa med.; lib. III , cap. 4 et 12. 
îifct^, aegyptiacè Baï»Q. HORUS-APOLL. Hieroglyph. lib. I, cap. 6 ', 7,8; lib. II, cap. ly, pp. 

Accipiter (barbarorum deus). ClCER. de Natur. Deorum , lib. III , cap. 47. 

Accipiter sacer» VlRG. ^Enéid. lib. XI, vers. 721; et SERV. in hune loc. 

Accipiter (AppIIo in accipitrem mutatus). OviD. Metamorph, lib. VI,fab. 2, vers. 123. 

au i'pwf ànv^oç. Ho mer. lliad. lib. xill , vers. 62. 

à)tv^oç, dÇvtfyoç. Clem. Alexandr. Stromat. lib. II,sect. 1 y, lib. v,sect. 8.—ld. Pœdagog. 

lib.JIl, cap. 11. 
ïipa% Uifhaob^ K?) ùxi^tfoç. sELIAN. de Animal, natur. lib. XII , cap. 4, add. GYLL. 

3. îp«| ftooMpovo;. Homer, lliad. lib. XV, vers. 237,238; lib. XXI, vers. 494. Conférez 

EUSTATH. in Vdyss. lib. XV. 
1%'paf $*no?oW Aristot. Hist. animal, lib. IX, cap. 12, sect. 17, et cap. 36, sect. 47. 
i'iça.% Qctovoçôvoç. Galen. de U su part. lib. XI, cap. 18. 
ïipctf Qôunroçovoç. sELIAN. de Animal, natur. lib. XII, cap. 4, add. Gyll* 
UpaÇ 4>ot,Ksr><p'ovoç (accipïtrum omnium velocissimus.). PORPHYR. de Abstinent, ab animât. 

lib. m, cap. 8. 
i'épaf <bcartn(pôvoç , GatewroWo ( QaavoKTMOç l ) , 4hlCoktovoç 9 QaÇorvTroç. HESYCH. Onomatolog. elem. 9. 

4. iépaf optirtis* sElian. de Animal, natur. lib. II, cap. 43. 

5. <fr<z\xw (species accîpitris). Suid. Lexic. elem. 9. 

Falco. Jul. Firmic. Matheseos lib. V, cap. 7 et 8. 

Falco, Capys Tuscorum. Servi us ad libr. X sEneïd. vers. 14;. 

Falco, Capys. IsiDOR. HlSPAL. Origin. lib. XII, cap. 7, n.° yy. 

Falco peregrinus ; F. gibbosus ; F. rubeus ; Sac. Albert. M. de Animal lib. XXIII, de Falcon. 

Comparez : 

i.° nép»ç. ARISTOT. Hist. animal, lib. IX , cap. 36, sect. 47. Ce nom paroît 
désigner un oiseau de proie brun ou saur. 
Uif>vU (species accîpitris). HESYCH. Onomatolog. elem. 9} Gesn. 

2. SSfatoç (avis hierakinos qui vocatur Kydos). KlRAN. Kiranid. lib. I, cap. 14. 
Seroit-ce le sef des Arabes : 

3. Aërisilon , Aëlius , Aëriphilus, Saçer. Albert. M. de Animal, lib. XXIII, de 
Aërisil., et de Falcon, cap. y. 

4.° lépaf (ab incolis Philarum cultus). Strab. Geograph. lib. XVII, sEgypt. 

Voyez de plus, pour le genre et ses analogues , parmi les précédens : 

î p «f . Homer. lliad. lib. XVI, vers, y 82 ; lib. XV m , vers. 6iy.—Id. Odyss. lib. v, vers. 66. 
Iê'paf . yEsop. Apolog. fabul. 3. 
ïp„f. Herodot. Hist. lib. III, cap. 76. 

îép*f. Aristoph. Aves, vers. 304, y 16. ( accipiter ApoIHnis), 1112, 1179, 14^4. 
ilp*}. ARISTOT. Hist. animal. lib.I, cap. y, sect. 6; lib. II, cap. ly, sect. 18; lib. VI, 
^cap. 6, 7, sect. 6; lib. VIII, cap. 28 , sect. 33; lib. ix , cap. 11, i2> sect. ly, 16. —Id. 
de Générât, animal, lib. II , cap. 7 , et lib. III , cap..i. — Id. de Physiognom. cap. 6. 



ORDRE I, FAMILLE 2, LES EPERVIERS. jQ-y 

1%'pttf. THEO C RIT. Idyll. IX, vers. 32. 
Tê'paf. OPPIAN. Ixeutic. lib. I , cap. 4; lib. Il , cap. 15. 

îîf>a%, Ipjjf (slye ip*| ), îorpaf, B«p*f , Bapfof , NéprÔç, Srawrif. HÈSYCH. Onomatûlog. 
elem. 18 , / , v , ç. 

Accipiter. Lucret. de Rer. natur. lib. III, vers. 732; lib. IV, vers. 1003 ; lib. v, vers. ioj8. 
Accipiter. Horàt. Carmin, lib. 1, od. 37, vers. ij.—--îd. Epistol. lib. I , ep. 16 , vers. 30. 
Accipiter. Plin. Flist. natur. lib. X , cap. 8, p , 10 , sect.p, 11, 12, et cap. 17, tut. 19, et cap. 

23, sect. 33, et cap. jy , sect. 79 ; lib. XI , cap. 37 , sect. 75 ; lib. x XV III, cap. 8, sect. 2$ ; 

lib. XXIX, cap. 6, sect. 38 ; lib. XXX, cap. 11, 13; lib. XXXVII, cap. 10, 11 , sect. 36, 72. 
Accipiter. Jul. Obseq. de Prodigiis , cap. ny. 
Accipiter. Àuth. Philomel. vers. 24. 
Accipiter. Cassiodor. Var. Epistol. lib. I , epist. 24; lib. VIII , epist. 31. 

Natural. Falco communis. Gmel. Syst. natur. LlNN. edit. 13 , tom. I , gen. 42, n.° 86 ,pag. 270. 

Falco peregrinus. Aldrov. Ornith. tom, I , lib. VII , cap. 1 , pag. 463, avec une figure pav. 464. 
Faucon, Faïco. BRISS. Ornith. tom. I , gen. 8 \n.° 4, pag. 321. — Faucon pèlerin, Falco peregrinus. 

Jd. ibid, n.° 6 , pag. 341. Nota. Les iris ne sont pas jaunes ; ils sont au contraire d'un 

brun très-foncé. 
Faucon. BuFF.FFist. natur., Ois. tom. 1 ' ,pag. 249, tabl. 13 , 16 ' ; Planch, enlum. n." 470, 421 , ep 430 

sous ïe nom de Lanier : voyez la planche A * 5 de la Zoologie Britannique. 
Faucon. AÏA UD. Encyclop. méthod. , Dictionn. des Oiseaux. 

Voyag. Falco. Prosp. Alpin. Hist. sEgypt. natur. tom. I , lib. iv , cap. 1 ,pag, 197 , 200. 
SCIAHIN. VANSLEB. Relat. d'un voyag. en Ëgypt. pag. 102. 
Faucon. Maill. Descript. de l'Égypt. tom. H, pag. iij. 
Falco gentilis, arab. SCHAHIN, ital. Lufuga. FoRSK. Animal. Orient, pag. 8, n,° 4. 

Arabes. CHÂhyn ^yJ^CL. Demyry, Kitâb hayouât et-hayouân. 

SAQR, SAQR CHAHYN ^y\buL JLj des Égyptiens , au Caire, à Damiette , &c. 

SAQR EL-GHAZÂL JîlxJl Ja^-o des mêmes, à Menzaleh, où ils l'appellent aussi quelquefois 
SAQR EL-BÂZ. 



saqrel-teyr jJaJi jL*& des mêmes, h Mataryeh. 



TROISIÈME FAMILLE. 

LES CHOUETTES, ULUL^E. 

Caract. Bec court, incliné dès la base, comprimé en coin et crochu; sa Man- 
princip. dibule supérieure très -mobile, à bords peu descendus vers ïe 

crochet , quelquefois même simplement arqués ; Cire moïle , 
spongieuse, entièrement recouverte par les plumes des côtés 
de la face, et par beaucoup d'autres plumuïes ou soies roides, 
qui entourent la base du bec et qui s'appliquent dessus ; Narines 



104 SYSTEME DES OISEAUX. 

offrant à leur orifice un corps mou et membraneux ; Palais 
cartilagineux , pourvu d'une arête obtuse ; Mandibule inférieure 
à bassin uni, ou relevé d'une foibïe arête. 

LANGUE très-médiocre, légèrement canaliculée, hérissée de pa- 
pilles dans sa moitié postérieure, échancrée à son extrémité. 

Bouche fendue jusque sous le milieu des yeux, à très-large ouverture. 

Pieds empennés jusqu'aux doigts, et communément jusque vers 
les ongles. 

Doigt intérieur long, égal à l'intermédiaire ou à-peu-près, et dépas- 
sant à sa dernière phalange ïa phalange correspondante du 
doigt extérieur ; celui-ci porté habituellement en arrière ; Pouce 
assez court relativement aux autres doigts. 

Ongles fortement et complètement rétractiïes, très-acérés à la pointe 
et très-aigus, 

anatom. Gosier confondu avec Y arrière-gosier. 

Larynx entièrement hérissé de papilles. 

Jabot nul, l'œsophage étant par-tout d'égale îargeur. 

Deux longs Cacum pédicules et renflés en massue. 

access. Rémiges larges et flexibles ; la première et les suivantes, lorsqu elles 
sont échancrées, dentelées Je long du bord extérieur, où ïes 
barbes sont désunies et rebroussées par Je bout ; Rémiges secon- 
daires au nombre de treize ou de quatorze au pïus. 

Douze Rectrices très-flèxibles et courtes généralement. 

YEUX très-grands, saillans, tournés en devant, situés au centre de 
deux cercles ou disques radiés, un peu concaves, formés par 
les plumes roides et décomposées de ïa face, et eux-mêmes 
entourés d'une collerette de plumes frisées qui passe sous ïa 
gorge, derrière ïes oreilles, et vient se replier sur le front. 

Paupières bordées de véritables plumuïes, et non de cils simples. 

Tête grosse ; Cou gros et court, tous deux fort garnis de 'plumes. 
Jambes a plumes courtes. Les plumes de tout le corps molles et douces 
au toucher. 



GENRE 



ORDRE I, FAMILLE 3, LES CHOUETTES. iOC 

GENRE XIII, Noctua. 

Caract. Bec épais, très-court, brusquement incliné, peu comprimé, convexe des- 

princip. sous; cire très-renflée sur les narines et comme gibbeuse de chaque côté; 

Narines écartées, très-petites, parfaitement rondes, tournées en devant; 

Mandibule inférieure ayant deux échancrures marginales vers le bout. 

Langue ovale, épaisse, pourvue de deux côtes en dessous , très-obtuse. 

Tarses laineux de toutes parts. 

Doigts velus jusqu'à la base des dernières phalanges. 
Ongle intermédiaire sans crénelures. 

access. Ailes peu pointues, dépassées par la queue. 

Quatre à cinq Rémiges légèrement échancrées; la première assez courte; la 

troisième la plus longue. 
Queue égale. 

Cercles périophtalmiques médiocres et peu réguliers. 
Oreilles externes petites, rondes et dénuées d'opercules. 

Tête sans aigrettes. 

ESPÈCE, 

22 - 5Î NOCTUA Glaux. La Chevêche, (y.) 

Noctua iridibus pallidè fîavis; abdomine maculato ; gulâ albâ. 

SYNONYM. rx*wf. HORUS-ÂPÔLL. Hieroglyph. lib.ll , cap. ji. 
Anciens, 

TXciù^ (et Kiz&Cri, Kinifùç, Kv^uvcPiç. Scholiast.) . ÂRISTOPH. Aves , vers. 302, 3jy, 516 '(noctua 

Minervae), jpo , 1106. — Id. Lysïstrat. vers, y 61. — Id. Equit. vers. iopi. — Id. Spheg. vers. 

10 Si. [aliquot. per translat.) 
TAawf (Noctua. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. I , cap. 1 ,sect. 2; lib. Il, cap. iy , se et. 18, 

et cap. iy, sect. 22 ; lib. VIII , cap. 3, sect. 6 ' , et cap. 16 , sect. 21 ; lib. IX , cap. 1, sect. 2, 

et cap. 34, sect. 43. 
TXav%. Arat. Phœnomen. vers. ppp. 

TXctv^. Antigon. CARYST. Hist. mirabil. cap. 10 et 62. 
TXctvï; (opvlQiov, avicula). Antonin. Libéral. Adetamorph.fab. 10 , s. Minyad.,ex. NlCANDR. 

libr. IV Altérât.; et fab. ij , s. Meropis , ex B(EI libr, I de Avium ortu. 
TXctv^. Plutarch. Vit. Lysandr., Themistocl. , Pericl. — Id. Moral, de Invid. et Odio. 
YXctv^. GALEN. de Simplic. medicam. lib. X , cap. 3 et 2j, 
TXav%. Lu CI AN. Epistol. ad Nigrin. — Id. in Harmon. 

TX*v%. ATHEN. Deipnosoph. lib. VIII, cap. 12; lib. IX, cap. 10, 14; lib. XIV , cap. 20. 
TXaZ%. OPPIAN. Ixeutic. lib. I , cap. 13 ; lib. III , cap. iy. 
TXuv%. ALLIAN. de Animal, natur. lib. I , cap. 2p ; lib. III , cap. p ; lib. V, cap. 2, 48 ; lib, VII , 

cap. y ; lib. X, cap. 3y ; lib. XV, cap. 28. — Id. Var. Hist. lib. III , cap. 42. 
H. N. ° 



106 SYSTÈME DES OISEAUX. 

TA*ù|. PoRPHYR. de Abstinent, ab animât, lib. III, cap. j. 

TXetvjj.^ TKctvj; , HuniiÇctç, Kwifjwïç (vel KiXVfùç , K/kv/xoç), KoChV», Kox>w£a/)» ( vel KoKKoÇetin) , tvm. 

Hesych. Onomatolog. e/em. y,&,v,T. 
T^aùf. Kir AN. Kiranid. lib. I , cap. 3. 

Noctua. Plaut. Menœchm, act. IV, scen. 2, vers. 649. 

Noctua. VlRGiL. Georg. lib. I , vers. 403 ; et SerV. in hune loc. 

Noctis avis, Nyctimene. OviD. Metamorph. lib. II ,fab. $ et y, vers. $64, jyo, ^3. 

Noctua. Hygin. Fabul cap. 136 ' , 204. 

Noctua. Plin. Hist. natur. lib. X, cap. 12, sect. 16, et cap. 16 ', 17 , sect. 18, 19, et cap. 23, 
sec t. 33, et cap. 29, sect. 41 , et cap. 57, sect. 78 ,et cap. 7 3, sect. y jj lib. xvill, cap. 35 , 
sect. 87; lib. XXIX s cap. 4, sect. 29, et cap, 6 ' , sect. 36, 39; lib. XXX , cap. 4, sect. 12, 
et cap, jj, sect. ji, 

Noctua. Author Philomel. vers. 4$. 

Noctua. Apul. Florid. sect. XIII. 

Noctua. SOLIN. Poiyhist. cap. 17. 

Noctua. PALLAD. de Re rustic. lib. I, th. 3 y; lib. X , lit. 12. 

Cicu ma, Noctua. Pomp. Fest. de Ling. Latin, lib. III , Cicum. ; lib. XII , Noct. 

■Qbserv, On voit par certains passages de Pline, d'Antoninus Liberaiis, &c. que la 
TAayf ou Noctua proprement dite étoit un oiseau moins grand que YOtus, un 
petit oiseau; ce qui n'empêche pas que le nom de cette espèce n'ait, chez la plu- 
part des auteurs , un sens vague , applicable à tous les oiseaux de nuit indis- 
tinctement. 

Voyez aussi : 

i.° TXctvï; (indica). PHILOSTRAT, Vit, Apollon, lib. I II, cap. 40. — Id. Icon.lib.II, n° 17, 

2. KvfjuvStç : fàftvç : nw^f .... ci-après à l'article de l'Engoulevent. 

Natural. Strix passerina. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I , gen. 43, n." 12, pag. 133. — G M EL. Syst. 

natur. LlNN. edit. 13, tom. I, pag. 296 , n." 12. 
Noctua minor. Willughb. Ornith. lib. II , pag. 69, §. 6, tab, 13 1 

Petite Chouette, ou Chevêche, Noctua minor. BRISS. Ornith. tom, I, gen. 12, n." y, pag. 514. 
Chevêche ou Petite Chouette. Bu FF. Hist. natur., Ois. tom. I, pag. 377, tabl. 28; Planch. enlum. 

n." 43p. 
Chevêche. Maud. Encyclopéd. method., Dictionn. des Oiseaux. 

Comparez comme oiseau de même genre , mais d'espèce différente : 

Petit Hibou. EDWARDS , Glan. part. I , pag. 39, chap. 18, planche 228. 

Voyag. Noctua columbâferè non minor. Prosp. Alpin. Hist. sEgypt. natur. tom. I, lib. IV, cap. 1, 

pag. 197, 198. 
Petit Flibou. POCKOCK. Voyag. en Or., traduct. Franc., tom. H, liv. IV, chap. 9, pag. ij2, 
Strix Noctua, arab. BÛMA. Forsk. Animal. Orient, pag, 8, n.' 2. 
Chevêche, Strix passerina Linn. ; en égyptien SAHR. SONNIN. Voyag, en Egypt. , tom.- I, chap. 18, 

pag. 349 ; tom. II, chap. 24, pag. 62. 

Arabes, boumeh \^*> . AviCENN. Canon, lib. Il, cap. de sang. 609 version. Latin. 
BOUMAH X*y des Égyptiens, | Damiette, Alexandrie î, &c. 



ORDRE I, FAMILLE 3, LES CHOUETTES. 107 

OMM QOUYQ £Jjf A, QOUYQAH /vly des mêmes , à Menzaleh, Mataryeh, Fareskour , 
au Caire, &c. 

OMM el-sahar ^*J] À [mère de la veillée] des mêmes, à Ramanyeh, Rosette, &c. 

GENRE XIV, Scops. 

Caract.#££ épais, très-incliné dès la base, très en coin, convexe dessous; Cire 
pnncip, mince, légèrement renflée des deux côtés; Narines petites, ovales, rap- 
prochées, situées un peu obliquement; Mandibule inférieure à deux échan-, 
crures marginales vers le bout. 
Langue ovale, épaisse, pourvue de deux côtes en dessous, et rétrécie au 

sommet. 
Tarses laineux, écailleux par derrière. 
Doigts simplement écailleux. 
Ongle intermédiaire sans crénelures. 

access. Ailes assez longues, dépassant la queue. 

Deux à trois Rémiges légèrement échancrées ; la première assez courte, 

la troisième la plus longue. 
Queue égale. 

Cercles périophtalmiques médiocres et peu réguliers. 
Oreilles externes petites, rondes, dépourvues d'opercules. 

Tête surmontée de quelques plumes , formant au-dessus des sourcils deux aigrettes 
mobiles , redressa blés , auriculiformes . 

ESPÈCE. 

2 3' 5 SCOPS Ephiakes. Le Petit Duc. 

Scops iridibus flavissimis; rostro fusco; corpore cinereo, striato. 1 

Synonym. 1. 2*»4. Homer. Odyss. lib. v, vers. 66 ' ; et EuSTATH. ad eumd. loc. : Kb«b6i Romanorum. 
Anciens, Izà^ (Asio. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. VIII, cap. 3, sect. 6 ' ; lib. ix , cap. 28, sect. j '6. 
2k&>4« Theocr. Idyll. I, vers. 136. 

2x«4, K «4- Athen. Deipnosoph. lib. IX, cap. 10, Alexandr. ATyjVD. et Callima CH. titans* 
Szcù-^. Jul. Poll. Onomastic. lib. IV, cap. 14. 

2k«4- -&LIAN. de Animal, natur. lib. VI, cap. 46 , GYLL. add.; lib. XV, cap. 28. 
2k&>4- Hesych. Onomatolog. elem. t. 
2kw4- SUID. Lexic. elem, <r. 

Scops. Plin. Hist. natur. lib. X , cap. 4$, sect. yo. 

2. ®6ù7rioç. Kiran. Kiranid. lib, III , cap. ij, 

H. N. O , 



108 SYSTÈME DES OISEAUX. 

.Voyez de plus , et comparez : 

i.° Ahia-itcû-^ ( Semperasio. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. IX , cap. 28 ,sect. 36, 
kû<nw\. Athen. Deipnosoph. lib. ix , cap. 10 , CallImach. ci tans. 
Aèic-xa-^. jEliâN. de Animal, natur. lib. XV, cap. 2 S. 

2. Nocticorax (jioctuâ minor). Albert. M. de Animal, lib. vil, tract. 1 , cap. 4; 
et lib. XXIII, de N oc tic. 

N attirai. i.Strix Scops. LlNN. Syst. natur. tait. 12, tom. I , gen. 43, n? y , pag. 132. — Gmel. Syst. 

natur. LlNN. edit. 13, tom. I, pag. 290 , n." j. Notez que Linné, BufTon, et ïa plupart 

des naturalistes avec eux, supposent au Scops des aigrettes d'une seule plume. C'est une 

erreur prise dans AIdrovande et qu'il faut corriger. 
Huette ou Hulote. Bel. de la Natur. des Oys. liv. II , chap. 34, pag. 141 , avec une figure 

pag. 142. 
Petit Duc, Scops. Briss. Ornith. tom. I, gen. 11 , n." j, pag. 49 j , tabl. 37, fig. 1. 
Scops ou Petit Duc. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I , pag. 353, tabl. 24; Planck. enluni. n.' 43S. 
Scops ou Petit Duc. AIaud, Encyclop. méthod., Dictionn. des Oiseaux. 

2. Assiulo, Zonca. Cett. Uccell. di Sard. pag. 6ol 

Arabes. BOUM **0 des Égyptiens , à Alexandrie ; mais ce nom est plutôt générique que spécifique. 
Demyry rapporte qu'il y a plusieurs espèces de Boum ; que le mâle en particulier s'ap- 
pelîe SADÀ t^iXZz, ouFAYÂD *Ls , et ïa femelle OMM EL-KHARÂB c_>L->-] À, et 

OMM el-SEBYÂn /jLjL.^2 J I fl ; qu'on leur donne aussi le nom de GHORÂB el- 

eeyl (LJJ! «^_>i-£-, corvus noctis. J'entrevois ici fa cause de la méprise d'Isidore, qui 

confond la Noctua avec le Nycticorax ;car le BOUM des Arabes peut se rendre en ïatin 
par noctua, 

GENRE XV, Bubo. 

Caract. Bec épais, brusquement incliné dès la base, très en coin, peu convexe 
princip. dessous ; Cire un peu renflée des deux côtés, très -mince ; Narines 

grandes, elliptiques, sinuées à leur bord supérieur, rapprochées et 

disposées obliquement ; Mandibule inférieure ayant deux échancrures 

marginales vers le bout. 
Langue presque ovale, épaisse, pourvue de deux côtes par dessous, et 

rétrécie au sommet. 
Tarses empennés de toutes parts. 
Doigts velus jusqua la base des dernières phalanges ; le doigt extérieur se 

dirigeant imparfaitement en arrière. 
Ongle du milieu sans crénelures. 

access. Ailes assez longues et dépassant quelquefois (n.° 1) la queue. 

Deux ou trois Rémiges échancrées près de la pointe ; la première un peu 
plus courte que la seconde ; celle-ci (ou la troisième) la plus longue 
de toutes. 



ORDRE l, FAMILLE 3, LES CHOUETTES. I0 Q 

Queue arrondie ou égale. 

Cercles périophtalmiques grands, échancrés sur les côtés du front. 

Oreilles externes excessivement grandes, arquées de manière à suivre ie 
contour de la face, et operculées, c'est-à-dire, couvertes chacune d'une 
valve membraneuse, emplumée , qui s'ouvre par son bord postérieur. 

Tête surmontée de quelques plumes oblongues, formant au-dessus des sourcils 
deux aigrettes mobiles, redressâmes et auriailiformes. 

ESPÈCES. 
2 4- * 1. BuBO Otus. Le Hibou. 

Bubo auricularum pennis sex; abdomine maculis oblongis cruciatis. 

Synonym. 1. £ïtqç, No*ntt£sef (Otus, Ulula. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. VIII, cap. 12, sect. rj. 
Anciens. âroç. Plutarch. Moral, de Animal, solert. , vers, prlnclp. 

tiroçseu ActycÂetç [vel Aayovctç, columbae magnitudine). Athen. Deipnosoph. llbr. IX, cap. 10, 

AlexandR. Mynd. cltans. II le cpnfond avec l'outarde, Ût)ç. 
droç, NvKTinôpct^. HESYCH. Onomatolog. elem. ai. 
droç. Suid. Lexlc. elem. a. 
âroç. Eustath. in Homer. Illad. lib. V, sect. 110 , sElWM DlONYS. cltans. 

Otus, Asio. PLIN. Hist. natur. lib. X, cap. 23, sect. 33 ; lib. XI , cap. 37, sect. p. 
Othus. ALèERT. M. de Animal, lib. XXIII , de Oth. 

z. TXvK-nxi&I; (Cicuma. Th. G.). ARISTOT. Hist. animal, lib. il , cap. ly , sect. 22; lib. VIII, 

cap. 3, sect. 6 ; lib. IX, cap. 34, sect. 43. 
tJuxvnô^. Antonin. LIBERAL. Metamorph.fab ij, s. Meropls; ex Bmi llbr. I de Avlum ortu. 
Nw«77»o^|. GALEN. Euporlst. lib. I , cap. 43. — Id. de Composa, secund. loc. lib. IV, cap. 8, 

n.° 11. 
HuKmû&d;. Lu CI AN. Asln. s. Luc. Apulée , dans sa version Latine de la même fable, liv. III, 

le rend par Bubo. 
Nux77X00tf. Athen. Deipnosoph. lib. VIII , cap. 12. On lit Kopaff, mais il est question d'un 

oiseau de nuit. 
Nu*7H»©if , Nvkt) TTirofjiîvoç. HESYCH. Onomatolog. elem. v , et <r, voc. iTfiyK. 
Nu>c77xopa£. Sl/ID. Lexic. elem. v. 

Ny«77xopaf. Eustath. In Homer. Illad. lib. V, sect. no, jEl. Dionys, cltans. 
Mvypioç [Mùctypoç '.] , Nujtwwpeif . KlRAN. Kiranld. lib. I, cap. 3 et 12. 

3. A&yudiuçl Antonin. Libéral. Metamorph. fab. 21, s. Polyphont.; ex Bmi libr. II Ornl- 

thogon. On lit Aayùç } Lepus. 

4. Lagopus aurita (Glaucopis auritaï). Martial. Epigram. lib. VII, n.° 86, vers. 1. 

Natural. Strix Otus. LlNN. Syst. natur. edlt. 12, tom. I, gen. 43, n." 4, pag. 132. — GMEL. Syst. natur, 
LlNN. edlt. 13, tom. I, pag. 2S8, n." 4. 
Otus sive Noctua aurita. WlLLVGHB. Ornlth. lib. Il , pag. 64, S- 2, tab. 12.—.RAI. Synops. 
avlum, pag. 23 , n? 2. 



I IO SYSTÈME DES OISEAUX. 

Moyen Duc , ou Hibou, Asio. BRISS. Ornith. tom. I , gen. 11, n. s 4, pag. 486. 
Hibou ou Moyen Duc, Buff. Hist, natur., Ois, tom. I, pag. 342 , tabl. 23; Planch. enlum, n,° 20 
et 473. 

Comparez comme espèce du même genre : 

Grande Chouette, Noctua major. BRISS. Ornith. tom. I , gen. 12, n." 4, pag. 311. 
Chouette ou Grande Chevêche. Buff. Hist. natur., Ois. tom, I, pag. 372, tabl, 27 ; 
Planch. enlum. n.° 438. Ses aigrettes sont courtes, mais distinctes. 

Voyag. Strix Otus. HASSELQ. Voyag. en Pakst. &c. part. II, class. 2, n." 15 , pag. 290 d-e la traducU Allem. 

Arabes. Voyez la synonymie de l'espèce précédente, 

2 y* 2. BuBO Ascalaphus. L€ Hibou d'Egypte. 

Bubo auricuiarum permis numerosis ; abdomine lineis transversis undulatis. 

Planche III , figure 2, dessinée d'après un individu tué dans la haute Egypte, 
et communiqué par M. Bert. 

Sy NON Y Ai. 1 . 'NyxT/Kcpat'l (obitûs sïgnum). HORUS-ÂPOLL. Hieroglyph. lib. II, cap. 23. 
Anciens. 

2. Âa-zâ.Kcttpoç (Ascalaphus. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. 11 , cap. 17 , sect. 22, 
âroç, À<r>i*Xa,ipcç. APOLLOD. Biblioth. lib. II, ultra med. 

Âwïxuçoç. PoRPHYR. de Abstinent, ab animât, lib. Il, cap. 48. On lit k.<nrt£hêLmv , talparum. 
Voyez à ce sujet ïa correction proposée par Gesner, lib. III , pag. 233. 

Ascalaphus, Bubo. OviD. Metamorph. lib. v,fab. 8, vers. 339, 330 , d'après la fable Grecque. 
Ovide a donc rendu fh-oç par Bubo. 

Voyez de plus et comparez: 

NuKVKopctï; ctiyu7rr)oç. STRAB. Geograph. lib. XVII , de s£gypt. 

Comparez comme espèce du même genre (Strix Bubo. LlNN.): 

1. NvKTincpa.^ (Graeciae, aquifce magnitudinem habens). Strab. Geograph, lib. XV IL 

2. NvktclUtoç (avis sacer Junonis ). Hesych. Onomatolog. elem. v. 

3. Bous (Bubo. Th. G.). Aristot. Hist. animal, lib. vin , cap. 3, sect. 6. 

BaCàe Romanorum. Flav. Joseph. Antiq. Juda'ic. lib. XVIII , cap. 6, §.7 ; lib. X IX, 

cap. 8, §. 2. 
Hvctç. S EXT. PLATONIC. de Medicin. ex animal, part. I , cap. 18 de Cat., n." 4. 
Buas. DlON. Cass. Hist. Roman, lib. XL, ann. 701, 702 ; lib. XLI, ann. 703 ; lib. XIII, 

ann. 707 ; lib. L, ann. 722; lib. LVI,, ann. 767. 
BÛai. SuiD. Lexic. elem. /3. 
~Bovq>oç. KlR AN. Kiranid. lib. III , cap. 7. 

Bubo. VARR. de Ling. Latin. . lib. IV, vers. med. 
Bubo. Virgil. sEneïd. lib. IV , vers. 462; et SERV. inJtunc loc. 
Bubo. Ovin. Metamorph. lib. VI ,fab. 8, vers. 432; lib. X,fab.p, vers. 433; lib. XV, 
fab. 3 , vers. 791. — Id. Amor. lib. I , eleg. 12, vers. ip. — Id. Ibis, vers. 223. 



ORDRE I, FAMILLE 3, LES CHOUETTES. 1 1 1 

Bubo. Senec. Hercul. furent, act. III, vers. 687. — Id. Med. act. iv , vers, y y. 

Bubo. Luc AN. de Bell, civil, lib. V, vers. 396 ; lib. VI, vers. 68p. 

Bubo. Plin. Hist. natur. lib. x , cap. 12, sect. 16 , et cap. 16 ', sect. 18 , et cap. 23, 

sect. 33; lib. xi, cap. 37, sect. jo ; lib, XXV III, cap, 16, sect. 66 ; lib. xxix , 

cap. 4, sect. 26. 10. 2, et cap, 6, sect. 38; lib. xxx, cap. 6, sect. 17 , et cap. 11, 

sect. 2p , et cap. 12, sect. 36 , 3p. 
Bubo. Stat. Thebdid. lib. ni , vers. jio. 
Bubo. Author Philomel. vers. 3-/. 
Bubo. Jul. Obseq. de Prodig. cap. 8j, 86, 88 [Lycosth.) , po ,92, 100, 103, 106, 

107, lop, 113. 
Bubo. Claud. Eu trop. lib. il, vers. 407. 

Bubo. Nonn. Marcell. de Propriet. serm., in cap. de indiscret, generib. elem. b. 
Bubo. Albert. M. de Animal, lib. xxiii , de Bub. 

4. Asio (noctuarum genus maximum, quibus pluma aurium modo micat). Plin. 

Hist. natur. lib. xxix , cap. 6 , sect. 38. 

5. BÙÇ*. Anton in. Libéral. Metamorph.fab. 10, s. Minyad.; ex. Nicandr. libr. iv 

Altérât., et ex Corinna. 

6. BÛs-s-a. (Leucothea? avis.). Antonin. LIBERAL, Metamorph. fab. 15, s. Meropis ; ex 

B(EI libr. 1 de Avium ortu. 

7. B«7kA/?. sEsop, Apolog. fabul. 77. 
Arabes, bouh Dy des Egyptiens, au Caire î, à Siout, &c. 

GENRE XVI, Syrnium. 

Caract. Bec épais, assez incliné dès la base, très en coin, convexe dessous ; Cire 
princip. mince et peu distincte par devant, légèrement renflée des deux côtés; 

Narines petites, presque rondes, rapprochées et situées en travers; 
Mandibule inférieure ayant deux échancrures marginales vers le bout. 
Langue un peu ovale, épaisse, pourvue par dessous de deux côtes, et très- 
obtuse. 
Tarses emplumés de toutes parts. 
Doigts velus jusqu'à la base des dernières phalanges. 
Ongle intermédiaire sans crénelures. 

access. Ailes très-obtuses, n'excédant pas la queue. 

Cinq Rémiges échancrées ; la première très-courte ; la seconde dépassée 

par les suivantes jusqu'à la septième ; la quatrième et la cinquième plus 

longues que les autres. 
Queue étagée. 

Cercles périophtalmiques grands, réguliers. 
Oreilles externes grandes et operculées. 

Tête dépourvue d'aigrettes. 



I I 2 



SYSTEME DES OISEAUX. 



l6. 



ESPECE. 
55 SYRNIUM uluïans. Le Chat-huant. 



Syrnium dorso rufescente ; iridibus castaneis; rostro albo. 

Synonym. i. Êàïûç, itelç (AIuco. Th. G.). Aristot. Tlist, anima/, lib. VIII , cap. 3, sect. 6. 
Anciens. Êx ê <o$ (Êteoçl). Hesych. Onomatolog. elem. s. 

Ûteoç. Suid. Lexic. elem. s , in voc. Èfoo? , misericord. 

2. Ulula. VARR. de Ling. Latin, lib. IV, cire, m éd. 

Ulula (vulgo AIucus. Serv.). Virgil. Bucolic. eclog. VI 11 , vers, 3 y, et Serv. in hune loc. 
Ulula. Plin. Hist. natur. lib. X , cap. 12, sect. 16 ; lib. xxix , cap. 6, sect. 38; lib. XXX, 

cap. i2, sect. 39. 
Ulula. Author Philomel. vers. 4.1. 
Ulula. Apul. Florid. sect. XI il. 

Ulula. IsiDOR. HlSPAL. Origin. lib. XII , cap. y, n. p et 3;. 
Ulula. Albert. M. de Animal, lib. xxm , de Ulul. 

3. lùfviov. Pomp. Fest. de Ling. Latin, lib. XVII , Strig. Leçon incertaine. 

Naturat. i.Strix AIuco. LiNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I , gen. 43, n.° 7 , pag. 132.-GMEL.Syst. 
natur. LiNN. edit. 13, tom. I , pag. 292, n.° 7. — Strix capite ïaevi , corpore ferrugineo; 
oculorum iridibus atris ; remigibus primoribus serratis. LiNN. Faun. Suecic. edit. 1, 
pag. 17, n.° 48. Les descriptions de ces auteurs paroissent convenir au Chat-huant , 
mais leurs synonymies ne s'y rapportent pas. 
Ulula. GESNER. Hist. animal, lib. III, pag. 7 40, avec une figure. 

2. Chat-huant, Noctua major, &c. FRISCH , Vorstell der voegel , tom. I, planch. y; et 96. 
Chat-huant, Strix. BRISS. Ornith. tom. 1 , gen. 12, n.° 1, pag. 300. 

Chat-huant. Buff. Hist. natur., Ois. tom. I, pag. 362, tabl. 2 y, Planch. enlum. n.' 437. Les 
iris de cet oiseau ne sont pas bleus, mais d'un brun marron. 

Observ. Linné réunit le Chat-huant des Français à l'espèce de chouette qu'il nomme 
Strix stridula ; c'est une méprise évidente , s'il est vrai que dans cette chouette la troi- 
sième rémige soit plus longue que les autres. 

Comparez comme étant du même genre: 

1. Ulula. Aldrov. Ornith. tom. I, lib. VIII, cap. 6, pag. 538, avec une figure 
pag. y 40. 
Hulote, Ulula. BRISS. Ornith. tom. I , gen. 12, n." 3, pag. 307. 
Hulotte. Bu FF. Hist. natur., Ois. tom. I, pag. 358 ; Planch. enlum. n.' 441. Le 
dessus du corps d'un cendré très-foncé, marqueté de taches noires et 
blanchâtres, le dessous blanchâtre, croisé de lignes noires. Nota. Quel- 
ques naturalistes ont avancé que les oiseaux décrits sous le nom de Hu- 
lotte étoient de jeunes chats-huans : mais ceux-ci ressemblent beaucoup 
aux chats-huans adultes, dès l'âge de deux mois; ils en ont la teinte rous- 
sâtre, &c. &c. 



2. Strix cinerea. WlLLUGHB. Ornith. lib. II, pag. 66, J\ 2. 



GENRE 



ORDRE I, FAMILLE 3,: LES CHOUETTES. I 1 2 

GENRE XVII, Sthix. 

Caract. Bec sensiblement alongé, presque droit à ia base, comprimé, très-crochu; 
princip. Cire arrondie sur les côtés, très - mince ; Narines grandes, sous-ellip- 

tiques, sinuées à leur bord supérieur, rapprochées et disposées en long 
ou à -peu -près; Mandibule inférieure ayant quatre échancrures margi- 
nales vers le bout. 

Langue oblongue, peu épaisse, simplement arrondie par-dessous , avec 
un léger sillon, mince au sommet. 

Tarses déliés, velus de toutes parts. 

Doigts poilus jusqu'aux dernières phalanges ; le doigt extérieur se dirigeant im- 
parfaitement en arrière. 

Ongle intermédiaire crénelé sur la tranche saillante formée par son bord 
interne. 

access. Ai les acuminées, longues et dépassant la queue. 

Point de Rémiges sensiblement échancrées ; la première presque égaie à 

la seconde, qui est la plus longue de toutes. 
Queue échancrée. 

Cercles -périophtalmiques très-grands et réguliers. 
Oreilles externes grandes, operculées. 



Tête sans aigrettes. 

ESPÈCE. 

2 7* 5 5 ■ Strix flammea. L 'Effraie. 

Strix facie albâ; iridibus atris; canthis oculorum macula castaneâ. 

SYNONYM. i. AtyJA/oç, kî-yaXilç (Ulula. Th. G.).ARIST0T. Hist. animal. Ub. VIII , cap. 3, sect. 6; Ub. IX, 
Anciens. cap, 1, sect. 2, et cap. ij , sect. 22. 

A}yoùXioç. Anton IN. Libéral. Metamorph. fab. iy, S. Fures ; ex Bmi libr. Il de Àvium 
ortu, 

^Egolius. Plin. Hist. natur. Ub. X, cap. 60, sect. j$. Je pense qu'il faut lire sEtolius. Voyez 
MlLVUS ^Etolius, ci-devant n.° 11, 

2. ènoXioç (genus avis nocturnae). Suit>. Lçxic. elem. s, et «, in voc. H//.s/hV. 

3.2t/»V*oç, seu NyxToCoa. Hesych. Onomatolog. elem. <r. Le dernier de ces noms convient 

mieux au Hibou. 

2rpi|ï (Strix.) KlR AN. Kiranid. Ub. Il, de Hyœn. 

Nota. La Strix n'est pas mentionnée dans Darès de Phrygie , comme on pourroit le 

croire d'après une fausse citation d'AIdrovande ; mais elle l'est dans Joseph, ISCAN. 

de Bell. Trojan. Ub. II, vers. 147, 

P 
H. N. 



I 1-4 SYSTÈME DES OISEAUX. 

Strix. TlBUL. EU g. lib. I , el. 6, vers, iy, 16. 

Strix. Ho RAT. Epod. od. v, vers. 20. 

Strix. OviD. Metamorph. lib. Vil,fah. 2, vers. 26p. -~*Id. Fast. lïb. <f, Vers. 131 et seq. — là. 

Amor. lib. I , eleg. 12 , vers.. 20. 
Strix. Senec. Hercul. furent, act. III , vers. 688.->?-ld. Med. act. IV, vers. 733. 
Strix. Luc AN. de Bell, civil, lib. VI, vers. 68p. 
Strix. Plin. Hist. natur. lib. XI, cap. 3p, sect. py. 
Strix. Stat. Thebdid. lib. III , vers. y 10. 
Strix. Author Philomel. vers. 3p. 

Strix. Seren. Sammonic. de Medicin. cap. 60, vers. 7. 
• Strix. Au SON. Eidyll. carm. 34y , S. de Hist., vers. 26. 
Strix [alias Striga), graec. Siîpwov, t*çiy%* Pomp. FEST. de Ling. Latin, lib. XVII, Strig. 
Strix, vuïg. Amma. Isidor. Hispal. Origin. lib. XI, cap. 4; lib. XII , cap. 7 , n." 3p. Le nom 

d'Amma , ou Ama, me paroît emprunté des Arabes. Voye^ Demyry. 
Strix, Amma. Albert. M. de Animal, lib. XX m , de Strie. 

Observ. II ne faut pas oublier que chez les anciens l'idée de la Strix se trouvoit 

liée à de certaines fictions. 

4- £tv|. Antonin. Libéral. Metamorph. fab. 21 , s. Polyphont. ; ex Bmi libr. il Ornithogon. 

Voyez aussi : 

n«/;f / Pomp. Fest. de Ling. Latin. lib. XVII, Strig. Leçon très-incertaine. 

Natural. Strix fîammea. LlNN. Syst. natur. edit. 12, tom. I, gen. 43, n.' 8, pag. 133. — Gmel. Syst. 

natur. LlNN. edit. 13 , tom. I , pag. 293 , n.° 8. 
Ulula quam flammeatam quidam cognominant. Gesner, Hist. animal, lib. III, pag. y 42, 

avec une figure. 
AIuco minor AIdrov. WlLLUGHB. Ornith. lib. Il, pag. 67,$;$, tab. 13. — RAI.Synops. ayium, 

pag. 25, n." 1. 
Petit Chat-huant, AIuco. Briss. Ornith. tom. I , pag. y 03 , gen. 12, n." 2. 
Effraie ou Fresaie. Bu FF. Hist. natur., Ois. tom. 1 ' ,pag. 366 ', tab. 26 '; Planch. enlum. n." 440. 

Voyag. Strix Orientaïis, aegypt. massusu, syr. BANE. HASSELQ.Voyag. en Palest. &c.part. II, class.2, 
n.' ijj pag. 2j)0 de la traduct. Allem. 

Arabes. massÀçah K»^o\j^s^ des Égyptiens, au Caire, à Damiette, Rosette, Alexandrie, &c. 
hâmah \ÀJ* des auteurs Arabes. 



DESCRIPTION 

DES REPTILES 

QUI SE TROUVENT 

EN EGYPTE; 

Par M. le Chevalier GEOFFROY-SAINT-HILAIRE, 

DE L'INSTITUT ROYAL DE FRANCE. 



S- I." 
LE TRIONYX D'EGYPTE (GRANDE TORTUE DU NIL ) 

( Reptiles, planche i ). 

■L'es êtres qui, comme les tortues, transportent avec eux une sorte de maison 
dans laquelle ils se renferment et vivent en sécurité, dévoient exciter l'intérêt des 
hommes les moins attentifs aux merveilles de la nature : aussi voyons -nous qu on 
les connut et rechercha de tout temps. On ne tarda pas à s'apercevoir qu'il en 
existe dans la mer , dans les fleuves et sur la terre : on fut tout aussitôt persuadé 
que cette diversité de séjour tenoit à quelque chose d'essentiel dans leur organi- 
sation , et l'on s'accoutuma à les désigner sous les noms de tortue de mer, de tortue 
de fleuve , et de tortue de terre. La science sanctionna toutes ces premières données: 
car c'est tout ce qu'expriment les noms correspondans de chélonées , d'émydes 
et de tortues proprement dites. 

Cependant, comme se plaire dans les eaux douces pouvoit pour quelques 
tortues dépendre d'organisation et de motifs différens, on examina de nouveau 
les tortues fïuviatiles ; ce qui donna lieu à d'autres distinctions génériques. L'une 
des espèces les plus singulières du nouveau monde, la matamata, fut séparée des 
émydes sous le nom de chelys , et je jugeai aussi nécessaire d'en séparer également 
les tortues molles, dont je formai le genre Trionyx. La grande tortue du Nil, que 
je vais décrire dans cet article , est l'espèce la plus remarquable de cette petite 
famille. 

C est en quelque sorte un privilège pour les grands fleuves des pays chauds 
d'avoir de ces grandes tortues d'eau douce, comme de nourrir de grands lézards, 
des tupinambis, des crocodiles : on a trouvé des trionyx dans les rivières de la 
Géorgie, de la Caroline, du Sénégal, de la Perse et de l'Inde. Toutes ces tortues 
se ressemblent par le cercle mou de leur carapace et par une disposition parti- 
ez. N. TOME •!.«, i.« partie. Q 



I l6 DESCRIPTION DES REPTILES. 

culière de leurs pieds , d'où les noms de tortue molle et de testudo triunguis qui 
furent donnés sans distinction à toutes les espèces. Cependant , quand on eut appris 
qu'à la circonstance de leur position géographique différente correspondoient 
des diversités organiques , on éleva les premières remarques faites à leur sujet à 
des conditions classiques d'un degré supérieur. 

Nous allons dire ce que sont ces distinctions; mais, pour les présenter avec 
plus d'ordre, nous jetterons un coup-d'œil rapide sur l'ensemble des faits qui 
caractérisent les tortues en général. 

C'est vraiment les embrasser dans la vue la plus étendue et la plus philosophique 
que de les voir comme un amalgame de l'organisation des oiseaux et de celle 
des insectes sous le rapport des formes de leur thorax. Par tous les organes 
splanchnologiques les tortues se rapprochent des oiseaux ; et ceci doit d'autant 
plus surprendre, que leur squelette rejeté à l'extérieur est un fait des forma- 
tions entomologiques. Effectivement, la première fois qu'en remontant la série 
des êtres on rencontre des animaux avec des parties fixes et résistantes, la péri- 
phérie du corps est seule solide, le squelette est extérieur; la peau est immé- 
diatement posée sur les plaques osseuses qui la composent, elle y adhère et s'y 
confond le plus souvent; et comme ces lames sont disposées en anneaux, et que, 
ces anneaux sont rangés en série longitudinale, cet ordre nouveau des déve- 
loppemens progressifs est déjà un arrangement qui reproduit celui des êtres des 
degrés supérieurs : il présente réellement une distribution de vertèbres ; en sorte 
qu'il seroit vrai de dire que les êtres ayant déjà atteint ce point élevé des déve- 
loppemens, comme les insectes et les crustacés, vivent au centre de leur sque- 
lette : or tel est le mode d'arrangement qui caractérise les tortues. Que l'on 
arrive plus haut dans l'échelle animale, on voit des parties vasculaires, des 
muscles épais et nombreux, s'interposer entre le système tégumentaire et le sys- 
tème osseux, et repousser successivement celui-ci de la circonférence au centre. 
Bien loin de là, chez les tortues , ou du moins chez la plupart d'entre elles, il n'est 
plus même de derme pour tenir lieu d'une dernière enveloppe : elles ne sont 
défendues contre l'action des élémens ambians que par des lames cornées , que 
par de simples feuillets épidermiques , qui posent à cru sur les os. 

Mais les trionyx présentent une exception sous ce rapport. Le tissu tégumen- 
taire des autres animaux reparoît : une peau d'une composition uniforme dans 
toute son étendue , et pourvue à l'ordinaire d'un épiderme extérieur, revêt la 
carapace ; et de plus , ce qui a motivé le nom de tortues molles anciennement 
donné aux trionyx, tout le pourtour de leur tronc est formé par un bord épais, 
large et flexible. Un cartilage se trouvant à la place de lames osseuses cause cette 
anomalie. Ainsi la boîte dans laquelle les tortues se renferment perd chez les 
trionyx de son ampleur et de sa solidité. On sait que cette boîte est formée par 
le coffre pectoral inégalement partagé, quant aux élémens de ses deux cloisons, 
quant aux pièces qui entrent dans la composition de la carapace et du plastron. 

Cette carapace, qui forme le premier plan de la boîte ou le plafond de la maison 
dans laquelle les tortues se retirent, est un bassin elliptique plus ou moins pro- 



LE TRIONYX D'EGYPTE. PL. I. 



I 17 

fond, dont la convexité est en dehors. A l'exception d'une ligne d'osselets sur le 
devant, toutes les parties du coffre pectoral entrent dans sa composition. Chaque 
côte s'accroît en largeur et dirige ses flancs sur sa voisine, et celle-ci réciproquement. 
Chacune, par conséquent, se change en lames dont les bords se touchent, puis s'arti- 
culent, et puis en vieillissant se confondent et se soudent. Combien de ces lames 
existent en travers ! Une coupe de la carapace nous montre cinq pièces , savoir : au 
centre le corps vertébral; en second lieu , à droite et à gauche , la tige osseuse dite la 
cote vertébrale; puis enfin, tout-à-fait en dehors, une autre tige qui, chez l'homme, 
fait partie du sternum et qu'on y appelle la cote stemale. A ces cinq pièces, d'un 
segment transversal, correspondent cinq écailles en travers. J'ai autrefois insisté 
sur ce rapport, qui m'a paru intéressant par sa généralité; les parties épidermiques , 
comme comprises et entraînées dans un mouvement général, se développent 
sous l'influence du système osseux principal et dominateur. 

Si nous venons demander aux trionyx une répétition de ces faits, celle-ci 
nous est rendue avec les modifications suivantes. Il n'y a de complètement osseux 
que les trois pièces centrales de l'arc ; savoir, le corps vertébral au centre , et ses 
côtes propres : nous n'apercevons plus au-delà ni en dehors de côtes sternales ; un 
cartilage divisé et qui renferme la carapace en tient lieu. Qu'offre d'extraordinaire 
cette anomalie caractéristique des trionyx ï Ce n'est là qu'un fait de persévérance 
dans les conditions primitives de ces parties organiques ; car il ne faut pas oublier 
que tout os commence par être un cartilage. Or nous ne sommes pas sans exemple 
de cette persistance à demeurer dans le caractère des premières formations, même 
en ce qui concerne les côtes sternales : chez l'homme lui-même, les côtes ster- 
nales restent cartilagineuses jusque dans l'âge de la vieillesse. 

Le domicile des tortues se complète pair un plancher ou par le plastron qui 
sert de base à l'édifice; ce plastron est formé par le surplus du sternum non 
employé pour la composition de la carapace : ce sont les os d'axe chez l'homme, 
les os propres du sternum ; ils sont dans les tortues agrandis et enlacés d'une 
manière vraiment merveilleuse. La nature ne s'est jamais montrée aussi sobre 
dans l'exigence de ses moyens , aussi ingénieuse pour les façonner, aussi riche 
dans ses combinaisons pour les diversifier si à propos. 

Voilà ce qu'une observation de l'ensemble des êtres nous apprend au sujet des 
os du sternum. Font -ils partie d'un coffre pectoral dont rien n'entrave le déve- 
loppement, ils sont au nombre de neuf. Gênés au contraire chez d'autres animaux, 
quelques-uns ou s'atrophient entièrement, ou s'engagent et se soudent dans d'autres 
de si bonne heure, que les os sternaux restent au-dessous de ce nombre. Mais le 
thorax peut prendre dans les deux sens un développement considérable. Est-ce dans 
le sens de la longueur, comme chez les phoques; les deux parties du sternum sont 
alongées et disposées en une seule file ou en série. Au contraire, l'accroissement 
a-t-il lieu en largeur ; les neuf pièces sternales s'élargissent; changées en lames, elles 
s'accouplent deux à deux, et, en recevant une pièce impaire entre deux autres , elles 
montrent sur un point une série transversale de trois élémens. C'est ainsi qu'il 
est satisfait chez les tortues à la nécessité de proportionner à la largeur de la 

H. N. TOME I.«, ï.» parfie. Q 2 



I l8 DESCRIPTION DES REPTILES. 

carapace celle de sa base ou du plastron. Le pian primitif reste le même ; mais 
pouvoit-il être plus ingénieusement diversifié, plus convenablement approprié 
aux nouveaux besoins des tortues ! 

Le plastron n'arrive non plus que la carapace à une entière ossification de 
ses élémens chez les trionyx; le cas contraire caractérisoit le plastron des tortues 
à écailles : il est, dans l'espèce d'Egypte, évidé à son centre, et complété sur ses 
bords par une expansion du cartilage de la carapace. J'en ai donné la figure 
dans les Annales du Muséum d' histoire naturelle , tome XVI, planche 2. Je vais le 
décrire. 

Le sternum des tortues conduit à celui des oiseaux; cependant il se manifeste 
ici un autre arrangement des parties, naturellement approprié aux habitudes 
différentes de ces animaux. Les oiseaux, obligés de ramer dans un fluide très-rare 
et d'y employer une force considérable, avoient besoin que le centre de leur 
sternum fût très-étendu et d'une certaine solidité pour offrir une grande surface 
et un point très-résistant aux agens dont ils font usage dans le vol. C'est en 
conséquence l'os impair, ou l'entosternal, qui est chez eux la pièce la plus déve- 
loppée, une base solide, et comme une carène pour les autres. 

Les tortues, et principalement les trionyx, qui se déplacent sans de pénibles 
efforts, se seroient accommodés d'un sternum foible et formé de cartilages, comme 
celui de la plupart des mammifères ; mais leur sternum, étant compris dans un vaste 
appareil élevé au plus haut point de développement, a participé à cette hyper- 
trophie générale, et est entièrement osseux. La pièce impaire, ou l'entosternal, 
n'étant plus sous l'influence d'un développement excessif des membres pectoraux, 
est devenue chez les tortues, tout au contraire de ce qui est chez les oiseaux, 
la plus petite des neuf pièces , tandis que les parties dites les annexes sternales et 
qui sont composées des hyostemaux et des hyposternaux , devant soutenir chez- 
les tortues tout le poids du corps, ont été portées aux plus grandes dimensions. 
Ces annexes sont augmentées chez les tortues d'une paire d'appendices anté- 
rieurs , les épisternaux , et d'une paire postérieure, les xip/iistemaux , lesquels 
n'existent qu'en cartilage chez les oiseaux. Telles sont les neuf pièces qui, dans 
les tortues à plastron solide, commencent par autant de points séparés, et qui y 
croissent jusqu'à leur rencontre et leur entière ossification. 

Entre les chélonées et les trionyx, voici quelques différences. L'entosternal, 
dans les trionyx, ressemble à un fer à cheval : il est surmonté de deux pièces 
ayant la forme d'un X; l'arc inférieur est employé à l'articulation de l'entosternal, 
ou os impair; puis celui-ci reçoit dans l'écartement de sa fourche la première 
partie des annexes , l'hyosternal. Au contraire , la forme du corps médian et im- 
pair de l'entosternal est, dans les chélonées, un appendice ensiforme, dont la 
pointe est dirigée en arrière. Cet entosternal est comme suspendu aux deux épis- 
ternaux, fortement engrenés l'un à l'autre. II n'y a à l'égard des autres pièces que 
des différences dans la proportion de leur volume. Les annexes, ou les hyosternaux 
et les hyposternaux, forment une masse plus considérable en longueur chez les 
chélonées, et en largeur chez les trionyx; et les xiphisternaux au contraire sont 



) jr 



LE TRIONYX D EGYPTE. PL. i. n g 

étendus et fort épais chez ceux-ci, quand ils s'en tiennent à la consistance d'un 
simple filet chez les tortues de mer. 

Les pieds fournissent aussi d'excellens caractères génériques • ceux de derrière 
ont les doigts distincts et susceptibles de mouvemens propres, bien que réunis par 
une membrane. Ceci caractérise aussi bien les émydes que les trionyx; mais ce qui 
est propre à ces derniers, c'est qu'ayant les pieds très -larges ils n'ont d'ongles 
qu'aux trois doigts intérieurs : cependant les deux autres doigts ne manquent pas; 
ils ont même conservé un volume proportionnel à la grandeur des trois autres. 

Enfin les considérations suivantes éloignent encore les trionyx des autres 
tortues : l'existence d'une petite trompe, la mobilité des lèvres et la situation 
de l'anus. 

Quant à de véritables lèvres qu'on trouve dans ces tortues, c'est un caractère 
dont l'anomalie a d'autant plus sujet de nous étonner, que l'affinité des tortues 
avec les oiseaux sembloit nous donner le motif de l'absence totale des lèvres chez 
les autres tortues, et nous porter enfin à concevoir l'existence des enveloppes 
cornées de leurs mâchoires. 

La position de l'anus n'est pas moins remarquable : on le trouve tout à l'extré- 
mité du dessous de la queue. Si l'on se rappelle que c'est la seule ouverture qui 
existe en arrière, et qu'à elle aboutissent le rectum, les uretères et l'oviductus, 
on concevra ce qu'une telle position peut produire de difficultés pour l'accou- 
plement. 

Par leur long cou ïes trionyx ressemblent à des émydes qui vivent continuel- 
lement dans l'eau. Ils rentrent à volonté tout leur cou dans l'intérieur de la 
carapace ; la peau, qui ne tient aux muscles que par un tissu cellulaire très- 
lâche, se plisse en avant quelquefois assez pour se rabattre par-dessus la tête ? 
mais le plus souvent de façon à former en arrière une suite de plis égaux et régu- 
liers. C'est plus habituellement de cette dernière manière qu'ils portent la tête; ils 
n'alongent le cou et ne l'étendent droit que pour atteindre leur proie, ou que 
pour blesser par une morsure. 

La partie molle de la carapace a beaucoup plus d'utilité qu'on ne le pourroit 
croire. Les trionyx, en abaissant ou relevant les bords latéraux de cette large en- 
veloppe, parviennent à nager avec une vitesse extrême; et, ce qu'il y a de plus 
surprenant, par un mode qui leur est propre, ils roulent sur eux-mêmes, de 
manière que, lorsqu'ils nagent à fleur d'eau, on aperçoit alternativement le dos 
et le ventre. C'est la manière de nager des cétacés qui allaitent leurs petits, pour 
procurer à ceux-ci les moyens de venir puiser à la surface de l'eau l'air néces- 
saire à leur respiration. 

Il suit de cette observation que j'ai faite en Egypte, que voilà des animaux qui 
emploient une partie de leurs appendices vertébraux au mouvement progressif: 
les serpens le font de même, quand ils tendent leurs côtes, et qu'avec ce levier 
agissant au travers de la peau ils se cramponnent sur le sol pour exécuter la rep- 
tation et pour voyager. 

Forskaeln'avoit qu'annoncé, mais point décrit le trionyx d'Egypte; aussi tous 



120 DESCRIPTION DES REPTILES. 

les monographes, Schœpff, Latreille, Daudin et Bosc, ne purent-ils en prendre 
une idée exacte : on l'avoit donc confondu avec les tortues molles des autres 
contrées de la terre. 

Le Trionyx d'Egypte se distingue de celles-ci par le caractère suivant, exprimé 
en termes Linnéens : quatre callosités an plastron ; carapace peu convexe ; les deux 
appendices antérieurs ( épisternaux ) très-écartés l'un de l'autre et parallèles. 

J'ajoute, pour développement, que la carapace est fort légèrement renflée 
au - dessus de la colonne épinière : cette légère saillie s'annonce dans les jeunes 
sujets par une double série de petits points. Sa couleur est le vert moucheté de 
blanc. Les côtes vertébrales font saillie dans le quart de leur longueur totale. L'ex- 
trémité antérieure de la partie molle de la carapace est légèrement festonnée et 
dépourvue de tubercules. Le plastron a ses deux épisternaux très-écartés et dirigés 
parallèlement en devant. Quatre plaques calleuses occupant, d'une part, le centre 
des annexes sternales (les Iryostemauxetles hyposternaux) , et, d'autre part, le milieu 
des appendices postérieurs (les xiphisternaux) , sont ainsi formées par des bosse- 
lures du système osseux, se manifestant à la peau. Les extrémités des annexes 
montrent extérieurement une double bifurcation, et sont en dedans festonnées; 
savoir , l'hyosternal en quatre parties , et l'hyposternal en huit. Les derniers 
appendices ou les xiphisternaux ne sont articulés l'un avec l'autre que par quelques 
points de leurs bords et en devant. La queue est plus courte que la partie de la 
carapace qui la recouvre. 

On donne en Egypte à notre trionyx le nom de tyrsé : j'ai vu des individus qui, 
étant arrivés à leur plus grande dimension, avoient jusqu'à un mètre de longueur. 

On connoît sept autres espèces de trionyx, auxquelles on a donné les noms 
suivans : Trionyx subplanus, T. stellatus, T. carinatus, T. Javanicus , T. Coromande- 
licus , T. Georgicus , et T. Euphraticus. 

Nota. L'ordre des planches appelleroit ici la description du crocodile; mais l'auteur a cru devoir 
consacrer à cet article des développemens particuliers. ( Voye^ à la fin de cette Description. ) 



Le reste de la Description des reptiles est l'ouvrage de M. Isidore Geoffroy-Saint- 
Hilaire fils , aide-naturaliste de zoologie au Muséum royal d'histoire naturelle , dé- 
signé par S. Exe. le Ministre de l'intérieur pour la continuation du travail. 



LES TUPINAMBIS. PL. 3. j 2 I 

§. I I. 

LE TUPINAMBIS DU NIL 

( Reptiles , planche 3 , fig. 1 ) 
ET LE TUPINAMBIS DU DÉSERT 

( planche 3 , fig. 2 ). 

La plupart des tupinambis vivent, comme les crocodiles et les caïmans, 
sur le bord des fleuves ; comme eux, ils se nourrissent d'une proie vivante qu'ils 
vont chercher au fond des eaux, ou qu'ils rencontrent sur les rivages : mais, 
d'une taille bien inférieure à celle de ces reptiles redoutés, et pourvus d'armes 
bien moins puissantes , ils ne peuvent attaquer que de très-petites espèces ; et 
l'homme, loin d'avoir à les craindre, est pour eux un objet de terreur. Leurs 
mœurs ne sont d'ailleurs pas véritablement plus douces que celles des grandes 
espèces de sauriens ; et c'est uniquement parce qu'ils sont foibles qu'ils ne sont 
pas dangereux. Cependant, tandis que le vulgaire, quelquefois par des motifs 
réels, mais le plus souvent par l'effet de préjugés sans fondement, ne voit dans 
les autres reptiles que des objets d'épouvante , d'horreur et de dégoût , les tupi- 
nambis passent généralement pour des animaux innocens et qui se rendent même 
utiles à notre espèce; et les noms de sauvegardes, de sauveurs et de monitors , qui 
leur ont été donnés fréquemment, sont même autant de preuves de la réputation 
de douceur et presque de bienfaisance qu'on leur a faite en divers pays. On prétend 
que, lorsque des hommes se trouvent, à leur insu, menacés par le crocodile, le 
tupinambis s'empresse de les avertir par des sifflemens de la présence du redou- 
table quadrupède : mais ces sifflemens ne sont que des cris d'alarme par lesquels la 
sauvegarde exprime son effroi à la vue d'un ennemi non moins dangereux pour 
elle-même que pour l'homme. 

Les tupinambis n'ont pas les pattes palmées , comme cela a lieu chez presque 
tous les mammifères et les oiseaux nageurs, et chez beaucoup de reptiles, tels que 
les émydes, les chélonées, les crocodiles et un grand nombre de batraciens : ils ont, 
au contraire, les doigts bien séparés; et la forme de leur queue, ordinairement 
comprimée, est presque le seul caractère qui puisse indiquer leurs habitudes aqua- 
tiques ; encore ce caractère est -il à peine sensible chez quelques tupinambis, 
comme , par exemple , chez celui du désert ( figuré sous le nom à'Ouaran de 
Forskael). Il est curieux de comparer, sous ce rapport, les deux espèces que nous 
avons à décrire : l'une d'elles, le Tupinambis du Nil, a la queue comprimée laté- 
ralement, et fortement carénée en dessus, c'est-à-dire, surmontée d'une crête longi- 
tudinale très-prononcée; l'autre, le Tupinambis du désert, a la queue presque exac- 
tement ronde et sans carène. Cette différence dans l'organisation est en rapport 
avec une différence dans les habitudes : tandis que le premier va fréquemment 
à l'eau et nage avec beaucoup de facilité, le second vit dans le désert, et reste 



122 DESCRIPTION DES REPTILES. 

habituellement à terre; d'où le nom de Monitor terrestre d'Egypte sous lequel il a 
été indiqué par M. Cuvier dans le Règne animal, et celui de Crocodile terrestre sous 
lequel Hérodote en a fait mention. 

Cette différence dans la forme de la queue des deux tupinambis d'Egypte , et 
celle très-notable qui existe également entre eux, comme nous le verrons, sous le 
rapport de leur système dentaire, n'empêchent pas , au reste, que ces deux espèces 
ne soient assez voisines : toutes deux appartiennent au sous-genre des tupinambis 
proprement dits , sous-genre dans lequel M. Cuvier place tous les monitors de 
l'ancien monde. Nous décrirons d'abord le Tupinambis du Nil [ Tupinambis Nilo- 
ticus, Daud.], appelé aussi quelquefois le Tupinambis ouaran ou varan, du nom qu'il 
porte en Egypte. 

Cette espèce , à laquelle on doit rapporter , suivant l'opinion de la plupart des 
auteurs , le Lacerta Nilotica de Linné, ne diffère pas non plus, suivant celle de 
M. Cuvier, du Lacerta dracœna. L'individu qui a servi de type à la figure et d'après 
lequel nous donnons la description de l'espèce a trois pieds trois pouces de long, 
du bout du museau à l'extrémité de la queue. La distance du membre antérieur au 
postérieur est à peu près de dix pouces. La crête ou carène caudale ne commence 
à paroître qu'environ cinq pouces après le point d'insertion des membres de derrière : 
elle a quatre lignes de hauteur dans presque toute l'étendue de la queue; mais elle 
est un peu moins saillante vers son origine, et de même vers son extrémité. 

Les écailles sont fort petites chez ce tupinambis , comme chez tous ses congé- 
nères : celles de l'extrémité de la queue et celles des parties latérales de la tête n'ont 
guère, suivant leur plus grand diamètre, qu'une demi-ligne de longueur; celles du 
dessous du corps, les plus grandes de toutes, ont au contraire plus d'une ligne; celles 
des membres et des autres parties de la tête, du tronc et de la queue, tiennent le 
milieu par leurs dimensions. Sous le rapport de leurs formes , elles sont toutes ovales, 
celles des membres étant les moins alongées et paraissant même presque circu- 
laires. Enfin elles sont presque par-tout, et sur-tout à la région inférieure du corps 
et sur la queue, disposées en séries, de manière à former des lignes droites trans- 
versales, plus ou moins régulières : les petits sillons qui séparent les unes des autres 
ces lignes sont ordinairement beaucoup plus distincts que ceux qui séparent entre 
elles les écailles d'une même rangée ; disposition qui est sur-tout très-manifeste à la 
queue, celle de toutes les parties du corps ou s'observe le plus de régularité. Il 
résulte de la forme ovale des écailles, qu'elles laissent entre elles de petits intervalles : 
mais, ceux-ci étant beaucoup moins prononcés que les sillons, on croit, lorsqu'on 
n'examine pas la peau de très-près , y voir la limite même des écailles, qui paraissent 
ainsi avoir une forme quadrilatère. 

Les cinq doigts, couverts presque entièrement d'écaillés ovales, comme le reste 
du corps , sont très-fendus et très-séparés : on ne remarque entre eux aucune trace 
de membranes ; ils sont d'ailleurs très-inégaux, sur-tout aux pattes postérieures. 

Les ongles, comprimés, crochus et bien acérés, sont noirâtres. Il est à ajouter 
que le doigt externe des pieds de derrière est beaucoup plus libre et plus mobile 
que les autres, et qu'il peut même s'écarter à angle droit de ceux-ci. 

Quant 



LES TUPINAMBIS. PL. 3. I2 5 

Quant à la couleur des écailles, celles du dessous du corps sont verdâtres, celles 
des autres régions sont en partie de cette dernière couleur, en partie noires, et elles 
sont disposées de manière à dessiner, sur les côtés de la queue, des Landes assez 
irrégulières et peu marquées. Le noir forme sur le dos des taches de diverses formes : 
le plus grand nombre d'entre elles ne sont que de simples lignes noires entourant 
un espace de couleur claire , au milieu duquel se trouvent aussi quelques écailles 
noires. Cette disposition ne se voit guère que lorsqu'on observe de près le dos de 
l'animal : autrement ii semble marbré de vert et de noir. Le dessus de la tête est 
uniformément d'une teinte obscure. 

Nous avons dit que les écailles de la région inférieure du corps sont les plus 
larges de toutes : il résulte de cette disposition que les bandes transversales du dos 
sont plus étroites et plus nombreuses que celles du ventre , et qu elles ne peuvent 
toutes correspondre exactement à celles-ci. En effet, on voit fréquemment deux des 
bandes supérieures se continuer sur les flancs avec une seule des inférieures; ce qui 
n'empêche pas que, même en ce lieu, toutes les écailles ne paroissent distribuées 
avec beaucoup de régularité. 

Les dents, au nombre de trente environ à la mâchoire supérieure, au nombre 
d'une vingtaine seulement à l'inférieure, sont remarquables par leurs formes : celles 
de devant sont très-petites, très-fines et très-aiguës; celles du fond de la bouche, 
très-grosses , mais courtes et à pointes mousses : enfin les intermédiaires sont géné- 
ralement de forme conique, les plus antérieures étant les plus petites et les plus 
aiguës. 



Le Tupinambis du désert [ Tupinambis arenarius, Nob. ] , auquel M. Cuvier rap- 
porte avec doute le saurien figuré par Seba dans la planche xcvinde son Thésaurus, 
est à peu près de la même taille È que l'espèce précédente : l'individu qui a servi de 
type à la figure a trois pieds du bout du museau à l'extrémité de la queue ; la distance 
du membre antérieur au postérieur est de neuf pouces environ. 

La queue , qui est, comme nous l'avons déjà dit, arrondie et sans carène , est pro- 
portionnellement aussi large à la base que chez le Tupinambis du Nil ; mais vers son 
tiers antérieur die devient beaucoup plus grêle, et continue toujours de diminuer 
de diamètre jusqu'à son extrémité. Du reste, les proportions des deux espèces sont 
généralement très-peu différentes. 

Les écailles sont presque par-tout circulaires , et non pas ovales ; celles de la 
queue, de la gorge, et du milieu du ventre, sont les seules qui présentent cette der- 
nière forme. Elles sont généralement un peu plus grandes que chez le Tupinambis 
du Nil : cependant celles du dessus de la tête sont, au contraire, plus petites que 
chez ce dernier. Du reste, on observe également dans les deux espèces la disposi- 
tion des écailles en bandes régulières transversales. 

Le Tupinambis du désert n'est pas , comme la plupart des lézards de nos pays , 
peint de couleurs vives et brillantes : son dos est généralement d'un brun assez 
clair, sur lequel on voit quelques taches carrées d'un jaune verdâtre pâle ; cette même 

H. N. T O M E I.er , , . ■ c partie. R 



124 DESCRIPTION DES REPTILES. 

nuance dessine sur la queue des bandes transversales, peu distinctes, mais distri- 
buées avec assez de grâce et de régularité. 

Les ongles , d'un brun jaunâtre, sont comprimés, crochus et acérés, mais moins 
que chez le Tupinambis du Nil ; ils sont aussi proportionnellement plus petits. Quant 
au système dentaire, ii est très-différent de celui de l'espèce précédente : toutes les 
dents sont très-petites, très-fines et très-aiguës ; caractère assez remarquable, mais 
auquel ii ne faut pas néanmoins attacher une bien grande importance, parce qu'il 
ne se trouve pas lié d'une manière constante avec la modification de la forme de la 
queue, que nous avons signalée chez le Tupinambis du désert. En effet, quelques 
espèces Indiennes , chez lesquelles on retrouve le même système dentaire qui carac- 
térise ce dernier, ont la queue carénée comme le Tupinambis du Nil. 



Les deux monitors que nous venons de décrire paraissent avoir été de tout temps 
bien connus dans l'Egypte : l'un d'eux, celui du Nil, se trouve même figuré sur les 
monumens antiques de cette contrée. 

Celui du désert paraît être , comme l'a remarqué Prosper Alpin, le véritable 
scinque des anciens, dont le nom a depuis été transporté à d'autres sauriens. Nous 
avons déjà dit qu'Hérodote avoit aussi fait mention de ce dernier sous le nom de 
Crocodile terrestre; dénomination qui indique la remarque, déjà faite dans l'antiquité, 
de beaucoup de ressemblance entre les tupinambis et les crocodiles. Cette res- 
semblance a également frappé les modernes ; car le peuple croit en Egypte que le 
Tupinambis du Nil n'est autre que le jeune crocodile éclos dans un terrain sec : 
erreur assez singulière, que Daudin s'étoit d'abord laissé entraîner à partager, mais 
qu'il a lui-même ensuite appréciée à sa juste valeur, comme on peut le voir dans 
son Histoire des reptiles. 

C'est sur les bords du Nil, comme son nom l'indique, que se trouve l'espèce que 
nous avons décrite en premier lieu : on la voit assez fréquemment sur le rivage, et 
on la pêche même quelquefois dans le fleuve. L'espèce terrestre habite principale- 
ment les déserts qui avoisinent l'Egypte du côté de la Syrie ; ce qui n'empêche pas 
qu'elle ne soit très-bien connue dans l'Egypte proprement dite, et sur-tout au Kaire, 
parce que les bateleurs de cette ville possèdent presque toujours quelques individus 
qu'ils emploient dans leurs tours et leurs exercices, après leur avoir arraché les 
dents. 

Le Tupinambis du Nil est très-carnassier-: en captivité, il attaque tous les petits 
animaux qu'il peut atteindre , et se jette avec avidité sur les alimens qu'on lui pré- 
sente. Lorsqu'il est irrité , il siffle avec force, et cherche à mordre, ou à frapper avec 
sa queue. Le Tupinambis du désert a des habitudes très- différentes : bien loin de se 
jeter sur sa proie avec avidité, \\ la refuse même tout-à-fait lorsqu'il est captif, et 
l'on ne parvient à le nourrir qu'en lui mettant dans la gueule des morceaux de 
chair et en employant la violence pour les lui faire avaler. 

Les Arabes ont très-bien senti les rapports de ressemblance qui rapprochent les 
deux tupinambis d'Egypte, et les différences qui les distinguent; et ils ont même 



LES TUPINAMBIS. PL. 3. ! 2 Ç 

parfaitement exprimé et ces rapports et ces différences par les noms qu'ils ont donnés 
aux deux espèces : l'aquatique est appelée Ouaran (1) el-bahr , c'est-à-dire, Lézard 
du fleuve ; et l'autre, Ouaran el-hard, c'est-à-dire, Lézard des sables ou du désert. 
Nous avons cru ne pouvoir mieux faire que d'adopter comme scientifique cette 
nomenclature, qui, due à des peuples ignorans et à demi civilisés, n'en est pas 
moins très-conforme à l'esprit des méthodes Linnéennes. 

EXPLICATION DE LA PLANCHE 6. 

Anatomie du Tupinambis du Nil et du Tupinambis du désert. 

Tupinambis du Nil: fig. 5 , crâne vu en dessus; fig. 6 , crâne vu en dessous; fig. 7 , mâchoire infé- 
rieure ; %. 8 , p , 10, 11, 1 2 et 13, myologie de fa tête , et langue hyoïde , trachée-artère, &c. 
Tupinambis du désert: fig. i4, crâne vu en dessus; fig. 1 5 , mâchoire inférieure vue de côté. 

§. III. 

LE STELLION SPINIPÈDE 

( Reptiles , planche 2 , fig. 2 ) 
ET LE STELLION DES ANCIENS 

{ planche 2 , fig. 3 ). 

Le Stellion spinipède [ Stellio spinipes , Daud. ; Uromasûx spinipes, Merr.] 
appartient au sous-genre ou plutôt à la section des stellions bâtards de Daudin , 
ou des fouette-queue de quelques auteurs; groupe auquel M. Cuvier assigne pour 
caractères particuliers d'avoir toutes les écailles du corps petites, lisses et uniformes, 
et celles de la queue très-grandes et très-épineuses; une série de pores à la partie 
interne de la cuisse ; enfin la tête non renflée en arrière par les muscles des mâ- 
choires. Tous ces caractères existent en effet chez le Stellion spinipède. 

Cette espèce a communément de deux à trois pieds de long, de l'extrémité de la 
tête à celle de la queue ; mais l'individu qui a servi de type à la figure étoit beaucoup 
plus petit, et n'avoit qu'un pied trois pouces de long, la distance entre les deux 
paires de membres étant de cinq pouces, et le point d'insertion de l'antérieure se 
trouvant éloigné du bout du museau de trois pouces et demi. Les écailles ont des 
dimensions et des formes très-variables , suivant les régions où on les observe : ainsi 
celles de la partie supérieure du corps et de la gorge , généralement circulaires , 
présentent des différences remarquables sous le rapport de leur étendue; déjà très- 
petites dans toute la partie qui avoisine la ligne médiane, elles le deviennent encore 
davantage sur le reste du dos, sur le cou, à la gorge, et sur les flancs, où elles ont 
même à peine un demi-millimètre de diamètre. Les écailles du ventre et de la partie 
interne des membres , de forme à peu près carrée , sont deux fois environ plus 

(1) B. Merrem , dans son ouvrage sur les reptiles du Nil est appelé par lui Varanus dracœna, et notre Tu- 

( Versuch eines Systems der Amphibien ) , a latinisé ce pinambis du désert, Varanus scincus. On concevra facr- 

mot, dont il fait un nom générique pour le groupe des Iement les motifs qui nous ont portés à ne pas adopter 

monitors proprement dits de M. Cuvier. Le Tupinambis cette nouvelle nomenclature. 

H.N. TOME !.«■-, r.» partie. R a 



Ï2Ô DESCRIPTION DES REPTILES. 

grandes que celles du dos, et celles des pattes, de la tête et du membre antérieur, 
ont généralement d'un à deux et même trois millimètres; leur forme est d'ailleurs 
très-variable. La face externe de la cuisse est en grande partie couverte d'écaillés 
semblables à celles des flancs : mais au milieu de celles-ci on en voit d'autres beau- 
coup plus larges, et qui, au lieu d'être plates comme toutes celles dont nous avons 
parlé jusqu'à présent, sont saillantes, coniques et comme épineuses; leurs pointes 
sont d'ailleurs très-obtuses. On voit aussi quelques écailles semblables à ces dernières, 
mais plus petites, sur les flancs : elles sont disposées sur deux ou trois lignes fort 
irrégulières , dirigées suivant l'axe du corps. La partie inférieure de la queue est cou- 
verte à sa base de petites écailles carrées, semblables à celles du ventre; plus loin, 
d'écaillés de même forme , mais beaucoup plus grandes ; enfin , vers l'extrémité , 
d'écaillés quadrilatères assez étendues, dont chacune présente à sa partie postérieure 
une éminence conique, pointue, dirigée en arrière, et très-semblable à une épine. 
Les écailles des parties supérieures et latérales de la queue, les plus grandes de toutes, 
ont généralement quatre ou cinq lignes de long sur deux de large : elles sont d'ail- 
leurs très-semblables à celles que nous venons de décrire en dernier lieu, et portent, 
comme elles, des épines qui, très-peu prononcées vers la base du prolongement 
caudal, deviennent au contraire, vers son extrémité, très-saillantes et très aiguës. 

Les écailles du dos, placées en séries, forment des lignes assez régulières, mais 
très-peu apparentes : la disposition en lignes régulières transversales de celles du 
dessous du corps est au contraire très-visible, et les bandes caudales sont sur-tout 
très - remarquables. Celles - ci sont au nombre de vingt - quatre environ , chacune 
d'elles ayant une largeur égale à la longueur des écailles qui la composent, c'est-à- 
dire, une longueur de quatre ou cinq lignes , et une largeur variable suivant le 
nombre de ces mêmes écailles, ou, ce qui revient au même, suivant l'épaisseur de 
la partie de la queue sur laquelle elle se trouve placée. 

Ainsi, tandis que les premières de ces bandes caudales sont très-larges et com- 
posées d'un très-grand nombre d'écaillés, les dernières deviennent de plus en plus 
étroites, parce que le nombre des écailles va toujours en diminuant. 

Le Stellion spinipède, ainsi nommé de la forme singulière de quelques-unes des 
écailles de ses membres postérieurs, est très-remarquable par la beauté et la vivacité 
de ses couleurs : il est généralement d'un vert de pré très-brillant, et dont il est 
difficile de se faire une idée par l'inspection des individus conservés dans les 
cabinets. 

Cette espèce est principalement répandue dans la haute Egypte et dans le désert ; 
elle est fréquemment apportée au Kaire par les bateleurs, qui l'emploient habituel- 
lement dans leurs exercices, à peu près de la même manière que le Tupinambis du 
désert. Dans l'état de nature, elle vit sous terre dans des trous, et ressemble géné- 
ralement par ses habitudes à ses congénères. 



LES STELLIONS. PL. 2. l2 J 

Le Stellion des anciens [Stellio vulgaris, Daud. ; Lacerta stellio, Linn.], connu 
des Grecs modernes sous le nom de ^ f xJ)hiAoç, et des Arabes sous celui de hardun, 
n a qu'un pied environ, du bout du museau à l'extrémité de sa queue, et par con- 
séquent est beaucoup plus petit que le spinipède. Appartenant au groupe des stel- 
lions proprement dits, dont il doit être considéré comme le type, il diffère de 
l'espèce précédente par sa queue plus longue et plus grêle, par sa tête renflée en 
arrière , par les muscles des mâchoires , par l'absence des pores cruraux , et par 
l'existence, à la face supérieure du corps, d'écaillés beaucoup plus grandes que les 
autres, et un peu épineuses; celles-ci se trouvent placées en séries les unes au-dessus 
des autres sur les flancs , où elles forment un certain nombre de lignes trans- 
versales. 

Les couleurs de ce stellion, sans rappeler en aucune façon la richesse et l'éclat 
de celles du spinipède, sont assez agréables à l'œil : il est généralement d'un noir 
olivâtre. 

Nous croyons inutile de décrire plus au long cette espèce, fort anciennement 
connue, et qui même est devenue célèbre par les prétendus usages pharmaceutiques 
de ses excrémens, long-temps répandus dans le commerce sous les noms de cordylea 
ou crocoddea et de s ter eus lacer ti. Aujourd'hui cette substance, si long-temps regardée 
comme un précieux cosmétique et si recherchée dans l'Orient, paroît être complè- 
tement tombée en discrédit : on prétend même que les musulmans ont pris en 
aversion le stellion, parce qu'il a l'habitude de baisser sa tête; ce qu'il fait, disent- 
ils, pour imiter l'attitude qu'ils prennent pendant leurs prières, et pour les railler. 

Dans le deuxième volume du Règne animal, M. Cuvier a remarqué que le Stellion 
des Latins est probablement la tarentule ou le Gecko tuberculeux du midi de 
l'Europe, ainsi que l'avoient conjecturé divers auteurs; et il donne à l'espèce que 
nous venons de décrire le nom de Stellion du Levant : ce nom indique parfaitement 
la patrie de ce saurien , qui , très-commun en Egypte , paroît aussi répandu en abon- 
dance dans tout le Levant. 

§. iv. 

L'AGAME VARIABLE ou LE CHANGEANT 

( Reptiles, pfanche j , ftg. 3, 4 ) 
ET L'AGAME PONCTUÉ 

( planche 5 , fîg. 2 ). 

Les agames ressemblent généralement aux stellions , soit par leur organisation 
interne, soit par leurs formes extérieures : cependant ils se distinguent très-facilement 
de ces derniers par l'existence à la queue d'écaillés imbriquées, qui ne présentent 
rien de particulier sous le rapport de leur figure ou de leurs dimensions, et qui sont 
ainsi très -différentes de ces plaques épineuses dont se trouve hérissé le prolonge- 
ment caudal chez les stellions. C'est en se fondant sur cette modification assez 



1 28 DESCRIPTION DES REPTILES. 

remarquable, et sur quelques autres d'une moindre importance, que Daudin a mo- 
tivé la formation, pour les agames, d'un genre particulier, genre aujourd'hui gé- 
néralement adopté, et qui a même été subdivisé en plusieurs sous-genres. 

L'espèce figurée sous le nom d'Agame variable , l'une des intéressantes décou- 
vertes dont l'histoire naturelle est redevable à l'expédition d'Egypte, compose à elle 
seule un de ces sous-genres , celui auquel M. Cuvier a donné le nom de Changeant 
\Trapelus\ Si ce petit animai eût été connu de l'antiquité; si, abondamment ré- 
pandu dans quelques-unes des contrées que fréquentent les Européens, il eût pu 
devenir le sujet de fréquentes observations, sans doute le nom du caméléon ne 
seroit point de nos jours aussi célèbre, et une comparaison cent fois répétée n'eût 
point fait de ce reptile l'emblème ingénieux de l'inconstance et de la flatterie. En 
effet , l' Agame variable est sujet à des changemens de couleur plus prompts encore 
et plus rapides que ceux du caméléon, quoique ce dernier lui-même puisse en 
quelques minutes se peindre d'une foule de nuances différentes , comme chacun 
a pu dans ces dernières années le constater , en France même , par ses propres 
observations. 

Sous le rapport des caractères qui ont porté M. Cuvier à le séparer, comme sous- 
genre, des autres agames, le Changeant est remarquable par ses écailles, qui sont 
toutes lisses, non épineuses et extrêmement petites, et par ses dents, semblables à 
celles des stellions. Au contraire, les agames ordinaires ont quelques écailles épi- 
neuses sur diverses parties du corps , et particulièrement dans le voisinage des 
oreilles ; et la ressemblance entre leur système dentaire et celui des stellions est 
moins grande. Ces caractères différenciels paroissent d'une assez foible importance : 
néanmoins le sous-genre Trapeks a généralement été adopté par presque tous les 
auteurs qui ont écrit depuis M. Cuvier; et quelques-uns ont même trouvé le Chan- 
geant assez différent des autres agames pour penser qu'il ne doit peut-être pas être 
rapporté comme section à ce genre, mais bien à celui des stellions (i) : telle est, 
en effet, l'opinion émise par l'auteur de l'article Agame du Dictionnaire classique 
d'histoire naturelle, M. Bory de Saint- Vincent. 

L'Agame variable est, comme la plupart de ses congénères, de petite taille : il 
n'a que cinq pouces et demi du bout du museau à l'extrémité de la queue , celle-ci 
formant environ la moitié de la longueur totale ; la distance du membre antérieur 
au postérieur est d'un peu moins d'un pouce et demi. Les membres sont plus 
alongés proportionnellement que chez la plupart des lézards , les antérieurs ayant 
près d'un pouce et demi, et les postérieurs ayant deux pouces. La tête, d'une 
forme très-remarquable, est triangulaire, et aussi large à sa partie postérieure que 
longue; le corps, de forme alongée, mais légèrement renflé dans sa partie moyenne, 
se rétrécit au contraire entre les deux membres de derrière. La queue , large et un 
peu déprimée à sa base, est mince et arrondie dans le reste de sa longueur. Les 
membres sont aussi très-grêles , sur-tout dans leur dernière portion : ils sont tous 

(i) Au contraire, Merrem, dans son ouvrage ( publié le Changeant sous le nom à'Agama mutabilis, traduction 
en 1820), ne fait du sous-genre Trapelus de M. Cuvier littérale de celui que l'espèce porte dans l'Atlas, 
qu'une simple section dans le genre Agama; et il indique 



LES AGAMES. PL. 5. I 2Q 

terminés par cinq doigts armés d'ongles crochus et acérés, très-inégaux, et dont 
les proportions, fort remarquables, doivent être indiquées avec soin. A la patte 
postérieure, les doigts vont en augmentant de longueur, à partir du premier jus- 
qu'au quatrième, de telle sorte que le premier, quoique d'une dimension moyenne, 
se trouve égal seulement au tiers du quatrième : quant au cinquième, il est aussi 
court que l'interne, et se trouve si reculé, que son extrémité atteint à peine la pre- 
mière phalange de celui qui le précède. La disposition des doigts antérieurs est 
analogue à celle des postérieurs : ils vont en augmentant depuis le premier jusqu'au 
quatrième, le plus grand de tous, le cinquième étant au contraire seulement égal au 
premier. Du reste, les cinq doigts antérieurs sont beaucoup moins inégaux entre 
eux que ceux du membre de derrière ; les trois intermédiaires ont même des dimen- 
sions très -peu différentes, et aucun d'eux n'est, à beaucoup près, aussi alongé 
que le quatrième de la patte postérieure. 

Les écailles de l'Agame variable sont, pour la plupart, très-petites; et celles 
qui couvrent le dos sont même assez fines pour qu'on ne puisse les distinguer 
nettement qu'avec le secours d'une loupe, ou du moins avec beaucoup d'attention. 
Celles de la gorge, de la poitrine et de la partie inférieure de l'abdomen, se voient 
beaucoup plus aisément; et l'on aperçoit sans aucune difficulté celles du dessous 
de la queue, celles des membres, celles du ventre, qui se trouvent rangées en 
lignes transversales régulières, et celles du dessus de la tête, qui sont les plus 
grandes de toutes. Elles sont généralement disposées comme chez les agames 
ordinaires ; mais on ne voit point , comme chez ces derniers , quelques épines 
répandues sur diverses parties du corps, et principalement sur le pourtour du trou 
auditif et sur les côtés du cou. 

Les individus conservés dans les cabinets depuis quelques années paroissent 
généralement d'un gris brunâtre en dessus, avec le dessous blanchâtre. Mais ces 
couleurs ne ressemblent presque en aucune façon à celles que l'animal présente 
dans l'état de vie : il est souvent alors d'un beau bleu foncé nuancé de violet, 
avec la queue annelée de noir, et des taches rougeâtres peu distinctes, disposées 
sur le dos de manière à former quatre ou cinq petites bandes transversales assez 
irrégulières. Dans d'autres instans, le bleu est remplacé par le filas clair : alors la 
tête et les pattes sont ordinairement nuancées de verdâtre , et rien ne rappelle 
plus les premières couleurs du Changeant, si ce n'est les petites taches rougeâtres 
du dos. 



L'Agame ponctué est une espèce un peu plus petite que la précédente, à laquelle 
elle ressemble par les proportions de son corps et de sa queue, mais dont elle 
diffère beaucoup par ses pattes plus courtes et sur-tout par sa tête plus alongée, 
Ses doigts sont généralement conformés comme ceux des autres agames; mais, à 
la patte postérieure, le quatrième ne présente pas cet alongement disproportionné 
qui forme , à l'égard du Changeant, un caractère si remarquable. La langue est 
charnue, épaisse, non extensible, comme dans toute la famille des iguaniens, et 



I3O DESCRIPTION DES REPTILES. 

dans celle des geckotiens , avec laquelle ce saurien a beaucoup de rapports. Les 
écailles sont généralement très-petites. 1 

Cette espèce est généralement brune, avec de petites taches noirâtres, peu dis- 
tinctes, assez irrégulièrement disposées sur le dos. Les flancs sont d'un lilas bleuâtre, 
sur lequel on aperçoit d'autres taches également bleuâtres , mais d'une nuance très- 
claire. 

Nous nous bornerons, au sujet de ce saurien, à ce petit nombre de détails : 
nous ne le connoissons, en effet, que par un dessin colorié; circonstance qui nous 
met dans l'impossibilité de le décrire d'une manière plus complète , et même, ce 
qui seroit sur-tout important, de nous assurer s'il appartient réellement au genre 
Agama, dans lequel nous le laissons provisoirement. 

§. V. 
LE GECKO ANNULAIRE 

( Reptiles, pi. 5 , fig. 6 et 7 ) 
ET LE GECKO LOBÉ 

( Pi- 5 » %• 5 )•' 

M. Cuvier a partagé le grand genre des Geckos en quatre sections, qu'il a 
caractérisées d'après la forme de leurs doigts, et auxquelles il a donné les noms 
de P laty dactyles j, à' Hémidactyles , de Thécadactyles et de Ptyodactyles. C'est à la 
première de ces divisions qu'appartient le Gecko annulaire [ Gecko annulons"]; le 
Gecko lobé [ Gecko lohatus] se rapporte, au contraire, au groupe des ptyodactyles, 
dont on peut le considérer comme le type. 

Le Gecko annulaire est beaucoup plus grand que le Gecko lobé : l'individu 
qui a servi de modèle à la figure avoit un peu plus de huit pouces du bout du 
museau à l'extrémité de la queue, celle-ci formant la moitié de la longueur totale; 
la distance du membre antérieur au postérieur étoit de deux pouces environ. 

Cette espèce est remarquable par sa queue enveloppée de nombreuses bandes 
transversales et circulaires , séparées les unes des autres par des sillons très-pro- 
noncés, et qui rappellent, à quelques égards, celles que nous avons décrites chez 
le Stellion spinipède. Cette ressemblance est, au reste, plus apparente que réelle ; 
car, tandis que, dans les bandes caudales des stellions, chacune des plaques ecail- 
leuses qui les composent s'étend depuis le sillon qui borne leur partie supérieure 
jusqu'à celui qui les termine inférieurement, les bandes caudales du Gecko annu- 
laire sont, au contraire, formées d'une multitude de petites écailles placées les 
unes au-dessus des autres en lignes plus ou moins irrégulières. De là l'existence 
sur chaque bande d'une foule de sillons secondaires, très-peu visibles, sur-tout à 
la face supérieure de la queue, et très-dhTérens des sillons principaux, qui, formés 
par des replis écailieux de la peau, et entourant tout le prolongement caudal, 
s'aperçoivent généralement avec la plus grande netteté. Il est à ajouter que 

lorsque 



LES GECKOS. PL. 5. ,,j 

lorsque la queue vient à se casser par un accident quelconque chez un gecko 
annulaire, elle repousse, comme cela a lieu chez tous les lézards, mais très- diffé- 
rente de ce qu'elle étoit primitivement : il n'y a plus alors aucune trace ni des 
larges sillons que nous venons d'indiquer, ni des tubercules épineux que l'on voit 
dans l'état normal sur les parties latérales, et l'on n'aperçoit plus qu'une multitude 
de petites écailles quadrilatères ou pentagonales dont la disposition ne présente 
rien de Lien remarquable. On peut prendre une idée exacte de la singulière ano- 
malie produite par la fracture de la queue , en comparant les deux individus 
figurés dans l'Atlas, l'un d'eux (fig. 7) présentant le type régulier de son espèce, 
et l'autre (ûg. 6 ) ayant au contraire éprouvé, quelque temps avant sa mort, l'acci- 
dent dont nous venons de parier. 

Cette reproduction d'un organe aussi complexe que la queue d'un lézard, et 
sur-tout sa reproduction avec des caractères différens de ceux qu'il présentoit pri- 
mitivement , est un fait bien digne d'attention sous tous les rapports. Elle offre 
à la théorie philosophique de l'organogénie un de ces cas peu nombreux où l'œil 
du physiologiste peut voir , pour ainsi dire , à découvert , et suivre facilement 
et presque de jour en jour les inconcevables phénomènes dont le résultat est 
d'amener la formation d'une nouvelle partie de l'être vivant; et elle montre au 
zoologiste combien la queue, organe variable par l'effet des circonstances, et, si 
l'on peut employer cette expression , accessoire et comme surnuméraire chez la 
plupart des sauriens , est peu propre à fournir pour une classification herpéto- 
logique des caractères exacts , constans , et qui puissent indiquer avec quelque 
bonheur les affinités naturelles. 

Le corps et la tête sont chez le Gecko annulaire, comme chez la plupart de 
ses congénères , larges et déprimés ; les membres sont épais , courts et trapus , 
et la queue, large et aplatie à sa base, devient, dans sa dernière moitié, arrondie 
et très-grêle ; les doigts, au nombre de cinq, à chaque extrémité sont élargis sur 
toute leur longueur par une membrane écailleuse qui les déborde à droite et 
à gauche, et garnis en dessous ( 1 ) de petites plaques transversales d'une extrême 
finesse. Les ongles sont généralement aplatis et peu distincts , et ils manquent 
même entièrement à quelques doigts ; au contraire , parmi les trois intermé- 
diaires , deux sont constamment armés d'ongles très-grêles , mais longs , crochus 
et bien acérés. 

Les écailles du Gecko annulaire sont par-tout assez petites : celles du ventre, 
remarquables par leur disposition en quinconce; celles du dessous de la queue, dont 
la forme est très-variable, mais dont la distribution en lignes transversales est assez 
régulière ; enfin celles du dessus de la tête, les plus grandes de toutes , varient d'un 
demi-millimètre environ à un millimètre : celles de la gorge, des membres, du 
dessus du corps et de la queue, sont généralement beaucoup plus petites ; mais elles 

(1) On peut prendre une idée exacte de la disposition de sir Everard Home, où ces parties sont représen- 

que présente le dessous des pattes chez les geckos , tées beaucoup plus grandes que de nature, 
par la planche 79 des Lectures of comparative anatomy 

H. N. TOM E L« , 1 . rc partie. S 



I 3 2 DESCRIPTION DES REPTILES. 

sont mêlées , sur le dos et sur toute la queue , d'un grand nombre de tubercules 
saillans et arrondis, placés à peu de distance les uns des autres, et rangés sur des 
lignes longitudinales, plus ou moins régulières, dont le nombre est de douze ou 
quinze environ. Parmi ces lignes, les plus latérales se trouvent généralement com- 
posées de tubercules plus gros que ceux qui avoisinent la ligne médiane. Une sem- 
blable disposition s'observe sur les membres et sur la queue, avec cette différence, 
à l'égard de cette dernière région, que les tubercules les plus latéraux deviennent 
coniques et comme épineux. Enfin, pour terminer ce qui concerne la description 
des écailles, la lèvre supérieure est bordée d'une rangée de plaques quadrilatères 
dont les plus antérieures sur-tout sont très-larges : l'inférieure présente une rangée 
décailles semblables à celles de la supérieure, et de plus une seconde rangée com- 
posée, vers la symphyse, de plaques si grandes, que la plus interne, placée exacte- 
ment sur la ligne médiane, a jusqu'à cinq millimètres de long sur deux de large; 
dimensions qui surpassent de beaucoup celles des autres écailles du corps et de 
la tête. 

La langue est charnue comme chez les autres geckos ; les mâchoires sont garnies 
sur toute leur longueur d'une rangée de dents très-petites, très-fines et très-nom- 
breuses. La série des pores cruraux n'existe pas. 

Les couleurs de cette espèce, beaucoup moins belles que celles dont se trou- 
vent parées plusieurs de ses congénères, n'ont d'ailleurs rien de désagréable à 
l'œil : le Gecko annulaire est généralement d'un vert foncé en dessus et d'un 
vert clair en dessous. Les tubercules ne diffèrent des écailles ordinaires que par 
une nuance un peu plus foncée. 

On trouve dans plusieurs parties de l'ancien monde , et particulièrement aux 
Indes et dans le midi de l'Europe, des geckos très -voisins de l'annulaire sous 
plusieurs rapports, mais qui nous paroissent aussi, du moins pour la plupart, dif- 
férens par quelques caractères, et principalement par la forme, le nombre et la 
position des tubercules épineux de la queue. Il nous semble donc fort douteux 
que ces derniers doivent être considérés comme ne différant pas spécifiquement 
du Gecko annulaire; ce qu'on ne peut, au reste, regarder comme certain dans 
l'état présent de la science , à cause du petit nombre d'individus que possèdent 
encore les collections, et sur-tout à cause de l'imperfection des documens fournis 
par les voyageurs. 



Le Gecko lobé [ Gecko lobatus ] , que plusieurs auteurs ont indiqué sous le nom 
de Lacerta Gecko et de Lacerta Hasselquistti , et que M. Cuvier a désigné sous le 
nom de Gecko des maisons , est une espèce un peu mieux connue que la précé- 
dente, avec laquelle elle paroît cependant avoir été confondue par plusieurs au- 
teurs , même parmi les modernes. L'individu qui a servi de type à la figure 
avoit cinq pouces du bout du museau à l'extrémité de la queue, celle-ci formant 
la moitié de la longueur totale : l'intervalle qui sépare le membre antérieur du 



LES GECKOS. PL. 5. pi 

postérieur est seulement d'un pouce et demi, et la tête a près d'un pouce 
d'avant en arrière. 

Le Gecko lobé est généralement couvert de petites écailles : celles du dessous 
du corps, de la région interne des membres et de la partie antérieure de la face, 
sont les seules qu'on puisse distinguer facilement. Cependant la commissure des 
lèvres est bordée, comme chez le Gecko annulaire, par des plaques quadrilatères 
assez larges ; et l'on remarque parmi les écailles qui couvrent le dos, le dessus 
de la queue et la face externe des cuisses, un assez grand nombre de tubercules 
arrondis, disposés sur plusieurs lignes irrégulières. Les doigts ressemblent à ceux 
du Gecko annulaire, en ce qu'ils sont tous presque égaux en longueur; mais ils 
en diffèrent d'une manière très-remarquable , en ce qu'ils ne sont pas élargis sur 
toute leur longueur, mais seulement à leur extrémité, où se voit une petite plaque 
circulaire, dont le dessous présente un assez grand nombre de stries, et dont la 
circonférence a des dentelures correspondant aux stries de la face inférieure. 
Tous les doigts sont placés au milieu de semblables plaques, et enveloppés 
par elles jusqu'à la dernière phalange : leur position est indiquée en dessus par 
une ligne saillante et en dessous par un sillon. Quant aux ongles, leur situation 
est également remarquable ; chaque plaque présente , à son extrémité , une échan- 
crure qui fait suite au sillon de la face inférieure : c'est dans cette échancrure 
qu'ils se trouvent logés, et, on peut le dire, profondément cachés. Ils sont tous 
crochus et acérés, mais d'une telle petitesse, qu'on ne les distingue bien qu'avec 
le secours d'une forte loupe , et que plusieurs observateurs ont cru qu'ils man- 
quoient à plusieurs doigts , ou même qu'il n'en existoit aucune trace. Cette 
opinion n'est nullement fondée : nous avons constaté que tous les doigts sont 
onguiculés, comme l'a dit M. Cuvier dans son ouvrage sur le Règne animal; et 
il est même très-facile de s'assurer de ce fait , en examinant avec une loupe , 
ou, mieux encore, en touchant avec un corps dur ou avec le doigt le dessous 
de la plaque. 

La queue , épaisse à sa base , mais très-grêle dans sa moitié postérieure , est 
arrondie dans toute sa longueur : le corps et la tête sont, au contraire, dé- 
primés et aplatis. La série des pores cruraux n'existe pas. Enfin les deux mâ- 
choires ont, comme chez le Gecko annulaire, une rangée de dents très-petites et 
très-nombreuses. 

Cette espèce est , en dessus , d'un gris tirant sur le lilas , et , en dessous , d'une 
nuance plus claire : les tubercules paroissent aussi d'une couleur un peu différente 
de celle des petites écailles. 

Le Gecko lobé est très-commun en Egypte , où il est bien connu du peuple, 
qui le regarde comme un animal venimeux : quelques auteurs affirment que, 
lorsqu'il marche sur la peau, il y fait naître des rougeurs; effet qui dépend 
peut-être uniquement, comme le pense M. Cuvier, de l'extrême finesse de ses 
ongles. On prétend aussi que l'usage de quelques alimens sur lesquels il auroit 
passé suffit pour produire la lèpre : d'où le nom de abu burs , c'est-à-dire, -père de 

H.N. TOMEJ.", 1. repartie. S 2 



I 34 DESCRIPTION DES REPTILES. 

la lèpre, sous lequel il est connu au Kaire. Hasselquist ( 1 ) dit même avoir vu dans 
cette ville « deux femmes et une fille qui pensèrent mourir pour avoir mangé 
» du fromage sur lequel cet animal avoit répandu son venin. » Il est difficile 
d'admettre la possibilité d'un tel danger, et l'on peut n'attacher que très-peu 
d'importance à ce témoignage du voyageur Suédois; mais le fait qu'il rapporte 
ensuite ne peut guère être révoqué en doute : «J'eus occasion, dit-il, de me 
y> convaincre une autre fois au Kaire de l'âcreté du venin d'un Lacerta Gecko ; 
» comme il couroit sur la main d'un homme qui avoit voulu l'attraper, sa main 
» se couvrit à l'instant de pustules rouges, enflammées, et accompagnées d'une 
» démangeaison pareille à celle que cause la piqûre de l'ortie. » 

S- VI. 
LE CAMÉLÉON TRAPU 

f Reptiles, planche 4> %- 3 )• 

Nous avons déjà vu que l'Agame variable est, comme les caméléons, sujet à 
divers changemens de couleur, suivant les passions qui l'animent et les circons- 
tances dans lesquelles il se trouve placé. Un grand nombre de sauriens partagent 
également cette propriété singulière avec les caméléons ; en sorte que ce n'est 
pas sous ce point de vue que ces animaux sont le plus dignes de l'attention du 
naturaliste : ce qui les rend véritablement bien remarquables, c'est la forme bizarre 
de leur tête, la disposition non moins singulière de leurs yeux presque entière- 
ment recouverts par la peau , et dont l'un peut se mouvoir en sens inverse 
de l'autre ; la structure de leur langue charnue, cylindrique et très- extensible ; leur 
queue prenante ; enfin leurs doigts divisés en deux paquets opposables l'un 
à l'autre. Ces deux derniers caractères se retrouvent chez des animaux d'une 
organisation bien différente , tels que la plupart des singes hélopithèques parmi 
les mammifères ; et comme de semblables modifications des organes du mou- 
vement, chez quelques animaux qu'elles viennent à se rencontrer , commandent 
chez tous de semblables habitudes , les caméléons vivent , comme les hélopi- 
thèques, sur les branches des arbres; rapport qui a fait dire à M. de Lacépède 
que « le caméléon peut être regardé comme l'analogue du sapajou dans les quadru- 
» pèdes ovipares. » 

Nous ne connoissons le caméléon représenté dans l'Atlas sous le nom de 
trapu que par deux très - beaux dessins coloriés qui font partie de la riche collec- 
tion de vélins que possède le Muséum royal d'histoire naturelle ; nous ne pour- 
rons donc présenter, à l'égard de cette espèce , qu'un petit nombre de détails, 
sans rechercher dans les divers ouvrages des voyageurs et des naturalistes quelles 
indications doivent lui être rapportées. 

(1) Voyage dans le Levant , Paris, 1769, 2 vol. in- 12. 



LES SCINQUES. PL. 3, 4 ET 5. 1 2 c 

L'individu qui a servi de type à la figure avoit environ sept pouces du bout 
du museau à l'extrémité de la queue, celle-ci formant un peu moins de la moitié 
de la longueur totale , et l'intervalle qui sépare les membres postérieurs des anté- 
rieurs étant de deux pouces et demi. 

On conçoit, à l'égard des animaux susceptibles de changer de couleur, tels 
que les caméléons , qu'une suite d'observations faites sur le vivant peut seule per- 
mettre d'indiquer d'une manière complète ce qui concerne leur système de 
coloration , et de décrire avec exactitude les modifications qui peuvent être 
produites par les variations des circonstances extérieures. Nous regrettons de 
ne pouvoir fournir ici ces données intéressantes, et de n'avoir, pour décrire les 
couleurs de notre caméléon, d'autres élémens que ceux qui peuvent nous être 
procurés par l'examen de deux dessins coloriés. Ces deux dessins nous le montrent 
généralement gris avec des bandes transversales jaunes sur le corps, la queue 
et les jambes : celles du corps sont au nombre de huit, et l'on voit au-dessus de 
chacune d'elles une tache blanche. Il existe aussi sur la tête trois bandes longi- 
tudinales jaunes, dont la disposition est très -remarquable : l'une d'elles prend 
naissance sur la lèvre supérieure, passe sur la commissure, et se continue sur 
le bord de l'inférieure. 

§. vu. 

LE SCINQUE SCHNEIDER (i) 

(Reptiles, planche. 3, fig. 3 ). 

S'il est vrai de dire que tous les animaux sont dignes de l'attention et de l'étude 
approfondie du zoologiste, ce seroit au contraire soutenir une grave erreur que 
de prétendre que tous le sont au même degré, et qu'on ne peut expliquer par 
aucun motif réel ce goût, et, pour ainsi dire, cette sorte de prédilection que les 
naturalistes montrent pour certains genres ou pour certaines familles qui , après 
les avoir occupés depuis un grand nombre d'années, sont encore aujourd'hui les 
continuels sujets de leurs recherches. 

On ne peut nier, en effet, que quelques animaux offrent véritablement un 
intérêt tout particulier; et ( si nous écartons ceux qu'il importe à l'homme de bien 
connoître, soit à cause des services qu'ils lui rendent, soit même à cause du 
dommage qu'ils peuvent lui causer) de ce nombre sont principalement ceux dont 
l'organisation est telle, qu'on ne peut les rapporter à aucune grande famille natu- 
relle, et ceux, au contraire, qui, placés sur les limites de deux divisions, pré- 
sentent un mélange des caractères de toutes deux, et pourraient être presque 
également rangés dans l'une et dans l'autre. Les premiers sont ceux qu'on a cou- 
tume de désigner par le nom un peu impropre d'anomaux ; et l'on dit , à l'égard 

(1) Figuré dans l'Atlas sous le nom d'Anolis gigantesque. 



3* 



DESCRIPTION DES REPTILES. 



de ces derniers, qu'ils sont le passage d'un genre, d'une famille, d'un ordre et 
quelquefois même d'une classe à une autre. 

Dans la première de ces deux sections se place le genre singulier des Camé- 
léons ( pour prendre un exemple parmi les animaux que nous venons de décrire ) ; 
et l'on peut rapporter à la seconde la famille des scincoïdiens de M. Cuvier, 
famille composée des genres Scinque , Seps , Bipède, Chalcide et Bimane, c'est-à- 
dire, d'êtres qui tiennent, pour ainsi dire, le milieu entre le groupe des sauriens 
et celui des ophidiens. Ces reptiles, qui n'ont que des pattes ou très-courtes ou 
même complètement rudimentaires , et dont quelques-uns ne sont même plus 
que bipèdes, pourroient être presque également regardés, ou comme des lézards 
à forme de serpent, ou comme des serpens à pieds de lézard ; et ils lient entre 
elles ces deux grandes familles d'une manière si intime, qu'un de nos plus savans 
naturalistes, M. de Blainville, a cru devoir les réunir toutes deux en un seul ordre 
sous le nom de bipéniens , et que la même idée a été également développée avec 
beaucoup de succès en Allemagne par Merrem ( i ). 

De tous les genres que nous venons de nommer, le groupe des scinques est 
celui qui se rapproche le plus des formes normales des vrais lézards ; et, si celui 
des seps, qui se distingue par un corps aussi alongé que celui des orvets, mais 
qui présente tous les caractères principaux des scinques, ne formoit pas un lien 
intime entre ces derniers et les bipèdes, on auroit peut-être quelque peine à 
concevoir que les uns et les autres dussent être placés dans la même famille. Au 
reste, on trouve même de très-grandes différences entre les scinques, sous le 
rapport du plus ou du moins de ressemblance qu'ils ont avec les ophidiens ; et , par 
exemple, le Scinque des pharmacies [Scincus officinalis , Schneid.^ et le Scinque 
mabouïa des Antilles sont beaucoup plus semblables aux véritables lézards que les 
trois espèces dont nous avons à présenter ici la description. 

Le Scinque Schneider, Scincus Schneiderii, a été ainsi appelé parDaudin, qui l'a 
dédié au savant herpétologiste Saxon Schneider , auteur de XHistoria naturalis amphi- 
biorum : c'est une des plus grandes et des plus belles espèces du genre. Il a été 
indiqué assez anciennement par Aldrovande sous le nom de Lacertus cyprins scin- 
coïdes, et mentionné dans le Règne animal par M. Cuvier, qui le désigne seulement 
par ces mots : « le Scinque le plus commun dans tout le Levant (2). » 

Quoique cette espèce soit assez bien connue , et qu'on en trouve des indi- 
vidus dans presque toutes les collections de reptiles , elle n'a été décrite que d'une 

(1) Cet auteur, l'un des herpétologistes les plus dis- les Emydosauriens et les Bipéniens de M. de Blainville). 

tingués de l'Allemagne moderne, a, dans son ouvrage (2) Merrem fait du Scincus Schneiderii une espèce 

publié en 1820, proposé une classification qui ne diffère américaine : il paroît l'avoir confondu avec un autre 

presque sous aucun rapport de celle de M. de Blainville. scinque appartenant effectivement au nouveau monde; 

En effet, il divise, comme notre célèbre compatriote, ce dont il seroit, au reste, presque impossible de s'assurer, 

tous les reptiles en deux classes , celle des Pholidota à cause de l'extrême brièveté des phrases indicatives de 

et celle des Batrachia ( les Squamifères et les Nudi- cet auteur. Les caractères qu'il assigne au Scinque de 

pellifères de M. de Blainville); et il partage aussi le Schneider peuvent en effet convenir à plusieurs autres; 

premier de ces groupes en trois ordres, qu'il nomme car il dit seulement : Scincus Schneiderii, S. squamis 

Testudinata , Loricata et Squamata ( les Chéloniens , glaberrimis , caudâ corpore duplo longiore. 



LES SCINQUES. PL. 3, 4 ET 5. j 9 y 

manière fort incomplète par Daudin et par les autres zoologistes qui se sont 
occupés d'elle : nous croyons donc devoir indiquer les principaux caractères 
avec quelques détails. 

L'individu qui a servi de type à la figure avoit un pied trois pouces du bout du 
museau à l'extrémité de la queue, celle-ci formant les deux tiers de la longueur 
totale, et l'intervalle entre le membre antérieur et le postérieur étant d'un peu 
plus de trois pouces. Les pattes de devant ont à peu près un pouce et demi, et 
celles de derrière, deux pouces de long; cette différence de dimension tient prin- 
cipalement à ce que les doigts postérieurs , et sur-tout deux des trois intermédiaires, 
sont beaucoup plus longs que les antérieurs. La queue, aussi grosse que le corps à 
son origine, diminue peu à peu jusqu'à son extrémité, et devient même, dans son 
quart terminal, extrêmement grêle; elle est d'ailleurs exactement ronde dans 
presque toute sa longueur, et représente ainsi un cône dont la hauteur seroit très- 
considérable par rapport au diamètre de sa base : toutefois sa première portion est 
légèrement carrée, de même que tout le corps (1) et la partie postérieure de la tête. 
Celle-ci, assez courte, représente une petite pyramide quadrangulaire, sa forme 
se trouvant ainsi en rapport avec celle du corps. 

Le tronc est généralement couvert d'écaillés imbriquées, très -distinctes entre 
elles, assez grandes, et de forme assez irrégulière : leur diamètre transversal est beau- 
coup plus grand que l'antéro-postérieur. Les écailles de la queue sont générale- 
ment semblables par leur figure et leurs dimensions à celles du corps ; seulement 
celles de la portion terminale sont beaucoup plus alongées : en outre, la face infé- 
rieure est recouverte dans sa première portion de bandes écailleuses d une seule 
pièce, et qui, très-larges et très-étroites, ressemblent aux plaques ventrales d'un 
grand nombre de serpens. Les écailles du cou et de la tête ne diffèrent guère de 
celles du corps que par leur petitesse. Il en est de même de presque toutes celles 
des membres; toutefois celles des doigts sont quadrilatères, et celles de la plante 
et de la paume, les plus petites de toutes , sont à peu près circulaires. Enfin les 
écailles de la mâchoire inférieure , celles du dessus de la tête , et sur-tout celles qui 
se trouvent placées entre les yeux, sont très-grandes; les unes sont carrées , d'autres 
irrégulièrement quadrilatères, et d'autres enfin de forme triangulaire. 

Le système de coloration de cette espèce est assez remarquable ; le dessus du 
corps est d'un jaune très-brillant, tirant sur le brun olivâtre, et la queue est irrégu- 
lièrement variée de jaune et de noir : on remarque également quelques écailles 
noires semées de distance en distance sur le dos et principalement sur la partie 
qui avoisine la queue. La gorge, la poitrine, le ventre, le dessous de la queue, 
les membres dans leur presque totalité, sont blanchâtres; et la tête est en partie de 
cette dernière couleur, en partie d'un bleuâtre clair. Enfin, et ces derniers carac- 
tères sont très-importans pour la distinction de l'espèce, il existe sur les côtés de 
la tête, du corps et de la queue, une bande blanche dont la disposition est assez 

(i) Ce caractère est important à remarquer; car Oppel caractérise ainsi: Corpus cylindriann , elongatum, cauda 
fait du Scincus Schneiderii le type d'une section qu'il corpore longior; ce qui est inexact. 



38 



DESCRIPTION DES REPTILES. 



remarquable : elle commence au-dessous de 1 œil , à l'angle de la commissure des 
lèvres, passe sur le trou auditif, se prolonge sur les côtés du cou et sur les flancs 
jusqu'à l'insertion du membre postérieur, et se continue ensuite, mais en devenant 
de moins en moins apparente, sur presque toute la longueur de la queue. Cette 
ligne, que nous avons dit passer sur le trou auditif, recouvre même en partie cet 
orifice par des dentelures saillantes dont le nombre est de quatre, quoique quelques 
auteurs en aient décrit trois seulement, sans doute pour n'avoir pas aperçu l'une 
d'elles, l'inférieure, qui est quelquefois très-peu visible. La bande blanche latérale 
que nous venons de décrire est placée entre deux autres bandes longitudinales 
plus larges qu'elle-même, mais moins prononcées : l'inférieure, peu distincte, est 
d'un bleuâtre clair ; elle commence sur la lèvre inférieure , un peu en avant de 
l'angle de la commissure, et s'étend jusqu'à l'insertion du membre postérieur : la 
supérieure , d'un bleu plus foncé , est beaucoup plus distincte et beaucoup plus 
longue ; car, très-large et très-apparente sur les flancs , elle peut être suivie , en 
arrière, sur toute la première moitié de la queue, et, en avant, jusqu'à la partie 
antérieure de la lèvre supérieure. 

S. VIII. 
LE SCINQUE PAVÉ (i) 

( Reptiles, planche 4> %• 4 ) 
ET LE SCINQUE OCELLÉ (2) 

( planche 5 , fig. 1 ) . 

Ces deux scinques présentant généralement tous les mêmes caractères que le 
précédent, il nous suffira presque d'indiquer leurs dimensions et leurs couleurs. 

Le Scinque pavé [ Scincus pavimentatus , Nob. ] appartient à la deuxième section 
de Daudin, ou à celle des scinques rayés de blanchâtre; et il doit être consi- 
déré comme voisin des espèces que ce zoologiste a désignées sous les noms d'octo- 
lineatus et de melanurus. Il se rapproche, en effet, de l'un et de l'autre par les pro- 
portions de son corps et de sa queue et par son système de coloration ; mais sa 
taille est beaucoup plus considérable. 

L'individu qui a servi de type à la figure avoit treize pouces environ du bout 
du museau à l'extrémité de la queue, celle-ci formant un peu moins des deux 
tiers de la longueur totale, et l'intervalle qui sépare le membre antérieur du 
postérieur étant de trois pouces. Les pattes de devant ont un pouce un quart; et 
celles de derrière, un pouce trois quarts : le corps est généralement beaucoup plus 
grêle que chez le Scinque Schneider ; le grand doigt de la patte postérieure est plus 
long, et les ongles sont aussi plus grands et plus acérés. Les écailles sont géné- 
ralement de même forme que dans l'espèce précédente; mais tout le dessous de la 

(1) Figuré dans l'Atlas sous le nom à'Anolis pavé. (2) Figuré dans PAtlas sous le nom d'Anolis marbré. 

tête, 



LES SCINQUES. PL. 4 ET 5. I ;> g 

tête, et non pas seulement, comme chez celle-ci, la partie comprise entre les deux 
branches de la mâchoire inférieure, est couvert de plaques de largeur et de forme 
variables. Quatre dentelures placées en avant du trou auditif, qu'elles recouvrent 
en partie , rapprochent encore le Scinque pavé du Scinque Schneider. 

Sous le rapport de ses couleurs, le corps est en dessous d'un jaune blanchâtre, 
et en dessus d'un brun assez pur, sur lequel on remarque neuf ou dix raies 
blanches, s'étendant généralement depuis la partie antérieure du cou jusque sur 
la moitié de la queue. Ces raies ou lignes longitudinales sont formées par une 
suite de petites taches quadrilatères que présentent vers leur partie moyenne 
presque toutes les écailles du dos : ces lignes, parallèles entre elles et parfaitement 
régulières, se trouvent d'ailleurs interrompues en plusieurs points, parce qu'il 
existe aussi sur leur trajet quelques écailles entièrement brunes. Le système de 
coloration de la queue est le même que celui du corps, avec cette différence, que 
les écailles brunes deviennent beaucoup plus nombreuses, et les taches blanches 
beaucoup plus petites et beaucoup moins nettes, et que vers son extrémité l'on 
aperçoit à peine quelques vestiges des raies longitudinales. 

Les membres, d'un jaune blanchâtre à leur face interne, ont leur côté externe 
brun avec quelques petites taches disposées en lignes longitudinales : les parties 
latérales de la tête en présentent aussi quelques-unes; mais celles-ci sont peu visibles 
et distribuées assez irrégulièrement. On aperçoit au contraire très-distinctement 
suri la partie inférieure des flancs, blanchâtres comme le ventre, une ligne brune 
qui s'étend de l'insertion du membre antérieur à celle du postérieur. 

Le Scinque pavé est, comme on le voit, remarquable par son système de colora- 
tion, et peut être placé au nombre des plus belles espèces du genre. 

Le Scinque ocellé [Scincus ocellatus], type de la quatrième section de Daudin 
( les ocellés ), nous présentera un système de coloration très-différent, mais peut- 
être plus remarquable encore. 

Ce scinque, décrit sous le nom d'ocellé dans {'Histoire des reptiles de M. Latreille, 
dans celle de Daudin et dans celle de Merrem, a été mentionné par Forskael dans 
son ouvrage sur les Animaux du Levant. Ce voyageur l'a même caractérisé avec 
assez d'exactitude par la phrase suivante : 

Longitudo totius animalis , spithamalis : crassities digiti. Corpus nitidissimum , squa- 
mosum , dépression ; subtîis album , imbricatum ; supra griseo-virescens ; ocellis subrotundis, 
radio fus cis , disco albo , rectangulo. Pedes teretes, brèves , sine verrucis. Digiti J-j. 

Forskael ajoute ensuite que cette jolie espèce vit près des maisons, et qu'elle est 
désignée par les Arabes sous le nom de sehlie. Nous n'ajouterons que peu de détails 
à ceux que donne le naturaliste Suédois. 

La queue forme, chez le Scinque ocellé, seulement la moitié de la longueur 
totale; et comme le cou n'est guère plus long que dans les espèces précédentes, 
il suit de cette proportion que l'intervalle qui sépare les membres postérieurs des 
antérieurs est beaucoup plus considérable que chez celles-ci. La queue est assez 
épaisse dans presque toute sa longueur, et c'est seulement dans son dernier quart 

H. N. TOME I.«, i.« partie. T 



I 40 DESCRIPTION DES REPTILES. 

qu'elle devient véritablement grêle. Les pattes sont très-courtes : les antérieures 
n'ont guère que neuf lignes de long, et les postérieures, onze lignes. On n'aperçoit 
point de dentelures au-devant du trou auditif; caractère que nous avions trouvé 
également chez le Scincus Schneideriitx. chez le Scincus pavimentatus. 

La queue présente environ trente bandes transversales noirâtres , sur lesquelles 
on distingue plusieurs taches blanches de forme ovale , et dont le plus grand 
diamètre est l'antéro-postérieur : ce sont ces taches blanches, placées sur un fond 
noir ou noirâtre, qu'on a comparées à des yeux, et qui ont fait donner à l'animal 
le nom d'ocellé \ocellatus\. Les bandes du tronc sont à peu près en même nombre 
que celles de la queue; mais elles diffèrent de celles-ci, en ce qu'elles ne se pro- 
longent pas aussi bas sur les parties latérales : de plus, tandis que toutes les bandes 
caudales sont perpendiculaires à Taxe du corps et parallèles entre elles, celles du 
tronc sont, pour la plupart, très-obliques, soit d'avant en arrière, soit d'arrière en 
avant. Le dessous du corps et de la queue est blanchâtre; et les membres, de cette 
même couleur à leur face externe, ont, en dehors, de petites bandes transversales, 
semblables pour leurs couleurs à celles du corps. 

§• IX. 
L'ÉRYX DE LA THÉBAÏDE 

( Reptiles, pi. 6, ftg. i ) 
ET L'ÉRYX DU DELTA 

( planche 6, fig. 2 ). 

Daudin a établi sous le nom d'Eryx un genre d'ophidiens principalement carac- 
térisé par la forme obtuse et la brièveté de la queue, par le peu de largeur des 
plaques transversales du dessous du corps, et par la disposition des bandes sous- 
caudales, qui sont toutes d'une seule pièce. Ce genre, voisin à plusieurs égards 
du groupe des orvets et de celui des boas, mais bien distinct de l'un et de l'autre, 
méritoit d'être adopté ; et il l'a été en effet par presque tous les auteurs qui ont 
écrit depuis Daudin, et particulièrement par M. Cuvier. Seulement, tandis que 
Daudin avoit placé les éryx près des orvets et très-loin des boas, M. Cuvier, sans 
les écarter beaucoup des anguis, les a considérés comme liés par ïes rapports les 
plus intimes avec les boas, et les a même placés parmi ces derniers, en les distin- 
guant seulement comme sous-genre. 

Les espèces qui composent le genre Eryx dans l'état présent de la science sont 
encore très -obscures. Daudin, dans son Histoire des reptiles, en a décrit onze: 
mais il s'en faut bien que les auteurs modernes les aient admises toutes comme 
bien établies ; plusieurs sont purement nominales, et quelques-unes sont même 
des doubles emplois d'ophidiens de genres différens. Aussi l'histoire des éryx est- 



LES ÉRYX. PL. 6. i ^ \ 

elle encore à faire dans l'état présent de ia science (i); et c'est ce qui nous oblige 
à ne donner ici qu'une simple description de ceux qui se trouvent figurés dans 
l'Atlas, sans rechercher jusqu'à quel point ils peuvent être considérés comme 
différens du couleuvrin et du javelot, qui habitent tous deux l'Egypte. Possédant 
trop peu de matériaux pour qu'il nous soit possible de résoudre cette question 
d'une manière certaine, nous croyons devoir nous borner ici à exprimer nos 
doutes, sans nous exposer à embarrasser de quelques noms de plus une des parties 
les plus difficiles de la science herpétologique. 

L'espèce figurée sous le nom d'Eryx de la Thébaïde a deux pieds du bout du 
museau à l'anus , et un pouce neuf lignes de l'anus à l'extrémité de la queue : 
celle-ci forme donc environ le quinzième de la longueur totale. Le corps, qui 
est à peu près de la grosseur du pouce, et la tête, sont un peu déprimés, et la 
queue est également aplatie à sa base, le reste de sa longueur étant au contraire 
arrondi et représentant un petit cône. La tête est en dessus comme en dessous 
presque entièrement recouverte de petites écailles : on ne voit de plaques un peu 
larges qu'entre les narines, au-dessous des yeux et le long de la commissure des 
lèvres, principalement à la mâchoire supérieure et sur la ligne médiane. Les bandes 
écailleuses du dessous du corps commencent très-près de la tête : les quatre ou 
cinq premières sont très-petites et très-peu différentes des écailles ordinaires, et il 
est même assez difficile d'assigner avec précision à partir de quel point on doit 
commencer à compter les plaques ; en sorte qu'il entre nécessairement un peu 
d'arbitraire dans les nombres qu'on pourroit donner comme caractéristiques à 
l'égard de cette espèce. Au reste, il ne peut y avoir de difficulté que pour les 
premières bandes : les autres, quoiqu'assez étroites, comme chez tous les éryx, sont 
très-distinctes, et ont généralement quatre à cinq lignes, suivant leur diamètre 
transverse , et une ligne et demie d'avant en arrière : seulement celles qui avoi- 
sinent l'anus deviennent un peu plus étroites, et prennent ainsi quelque ressem- 
blance avec les premières caudales. Il suit de la forme de la queue que ces bandes 
doivent être d'autant plus petites qu'elles sont plus rapprochées de sa terminaison; 
et c'est ce qui a lieu en effet. Les dernières caudales reprennent les mêmes dimen- 
sions que nous présentoient les premières cervicales; ce qui n'empêche pas, du 
reste, qu'on ne puisse les compter très -facilement. Leur nombre est de vingt- 
trois, comme chez ÏEryx jacidus , et l'on pourroit admettre également que le 
nombre de celles du corps est de cent quatre-vingt-six, comme chez ce dernier, 
en négligeant quelques-unes des cervicales, presque semblables, comme nous 
l'avons remarqué , aux écailles ordinaires. 

Quant à ses couleurs, l'Éryx de la Thébaïde a le dessous du corps blanchâtre, 
et le dessus généralement noirâtre, avec de petites taches blanchâtres assez étroites, 
placées pour la plupart à sept ou huit lignes les unes des autres : plusieurs d'entre 
elles forment des lignes irrégulières, longitudinales ou obliques; quelques-unes, des 

(i) On peut dire même que de toutes les espèces du c'est celle qu'Olivier a décrite et figurée sous le nom de 
genre une seule est connue d'une manière satisfaisante : Boa turk dans l'histoire de son voyage en Orient. 
H.N. TOME If, i. re partie. T 2 



l42 DESCRIPTION DES REPTILES. 

bandes transversales. La tête est uniformément noirâtre en dessous , avec les parties 
latérales blanchâtres. Les taches de la queue sont beaucoup plus rapprochées les 
unes des autres que celles des autres régions : sa partie inférieure est de même 
couleur que celle du corps ; seulement son extrémité est , sur l'étendue de deux 
lignes , noire en dessous comme en dessus. 



L'Eryx du Delta est d'un quart environ plus petit que l'espèce précédente; il a un 
pied et demi du museau à l'anus, et un pouce et demi de l'anus à l'extrémité de 
la queue, qui se trouve ainsi proportionnellement plus longue que chez l'Eryx de 
la Thébaïde : elle est aussi beaucoup plus obtuse ; en sorte que son extrémité, grosse 
et arrondie, ne peut nullement, comme chez ce dernier, être comparée au sommet 
d'un cône. Ces différences de forme et de proportion de la queue pourroient 
faire conjecturer par analogie que les bandes caudales doivent être chez l'Eryx du 
Delta et plus nombreuses et plus larges que chez l'Eryx de la Thébaïde. C'est 
précisément le contraire qui a lieu; car, d'une part, il n'en existe que vingt, et, 
de l'autre, les dernières sont si étroites, qu'elles représentent de petits hexagones 
réguliers ou même de petits cercles, et qu'elles surpassent à peine en grandeur les 
écailles ordinaires. 

Quant aux plaques du dessous du corps , moindres proportionnellement que 
chez l'Eryx de la Thébaïde, elles sont au contraire plus nombreuses : on en trouve 
environ six de plus, soit que l'on compte les premières cervicales, soit qu'on ne 
les veuille considérer que comme de simples écailles ordinaires; car la même diffi- 
culté existe à l'égard des deux espèces , et l'on éprouve pour l'une et pour l'autre 
la même indécision. Enfin toute la partie antérieure de la tête est couverte de 
plaques de forme et de dimension variables; toutes sont d'ailleurs assez petites, à 
l'exception de celles qui, placées sur la ligne médiane, couvrent le devant de 
la mâchoire supérieure. 

Les couleurs de cette espèce sont les mêmes que celles de la précédente; 
mais les taches blanchâtres, presque toutes transversales, sont plus rapprochées 
les unes des autres, plus nombreuses et en même temps plus régulières. Les flancs 
sont généralement couverts d'écaillés blanchâtres ; mais on remarque de distance 
en distance quelques écailles noires disposées par petits groupes. La queue pré- 
sente une disposition de couleurs assez remarquable : les taches blanchâtres de 
cette partie ne sont pas transversales, mais longitudinales, et elles se continuent 
les unes avec les autres, de manière à former sur la face supérieure une seule 
ligne blanche. Du reste, les parties latérales sont noirâtres; et l'on remarque aussi 
quelques écailles noires sur la face inférieure. La tête est généralement brune, 
à l'exception de la région comprise entre l'œil et la partie postérieure de la com- 
missure des lèvres. 



LES COULEUVRES. PL. 7 ET 8. \ ^7 

s. x. 

LES COULEUVRES 

( Reptiles, pi. 7, fig. 2, et pi. 8, fig. 1 et i', 2 et 2', 3 et 3', 4 et 4' )• 

Sous le rapport de leur distribution géographique à la surface du globe, tous 
les genres , sur quelque type classique qu'ils soient établis, peuvent être rapportés 
à deux sections : ceux dont les espèces sont rassemblées et pour ainsi dire confinées 
toutes dans une seule région, et ceux qui se trouvent au contraire répandus et 
comme disséminés dans toutes les parties du monde et sous toutes les latitudes. 
Sous un autre point de vue , les animaux ont aussi été partagés en deux tribus : les 
uns désignés par les mots de normaux ou ordinaires , et les autres , d'anomaux ou 
extraordinaires ; mots dont on saisit facilement le sens, quoiqu'ils paroissent un peu 
vagues et qu'ils soient très-inexacts. En effet, ces formes que le naturaliste appelle 
anomales, et le vulgaire monstrueuses, n'ont en elles-mêmes rien d'anomal ni de 
monstrueux : elles sont seulement insolites pour nous ; et si nous les trouvons ano- 
males, c'est parce que nous voulons leur appliquer des lois , résultats d'observations 
trop circonscrites ; si nous les trouvons extraordinaires , c'est seulement par rapport 
à l'ordre que nous avons journellement sous les yeux, c'est parce que nous pensons 
et nous agissons toujours sous l'empire des préjugés. Les premiers chevaux trans- 
portés dans le nouveau monde firent l'étonnement comme la terreur des Amé- 
ricains ; et un naturel de la Nouvelle-Hollande regarderoit comme monstrueux 
la plupart de nos mammifères, par comparaison avec ceux qu'il a l'habitude de 
voir journellement, et qui sont à ses yeux les véritables êtres normaux, tels 
que les kanguroos, le phascolome, les échidnés, et cet ornithorhynque que les 
savans Européens , presque d'un accord unanime , ont nommé paradoxal. Et cepen- 
dant les ornithorhynques, comme les animaux de notre pays, ne sont en eux- 
mêmes ni anomaux ni irréguliers; car ils sont ce qu'ils doivent être, par rapport 
aux lois et à l'ordre de la nature, dans ce grand ensemble où régnent par-tout, 
suivant une expression célèbre de Leibnitz , la variété dans l'unité, et l'unité 
dans la variété. 

On conçoit, par ce qui précède, que les deux divisions que nous avons indi- 
quées doivent en grande partie se correspondre : les genres répandus sur toute la 
surface du globe seront par-tout considérés comme normaux ; ceux qui se trouvent 
confinés dans une seule région et qui n'ont pas d'analogues dans les autres 
contrées seront les anomaux. C'est ainsi que les anciens appeloient l'Afrique 
la patrie des monstres \_patrîa monstrorum ], parce que cette partie du monde que 
traverse la zone torride contient un grand nombre de genres qui n'ont pas leurs 
analogues en Europe : tels sont parmi les mammifères les rhinocéros, les hippo- 
potames et les éléphans. 



l44 DESCRIPTION DES REPTILES. 

Au reste, il est à remarquer que ces genres, de même que la plupart de ceux 
qui appartiennent en propre aune région quelconque, tels, par exemple, que les 
bradypes ou paresseux, les cochons d'Inde, les agoutis, les pacas, ks lagothriches, 
pour l'Amérique, et les pangolins, les hyènes, les mégadermes, les orangs, les 
gibbons et une foule d'autres pour l'ancien monde , sont peu nombreux en 
espèces; tandis que les genres cosmopolites en renferment presque tous une mul- 
titude, comme ceux des vespertilions, des musaraignes, des chats, des chiens, 
des écureuils, des lièvres et des cerfs. Cependant le genre Tapir et le genre Laman- 
tin, qui existent à-la-fois dans les deux continens, ne comptent que deux ou trois 
espèces; et réciproquement on trouve dans la seule Amérique une multitude 
d'atèles, de sajous, de phyllostomes, de didelphes, &c, de même que l'ancien 
monde possède beaucoup de semnopithèques et de guenons. Quelque chose 
d'analogue a également lieu dans l'Australasie, où l'on connoît déjà plus de douze 
kanguroos; nombre qui sera peut-être même porté au double, lorsqu'on aura visité 
l'intérieur de la Nouvelle-Hollande, contrée aussi vaste que l'Europe entière, et 
dont le littoral est à peine connu en quelques points. Il semble que la nature, en 
créant un si grand nombre d'animaux établis sur le même plan d'organisation , ait 
voulu nous montrer, dans son inépuisable richesse, combien de variations secon- 
daires peuvent se grouper sur un même type primitif. 

Ce que nous venons de dire à l'égard des mammifères est également vrai de 
toutes les autres classes d'animaux. L'Amérique, par exemple, possède en propre 
des genres d'oiseaux qui ne comptent que quelques espèces , tels que les genres 
Hocco , Pénélope , &c. , et d'autres qui en renferment une multitude , tels que les 
tangaras, les manakins, les oiseaux-mouches et les carouges : mais ces genres sont, 
comme chez les mammifères, moins nombreux encore que ceux qui sont cosmo- 
polites, comme les pies-grièches , les merles, les fauvettes, les gobe-mouches, les 
moineaux, les pigeons, les pluviers, les hérons, les canards, et plusieurs autres 
groupes dont les espèces sont presque innombrables. 

Enfin la même chose a également lieu parmi les reptiles de tous les ordres ; et 
le genre Couleuvre, celui de tous qui se trouve le plus généralement répandu sur 
la surface du gîobe, est aussi celui de tous qui renferme le plus grand nombre 
d'espèces. Après avoir séparé des véritables coluber, les vipères, les pythons, &c. , 
Daudin a encore trouvé près de cent soixante-et-dix espèces dans ce groupe très- 
naturel. A la vérité, plusieurs de celles indiquées dans X Histoire des reptiles sont 
purement nominales, et doivent être retranchées du Systema; mais aussi combien 
d'autres, seulement découvertes depuis le commencement de ce siècle, n'ont pu 
être indiquées dans l'ouvrage de Daudin, publié en 1802! et combien même, 
parmi celles déjà connues dès cette époque, ont été omises par cet auteur! 

Cinq couleuvres, très-différentes par leur taille, leurs proportions et leurs 
couleurs, ont été figurées dans l'Atlas ; nous les décrirons successivement, en 
commençant par celles que leurs formes plus sveltes et plus gracieuses éloignent 
davantage de la plupart des vipères. 



LES COULEUVRES. PL. 7 ET 8. \Ac 

LA COULEUVRE OREILLARD 

( planche 8, fig, 4 et 4' )• 

Nous avons examiné deux individus de cette espèce : l'un d'eux avoit un pied 
onze pouces du bout du museau à l'anus, et dix pouces trois quarts de l'anus à 
l'extrémité de la queue; l'autre, un peu plus grand, avoit deux pieds deux pouces 
et quelques lignes jusqu'à l'anus, sa queue mesurant un peu moins d'un pied. La 
longueur totale du premier étoit donc de deux pieds neuf pouces trois quarts, et 
celle du second, de trois pieds deux pouces. Le nombre des plaques du dessous 
du corps étoit presque exactement le même chez tous deux; le plus petit individu 
en avoit cent soixante-une, et le plus grand, cent soixante-deux : quant aux caudales, 
on en comptoit de chaque côté cent onze chez l'un et chez l'autre. Le dessus de la 
tête présentoit neuf grandes plaques, dont la forme et la grandeur ont été parfaite- 
ment rendues par la figure 4' , et qu'il est par conséquent inutile de décrire ici : de 
plus, les côtés de la face étoient couverts de larges écailles irrégulièrement quadri- 
latères. Celles de la mâchoire inférieure étoient généralement de même forme : 
seulement on voyoit de chaque côté deux plaques longues et étroites placées lune 
à la suite de l'autre et, distinctes de leurs congénères par un sillon correspondant 
à la ligne médiane. La fin de ce sillon, aussi éloignée de la symphyse de la mâchoire 
que de la première des plaques du dessous du corps, n'étoit séparée de celle-ci 
que par trois écailles, dont deux sont plus longues que larges, et dont la troisième, 
à peu près carrée, commence à prendre la forme des plaques. 

Dans cette espèce , le corps et sur-tout la queue sont proportionnellement 
très-grêles : le diamètre du corps surpasse à peine un demi-pouce dans l'endroit où 
il est le plus considérable, c'est-à-dire, vers la partie moyenne de l'animal; et la 
queue, qui n'a que neuf lignes de circonférence à son origine, et cinq vers le milieu 
de sa longueur, est encore beaucoup plus grêle dans sa portion terminale. 

La Couleuvre oreillard est très-remarquable par son système de coloration. Une 
ligne longitudinale, blanche, très-fine et très-étroite, placée sur la ligne médiane, 
commence quelques pouces au-delà de l'occiput, et disparoît peu à peu vers l'ori- 
gine de la queue. Une autre, de même couleur, mais beaucoup plus large, occupe 
la partie supérieure des flancs : très-prononcée sur une grande partie de sa longueur, 
elle l'est beaucoup moins vers ses extrémités; ce qui n'empêche pas qu'on ne puisse 
la suivre assez facilement en avant jusqu'auprès de l'occiput, et en arrière jus- 
qu'à la région moyenne de la queue : il est à ajouter que, dans la portion de son 
'trajet où elle est le plus large, elle est bornée à son bord supérieur par une petite 
ligne noire qui contribue encore à la rendre plus distincte. Le reste du dos et des 
flancs est couvert d'écaillés verdâtres dont l'extrémité inférieure est noire; ce qui 
forme sur le dos une multitude de petites taches noires irrégulières , et sur les 
flancs trois séries de points noirs disposés en quinconce. Le dessus de la tête 
est généralement brunâtre avec de petites lignes longitudinales dans la région 



I 4:6 DESCRIPTION DES REPTILES. 

antérieure de la face et vers la commissure des lèvres , et d'autres transversales 
devant et derrière l'œil et sur la partie postérieure des côtés de la tête : ces lignes 
sont, comme les bandes latérales du corps, blanches avec un liséré noir. Telle est 
la disposition assez compliquée des couleurs sur les parties supérieures : les 
inférieures sont uniformément blanchâtres. 

Cette description a été faite sur le plus petit des individus que nous avons 
examinés; l'autre nous a présenté quelques différences, dont la seule remarquable 
consistoit dans l'absence presque totale de la ligne médiane du dos. 

LA COULEUVRE A BOUQUETS 

( planche 8 , fig. 2 et 2' ). 

Nous avons examiné un grand nombre d'individus de cette espèce, ou du moins 
un grand nombre d'individus semblables par leurs couleurs à celui qui a servi de 
type à la figure : nous avons trouvé chez la plupart d'entre eux deux cent dix-neuf 
plaques sous le corps, et, de chaque côté, quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-onze 
sous la queue; mais il en est aussi quelques-uns qui nous ont présenté dix ou onze 
bandes abdominales de moins. La Couleuvre à bouquets nous a offert également 
quelques variations sous le rapport de la taille ; en effet, la longueur totale, qui est 
de deux pieds et demi chez quelques sujets, n'est chez quelques autres que de 
deux pieds ou même un pied onze pouces. Du reste, les plaques de la tête ont 
toujours la même disposition et la même forme générale; en sorte que nous ne 
saurions mieux faire, pour en donner une idée exacte, que de renvoyer à la figure 2'. 
A ce caractère, qui est, comme on le voit, assez constant, on peut en joindre un 
autre tiré de la forme des écailles qui séparent les plaques longitudinales du dessous 
de la tête, des premières bandes du dessous du corps. Ces écailles, très-nom- 
breuses, très-petites, très-étroites , et par conséquent très -différentes de celles que 
nous avons décrites chez le Coluber auritus , forment sous la partie postérieure 
du crâne quatre ou cinq rangées transversales irrégulières. 

Cette couleuvre a le corps assez mince : la queue, qui forme toujours un peu 
moins du quart de la longueur totale, est également assez grêle, mais moins que 
dans l'espèce précédente. Elle diffère d'ailleurs principalement de celle-ci par ses 
couleurs: au lieu de lignes longitudinales, elle présente seulement, sur un fond 
brun-verdâtre , de petites raies transversales, noirâtres, très-rapprochées les unes 
des autres et très-nombreuses, principalement dans la région moyenne du corps. 
Ces raies sont généralement perpendiculaires à l'axe du corps et très -régulières 
sur le dos ; mais elles deviennent un peu obliques et en même temps un peu 
irrégulières sur les flancs. La tête est d'un brunâtre uniforme. Tel est le système 
de coloration des parties supérieures : les inférieures sont entièrement blanchâtres, 
à l'exception de la région antérieure et sur- tout de la région moyenne du corps, 
où l'on voit à chacune des extrémités des plaques abdominales une petite tache 
noire plus ou moins prononcée. 

LA 



LES COULEUVRES. PL. 7 ET 8. \ An 

LA COULEUVRE AUX RAIES PARALLELES 

( planche 8 , fig. 1 et 1 ' ) . 

L'individu qui a servi de type à la figure avoit environ deux pieds huit pouces 
depuis le bout du museau jusqu'à l'anus, et sept pouces de l'anus à l'extrémité de la 
queue : notre description est faite d'après un sujet dont les proportions sont les 
mêmes, mais dont la taille est beaucoup moins considérable, sa longueur totale 
étant seulement de deux pieds sept pouces et demi. Nous avons compté chez 
celui-ci deux cent quarante-quatre plaques sous le corps, et, de chaque côté, 
soixante-et-onze sous la queue. Les unes et les autres sont généralement de même 
forme que chez les autres couleuvres ; mais celles du dessus de la tête présentent 
quelques différences que la figure 1 ' exprime parfaitement. Les grandes écailles 
longitudinales du dessous de la tête sont séparées de la première des bandes infé- 
rieures du corps par d'autres petites écailles semblables par leur forme générale 
et leur disposition à celles que nous avons décrites chez la Couleuvre à bouquets, 
mais moins nombreuses et composant seulement trois rangées. 

Le système de coloration de cette espèce est assez remarquable. Les parties 
supérieures présentent sur un fond vert-brunâtre un grand nombre de taches 
noires de forme alongée. Ces taches, qui paroissent composées de plusieurs lignes 
placées les unes au-dessus des autres et parallèles entre elles, sont assez écartées les 
unes des autres, mais aussi assez étendues : elles sont disposées en trois séries 
longitudinales, dont l'une, celle qui se trouve composée des plus grandes taches, 
occupe la ligne .médiane, et dont les deux autres sont placées latéralement, l'une 
à droite, l'autre à gauche. La tête est généralement verdâtre ; mais on remarque 
en arrière de ïœil une tache dirigée obliquement en bas et dont la forme est 
assez irrégulière. Les parties inférieures sont blanchâtres ; seulement un grand 
nombre de plaques abdominales présentent sur la ligne médiane un petit trait 
noirâtre qui se continue en avant avec celui de la plaque précédente, en arrière 
avec celui de la suivante, et concourt ainsi à former une ligne longitudinale dont 
la disposition est assez remarquable. 

LA COULEUVRE MAILLÉE 

( planche 7, fig. 6 ). 

Nous avons compté chez cette couleuvre cent soixante-quatre plaques sous 
le corps, et, de chaque côté, environ quatre-vingt-cinq sous la queue : nous 
ne donnons ce dernier nombre que comme approximatif, parce que le prolon- 
gement caudal devient, dans cette espèce, si grêle vers son extrémité, qu'on 
a beaucoup de peine à apercevoir les sillons qui séparent les écailles de cette 

H.N. TOME I.", ..^partie. v 



I 4 8 DESCRIPTION DES REPTILES. 

région. La longueur de l'individu que nous avons examiné est de deux pieds 
cinq pouces, celle du corps étant d'un pied dix pouces, et celle de la queue de 
sept pouces. 

Les neuf plaques principales de la tête sont, comme chez les autres couleuvres 
que nous venons de décrire, disposées sur quatre rangées, dont la troisième est 
composée de trois plaques , et les autres de deux seulement. Les plus petites de 
ces plaques sont celles de la première rangée ou de la rangée antérieure ; les plus 
grandes, celles de la quatrième ou de la postérieure : celles de la troisième sont 
assez étroites , mais très-longues , et peuvent être considérées comme étant d'une 
grandeur moyenne. Ces proportions , et même la forme générale des plaques , 
rapprochent beaucoup la Couleuvre maillée d'une autre espèce Egyptienne , la 
Couleuvre oreillard, dont elle diffère au contraire d'une manière très -remar- 
quable par son système de coloration. En effet , au lieu de présenter , comme 
celle-ci, des lignes longitudinales, la Couleuvre maillée a seulement, sur un fond 
verdâtre, de petites taches noires, arrondies, bien isolées, et même le plus sou- 
vent très -écartées les unes des autres; de plus, les parties inférieures du corps, au 
lieu d'être blanches, sont noirâtres , et l'on y remarque seulement de très-petites 
taches blanchâtres, la plupart triangulaires, et dont la disposition est d'ailleurs 
assez irrégulière. Il est à ajouter que la région supérieure du corps est séparée de 
l'inférieure par deux lignes longitudinales , l'une noirâtre, l'autre blanche : celle-ci, 
formée d'une série de petites taches contiguës les unes aux autres , est beaucoup 
plus distincte que la noire, au-dessous de laquelle die se trouve placée, et peut 
être facilement suivie depuis l'occiput jusqu'au tiers postérieur de la queue. La 
tête est généralement de même couleur que le corps ; mais chacune des plaques 
des trois premières rangées présente une tache brunâtre de même forme qu'elle , 
et l'on remarque en avant et en arrière de l'œil , et sur les grandes écailles qui 
couvrent la lèvre supérieure , de petites lignes transversales blanches , dont les 
deux postérieures , très-obliques , se rencontrent de manière à former un peu en 
arrière de l'œil la figure d'un V renversé [ a ]• 

LA COULEUVRE A CAPUCHON 

( planche 8 , fig. 3 et 3' ). 

Cette jolie espèce, remarquable par la disposition très-gracieuse de ses couleurs, 
l'est également par la brièveté de sa queue. L'individu qui a servi de type à la figure 
avoit un pied du bout du museau à l'anus, et seulement deux pouces de l'anus à 
l'extrémité du prolongement caudal ; les plaques du dessous du corps , propor- 
tionnellement assez larges, étoient au nombre de près de cent soixante, et l'on 
comptoit sous la queue trente-six doubles bandes environ; les grandes écailles du 
dessus de la tête étoient en même nombre et à peu près de même forme que chez 
la plupart des couleuvres , comme on peut le voir par la figure 3 . 



LES COULEUVRES, PL. 7 ET 8. I^g 

Le nom de Couleuvre à capuchon a. été donné à cette espèce à cause d'une 
grande tache noirâtre qui couvre le dessus de sa tête depuis le bout du museau 
jusqu'à l'occiput. Le dos est généralement brunâtre ; mais il offre sur sa ligne 
médiane une grande série de taches arrondies d'une nuance beaucoup plus claire : 
ces taches, qui ont généralement trois lignes de diamètre, sont très-rapprochées 
les unes des autres, et les bandes noirâtres qui les séparent sont même à peine aussi 
larges qu'elles-mêmes. La région inférieure du corps est blanche; seulement on 
remarque de petites lignes noires disposées en série, vers l'union des plaques 
abdominales avec les écailles latérales voisines. 



Tels sont les principaux caractères des cinq couleuvres figurées dans l'Atlas. 
Il est facile, en comparant leurs proportions et les nombres très-divers de leurs 
plaques abdominales et caudales, ou même en se bornant à tenir compte des 
différences de coloration que présentent les parties supérieures et inférieures 
du corps, de reconnoître que ces cinq espèces sont bien distinctes et ne peuvent 
en aucune façon être confondues entre elles. Il est donc inutile , pour pré- 
venir quelque difficulté à cet égard , de rien ajouter à nos descriptions : au 
contraire, il est très-important d'examiner si les couleuvres dont nous venons de 
donner les caractères sont bien réellement distinctes de celles qui se trouvent 
déjà indiquées, soit dans les traités systématiques de Lacépède, de Daudin et de 
quelques autres naturalistes, soit dans les ouvrages des voyageurs qui ont parcouru 
plus anciennement l'Egypte et les régions voisines de l'Asie et de l'Afrique. Cet 
examen, que nous allons faire en comparant successivement les espèces que nous 
avons décrites avec toutes celles qui se rapprocheront d'elles à quelques égards, 
nous montrera si les noms qui ont été publiés dans l'Atlas, et que nous avons 
dû conserver provisoirement, devront être adoptés d'une manière définitive par 
les zoologistes. 

Les espèces anciennement décrites qui ont quelques rapports avec la Couleuvre 
oreillard sont au nombre de quatre , en négligeant celles que leur patrie ne permet 
pas de confondre avec celle-ci. Ces quatre sont, i.° le Coluber situla de Linné; 
2. la Couleuvre quatre raies de Lacépède; 3. la Couleuvre trois raies du même 
auteur; 4-° I e schokari de Forskael. Les trois premières, ayant l'une trois cent 
soixante-six bandes abdominales et quarante-cinq caudales, la seconde deux cent 
vingt abdominales et soixante-et-onze caudales, et la troisième cent soixante-neuf 
abdominales et cinquante- quatre caudales, se distinguent suffisamment par ce seul 
caractère. Quant à la Couleuvre schokari, trouvée par Forskael dans les montagnes 
de l'Yémen, elle se rapproche beaucoup plus de l'oreillard. Ses principaux carac- 
tères sont ainsi exprimés par le naturaliste Suédois : 

Longitudo sesquicubitahs : crassities digiti. Color supra fusco-c'mereus , vittâ utrinque 
duplici longitudinale albâ. In majoribus , in medio dorso (non autem juxta caput nec in 

H. N. TOME I.«, 1.» partie. V a 



I jO DESCRIPTION DES REPTILES. 

caudaj vitta parva conflata guttis albidis. Vitta superior alba, cinerea dimidio superiore ; 
prorsîis verb alba dimidio inferiore. Ad marginem ejus superior em estlinea angusta, nigra, 
longitudinalis , continua : ad inferiorem alia tenuior interrupta. Vitta inferior altéra tota 
nivea. Cauda duplo ferè brev'wr corpore. 

Presque tous ces caractères conviennent parfaitement à l'oreillard, et il en est 
de même de ceux que Forskael a tirés de la forme des plaques du dessus de la tête. 
Cependant il en est un, sans parler de quelques autres d'une moindre valeur, qui 
semble distinguer d'une manière très-précise le schokari de l'oreillard : c'est l'exis- 
tence , chez le premier, d'une double bande blanche longitudinale de chaque côté 
[ utrinque ]. Ce dernier mot ayant été omis dans la traduction que Daudin ( dans 
son Histoire des reptiles) a faite du passage que nous avons cité, la description du 
schokari telle que l'a donnée ce naturaliste pourroit faire regarder cette espèce 
et la Couleuvre oreillard comme identiques. La phrase de Forskael est, au con- 
traire, très-claire, et dit positivement qu'il existe de chaque côté chez la Couleuvre 
schokari deux bandes longitudinales très-distinctes : l'une supérieure , semblable à 
celle que nous avons décrite chez l'oreillard; l'autre inférieure, très -distincte, 
puisqu'elle est tout entière d'un blanc de neige [altéra tota nivea]. Celle-ci manque 
complètement dans notre espèce. Le nombre des plaques est aussi plus considé- 
rable chez le schokari que chez l'oreillard : Forskael a trouvé chez un individu 
cent quatre-vingt-trois bandes abdominales et cent quarante- quatre caudales, et 
chez un autre cent quatre vingts abdominales seulement et cent quatorze caudales; 
mais, ajoute-t-il, la queue de ce dernier avoit sans doute été mutilée. 

La Couleuvre à bouquets se rapproche à quelques égards du dhara de Forskael, 
du Coluber pethola de Linné et de la Couleuvre audacieuse de Daudin : mais le dhara 
a deux cent trente-cinq bandes abdominales et seulement quarante-huit caudales; 
ce qui ne permet pas de le confondre avec la Couleuvre à bouquets. La péthole, 
au contraire, a presque le même nombre de plaques transversales; mais elle se 
distingue très-nettement par ses couleurs. Enfin la Couleuvre audacieuse, voisine de 
la Couleuvre à bouquets par le nombre de ses plaques, par ses proportions et sa 
taille, et même par l'ensemble de son système de coloration, nous semble égale- 
ment s'éloigner de celle-ci à plusieurs égards. En effet, si la figure de Daudin est 
exacte, le Coluber audax n'a pas les bandes du dessous du corps blanches avec une 
tache noire à leur extrémité ; et ses taches transversales ont aussi une disposition 
un peu différente. 

Le dhara, que nous venons de comparer à la Couleuvre à bouquets, se rap- 
proche aussi un peu à d'autres égards de la Couleuvre à raies parallèles; mais il n'a 
point de taches, selon la description de Forskael [color supernè cupreo-cinerescens , 
immaculatus ) . 

Le Coluber tyna de Linné est indiqué dans le Systema natures de la manière sui- 
vante : Albidus ,macularum rhombearum fuscarum ordine triplici longitudinali ; scutis 210 , 
scutellis 83. Tous ces caractères, à l'exception de ce dernier, assez peu important, 
conviennent parfaitement à la Couleuvre aux raies parallèles ; et si nous avons 



LE SCYTHALE. PL. 8. jf j 

conservé ce dernier nom, c'est uniquement parce qu'une indication aussi courte 
et aussi incomplète que celle donnée par Linné ne peut servir de base à une déter- 
mination exacte, et que nous croyons devoir laisser dans le doute ce point obscur 
de la science, tant que nous n'aurons pas de matériaux assez nombreux pour qu'il 
nous soit possible d'émettre une opinion sans nous exposer à remplacer un doute 
par une erreur. 

La Couleuvre à raies parallèles a également de très-grands rapports avec le Co- 
luber guttatus , espèce établie avec doute par Forskael, et que M. de Lacépède a 
rapportée à la Couleuvre tyrie. 

La Couleuvre maillée a quelques rapports avec le Coluber domesticus , Lin. ; mais 
cette espèce, qui habite la Barbarie, a deux cent quarante-cinq bandes abdominales. 

Enfin la Couleuvre à capuchon , voisine à différens égards du Coluber latonia 
de Daudin et du Coluber scaber de Linné, se distinguera facilement de l'un et de 
l'autre par son système de coloration et par le nombre de ses plaques. 

Quant à la Couleuvre du Kaire, Coluber Cahirinus de Gmelin, il nous suffira 
de dire qu'elle n'est autre que le Coluber guttatus de Forskael. 

Il suit des détails dans lesquels nous venons d'entrer, i .° que l'espèce figurée dans 
l'Atlas sous le nom de Couleuvre à raies parallèles a les plus grands rapports avec 
le Coluber tyria, et qu'elle devra sans doute lui être rapportée; 2. que les autres 
espèces dont nous venons de donner la description paroissent différer de toutes 
celles qui sont connues jusqu'à ce jour, et devoir être admises par les natura- 
listes. Nous proposerons pour elles les noms de Coluber auritus , Coluber florulentus, 
Coluber insignitus et Coluber cucullatus , qui sont analogues à ceux de Couleuvre oreil- 
lard. Couleuvre à bouquets , Couleuvre maillée ( 1 ) et Couleuvre à capuchon , sous les- 
quels elles ont été figurées dans l'Atlas. 

§. XI. 
LE SCYTHALE DES PYRAMIDES (2) 

( Reptiles, planche 8 , fîg. 1 ). 

Le genre Scythale, assez anciennement proposé par M. Latreille, a été adopté 
par la plupart des herpétologistes, et nommément par Daudin et par MM. DumériJ, 
Cuvier et Merrem : mais le plus ancien de ces auteurs, Daudin, le seul qui se soit 
occupé avec quelque détail des espèces de ce groupe, n'avoit pas apporté à ce 
travail très -difficile cet esprit de doute et de critique éclairé si utile au naturaliste 
observateur, et si indispensable au compilateur; et l'histoire desScythales est encore 
à faire. M. Cuvier a montré que sur les cinq espèces décrites dans ï Histoire des 

(1) Cette espèce a reçu le nom de maillée, parce que les taches noires qui ornent son dos ont été comparées aux 
mailles des jeunes perdrix. 

(2) Figuré dans l'Atlas sous le nom de Vipère des pyramides, 



Ij2 DESCRIPTION DES REPTILES. 

reptiles deux appartiennent à une autre tribu d'ophidiens, deux ne peuvent être 
considérées que comme très-douteuses, et une seule se trouve établie sur des carac- 
tères réels -.cette dernière est le Scythale zigzag \Scy thaïe bizonatus\ t ou l'Horatta- 
pam de Russel , et le Boa horatta de Shaw. 

C'est tout près de ce scythale qu'on devra placer le serpent dont nous allons 
donner la description sous le nom de Scythale pyramidum : tous deux présentent 
absolument les mêmes caractères génériques; tous deux sont aussi, comme nous 
le verrons, très-voisins par leur taille, par leurs proportions, par le nombre de 
leurs bandes abdominales et caudales, et par leurs couleurs. 

Le Scythale des pyramides [J 9 >thale pyramidum , NûB.\ très -semblable aux 
vipères à divers égards, se distingue au premier aspect de celles-ci par les bandes 
sous -caudales, qui sont d'une seule pièce, comme les sous-abdominales; en sorte 
que, suivant la classification de Linné, il appartiendroit au genre Boa, et non au 
genre Coluber. Il diffère d'ailleurs des crotales par l'absence de ce qu'on a si impro- 
prement nommé chez ceux-ci la sonnette ou les grelots, et par celle des fossettes 
que l'on remarque derrière les narines dans ce groupe et dans quelques autres. La 
tête, large et très-renflée postérieurement, est presque entièrement couverte de 
petites écailles carénées, dont la forme est ovale, et qui sont très-semblables à celles 
du corps; on voit au contraire quelques plaques sur le pourtour de la commissure 
des lèvres, vers les narines, vers l'extrémité du museau, et, à la région inférieure 
de la tête, sur les bords d'un petit sillon qui s'étend de la symphyse de la mâchoire 
à la première bande abdominale. La queue, courte et très-grêle, finit en une pointe 
très-fine; l'anus est simple et ne présente rien de particulier. Enfin, pour compléter 
ce qui a rapport aux caractères génériques , nous nous sommes assurés que les cro- 
chets venimeux existent semblables à ceux des vipères. 

Le Scythale des pyramides est sujet à un grand nombre de variétés, comme 
nous avons pu le constater par la comparaison que nous avons faite de plus de 
trente individus. Quelques-uns d'entre eux avoient un pied et demi du bout du 
museau à l'anus , et deux pouces et demi de l'anus à l'extrémité du prolongement 
caudal; chez d'autres, le corps avoit seulement dix pouces et demi, et la queue un 
peu plus d'un pouce : mais la plupart avoient environ un pied et demi de lon- 
gueur totale. Le corps, généralement déprimé, avoit communément un pouce de 
tour près de la tête, un pouce et demi vers sa partie moyenne, et un pouce vers 
l'anus. La queue, de forme triangulaire et un peu comprimée, avoit neuf lignes 
de circonférence près de son origine, et seulement un demi-pouce dans son milieu : 
son extrémité , presque ronde, est très-amincie. 

Les bandes abdominales ne présentent rien de remarquable; mais la disposition 
des plaques qui environnent l'anus ne doit pas être oubliée : la partie antérieure 
de cet orifice en présente une très-grande qui le recouvre en entier, et quelques 
autres, très-petites, placées à droite et à gauche; enfin, en arrière, l'anus est ordi- 
nairement suivi par deux doubles bandes, dont la première est très-peu visible et 
très-étroite. Presque toutes les écailles du corps et delà queue sont, comme celles 



LE SCYTHALE. PL. 8. j c 3 

de ia tête, carénées et de forme ovale; mais celles qui composent la rangée la plus 
inférieure, de chaque côté, sont beaucoup plus larges et plus lisses. 

Le nombre des plaques qui couvrent la face inférieure du corps et de la queue 
est sujet à une multitude de variations : le plus grand de nos individus avoit ( en 
omettant celles dont nous avons parlé en décrivant le pourtour de l'anus ) cent 
soixante-et-dix-huit bandes sous-abdominales et trente-quatre sous-caudales ; deux 
autres individus, de taille moyenne, avoient, l'un cent quatre-vingt-deux abdo- 
minales et trente-deux sous -caudales, et l'autre, cent soixante -neuf abdominales 
seulement et trente-huit sous-caudales; enfin le plus petit de tous avoit cent quatre- 
vingt-trois des premières et trente-quatre des secondes. Ce dernier présentoit 
d'ailleurs une anomalie très-remarquable : plusieurs des bandes de la moitié ter- 
minale de la queue étoient formées de deux plaques, comme chez les vipères; 
et il existoit une bande semblablement divisée vers la partie antérieure de 
l'abdomen. 

Le Scy thaïe des pyramides se rapproche, par la plupart des caractères que nous 
venons d'indiquer, du Scythale zigzag : il a également quelques rapports avec 
cette espèce par la disposition de ses couleurs. La région supérieure du corps est 
généralement brune avec de petites bandes irrégulières, blanchâtres, composées 
pour la plupart d'une tache centrale arrondie, et de prolongemens plus étroits 
dirigés transversalement sur les flancs : quelquefois la partie centrale existe unique- 
ment; quelquefois il n'y a de prolongement que sur un côté du corps. On compte 
ordinairement de trente-six à quarante de ces bandes transversales depuis l'occiput 
jusqu'à l'anus; mais le plus petit de nos individus n'en présentoit que trente-deux. 
Le système de coloration de la queue est le même que celui du corps ; seulement 
les taches blanchâtres sont, dans la région caudale, plus rapprochées les unes des 
autres, plus arrondies et moins distinctes. La tête est, à sa partie supérieure, géné- 
ralement brunâtre, avec quelques petites lignes blanchâtres, très-étroites, très-irré- 
gulières et de direction très-variable. La gorge et une portion du bord des deux 
mâchoires sont de cette dernière couleur. Le dessous du corps et de la queue est 
généralement blanchâtre, avec quelques points noirs disposés de la manière suivante: 
chacune des plaques abdominales en présente cinq ou six, parmi lesquels un ou 
deux, très-peu prononcés, sont placés près de la ligne médiane, et les autres, 
beaucoup plus distincts, sont rejetés vers les flancs. Les points noirs des plaques 
caudales ont une disposition un peu différente, et sont moins nombreux : on n'en 
voit même chez quelques individus qu'une seule série placée sur la ligne médiane; 
ce qui pourroit faire supposer, si l'on n'examinoit les bandes de la queue que de 
loin ou sans beaucoup d'attention, l'existence de plaques divisées sur la ligne 
médiane. Cette erreur d'observation , dans laquelle il est très-facile de tomber, 
seroit très-grave; car, aux yeux de celui qui la commettroit, ce serpent seroit né- 
cessairement pris pour une vipère, et seroit ainsi rapporté à un groupe très- 
différent. 

Ce scythale n'est pas rare aux environs des pyramides ; le peuple de cette partie 



I j4 DESCRIPTION DES REPTILES. 

de l'Egypte connoît bien le danger de sa morsure, et le redoute beaucoup : on le 
trouve aussi quelquefois dans les lieux bas des habitations du Kaire ( i ). 



( i ) C'est le plus souvent au sujet de cette espèce que 
l'on a recours à une corporation , reste dégénéré des 
anciens psylles, sur laquelle il ne sera pas sans intérêt 
comme sans utilité de donner ici quelques détails. Ce 
qui suit est extrait des registres d'observations rédigés en 
Egypte par mon père. 

« Les psylles se sont perpétués en Egypte de père en fils; 
» ils y sont établis et s'y manifestent de trois manières : 

« i.° Ils figurent dans les fêtes et promenades reli- 
«gieuses, et en sont un des plus curieux ornemens : ils 
« portent l'émotion du peuple au plus haut degré d'éner- 
« gie, principalement à la fête consacrée à l'intronisation 
« du riche tapis destiné à la Mekke et que l'on promène 
«avec pompe dans les principales rues du Kaire. Les 
» psylles y paraissent presque nus , affectant des manières 
« d'insensés, et portant des besaces assez vastes, afin d'y 
«rassembler un plus grand nombre de serpens. Ils se 
» font un mérite d'avoir de ces animaux enlacés autour 
» d'eux, enveloppant leur cou, leurs bras et toutes, les 
« autres parties de leur corps. Pour exciter davantage 
» l'intérêt des spectateurs , ils se font piquer et déchirer 
« la poitrine et le ventre par les serpens , et réagissent 
«avec une sorte de fureur sur eux, affectant de les 
» manger tout crus. 

« 2° Dans les jours ordinaires, les plus pauvres d'entre 
« les psylles se dévouent au métier de bateleur dans les 
« carrefours et lieux très -fréquentés : ils emploient les 
«serpens de toutes les façons, variant tous leurs tours, 
« au moyen desquels ils espèrent exciter une extrême 
» surprise et jusqu'à de vifs sentimens de terreur. Le ser- 
» pent qu'ils préfèrent est le Coluber haje. 

» 3. Les psylles forment une corporation, se donnant 
» pour seuls capables d'appeler les serpens et d'en débar- 
rasser les habitations. Une de leurs idées fixes, c'est 
«qu'un Égyptien qui seroit établi au milieu d'eux et 
» qui chercheroit à imiter leurs procédés , s'il n'étoit pas 
«né d'un père psylle, ne parviendrait jamais à charmer 
« un serpent. 

« Les serpens se voient quelquefois dans les habita- 
«tions; ordinairement ils y demeurent cachés dans des 
» rez-de-chaussée obscurs et humides : mais, si l'humidité 
» de ces lieux bas est trop grande, et, de plus, si la ttfe- 
«pérature générale est moins élevée, ils gagnent les ap- 
« partemens supérieurs; et l'on est exposé, en rangeant les 
«meubles, à en rencontrer de blottis sous des tapis ou 
» des matelas. Les gens riches que tient la crainte des ser- 
» pens s'adressent aux psylles pour en préserver leurs mai- 
» sons : mais c'est le plus petit nombre qui agit ainsi par 
« prévoyance ; car une incurie naturelle au musulman 
« fait que celui-ci ne recourt aux psylles que quand quel- 
«ques serpens ont été aperçus, et qu'ils ont amené la 
« crainte dans le sein des familles. Cette grande indiffé- 
« rence avant ces momens décisifs provient aussi de ce 
«que les psylles sont peu nombreux, et qu'ils deviennent 



« très-exigeans quant à la quotité de leur salaire. Comme 
» ils sont payés selon leurs œuvres , c'est-à-dire , d'après 
« les résultats obtenus , ils apportent avec eux des ser- 
« pens qu'ils déposent avant de se montrer , ou bien ils 
« en envoient par leurs compères. On sait cela , et l'on se 
» défie d'eux ; mais leur habileté à cet égard est rarement 
« surprise en défaut. 

« Tout cela sera mieux compris par le récit de I'expé- 
» rience que voici. Le général en chef, auquel on avoit 
«parlé du savoir-faire de la corporation des psylles, or- 
» donne un jour qu'ils aient à opérer sous ses yeux. 
» N'ayant ni la volonté ni le temps de surveiller lui-même 
» le psylle , il me charge de ce soin. Le cheykh el-Mohdi 
« indique trois de ces psylles, et leur prescrit de se rendre 
>> où ils seront demandés. II falloit prendre les plus grandes 
« précautions pour n'être point trompé. Je vais chez l'un 
«d'eux que je choisis au hasard; je l'emmène sans qu'il 
«sache dans quelle maison : il y est déshabillé, et ses 
» habits sont visités. Rendu chez le général en chef, on 
« lui demande de prendre un serpent qu'on lui dit être 
» dans le rez-de-chaussée, et dont on veut absolument 
» débarrasser le palais. Mais s'il n'y en a point? répète 
» souvent le psylle. Les précautions prises et le caractère 
« imposant de ceux qui réclamoient ce service inquié- 
» toient cet Égyptien. Je parvins cependant par de la 
« douceur et le don de quelque monnoie à le rassurer. 
« On ne demande point l'impossible, lui dis-je : mais agis 
» comme si un serpent étoit réellement dans la maison ; 
« appelle-le, pour t'en saisir. 

«Notre psylle, devenu plus calme, se mit sérieuse- 
« ment à la besogne : le général en chef, une partie de 
«sa suite et moi, suivions et examinions attentivement. 
« Les lieux frais et humides furent explorés avec une 
» prédilection marquée : le psylle n'appeloit que là, parce 
« que c'étoit seulement dans ces lieux peu accessibles et 
» obscurs qu'il espéroit réussir. 

« Sa manière d'appeler étoit de contrefaire le sifflement 
« des serpens, tantôt celui plus sonore du mâle, et tantôt 
» celui plus étouffé de la femelle. Je ne tardai pas à m'a- 
» percevoir qu'il plaçoit sa confiance dans un appel ou 
« cri d'amour. L'habileté consistoit à bien contrefaire la 
«voix du serpent, et ce n'étoit effectivement qu'à cette 
« condition que le serpent devoit entrer en émoi et se dé- 
« terminer à quitter sa retraite. Beaucoup de silence étoit 
» recommandé. 

« Un serpent arriva après deux heures et un quart de 
«recherches; le général en chef avoit perdu patience et 
» s'étoit retiré. Je ne puis jamais oublier le cri de joie que 
» jeta le psylle , même avant de voir l'animal : il l'avoit 
« entendu répondre au cri d'amour. Auparavant il étoit 
«inquiet, soucieux, désolé; mais alors il se releva avec 
» fierté, cherchant à lire dans nos regards si nous avions 
» de lui l'opinion qu'il tenoit de ses aïeux un pouvoir plus 
« qu'humain. » 



S. xii. 



LA VIPÈRE CÉRASTE. PL. 6. I c j 

§. XII. 

LA VIPÈRE CÉRASTE 

(Reptiles, planche 6, fig. 3 ). 

Nous avons examiné trois individus de cette espèce, et tous trois nous ont 
présenté un nombre de bandes abdominales et caudales différent de ceux qu on 
trouve indiqués dans les auteurs : en effet, nous avons toujours compté, sous le 
corps, de cent quarante - deux à cent quarante -quatre plaques, en comprenant 
celle qui recouvre l'anus, et, sous la queue, de trente-une à trente-six paires. 

Les proportions indiquées par Daudin nous ont paru inexactes : suivant ce 
naturaliste, la queue d un individu de deux pieds, de long avoit près de cinq 
pouces, et formeroit ainsi environ la cinquième partie de la longueur totale. Or 
un des cérastes que nous avons examinés avoit un pied dix pouces et demi du 
bout du museau à l'anus, et seulement un peu plus de deux pouces et demi de 
l'anus à l'extrémité du prolongement caudal ; et chez un second individu dont la 
taille étoit d'un pied huit pouces, la queue n'avoit que deux pouces : d'où il suit 
quelle forme seulement la dixième partie de la longueur totale, et non pas la 
cinquième. 

Enfin nous devons signaler dans l'ouvrage du même naturaliste une autre 
erreur qui est également assez grave : dans la figure qu'il donne du céraste (tome VI, 
pi. 7 4), la queue est représentée comme étant toute d'une venue avec le corps, 
tandis qu'elle ressemble, dans la réalité, à un appendice très-grêle qu'on auroit 
surajouté au tronc, tant e\k est disproportionnée avec lui (1) ; c'est ce que rendront 
évident les mesures suivantes. La circonférence du corps chez le plus grand des 
individus dont nous avons parlé, est, à la partie antérieure, d'un peu plus d'un 
pouce et demi; à la partie moyenne, de trois pouces; à quelque distance de l'anus, 
de deux pouces un quart; enfin, à l'extrémité, de deux pouces. Le corps est donc 
encore très-gros au niveau de l'anus : or la circonférence de la queue n'est à son 
origine même que d'un pouce, et elle n'a plus déjà vers le milieu que six lignes. 
Quant à son extrémité, il seroit difficile de la mesurer; car dk finit par une pointe 
presque aussi fine que celle d'une aiguille. 

Le céraste est généralement d'un brun très-pâle, sur lequel un brun plus foncé 
forme des taches de forme tantôt quadrilatère et tantôt ovale, mais dont le plus 
grand diamètre est toujours le transversal. Ces taches ou bandes ont généralement 
une disposition assez régulière; seulement dans la partie antérieure du corps, au 
lieu d'une seule grande tache, on en voit deux ou trois petites placées irréguliè- 
rement l'une auprès de l'autre : la même disposition a également lieu dans le voi- 
sinage de la queue. En outre de la série des larges bandes que nous venons de 

(1) Ce caractère est assez bien rendu dans la figure, serpentum et draconum , pag. 175. On le trouve aussi in- 

d'ailleurs très-grossière et inexacte à plusieurs égards, diqué avec assez d'exactitude dans les figures de Prosper 

qu'AIdrovande a donnée du céraste dans ses Historiœ Alpin {Rer. ALgypt.Wb. iv). 

H. TV. TOME I.«, i.re partie. X 



56 



DESCRIPTION DES REPTILES. 



décrire, ies flancs présentent aussi des taches beaucoup plus petites et sur-tout 
moins distinctes; celles-ci sont généralement arrondies, et beaucoup d'entre elles 
se trouvent unies, par leur bord inférieur, à celles qui les avoisinent. Le dessous 
du corps est généralement blanchâtre : la gorge est aussi de cette couleur; mais 
le dessus de la tête est brunâtre. La queue présente le même système de coloration 
que le tronc : sa face inférieure est blanchâtre, et sa face supérieure présente une 
série de bandes transversales brunâtres sur un fond clair. 

Cette vipère a, comme un grand nombre de ses congénères, la tête couverte 
d'écaillés ovales, carénées, très-semblables à celles du corps, mais généralement 
beaucoup plus petites; différence qui est sur-tout très-prononcée à l'égard de celles 
du museau et des parties voisines des yeux. On ne voit de plaques ni en dessus 
ni en dessous , si ce n'est sur le pourtour des lèvres et près de la symphyse de la 
mâchoire inférieure. Il en existe dans cette partie deux assez larges , mais de forme 
alongée, entre lesquelles se voit un petit sillon médian. La fin de ce sillon est 
séparée de la première des plaques abdominales par plusieurs rangées de petites 
écailles, peu différentes parleurs formes de celles du corps: celles-ci, le plus sou- 
vent ovales, présentent, ordinairement dans le sens de leur plus grand diamètre, 
une ligne saillante; d'autres, de forme circulaire, sont également carénées; mais 
celles qui occupent la partie la plus inférieure des flancs et qui se trouvent border 
la série des plaques sont entièrement lisses. 

Les modifications organiques dont il vient d'être question suffiroient seules 
pour la distinction spécifique du céraste ; et cependant nous n'avons point encore 
parlé du plus remarquable des caractères de ce singulier serpent. Au-dessus des 
yeux naît de chaque côté une petite éminence, ou, comme on a coutume de le 
dire, une petite corne, longue de deux ou trois lignes, présentant dans le sens 
de sa longueur des sillons , et dirigée en haut et un peu en arrière : d'où le nom 
de céraste , x£&o-%ç, donné fort anciennement à l'espèce. La nature des cornes 
du céraste est très-peu connue ; et leurs usages , si toutefois elles peuvent être de 
quelque utilité pour l'animal, sont entièrement ignorés. Nous ne hasarderons ici 
aucune conjecture à ce sujet, et nous chercherons encore moins à réfuter l'opinion 
de Linné, qui les comparoit à des dents [dais mollis ) ; celle de quelques zoologistes 
qui, poursuivant l'idée de l'illustre auteur du Systema , les croyoient implantées dans 
la mâchoire supérieure ; enfin celle émise sans plus de fondement par quelques 
autres naturalistes qui ne voyoient en elles que des ergots implantés artificiellement 
sur la tête du redoutable reptile, à peu près comme on s'amuse quelquefois en 
Europe à le faire sur celle d'un coq. 

Le céraste étoit bien connu des anciens : il se trouve figuré sur les monumens 
antiques , et indiqué , mais d'une manière plus ou moins inexacte , par plusieurs 
auteurs Grecs et Latins. On peut consulter à ce sujet l'Histoire des serpens et des 
dragons d'Aldrovande ouvrage dans lequel se trouvent rassemblés une foule de 
détails intéressans. 



LA VIPÈRE HAJE. PL. 7. \ c y 

§. XIII. 

LA VIPÈRE HAJE 

( Reptiles, planche 7, fig. 2, 3 , 4- et 5 ). 

Cette espèce, indiquée par Linné, décrite par tous les herpétologistes qui ont 
écrit depuis l'illustre auteur du Systema naturœ , enfin mentionnée par presque tous 
les voyageurs qui ont parcouru l'Egypte, n'est cependant connue, dans l'état présent 
de la science , que d'une manière très-imparfaite. Daudin attribue à l'haje deux 
cent sept plaques abdominales et quatre-vingt-dix-huit doubles sous - caudales , 
tandis que d'autres auteurs ont trouvé deux cent six abdominales et soixante cau- 
dales , ou même deux cent quatre abdominales et cent neuf caudales : ces derniers 
nombres sont ceux qu'a donnés Linné. Enfin l'examen attentif que nous avons 
fait de l'individu , type de notre description , nous a encore fourni des résultats 
très-différens; car nous avons compté sous le corps deux cent neuf plaques, et 
sous la queue cinquante-quatre plaques de chaque côté. Daudin, pour expliquer 
comment quelques auteurs ont trouvé seulement soixante plaques caudales, tandis 
que Linné en avoit trouvé cent neuf, a supposé que l'individu qu'ils avoient observé 
avoit la queue mutilée; mais cette conjecture est purement hypothétique, et au- 
cune observation positive n'a jusqu'à ce jour, du moins à notre connoissance , 
prouvé qu'on doive l'admettre comme fondée sur quelque chose de réel. Au con- 
traire, nous avons quelques raisons de croire que la grande différence qui existe 
entre les nombres donnés par Linné et ceux donnés par les auteurs dont nous 
venons de parler, vient de ce que ceux-ci n'auroient compté que les plaques d'un 
seul côté de la queue, tandis que dans le nombre indiqué par Linné l'on auroit 
compté à-la-fois celles des deux côtés. Cette manière de voir, qui concilieroit de 
la manière la plus simple des assertions en apparence contradictoires, nous semble 
assez vraisemblable; et en effet, en comptant à-la-fois sur notre individu les plaques 
des deux côtés de la queue et la grande écaille qui enveloppe son extrémité, 
nous aurions, au lieu du nombre cinquante-quatre, le nombre cent neuf, c'est-à- 
dire, celui même qui a été donné par Linné. Nous avons d'ailleurs la certitude que 
notre individu avoit la queue bien entière ; et nous pensons que Daudin n'a été 
embarrassé que par suite d'une erreur qu'on auroit commise en confondant le mot 
bandes et le mot plaques caudales. Ces deux expressions peuvent bien être consi- 
dérées comme synonymes , tant qu'il est question des grandes écailles abdominales , 
toujours formées d'une seule pièce ; mais elles ne peuvent plus être employées 
indifféremment l'une pour l'autre, quand il s'agit des grandes écailles sous-cau- 
dales : car, dans cette dernière région, chaque bande est composée de deux 
plaques; et c'est ainsi qu'on peut dire à l'égard de l'haje, en employant le pre- 
mier de ces mots, qu'il a cinquante-quatre bandes caudales, ou bien, en employant 
le second, qu'il a cent huit plaques, ou, ce qui revient au même et comme nous 
l'avions fait, cinquante -quatre de chaque côté. Quant aux légères différences qui 

W. iV. TOME L«, i.« partie. . X 2 



I j8 DESCRIPTION DES REPTILES, 

existent entre les nombres cinquante- quatre et deux cent neuf trouvés par nous, et 
les nombres soixante et deux cent sept, deux cent six ou deux cent quatre trouvés 
par différens auteurs, nous croyons inutile d'insister sur elles, et nous omettons 
à dessein les résultats que Daudin a donnés, d'après ses propres observations, sur 
les plaques caudales. Il n'est pas impossible, en effet, que l'individu, type de la 
description de ce naturaliste, différât spécifiquement de celui qui a été figuré dans 
l'Atlas et que nous avons examiné. En tout cas, les naturalistes devront, comme 
l'a fait M. Cuvier, considérer ce dernier comme le véritable haje, puisqu'il appar- 
tient bien à l'espèce qui porte ce nom en Egypte , et dont les mœurs et les carac- 
tères ont été indiqués par les voyageurs. 

Ce doute nous est suggéré non-seulement par les différences dont nous venons 
de parler, mais aussi par celles que nous trouvons entre les proportions et la taille 
de l'individu décrit par Daudin et celles du nôtre : « La queue, dit ce naturaliste, 
» occupe près du quart de la longueur totale, qui est de deux pieds environ. » Au 
contraire, l'haje que nous avons examiné avoit quatre pieds deux pouces du bout 
du museau à l'anus, et seulement huit pouces et demi de l'anus à l'extrémité du 
prolongement caudal : il étoit, par conséquent, deux fois et demi aussi grand que 
celui de Daudin ; et sa queue ne formoit que la septième partie environ de sa lon- 
gueur totale. Nous croyons devoir ajouter ici que la taille de l'individu de Linné 
étoit vraisemblablement peu différente de celle du nôtre; car Linné, sans l'indiquer 
d'une manière précise, s'exprime ainsi : Habitat in /Egypto inferiore maximus , &c. 
Or il n'auroit pas employé ce dernier mot à l'égard d'une vipère qui n'auroit eu 
que deux pieds de long, la plupart des espèces du genre atteignant communément 
de semblables dimensions. 

Le corps est, chez l'haje, un peu aplati de haut en bas : il a près d'un pouce et 
demi de large et trois pouces de tour dans presque toute sa longueur. La queue, 
arrondie, mais un peu comprimée, a vers son origine deux pouces et vers sa 
partie moyenne quinze lignes de circonférence. 

Les écailles qui recouvrent la partie supérieure du corps sont généralement de 
forme ovale , et celles de la queue , de forme circulaire. Quelques-unes sont blan- 
châtres, ou variées de blanc et de brun verdâtre ; mais le plus grand nombre est de 
cette dernière couleur. Les plaques abdominales, très-larges dans tous les sens, sont 
blanchâtres dans presque toutes les régions du corps ; mais on remarque aussi, prin- 
cipalement dans la partie antérieure, des taches noires, qui tantôt ont une grande 
étendue et tantôt ne comprennent que deux ou trois bandes et quelquefois même 
une seule. La queue, généralement blanchâtre à sa partie inférieure, présente, 
comme le corps, des taches noirâtres ; mais celles-ci sont toutes très-petites. 

Cette vipère appartient au sous-genre ndia établi par Laurenti et adopté par 
M. Cuvier, par Merrem et par la plupart des auteurs modernes. Ce groupe singu- 
lier est, comme on sait, principalement caractérisé par la faculté que possèdent les 
espèces qui le composent, d'élargir en manière de disque la partie la plus antérieure 
de leur corps (i) en redressant et en tirant en avant les premières côtes, et par 

(i) Voyez à ce sujet la figure 4- 



LA VIPÈRE HAJE. PL. 7. , ÇQ 

leur tète couverte à sa partie supérieure de grandes écailles semblables à celles des 
couleuvres. L'haje a , comme la plupart des espèces de ce dernier genre , neuf 
plaques disposées en trois rangées, et, de plus, quelques autres un peu moins 
larges placées autour de celles-ci : ces dernières sont sujettes à diverses variations, 
même d un côté de la tête à l'autre. 

L'haje est le serpent si célèbre chez les anciens sous le nom d'aspic. Sa figure, 
gravée sur le portail d'un grand nombre de temples antiques , témoigne de la véné- 
ration dont de superstitieux préjugés i'avoient rendu l'objet. Les Égyptiens le révé- 
raient comme l'emblème de là divinité protectrice du inonde et le gardien fidèle 
de leurs champs. Cette opinion avoit son origine dans une habitude remarquable 
de l'haje : dès qu'on approche de lui, ce serpent dresse la tête pour veiller à sa 
propre sûreté et pour éviter d'être surpris sans défense; et c'est pour avoir mal 
compris et mal interprété ce mouvement qu'on lui avoit fait une réputation de 
bienfaisance et presque de sagesse, quand on auroit dû s'occuper seulement des 
moyens de prévenir les dangers de sa morsure, et même, s'il étoit possible, de 
détruire sa redoutable espèce. 

La cruelle efficacité du venin de cette vipère est en effet bien démontrée, et 
Forskael l'a même constatée par des expériences directes. La plus petite quantité 
placée dans une incision faite sur la cuisse d'un pigeon suffit pour déterminer chez 
cet animal des vomissemens abondans et de violentes convulsions, et pour amener 
la mort au bout d'un quart d'heure. 

La Vipère haje est assez abondamment répandue en Egypte : elle se tient quel- 
quefois dans les fossés, plus souvent dans les champs. Les cultivateurs sont donc 
exposés à la rencontrer fréquemment : mais, quoiqu'ils n'ignorent pas le danger de 
sa morsure , sa présence ne les empêche nullement de vaquer à leurs travaux 
ordinaires; connoissant bien les habitudes du redoutable reptile , ils savent qu'ils 
n'auroient à craindre d'être attaqués par lui que s'ils venoient à commettre l'im- 
prudence de s'en approcher. En effet, tant qu'ils se tiennent à quelque distance, 
l'haje se contente de les suivre du regard, en élevant sa tête et en prenant l'atti- 
tude dans laquelle la figure 4 le représente. 

L'haje est celui de tous les reptiles dont les bateleurs du Kaire savent tirer le 
plus de parti : après lui avoir arraché les crochets venimeux, ils l'apprivoisent et le 
dressent à un grand nombre de tours plus ou moins singuliers. Successeurs et peut- 
être descendans de ces psylles antiques si célèbres par les récits de Pline, et riches 
des traditions d'un art déjà ancien en Afrique avant l'ère chrétienne, ils savent 
produire des effets qui étonnent vivement le peuple ignorant de l'Egypte, et qui 
sans doute étonneroient plus vivement encore les savans de notre Europe. Ils 
peuvent , comme ils le disent, changer l'haje en bâton et l'obliger à contrefaire le mort. 
Lorsqu'ils veulent produire cet effet, ils lui crachent dans la gueule, le contraignent 
à la fermer, le couchent par terre; puis, comme pour lui donner un dernier 
ordre, lui appuient la main sur la tête (1), et aussitôt le serpent devient roide et 

(1 ) La pratique des psylles antiques avoit la plus grande c'étoit de même par des attouchemens et par l'usage de 
ressemblance avec celle de leurs modernes imitateurs : leur salive qu'ils prétendoient se rendre maîtres des se & rpens 



6o 



DESCRIPTION DES REPTILES. 



immobile , et tombe dans une sorte de catalepsie : ils le réveillent ensuite , quand 
i\ leur plaît, en saisissant sa queue et la roulant fortement entre leurs mains. Mon 
père, ayant été souvent en Egypte témoin oculaire de ces effets remarquables , crut 
s'apercevoir que de toutes les actions qui composent la pratique des psylles mo- 
dernes une seule étoit efficace pour la production du sommeil ( si l'on peut em- 
ployer cette expression ) ; et voulant vérifier ce soupçon, il engagea un bateleur à 
se borner à toucher le dessus de la tête. Mais celui-ci reçut cette proposition 
comme celle d'un horrible sacrilège, et se refusa, malgré toutes les offres qu'on put 
lui faire , à contenter le désir qu'on lui avoit témoigné. La conjecture de mon père 
étoit cependant bien fondée ; car, ayant appuyé un peu fortement le doigt sur la 
tête de l'haje, il vit aussitôt se manifester tous les phénomènes, suite ordinaire de 
la pratique mystérieuse du bateleur. Celui-ci, à la vue d'un tel effet, crut avoir 
été témoin d'un prodige en même temps que d'une affreuse profanation , et s'en- 
fuit frappé de terreur. 

Les psylles se vantent en effet de tenir de leurs ancêtres et de posséder seuls le 
secret de commander aux animaux : ils engagent les gens du peuple à les imiter et 
à faire des tentatives qu'ils savent bien devoir être inutiles, et qui le sont en effet 
constamment; car ceux-ci, se bornant à faire ce qui les frappe le plus dans la pra- 
tique des bateleurs, se contentent de cracher dans la gueule du serpent, et ne réus- 
sissent jamais à l'endormir (i). 



et guérir leurs morsures. C'est ce que Pline nous apprend 
par le passage suivant : Crates Pergamenus, dit cet auteur, 
in Hellesponto , circa Parium, genus hominum fuisse 
tradit quos ophiogenes vocat , serpentium ictus contactu 
levare solitos , et manu impositâ venena extrahere corpori; 
Varro etiamnum esse paucos ihi quorum salivœ contra 
ictus serpentium medeantur, Similis et in Afr'ica gens psyl- 
lorumfuit, ut Agatharchides scribit . . . . Au reste, la sa- 
live de l'homme passoit dans l'antiquité pour avoir beau- 
coup d'action et produire des effets très-remarquables sur 
les serpens. L'auteur dont nous venons de citer quel- 
ques lignes ajoute un peu plus bas : Et tamen omnibus 
hominibus contra serpentes inest venenum ; fewntque ictas 
saliva , ut ferventis aquœ contactant fugere : qubd si in 
favces penetraverit , ei'iam mon ; idque maxime humani 



jejuni oris. ( Plin. Hist. nat. Iib. VU , cap. 2. ) — 
Consultez sur les psylles modernes les Mémoires de 
MM. JoIIois et de Chabrol , Ê. M. t. II, 2/ partie, 
pag.j 5 4 et 5 20. 

(1) Le batracien figuré pi. 4? %• * et 2, ne nous est 
connu que par un dessin non colorié, et nous ne pouvons 
par conséquent rien ajouter à ce que peut apprendre l'ins- 
pection de la planche. Nous croyons donc devoir nous 
borner ici à remarquer que, dans l'état présent de la 
science , ce reptile appartient au genre Crapaud , et 
ne peut conserver le nom de grenouille ponctuée qui lui 
a été donné dans l'Atlas. II est d'ailleurs important de 
ne pas le confondre avec un autre batracien anoure 
pour lequel Daudin a également proposé le nom de rana 
punctata. 



EXPLICATION SOMMAIRE 

* 

DES 

PLANCHES DE REPTILES 

(SUPPLÉMENT), 

Publiées par Jules-César SAVIGNY, Membre de l'Institut; 

OFFRANT 
UN EXPOSÉ DES CARACTÈRES NATURELS DES GENRES, AVEC LA DISTINCTION DES ESPÈCES 

Par Victor AUDOUIN (i). 



OBSERVATIONS PRELIMINAIRES. 



La classe des reptiles comprend tous les animaux vertébrés qui, à l'état par- 
fait, respirent à l'aide des poumons , mais dont le cœur est disposé de manière à 
n'envoyer à ces organes qu'une portion du sang qu'il a reçu des diverses parties 
du corps, et à renvoyer le reste à ces mêmes parties sans avoir passé pair les 
poumons et sans avoir subi l'influence de l'air. D'après la classification proposée 
par M. Alexandre Brongniart et adoptée par la plupart des naturalistes, ces ani- 
maux sont divisés en quatre ordres ; savoir : 

Les chéloniens, dont le cœur présente deux oreillettes, et dont le corps, 
porté sur quatre pieds, est enveloppé par deux espèces de boucliers osseux; 

Les sauriens, dont le cœur est également à deux oreillettes, et dont le corps, 
pourvu de deux ou de quatre pieds, est recouvert d'écaillés; 

Les ophidiens, dont le cœur présente la même disposition, mais dont le corps 
est dépourvu de pieds; 

Les batraciens, dont le cœur n'a qu'une oreillette, dont le corps est nu, et 
dont la forme générale éprouve diverses métamorphoses avant de parvenir à l'état 
parfait. 

(i) Voyez ci-après, 4, e partie, page 3, la Note concer- ont été fournis par M. J. C. S AYIGNY pour /'HISTOIRE 
nant l'Explication sommaire des planches dont les dessins NATURELLE DE L'OUVRAGE. 



I 02 REPTILES. SUPPLÉMENT. 

Les animaux représentés dans ces planches appartiennent seulement aux trois 
derniers ordres. 

REPTILES. — SUPPLÉMENT. 



PLANCHE I. 

Sauriens. Geckos, Agames, Lézards. 

PLANCHE 2. 

Sauriens et Batraciens. Lézards, Scinques, Grenouilles. 

PLANCHE 3. 

Ophidiens. Aspic. 

PLANCHE 4- 
Vipères, Couleuvres. 

PLANCHE y 
__ . Couleuvres. 



REPTILES. - SUPPLÉMENT. 



SAURIENS. 



$. I. 
GECKOS, AGAMES, LÉZARDS 

(Reptiles. — Supplément, planche i ). 



Genre GECKO, GECKO. Daud. 

(Stellio, Schn.; Ascalabotes , Cuv. ) 
Fig. i et 2. 

Les animaux qui appartiennent au genre Gecko présentent tous des caractères si 
tranchés , qu'il est facile au premier coup d œil de les distinguer des autres sauriens. 
En effet, leurs doigts sont élargis à leur extrémité ou dans toute leur longueur, et 
garnis en dessous d'écaillés ou de replis très-réguliers, à l'aide desquels ils se cram- 
ponnent après les murs et peuvent même marcher sur les plafonds. Cette disposi- 
tion singulière les rapproche des anolis, qui présentent une expansion discoïde de 
la même nature sous l'antépénultième phalange : mais les doigts des geckos sont 
presque égaux, et ces animaux, au lieu d'avoir la forme élancée des lézards et des 
anolis, sont lourds et trapus; leur tête est aplatie et assez grosse; leurs paupières, 
très-courtes, se retirent entièrement entre lœil et l'orbite, et disparaissent, ce 
qui leur donne un aspect particulier; leurs yeux sont très-grands, et la pupille se 
contracte à la lumière ; leur langue est charnue et non extensible; leurs dents, très- 
petites et serrées les unes contre les autres, forment une rangée tout autour de la 
mâchoire. La peau de ces animaux est chagrinée en dessus ; en dessous on trouve 
des écailles un peu moins petites , plates et imbriquées. Leur queue présente des 
plis circulaires; mais, lorsqu'elle a été cassée, celle qui se reproduit en est dé- 
pourvue. Enfin les ongles, qui manquent dans quelques espèces, sont recourbés 
et conservent toujours leur tranchant et leurs pointes. 

Les geckos habitent les pays chauds des deux continens : ils n'ont pas l'agilité 
des lézards; leur allure est triste; ils redoutent l'éclat du jour, et c'est pendant la 
nuit qu'ils vont à la recherche de leur nourriture, qui consiste principalement en 
insectes. 

Les espèces qui se rapportent au genre Gecko sont très-nombreuses, et ont été 
divisées par M. Cuvier en quatre groupes, d'après la disposition de leurs doigts. 

La première division des geckos comprend les platydactyles t dont les doigts 
sont élargis sur toute leur longueur, et garnis en dessous d'écaillés transversales. 
Quelques-uns de ces animaux n'ont point d'ongles ; leurs pouces sont peu 

H. N. TOME !.«, i.w partie. Y 



I 64 REPTILES. — SUPPLÉMENT. 

développés; leur peau, toute couverte de tubercules, présente souvent des cou- 
leurs très-vives. 

Les hémidactyles y qui constituent la seconde division des geckos, présentent, 
à la base de leurs doigts, un disque ovale formé en dessous par deux rangées 
d'écaillés disposées en chevrons. La seconde phalange , qui est très-grêle , s'élève 
du milieu de ce disque, et porte à son extrémité l'ongle ou la troisième phalange. 

Les thécadactyles , ou geckos de la troisième division, se distinguent des platy- 
dactyles en ce que les écailles transversales qui garnissent la face inférieure de leurs 
doigts sont partagées par un sillon longitudinal, assez profond pour que l'ongle 
puisse s'y cacher complètement. 

Enfin les ptyodactyles ont le bout des doigts seulement dilaté en une plaque 
fendue pour loger l'ongle , et striée en éventail à sa face inférieure. 

Fig. i. GECKO DE SAVIGNY 

( Gecko Savignyi ). 

Cette espèce de gecko platydactyle n'est peut-être qu'une variété du Gecko annu- 
laire figuré par M. Geoffroy , pi. 5 des Reptiles, fig. 6 et 7 ; il se rapproche beaucoup, 
ainsi que ce dernier, du Gecko à gouttelettes de Daudin, qui habite tout l'archipel 
Indien, et qui est figuré dans l'ouvrage de Seba, tom. I. er , pi. 108. Quoi qu'il en 
soit, et en attendant que l'on ait ûxé la valeur des caractères dont on s'est servi 
pour distinguer les difFérens reptiles d'un même genre , nous devons regarder le 
gecko auquel nous donnons le nom de M. Savigny, comme étant une espèce 
nouvelle ; car aucune figure ni aucune des descriptions que l'on a données des autres 
espèces de geckos ne peuvent s'y appliquer exactement. 

Cet animal, d'un volume assez considérable, est d'une forme lourde et disgra- 
cieuse. Sa tête est très-grosse et très-large près du tympan ; son ventre est un peu 
renflé; sa queue, plus longue que le reste du corps, est cylindrique, terminée en 
pointe, et formée d'environ cinq anneaux adaptés les uns aux autres, comme les 
tubes d'une lunette; enfin ses membres sont assez gros, et les cinq doigts larges 
et épatés qui les terminent sont pourvus d'ongles, dont deux au moins sont rudi- 
mentaires. Les écailles qui recouvrent tout le corps sont très -petites, hexagonales 
et placées à côté les unes des autres , si ce n'est sous la queue et les pattes , où elles 
sont imbriquées. Tout le dessus de la tête est recouvert d'une multitude de petites 
éminences arrondies et semblables à des verrues , qui donnent à cette partie un 
aspect comme framboise : sur le reste de la face supérieure du corps , on trouve 
encore de ces petites excroissances, mais elles sont assez écartées les unes des autres ; 
sur le dos et sur les flancs, leur forme est un peu ovalaire, et elles constituent plu- 
sieurs rangées longitudinales assez régulières. Sur les membres , les verrues ne sont 
pas disposées avec la même régularité : mais, à la queue, elles forment pour cha- 
cun des treize premiers anneaux une sorte de petit chaînon transversal ; les autres 
segmens en sont dépourvus. Enfin sur les parties latérales du bord inférieur 
des treize anneaux antérieurs on remarque, de chaque côté, une espèce d'épine 



SAURIENS. GECKOS. PL. I. i 6 j 

arrondie, dirigée en arrière, et qui paroît formée par un tubercule ayant atteint un 
développement très-considérable. La couleur générale de ce gecko, dont nous 
avons eu le dessin à notre disposition, est d'un gris rose terne; le dessus de la tête 
est d'un jaune olive, obscur au milieu, blanchâtre sur les côtés : les tempes sont, 
au contraire, d'un lilas assez clair, et la nuque d'une couleur obscure et mélangée 
de gris et d'olive. Enfin, à la partie antérieure et supérieure du dos, on voit, de 
chaque côté de la ligne médiane, deux taches d'un blanc plus ou moins yï£, bordées 
en avant et sur les côtés par un demi -anneau d'un noir velouté, ayant la forme 
d'un fer à cheval. La disposition de ces taches est très-remarquable, et peut servir 
à faire distinguer au premier coup d'œil le Gecko de Savigny du Gecko annulaire 
et du Gecko à gouttelettes, qui, à cette différence près, lui ressemblent beaucoup. 

i. /. Individu de grandeur naturelle, vu en dessus. 



cent. 



Longueur totale 25,6. 

de la tête 3,5. 

du corps 9,5. 

de la queue „ 1 2,6. 

1 . 2, Tête vue en dessous pour montrer la disposition des plaques qui garnissent 
la mâchoire inférieure. 

1 . 3. Un anneau de la queue vu en dessous. 

1. 4- Patte vue en dessous, montrant un des doigts plus gros que nature : on 
remarque les plaques transversales qui le garnissent depuis sa base jus- 
qu'à sa pointe, et qui ne présentent point de fente capable de cacher 
l'ongle crochu que l'on aperçoit à l'extrémité du doigt. Il existe sim- 
plement un petit sillon. 

\. f, 1. {f, \. 7. Diverses écailles de grandeur naturelle et plus ou moins 
grossies. 

Fig. 2. GECKO DES MAISONS, Cuv. 

( Lacerta gecko , Hasselq. ; Stellio Hasselquistii , Schn. ; £ecko lobatus, Geoffr. , 

Rept. Ég. v, 5 ). 

La forme générale de cet animal ne s'éloigne pas beaucoup de celle du Gecko 
de Savigny, quoiqu'il soit beaucoup plus petit. Sa tête, plus grosse proportionnel- 
lement au corps, est très-renflée vers les tempes et autour du tympan; sa queue, cylin- 
drique, assez grêle, est moins longue que dans l'espèce précédente ; ses pattes, au 
contraire, sont beaucoup plus alongées. Il se distingue sur-tout par ses doigts, qui 
présentent près de leur extrémité un épanouissement arrondi, aplati, fendu au 
milieu pour loger l'ongle, et strié en éventail à sa face inférieure : ce caractère ûxe 
sa place dans la section des ptyodactyles. Tous les doigts des membres antérieurs 
sont à peu près de la même longueur et également écartés les uns des autres ; mais 
aux pattes postérieures le doigt médian est le plus long et l'externe le plus court, 

H. N. TOME I.«, i. rc partie. Y 2 



I 66 REPTILES. SUPPLÉMENT. 

enfin le doigt interne est un peu séparé des autres. La peau de ce reptile, recou- 
verte d'écaillés extrêmement petites, et comme chagrinée, présente un grand 
nombre de petites saillies arrondies et verruqueuses, disposées irrégulièrement sur 
la tête, le dos et les membres, mais formant sur la queue des anneaux transversaux 
réguliers. Sa couleur générale est d'un gris roussâtre très-pâle. Sur le dos , on re- 
marque trois rangées longitudinales de larges taches arrondies, d'une couleur plus 
foncée : l'une de ces bandes occupe la ligne médiane du dos ; les deux autres sont 
placées sur les flancs. On voit sur les membres postérieurs des taches de la même 
couleur. La queue est entourée également de bandes transversales blanches et 
violet rougeâtre : ces dernières correspondent aux rangées circulaires de verrues ; 
leur bord postérieur est très-tranché, mais antérieurement elles se fondent gra- 
duellement avec la bande blanche. Enfin les plaques qui entourent la bouche sont 
d'une couleur jaune verdâtre clair. 

Ce gecko, dont nous avons vu le dessin, est une variété de l'espèce figurée et 
décrite par M. Geoffroy-Saint-Hilaire sous le nom de Gecko lobé. 

2. /. Individu de grandeur naturelle, vu sur le dos. 



cent. 



Longueur totale i4?6. 

de la tête 2,4- 

du corps 5 ,4- 

de la queue 6,2. 

du membre antérieur 3,6. 

du membre postérieur. 4>7- 

2. 2. Tête vue par sa face supérieure, et grossie pour montrer la disposition des 
écailles de cette partie, qui sont beaucoup plus larges sur le museau que 
sur l'occiput. 

2. ^ Tête également grossie représentée par sa face inférieure. On remarque 
les deux rangées de plaques de la mâchoire. 

2. 4- Écailles de la queue, très-grossies. 

2. "f\ Tête appartenant peut-être à un jeune individu ; il sembleroit qu'elle a été 
dépouillée de la peau. 

2. 6. Patte postérieure vue par sa face inférieure, et ayant tous les doigts tron- 
qués, à l'exception d'un seul. On remarque la disposition des disques 
situés à l'extrémité des doigts , et qui caractérisent la section des Geckos 
ptyodactyles. 

Genre A GAME, AGAMA. Daud. 
Fig- 3> 4, 5, 6. 

Les agames, comme tous les autres sauriens de la famille des iguaniens (Cuvier), 
ont la forme générale, la queue alongée et les doigts libres et inégaux des lézards, 



SAURIENS. AGAMES. PL. i. i ($j 

dont ils diffèrent par la disposition de leur langue, qui est charnue, épaisse, non 
extensible et échancrée au bout seulement. Mais ce genre est facile à distinguer 
des dragons, des basilics, des iguanes et des autres animaux de la même famille 
par une physionomie particulière et par les caractères suivans. Leur tète est grosse', 
calleuse et dilatée vers l'occiput : ils peuvent à volonté remplir leur gorge de 
manière à former une espèce de goître; leur corps est alongé et plus ou moins 
épais; leur queue fort longue et cylindrique, ou légèrement comprimée, est cou- 
verte d'écaillés imbriquées et en général rhomboïdales et crénelées. 

Les agames forment cinq groupes naturels, assez distincts; savoir: les agames 
proprement dits, les galéotes, les lophyres, les tapayes, les changeans. Ce nombre 
seroit porté à six, si le saurien désigné sous le nom à'Agame à queue prenante ap- 
partenoit réellement à ce genre ; mais la description que Félix d'Azara en a donnée, 
et qui est la seule que l'on possède, est trop incomplète pour qu'il soit possible de 
le décider. 

Les agames proprement dits ( Cuvier) sont caractérisés par les écailles relevées 
en pointe qui hérissent diverses parties de leur corps, par l'absence complète de 
verrues , par le fanon qui existe sous leur gorge lors même que l'animal ne la rem- 
plit pas, et par l'absence de crête dorsale sur leur queue, qui est cylindrique, 

Les galéotes (Cuvier) sont régulièrement couverts d'écaillés imbriquées, 
libres et tranchantes sur les bords, et souvent carénées et pointues, tant sur le corps 
que sur la queue et sur les membres; celles du milieu du dos forment une crête 
épineuse plus ou moins étendue; enfin ils n'ont ni fanons, ni pores visibles aux 
cuisses. 

Les lophyres (Duméril) ressemblent beaucoup aux galéotes : mais leur crête 
dorsale, très-élevée, se prolonge sur la queue; aussi celle-ci est-elle comprimée la- 
téralement, au lieu d'être cylindrique. 

Les tapayes ou agames orbiculaires ( Daudin ) ont le corps trapu , la queue 
cylindrique et courte, et présentent un ou deux plis transversaux sous la gorge ; Us 
peuvent à volonté gonfler la peau de leur ventre, comme le font les crapauds, et 
ont la faculté de changer de couleur. 

Les changeans ( Cuvier ) se reconnoissent à leur tête renflée et semblable par 
sa forme à celle des autres agames, et à leurs écailles, qui sont toutes très-petites, 
lisses et sans épines. 

Les agames paraissent être tous exotiques ; ceux qui sont représentés dans fa 
planche i. re appartiennent à la division des agames proprement dits et des 
changeans. 

Fig. 3. CHANGEANT DE SAVIGNY 

( Trapelus Savignyi ). 

Ce petit animal ressemble par sa forme générale à l'Agame variable représenté 
par M. Geoffroy-Saint-Hilaire ; cependant il existe une telle différence entre la 
figure donnée par ce savant et la figure produite par M. Savigny, que nous croyons 



I 6 8 ' REPTILES. SUPPLÉMENT. 

devoir l'en distinguer. Sa tête est extrêmement forte relativement au reste du 
corps ; son ventre est un peu renflé, et sa queue, cylindrique et pointue, n'est guère 
plus longue que lui. Les membres sont assez alongés, et les doigts sont minces et 
garnis d'un ongle pointu. Les écailles qui recouvrent la tête, le corps et les membres, 
sont d'une petitesse extrême : à la face inférieure du corps, on peut à peine les dis- 
tinguer les unes des autres; sur la queue, au contraire, elles sont un peu plus dé- 
veloppées, et autour de la bouche on trouve des plaques assez grandes. Enfin ici, 
comme chez tous les autres agames de cette division, ces écailles sont toutes lisses 
et sans épines, si ce n'est sous les doigts, où elles sont dentelées et imbriquées. La 
couleur générale de l'animal est le gris violacé ; mais presque tout son corps est 
couvert de petites taches formées par la réunion d'un certain nombre de petits 
points blancs, entourés d'une espèce de cercle violet rougeâtre très-foncé. Cette 
disposition se remarque sur la face supérieure de la tête, du corps et des membres: 
mais sur la queue on observe des bandes transversales, les unes blanches, les autres 
d'un violet rougeâtre ; ces dernières sont deux fois aussi larges que les blanches. 
Enfin le dessous de la tête et du corps est d'un blanc sale tirant sur le jaune 
verdâtre. 

3. /. Individu représenté au trait, et peut-être jeune, de grandeur naturelle. 



cent. 



Longueur totale 5,2. 

de la tête 1,1. 

du corps. 2,1. 

de la queue 2. 

3. 2. Le même grossi, et vu de trois quarts. 
3. $. Tête vue en dessous. 

3. 4' Un des doigts isolé et grossi excessivement. 

Fig. 4. CHANGEANT DE SAVIGNY, Variété. 

( Trapelus Savignyi , Var. ) 

Cet animal ressemble beaucoup au précédent, tant par sa forme générale que 
par sa couleur; mais il est beaucoup plus grand : peut-être est-ce un individu adulte. 
Les taches blanches qu'on remarque sur son corps sont moins vives, beaucoup 
plus larges et presque confondues les unes avec les autres; les cercles, d'un violet 
rougeâtre, ne les entourent que partiellement; enfin les bandes violettes de la 
queue , au lieu d'être larges et transversales , sont des taches étroites et disposées 
en carreaux. 

4. /. Individu de grandeur naturelle. 



cent. 



Longueur totale 1 2,4. 

de la tête 2,3. 

— du corps 4» 8. 

de la queue 5,3. 

4. 2. Tête vue de profil et beaucoup grossie. 



SAURIENS. AGAMES. PL. i. i fig 

Fig. 5. AGAME AGILE, Oliv. 

( Agama agilis, Oliv. Voyage dans le Levant, pi. xxix , fig. 2. ) 

L'Agame agile est d'une forme svelte et assez élégante; sa tête, dont la grandeur 
est bien proportionnée, est relevée au-dessus des yeux en forme de sourcils. Der- 
rière elle, la peau présente plusieurs replis, et sous la gorge se trouve un fanon 
très-développé, à trois replis, l'un médian, les deux autres latéraux. La forme du 
corps ne présente rien de remarquable : les doigts, tous armés d'ongles aigus, sont 
placés, aux pattes antérieures, à peu près sur la même ligne; le second et le troi- 
sième, en comptant de dehors en dedans, sont les plus longs, et l'interne est le 
plus court : aux membres postérieurs, au contraire, le doigt externe est implanté 
très-près de l'articulation tibio-tarsienne , tandis que les quatre autres ne com- 
mencent guère qu'au niveau de sa phalange onguéale. Enfin la queue est cylin- 
drique , pointue et plus longue que le reste de l'animal. 

Les écailles qui couvrent le dessus de la tête sont de grandeurs très-différentes , 
pointues et saillantes : celles du corps et de la queue sont, au contraire, disposées 
avec une grande régularité ; elles se recouvrent les unes les autres à la manière des 
tuiles; chacune d'elles présente , à sa partie moyenne, une ligne saillante, et se 
termine postérieurement par une pointe : enfin celles qui garnissent la face palmaire 
des doigts sont verticillées. La couleur générale de cet agame est un jaune ver- 
dâtre tirant sur l'olive : sur le dos on observe des rangées longitudinales de larges 
taches brunes assez foncées ; mais sur la queue ces taches se réunissent de manière 
à former des bandes transversales. Enfin le dessous de la tête et le fanon sont d'une 
couleur bleue éclatante, très-belle. 

Cette espèce ne nous paroît pas différer de celle qui est décrite par Olivier sous 
le nom d! Agame agile, et qui habite, suivant ce voyageur, les environs de Baghdâd. 

5 . /. Individu de grandeur naturelle. 



cent. 



Longueur totale 22. 

de la tête 3 . 

du corps 6, 5 . 

de la queue . , 12,5. 

j. 2. Tête vue en dessus et grossie. 
j. 3. La même représentée en dessous. 
5. /j.. Patte postérieure grossie. 

Fig. 6. AGAME RUDE, Oliv. 

( Agama ruderata , Oliv. Voyage dans le Levant, pi. xxix , fig. 3. ) 

La forme générale de l' Agame rude est assez semblable à celle de l' Agame agile ; 
son fanon est moins développé; son corps, assez large, en arrière du sternum, 
se rétrécit beaucoup au devant du bassin. Les écailles qui couvrent sa tête , son 



I JO REPTILES. SUPPLEMENT. 

corps et ses membres, sont de grandeurs inégales : généralement elles sont assez 
petites, pointues, légèrement carénées, imbriquées et disposées avec régularité; 
mais d'espace en espace il s'en élève qui sont de beaucoup plus grandes que les 
autres, pointues et libres par leur bord postérieur. Sur la queue on ne voit point 
de ces grandes écailles épineuses ; mais sur le dos il en existe un grand nombre : 
plusieurs constituent une espèce de crête dorsale. Sur la tête on en trouve aussi 
quelques-unes; mais elles diffèrent moins des autres, car toutes sont très-grandes 
et saillantes. Les écailles de la face inférieure du corps sont, au contraire, uni- 
formes et non hérissées de pointes. 

Le dessus de la tête de cet agame est de couleur bleu grisâtre ; le dessous 
présente des raies de la même teinte, alternant avec d'autres raies blanches, mêlées 
de jaune olive. La couleur générale du dos est un gris pâle ; mais on y voit un grand 
nombre de taches nuancées de gris bleuâtre beaucoup plus foncé et de jaune ver- 
dâtre : sur la queue , les taches grises affectent la disposition de bandes transver- 
sales ; enfin les flancs , les côtés de la queue et le dessous des pattes sont d'une 
teinte jaune verdâtre. 

La description qu'Olivier a faite de son Agame rude convient assez bien à l'in- 
dividu représenté ici, et la figure qu'il en a donnée ne peut laisser aucune incerti- 
tude sur l'identité spécifique; car une légère différence dans les couleurs pourroit 
tout au plus les faire regarder comme des variétés l'un de l'autre. Voici ce qu'il en 
dit : « Elle est d'un gris clair nuancé d'un gris nébuleux; la tête et tout le dessous 
» du corps sont couverts d'écaillés de grandeurs inégales, dont quelques-unes, 
y> plus grandes et plus élevées, ressemblent à de petites verrues. Les écailles de 
» la queue ont une ligne élevée au milieu; celles du ventre sont simples, rhom- 
» boïdales , un peu terminées en pointe ( i ). » L' Agame rude d'Olivier est très- 
commun en Perse et au nord de l'Arabie : il fait son trou dans la terre et court 
à sa surface avec une grande agilité pendant la chaleur du jour; mais le matin 
on le trouve quelquefois dans une sorte d'engourdissement. 

6. /. Individu de grandeur naturelle. 



cent. 



Longueur totale l h7- 

de la tête 2,2. 

du corps 5 ,0. 

de la queue 8,5. 

6. 2. Tête grossie et vue en dessus. 
6. 3. La même représentée en dessous. 

Genre LÉZARD, LACERTA. 
Fig. 7-11. 

Les reptiles de la famille des lacertiens sont caractérisés par leur langue mince , 
extensible et terminée par deux longs filets. Leur corps est alongé ; leurs doigts , 

(1) Voyage dans l'Empire Othoman, tome II, p. 4 2 ^. 

au 



SAURIENS. LÉZARDS. PL. I. ïy! 

au nombre de cinq à chaque pied, sont séparés, inégaux, non opposables , et tous 
armés d ongles. Leur tympan est membraneux et à fleur de tête; leurs yeux sont 
protégés par un prolongement cutané orbiculaire, fendu longitudinalement , qui 
se ferme par un sphincter, et à l'angle antérieur duquel se trouve un vestige de 
troisième paupière. Sous le ventre et sous la queue, leurs écailles sont disposées par 
bandes transversales ; leurs fausses côtes ne se réunissent point sur la ligne médiane 
inférieure; leur anus est fendu transversalement, et, chez les mâles, on trouve 
une double verge. 

Les lézards proprement dits forment le deuxième genre de la famille des lacer- 
tiens. On les reconnoît aux deux rangées de dents dont leur palais est armé , et au 
collier qu'ils portent sous le cou, et qui est formé par une rangée transversale de 
larges écailles séparées de celles du ventre par un espace où il n'y en a que de très- 
petites , comme sous la gorge. La partie supérieure de leur tête est munie d une 
espèce de bouclier formé par une partie des os du crâne qui s'avancent sur les 
tempes et les orbites. Enfin leur queue est cylindrique, et ne présente ni crête ni 
carène. 

La forme générale des lézards est assez élégante; leurs couleurs sont souvent 
très-vives, et leur agilité est extrême. Pendant la saison froide, ils s'engourdissent, 
et même, dans les jours les plus chauds, on les voit rechercher les rayons du soleil. 
Les insectes , les petits mollusques terrestres et les œufs d'oiseaux constituent la 
principale nourriture de ces animaux. Us ne paroissent pas dépourvus d'une cer- 
taine intelligence , et sont naturellement très-doux. Le moindre danger les fait fuir 
avec rapidité; mais, lorsqu'ils se voient réduits à la défensive, ils montrent du cou- 
rage et de l'adresse. Au printemps, ils changent de peau; et quand ils sont remis 
de l'espèce de maladie qui accompagne ce phénomène , ils se livrent aux plaisirs 
de 1 amour. Les mâles sont monoïques , et souvent se battent avec acharnement 
pour la possession d'une femelle; les individus de chaque couple restent ensemble 
pendant toute la saison. Leurs œufs sont blanchâtres et membraneux, et c'est la 
chaleur du soleil qui les fait éclore. Enfin la queue de ces animaux, d'une extrême 
fragilité , se détache plus ou moins près de sa base au moindre effort : le lézard 
qui a éprouvé cette mutilation ne paroît nullement en souffrir, et, ce qui est plus 
remarquable encore, il répare bientôt cette perte; mais la nouvelle queue qui se 
forme n'est pas toujours semblable à l'ancienne , et souvent elle est bifurquée. 

Le genre Lézard, tel que M. Cuvierl'a décrit, comprend deux sous-genres assez 
distincts, les takydromes et les lézards proprement dits. Les premiers, dont la 
queue est excessivement longue par rapport au corps, se rapprochent un peu des 
serpens par leur forme générale : ils ont des rangées d'écaillés carrées même sur le 
dos, et deux vésicules aux côtés de l'anus, mais point de tubercules poreux sous les 
cuisses. Les lézards proprement dits sont , au contraire , dépourvus de vésicules 
anales, et présentent, à la face interne des cuisses, une rangée longitudinale de- 
cailles tuberculeuses et percées à leur sommet de pores circulaires. Les espèces 
figurées dans cette planche et dans la suivante appartiennent toutes à cette division. 
Mon ami M. Milne Edwards, qui s'occupe actuellement de recherches zoologiques 

H. H. TOME L*, i.« partie. Z 



I 72 REPTILES. — SUPPLEMENT. 

et anatomiques sur le genre Lézard, m'a communiqué la partie de son travail qui 
a rapport à ces animaux ; les détails dans lesquels je vais entrer seront d'autant mieux 
accueillis des naturalistes , qu'aucun d'eux n'ignore que cette partie de i'herpéto- 
logie est une des plus obscures et a toujours été traitée assez légèrement. Les 
excellens dessins de M. Savigny prouvent qu'il avoit aperçu cette lacune, et qu'il 
se proposoit d'étudier avec soin et comparativement les espèces recueillies en 
Egypte. 

Fig. 7. LÉZARD GRIS POMMELÉ 

( Lacerta scutellata ). 

La forme générale et les proportions de ce lézard diffèrent peu de celles de 
notre Lézard gris des murailles. Sa tête est pointue, mais peu alongée. Sa queue 
est à peu près deux fois aussi longue que le corps, la tête exceptée. Les tempes 
sont chagrinées comme le dos, et ne présentent point de plaques semblables à 
celles qui recouvrent le haut de la tête. Les écailles du ventre ne se distinguent pas 
nettement de celles du thorax; leur bord externe est très-oblique : elles sont uni- 
formes, et paroissent former des rangées transversales plutôt que longitudinales; 
enfin on en compte de chaque côté de la ligne médiane six par rangée transver- 
sale. Parmi les écailles situées au-devant de l'anus , celle qui occupe la ligne médiane 
n'est guère plus large que les autres; celles de la queue, très-étroites et verticillées, 
sont marquées chacune d'une ligne longitudinale peu saillante. Enfin les pores que 
l'on observe sous les cuisses sont petits et au nombre de vingt-trois de chaque côté. 
Le dessus de la tête de ce lézard est jaunâtre et présente de petites taches bleuâtres. 
Le dos et la face externe des membres sont pommelés de gris-perle très-pâle et de 
gris-ardoise violacé. Les écailles, de couleur claire, forment de petites taches irré- 
gulières, très-rapprochées, et séparées entre elles par de petites lignes d'écaillés de 
couleur foncée, qui se joignent toutes de manière à former une espèce de réseau 
dont les mailles sont représentées par les taches gris de perle. La face supérieure 
de la queue est également d'un gris-perle très-pâle avec quelques taches gris-ardoise. 
Enfin tout le dessous de l'animal est d'un blanc légèrement citrin. 

7. /. Individu de grandeur naturelle, vu en dessus. 

7. 2. Le même vu en dessous. 

7. 3. Tête vue par sa face supérieure et grossie. 

7. 4- Portion de la face supérieure de la queue grossie. 

7. /. La même portion vue par sa face inférieure. 

Fig. 8. LÉZARD DE SAVIGNY 

( Lacerta Savignyi ). 

Quoique le lézard auquel nous donnons le nom de M. Savigny ait beaucoup 
d'analogie avec le Lézard pommelé, nous le regardons comme appartenant à une 



SAURIENS. — LEZARDS. PL. I. t y ^ 

espèce distincte, à cause des différences que Ion remarque dans la forme et la dis- 
position des écailles chez ces deux espèces. En effet, on trouve à la partie anté- 
rieure du front deux petites plaques impaires qui n'existent point dans le Lézard 
pommelé ; et en arrière des plaques postérieures, on remarque une rangée monili- 
forme de plaques arrondies, saillantes et très-petites, mais Lien distinctes des écailles 
chagrinées de la nuque. Les écailles qui recouvrent le ventre diffèrent beaucoup de 
celles du thorax; elles sont régulièrement arrondies à leurs bords latéraux et infé- 
rieurs, et au nombre de trois seulement de chaque côté de la ligne médiane. 
L'écaillé impaire située au-devant de l'anus est beaucoup plus large que celles 
qui sont placées à ses côtés. Sa queue, à peu près deux fois aussi longue que le 
reste du corps, y compris la tête, est verticillée dans ses trois quarts postérieurs; 
mais, près de sa base, les écailles qui recouvrent sa face supérieure sont arron- 
dies, et différent de celles qui sont situées sur les côtés ou plus loin en arrière. 
Ces dernières sont semblables à celles de la queue du Lézard pommelé; seule- 
ment leur carène est plus marquée. Le dessus de la tête de ce lézard est jaune- 
verdâtre, mêlé de taches bleuâtres; tout le dessus du corps est tacheté de gris- 
perle très-pâle et de gris-ardoise violacé très-foncé. Les taches de couleur pâle 
sont disposées à peu près comme dans le Lézard pommelé ; mais elles sont plus 
larges et moins régulièrement circonscrites. Les lignes bleuâtres qui les séparent 
se terminent brusquement vers le haut des flancs, et apparoissent de nouveau à 
quelque distance au-dessous, en sorte que la teinte générale gris-pâle forme dans 
cette partie une raie longitudinale non interrompue depuis la tête jusqu'à la base 
de la queue. Le dessus de la queue est d'un gris-perle très-pâle, mêlé de teintes 
jaunâtres et de quelques taches d'un gris-ardoise. Enfin tout le dessous de l'animal 
est d'une couleur blanche légèrement jaunâtre. 

8. /. Individu de grandeur naturelle, vu en dessus. 

8.-2. Le même vu en dessous. 

8. ^. Tête vue par sa face supérieure et grossie. 

8. 4- Portion de la face supérieure de la queue très-grossie. 

8. y. La même portion vue par la face inférieure. 

Fig. <p. LÉZARD BOSQUIEN, Daud. 

( Lacerta Boskiana , Da ud, ) 

Ce lézard, dont la couleur est grise, avec sept raies longitudinales, a la forme 
générale de l'espèce précédente ; seulement satête est un peu plus alongée et plus 
éloignée des épaules, et la queue est un peu plus longue. Les plaques qui recou- 
vrent sa tête ne se prolongent pas postérieurement jusqu'au niveau des méats au- 
ditifs. La partie antérieure du dos est chagrinée ; mais , près de la queue , les écailles 
deviennent plus grandes, pointues et imbriquées : celles de la face supérieure de la 

H. N. TOME i.«, i.'« partie. Za 



I 7 4 REPTILES. SUPPLÉMENT. 

base de la queue sont même carénées et arrondies ou pointues ; sur les côtés et 
postérieurement, la queue est verticillée. Enfin les écailles de l'abdomen forment 
huit rangées longitudinales, et sont presque rectangulaires. 

La couleur générale de ce lézard, dont nous avons vu le dessin , est d'un bleu 
terne très-foncé. Les plaques qui recouvrent la tête sont plus pâles que les autres 
et bordées de blanc. En arrière de la tête, on voit deux petites raies blanchâtres, 
très-rapprochées l'une de l'autre, qui se portent en arrière et ne tardent pas à se 
réunir : la bande impaire, ainsi formée, longe la ligne médiane du dos et se ter- 
mine en pointe près de l'origine de la queue. De chaque côté se trouvent trois 
autres raies longitudinales et parallèles, de la même couleur, qui commencent 
immédiatement derrière la tête : la ligne supérieure se réunit à celle du côté op- 
posé, un peu en arrière de la terminaison de la raie médiane, et se perd bientôt 
sur la face supérieure de la queue ; la ligne suivante se prolonge beaucoup plus loin, 
et se perd sans s'être réunie à sa congénère. Enfin la troisième raie, ou la plus in- 
férieure, commence à la partie moyenne du bord postérieur du méat auditif, passe 
au-dessus de l'articulation scapulo-humérale, et va se terminer au-devant de la 
cuisse. Entre chacune de ces raies blanchâtres, et sur les lignes foncées qui les sé- 
parent, on remarque aussi une série de petites taches blanches formées par la 
réunion de quatre à six points blancs. Enfin la partie externe des membres posté- 
rieurs présente des taches arrondies de la même nature, mais plus grandes. 

9. /. Individu peut-être grossi, vu en dessus. 

9. 2. Tête d'un individu peut-être de grandeur naturelle, vue en dessus. 

Fig. 10. LÉZARD RUDE 

( Lacerta aspera ). 

Le défaut de renseignemens suffisans ne nous permet pas d'exposer ici les carac- 
tères propres à ce lézard, ni d'assurer que ce soit une espèce distincte de la pré- 
cédente ou de celle qui suit ; cependant nous lui assignons un nom : ses couleurs 
sont à peu près les mêmes ; mais il en diffère par la disposition des écailles , qui 
recouvrent la moitié postérieure de son dos, et qui sont assez grandes, imbriquées, 
carénées et pointues. La forme du méat auditif est également un peu différente. 

10. /. Individu de grandeur naturelle, et vu de trois quarts. 

Fig. 11. LÉZARD D'OLIVIER 

( Lacerta Olivieri ) . 

Ce lézard, qui se rapproche, sous quelques rapports, du Lézard Bosquien, s'en 
éloigne par des caractères assez tranchés : sa queue n'est pas beaucoup plus longue 
que le reste du corps. La peau du dos n'est point écailleuse , mais seulement cha- 
grinée dans toute son étendue. Le quart antérieur de la face supérieure de la queue 
est couvert d'écaillés pointues, carénées et imbriquées ; dans le reste de son étendue, 



SAURIENS. LÉZARDS. PL. 2. I y c 

dk est verticillée. Nous ne connoissons point la disposition des écailles abdomi- 
nales. La couleur générale de ce lézard est gris-lilas; les plaques qui recouvrent la 
tête et les membres sont de la même couleur que le dos, mais plus pâles, et pré- 
sentent également un grand nombre de petites taches irrégulières d'une teinte 
beaucoup plus foncée que le reste. 

ii./. Individu de grandeur naturelle, 
il. 2. Tête vue en dessus et grossie. 

s. II. 

LÉZARDS, SCINQUES, GRENOUILLES 

( Reptiles. — Supplément, planche 2 ). 



Genre LÉZARD. 
Fig. 1 et 2. 

Fig. 1. LÉZARD D'OLIVIER 

( Lacer ta Olivier i ). 

Ce lézard ressemble beaucoup à l'espèce figurée sous le n.° 11 dans la planche 
qui précède, et nous ne voyons aucun caractère suffisant pour l'en distinguer : les 
différences que l'on observe semblent appartenir à ïage ; cet individu nous paroît 
être encore très-jeune. Sa queue est plus de deux fois aussi longue que le corps, et 
verticillée dans toute son étendue : les écailles situées sous la gorge, au-devant du 
collier, sont assez larges ; celles du thorax ne diffèrent que peu de celles du ventre, 
et constituent trois rangées transversales ; les écailles du ventre sont arrondies et 
forment huit rangées longitudinales à peu près de même grandeur. Les pores placés 
sous les cuisses sont très-gros ; on en compte treize de chaque côté. Enfin l'écaillé 
médiane, située au-devant de l'anus, est extrêmement grande, et recouvre presque 
à elle seule toute la portion de la queue située entre le bord antérieur de cette 
ouverture et les cuisses. La couleur de ce lézard est grise tant sur le dos que sur la 
tête, la queue, les membres et les flancs. Sur le dos, on remarque quatre rangées de 
taches moitié noires , moitié blanches : celles qui forment la ligne inférieure sont 
les plus petites, et leur portion blanche est située en haut; les taches qui appar- 
tiennent à la rangée supérieure ont une disposition inverse : enfin, sur la partie 
médiane du dos, sur la queue et sur les pattes postérieures, on voit encore de 
petites taches noires, mais qui, pour la plupart, ne sont pas mêlées de blanc. Le 
dessous de l'animal est d'un blanc grisâtre. 

1 . /. Individu qu'on croit être un jeune , de grandeur naturelle. 
1 . 2. Le même considérablement grossi et vu en dessus. 



I j6 REPTILES. — SUPPLÉMENT. 

i . j. Le même vu en dessous. 

i . 4- Tète vue en dessus et très-grossie. 

i. f , 6,70x8. Portions tant supérieures qu'inférieures de la queue considéra- 
blement grossies. 

Fig. 2. LÉZARD D'OLIVIER, Variété. 

( Lacerta Ohvieri , Var. ) 

Ce lézard paroît être une variété de l'espèce précédente ; il lui ressemble beau- 
coup par la disposition de ses écailles et par sa couleur générale : cependant, au 
lieu de quatre rangées de taches noires sur le dos, il offre quatre bandes de la même 
couleur; la supérieure commence à l'occiput, et est bordée, de chaque côté, de 
petites taches blanches; la seconde s'étend jusqu'aux yeux, et présente dans son in- 
térieur une série de petits points blancs; enfin on voit une troisième ligne noi- 
râtre sur chaque flanc. 

2. /. Individu de grandeur naturelle. 

2. 2. Le même grossi. 

2. 3 , 4, j , 6- Portions supérieures et inférieures de la queue considérablement 
grossies. 

Genre SCINQUE, SCINCUS, Daud. 
Fig. 3-10. 

La famille des scincoïdiens, ou la dernière des reptiles sauriens, comprend les 
sauriens dont les pieds sont très-courts, la langue non extensible et le corps tout 
couvert d'écaillés égales et imbriquées. Les scinques proprement dits se recon- 
noissent à la forme de leur corps tout d'une venue avec la queue, sans renflement à 
l'occiput, sans crête ni fanon. Les uns ont la forme d'un fuseau ; d'autres, presque 
cylindriques, ressemblent à des serpens. Leurs pieds sont très-courts et munis chacun 
de cinq doigts libres, petits, minces, onguiculés et presque égaux. Les écailles qui 
couvrent tout leur corps sont uniformes, arrondies ou elliptiques, imbriquées et 
assez semblables par leur forme et leur disposition à celles des carpes. Leur tête, 
à peine aussi grosse que le cou , oblongue et un peu obtuse , est couverte d'un certain 
nombre de plaques. Leur langue est charnue, peu extensible et échancrée; leurs mâ- 
choires sont garnies tout autour de petites dents dont on voit aussi deux petites 
rangées au palais. Leur tympan, assez semblable à celui des lézards, est cependant 
plus enfoncé, et souvent le bord antérieur du méat auditif est garni d'une petite 
membrane dentelée. Leur anus et leur verge ressemblent à ceux des lézards. 

Malgré l'état presque rudimentaire des pieds d'un grand nombre de scinques, 
il paroît qu'ils se meuvent avec une grande vivacité et sont presque aussi agiles que 
les lézards. Ils habitent les lieux secs et pierreux, recherchent la chaleur et se nour- 
rissent principalement d'insectes. 



SAURIENS. SCINQUES. PL. 2. 177 

Fig. 3. SCINQUE DE SAVIGNY 

( Sein eus Savignyi ). 

La forme générale de cette espèce, que nous nommons Scinque de Savigny , se 
rapproche beaucoup de celle de quelques lézards à queue courte. En effet, la 
partie antérieure du thorax est un peu renflée ; les membres sont très-développés, 
et les doigts, minces, alongés et garnis d'ongles crochus, sont très-inégaux en lon- 
gueur; enfin la queue, plus longue que le corps, est recouverte en dessus de larges 
écailles assez semblables à celles que l'on voit au ventre des lézards. La couleur 
générale de cet animal est brune; derrière la tête, elle est presque noire : la queue, 
au contraire, est assez pâle. Trois bandes jaunes longitudinales se remarquent à la 
face dorsale du corps : les trois supérieures , dont une médiane et deux latérales, 
sont peu marquées et ne commencent à être distinctes que derrière le cou; les deux 
inférieures, au contraire, commencent sur les mâchoires et se prolongent un peu 
sur la queue. Enfin la gorge est d'un brun noirâtre très-foncé, les pattes sont d'un 
brun verdâtre uni, et le ventre est d'un gris jaunâtre peu foncé. 

3. /. Individu de grandeur naturelle. 



cent. 



Longueur totale 1 8,0. 

de la tête 2,0. 

du corps 6,4. 

de la queue 0,6. 

du membre antérieur 3,3. 

du membre postérieur 3,0. 

3. 2. Tête vue en dessus et très-grossie. 

3. j\ La même, vue en dessous. 

3. 4- Patte postérieure grossie et vue en dessous. 

Fig. 4- SCINQUE DE SAVIGNY, Variété. 

( Sein eus Savignyi, Var. ) 

Ce scinque diffère du précédent en ce que le méat auditif est situé beaucoup 
plus près de la commissure des mâchoires. Ses écailles sont plus petites , sa couleur 
générale est beaucoup plus foncée, les bandes longitudinales sont d'un blanc jau- 
nâtre et commencent à l'occiput; sa gorge est blanchâtre; enfin ses pattes posté- 
rieures, au lieu d'être d'une teinte brune uniforme, présentent des bandes jaunes, 
longitudinales sur les cuisses et obliques sur les jambes. 

4- /. Individu de grandeur naturelle. 



178 REPTILES. SUPPLÉMENT. 

Fig. 5. SCINQUE RAYÉ 

( Scincus vittatus , Ouv., loco citato , pi. xxix , fig. 1 ). 

Le scinque représenté par Olivier est évidemment de la même espèce que 
celui-ci, qui, au reste, ne diffère lui-même que bien peu du précédent. La dispo- 
sition des plaques qui recouvrent la tête n'est pas tout-à-fait la même. Sa couleur 
générale est d'un gris rembruni : les cinq bandes jaunes longitudinales qu'on re- 
marque sur le dos sont bordées des deux côtés d'une ligne de taches noires. Le 
dessus de la tête offre une teinte un peu bleuâtre ; le dessous est jaunâtre ; Je 
ventre est d'un blanc sale; enfin les pattes antérieures présentent des stries longi- 
tudinales brunes , et les pattes postérieures , des taches de la même couleur. 

y 1. Individu de grandeur naturelle. 

5. 2. Tête vue en dessus et grossie. 

Fig. 6. SCINQUE DE JOMARD 

( Scincus Jomardii ). 

La forme générale de cette espèce s'éloigne un peu de celle des scinques repré- 
sentés dans les figures précédentes, en ce que la queue est beaucoup plus longue 
et se rétrécit moins brusquement. Les plaques qui recouvrent la tête et les écailles 
du dos et des membres ont à peu près la même forme; mais celles de la partie 
postérieure et supérieure de la queue, au lieu d'être très-longues et semblables aux 
plaques abdominales de certains ophidiens , ont la même forme et la même dis- 
position que sur le reste du corps. Le dessus de la tête est d'un brun nuancé de 
bleu; le dos, la queue et les pattes sont bruns, et Ton remarque de chaque côté du 
corps deux bandes jaunes longitudinales, assez étroites : l'une, supérieure, com- 
mence à l'angle de l'œil et se prolonge jusque sur la queue ; l'autre, plus large et plus 
marquée , s'étend de la bouche à la base de la patte antérieure. Outre ces quatre 
bandes jaunes, on remarque sur le dos de l'animal, de chaque côté de la ligne mé- 
diane, une rangée de taches noires alongées et rapprochées au point de se toucher 
presque. Ces deux rangées de taches commencent à l'occiput et se prolongent sur 
les deux tiers antérieurs de la queue. Enfin le ventre est d'un gris-perle sale. 

6. /. Individu de grandeur naturelle. 

Fig. 7. SCINQUE OCELLÉ, Daud. 
( Lacerta ocelîata , Forsk.; Scinque de Chypre , Petiv.; Sehîie des Arabes. ) 

Cette espèce de scinque, qui nous paroîtla même que celle qu'a figurée M. Geof- 
froy-Saint-Hilaire sous le nom à'Anolis marbré , ne diffère de celle qui a été dé- 
crite par Daudin sous le nom de Scinque ocellé qu'en ce que sa queue est un peu 
plus longue. 

Sa 



SAURIENS. SCINQUES. PL. 2. i n q 

Sa tête, de forme triangulaire, est d'une seule venue avec le cou, qui est cylin- 
drique comme le reste du corps et à peu près de la même grosseur; la queue, plus 
longue que le corps , diminue graduellement de volume et se termine en pointe ; 
les membres sont peu développés. Enfin le dessus de la tête présente des écailles 
assez larges; mais tout le reste de l'animal est recouvert de petites écailles arrondies 
et uniformes. 

La face dorsale de ce scinque est d'un brun jaunâtre. Sur la queue on remarque 
des bandes transversales d'écaillés d'un brun chocolat, ayant chacune une petite 
ligne blanche à sa partie moyenne : sur le corps on voit aussi des raies de la même 
couleur; mais elles sont souvent interrompues et anguleuses. Enfin le ventre est 
d'un jaune paille, et la gorge est blanchâtre avec quelques points bruns. 

7. /. Individu de grandeur naturelle. 
7. j2. Tête grossie et vue en dessus. 
7. 3. La même , vue en dessous. 

Fig. 8. SCINQUE D ES BOUTIQUES 

( Scincus officinalis , Schneid. ; el-adda des Arabes ). 

D'après les relations des voyageurs, cet animal habite l'Abyssinie, la Nubie, 
l'Egypte, l'Arabie, d'où on le porte à Alexandrie. Les Orientaux le regardent 
comme un aphrodisiaque puissant; et jadis la réputation de ses propriétés thérapeu- 
tiques étoit très-grande dans toute l'Europe. Voici la description assez détaillée et 
suffisamment exacte que Daudin nous en a donnée : 

« Le Scinque ordinaire ou des boutiques est très-facile à distinguer des autres 
» sauriens par sa forme alongée, presque ellipsoïde. 

» La tête, lisse et pointue en devant, est revêtue de plaques à peu près sem- 
» blables à celles des lézards; elle est petite en comparaison du cou, qui est deux 
» fois plus long, et assez gros près des bras; elle a de petits yeux un peu saillans. 
» Le tympan , placé à chaque côté antérieur du cou , est à peine distinct ; car il 
» est de niveau avec les écailles , et ressemble même assez à une écaille grise plus 
» claire. La mâchoire supérieure est plus longue que l'inférieure , un peu obtuse 
» en devant; ses lèvres débordent les dents, et servent à contenir la mâchoire 
» inférieure , presque comme le bord d'un couvercle , lorsque la bouche est 
» fermée. Les dents sont très-petites, nombreuses, non aiguës, et de hauteur égale. 
» Le corps est un peu anguleux en dessus , parce que la colonne vertébrale est 
» légèrement saillante sur toute la longueur du dos ; les flancs sont au contraire 
» un peu comprimés. La queue, grosse à sa base, mince et comprimée à son 
» bout, a un peu la forme d'un coin, et n'est pas plus longue que la tête et le 
« cou réunis. 

» Les quatre membres sont amincis, assez courts, à peu près de longueur 
» égale, et munis chacun de cinq petits doigts plats, séparés, dentelés en scie 

H. N. TOME I.", j.re partie. A a 



I 80 REPTILES. SUPPLÉMENT. 

» sur leur bord extérieur, et terminés chacun par un ongle plat et pointu. Plusieurs 
» naturalistes, entre autres Linné, ont cru que le Scinque ordinaire n'a pas d'ongles 
» au bout de ses doigts : c'est une erreur qu'il importe de relever, et qui n'a pu 
t> être produite que parce qu'on n'aura sans doute décrit alors que des individus 
» plus ou moins mutilés. 

» Le corps, le cou et la queue sont entièrement recouverts par des écailles 
» arrondies, lisses, plus larges que longues, disposées par rangées longitudinales, 
» toutes luisantes, grisâtres, et marquées d'un double trait qui est plus clair. On 
» voit en outre dessus cet animal , principalement lorsqu'il est vivant , plusieurs 
;> larges bandes transversales plus foncées. » 

L'individu représenté dans cette figure est d'un jaune assez vif, et les bandes 
transversales sont lilas ; mais chacune des écailles qui concourent à les former 
est bordée de brun , et présente , à sa partie médiane , une petite tache brune , 
outre les deux lignes blanchâtres déjà indiquées. Le ventre est d'un jaune ver- 
dâtre sale. 

8. /, Individu de grandeur naturelle. 
8. -2. Tête vue en dessus et grossie. 
8. ^. La même, vue en dessous. 

Fig. 9 . SCINQUE SEPSOÏDE 

( Scincus sep soldes ). 

Cette espèce semble établir le passage entre les scinques et les seps pentadac- 
tyles. En effet, son corps, droit et alongé, est semblable à celui d'un orvet; ses 
membres sont réduits à un état presque rudimentaire , et les postérieurs sont très- 
éloignés des antérieurs : mais elle s'éloigne des seps par la disposition de la queue, 
qui, au lieu d'être beaucoup plus longue que le corps, ne dépasse guère la moitié 
de sa longueur; elle diffère encore par ses mâchoires, dont l'inférieure est plus 
courte que la supérieure , tandis que chez le seps pentadactyle elles sont d'égale 
longueur. Les écailles du corps sont petites, uniformes, et semblables à celles des 
autres scinques; les yeux sont très-petits, et le méat auditif est à peine visible. La 
couleur générale de cet animal est d'un violet noirâtre clair; mais chaque écaille 
présente, à sa partie médiane, une tache longitudinale beaucoup plus foncée : il en 
résulte autant de raies longitudinales noirâtres qu'il y a de rangées d'écaillés placées 
sur le dos et sur la queue, c'est-à-dire neuf, une médiane et quatre de chaque côté ; 
les cinq supérieures commencent à l'occiput, mais lavant-dernière se continue 
en avant avec une ligne noire qui passe sur l'œil et va se terminer à la narine; enfin 
la cinquième et dernière commence sur le cou et finit à l'articulation de la cuisse : 
les autres, au contraire, se prolongent presque jusqu'à l'extrémité de la queue. La 
face inférieure du corps est d'un blanc sale tirant sur le jaune- verdâtre et comme 
nacré. 



SAURIENS. SCINQUES. PL. 2. i^î 

9. /. Individu de grandeur naturelle. 

cent. 

Longueur totale 1 2)0# 

de la tête et du cou ^8, 

Distance des membres antérieurs aux membres postérieurs .... 5,2. 

des membres postérieurs à l'extrémité de la queue.. 4,8. 

9. 2. Tête grossie et vue en dessus. 

Fig. 10. SCINQUE SEPSOÏDE, Variété. 
( Scincus sepsoïdes , Var. ) 

Le dessus de sa tête est d un gris verdâtre mêlé de jaune; la couleur générale du 
dos est bien moins foncée que dans l'individu précédent, et les lignes longitudi- 
nales formées par les taches noirâtres sont moins larges et moins prononcées. 

1 o. /. Individu de grandeur naturelle. 

1 o. 2. Tête grossie et vue en dessous. 

BATRACIENS. 



Genre GRENOUILLE, RANA. Lin. 
Fig. 11 et 12. 

Les grenouilles à l'état parfait sont des batraciens dépourvus de queue, ayant 
quatre jambes, dont les deux postérieures, aussi longues ou plus longues que le corps, 
sont pourvues de cinq doigts minces , de longueurs inégales , et palmés. Dans 
quelques espèces on trouve le vestige d'un sixième doigt : les pieds de devant n'ont, 
au contraire, que quatre doigts; ni les uns ni les autres ne présentent de pelotes 
visqueuses à leur extrémité. Leur tête est plate et arrondie ; leur bouche très-fendue; 
leur langue, charnue et fixée à la mâchoire par son extrémité antérieure, est libre 
postérieurement, et peut se renverser en dehors; la mâchoire supérieure est garnie 
tout autour de petites dents très-fines, dont on trouve aussi une petite rangée 
au milieu du palais. Les yeux sont arrondis et saillans; mais, le fond de l'orbite 
n'étant séparé de la cavité buccale que par des membranes , ils peuvent rentrer ces 
organes au point de les mettre au niveau de la surface des parties environnantes : 
leurs paupières sont au nombre de trois, deux charnues et recouvertes parles 
tégumens, une transparente, horizontale et externe. Une plaque cartilagineuse 
qui leur tient lieu de tympan est placée à fleur de tête. La peau est lisse , et l'on 
ne trouve point sur les parties latérales du cou les tubercules glanduleux que l'on 
nomme parotides , et qui se remarquent chez les crapauds et plusieurs autres batra- 
ciens ; mais chez les mâles on remarque dans cette partie une petite poche mem- 
braneuse qui se gonfle d'air lorsque l'animal coasse. 

Tous les animaux de ce genre sont dépourvus de côtes, et, chez eux, l'inspira- 
tion de l'air se fait par des mouvemens de déglutition : aussi, comme l'a très-bien 

H. N. TOME L Π, i. ,e partie. A a 2 



182 REPTILES, — SUPPLÉMENT. 

observé M. Duméril , suffit-il de leur tenir la bouche ouverte pendant un certain 
temps pour les asphyxier. 

Les mâles n'ont point d'organes extérieurs de la génération , et il n'y a point 
d'accouplement réel : cependant le mâle se Ûxe sur le dos de la femelle à l'aide des 
renflemens spongieux dont ses pouces sont garnis, y reste pendant un temps très- 
considérable, et féconde les œufs au moment de la ponte. Lors de leur sortie de 
l'œuf, les jeunes grenouilles ne présentent point la forme qu'elles acquièrent par 
la suite : elles ont une longue queue , sont dépourvues de membres , respirent l'air 
contenu dans l'eau à l'aide de branchies, et ressemblent à des poissons. On les 
nomme têtards. 

Fig. n. GRENOUILLE VERTE, Variété. 
( Rana esculenta, Var. , Lin. ) 

L'espèce qu'on voit représentée ici ne diffère guère de la Grenouille verte de 
Spallanzani que par les lignes jaunâtres qui régnent tout le long de son dos et qui 
sont au nombre de huit. Sa couleur générale est d'un très-beau vert avec des taches 
noires arrondies sur le dos et des bandes transversales de la même couleur sur les 
jambes. Enfin tout le dessous du corps est blanc. 

11./. Individu de grandeur naturelle, vu sur le dos, avec les pattes étendues. 

1 1 . 2. Le même vu en dessous. 

n.^ ( Le même vu de profil, et de trois quarts en dessus. 

Fig. 12. GRENOUILLE VERTE, Variété A DOS BLANC. 
( Rana esculenta , Var. , Lin. ) 

Cette petite grenouille diffère principalement de la précédente par une large 
bande d'un blanc vif qui s'étend sur la ligne médiane du dos depuis les narines 
jusqu'à l'anus, et par une ligne de même couleur, mais très-étroite, qui règne sur 
toute la face supérieure et interne du membre postérieur. 

12. /. Individu de grandeur naturelle, vu en dessus. 
12. 2. Le même vu en dessous. 

Genre RAINETTE, HYLA. 

Fig. 13. 

Les rainettes se distinguent des grenouilles en ce que l'extrémité de chacun 
de leurs doigts est élargie de manière à former une espèce de pelote arrondie et 
visqueuse, à l'aide de laquelle ces animaux peuvent se fixer aux corps et grimper 
aux arbres : aussi, pendant l'été, s'y tiennent-elles habituellement pour y chercher 
les insectes dont elles se nourrissent; mais elles pondent toujours leurs œufs dans 
l'eau, et ressemblent, tant parleur structure que par leurs habitudes , aux grenouilles 



BATRACIENS.— GRENOUILLES. PL. 2. 182 

proprement dites. Les mâles n'ont point de sacs membraneux derrière les oreilles , 
mais une poche placée sous la gorge et destinée aux mêmes usages. 

Fig. 13. RAINETTE DE SAVIGNY 

( HyhrSavignyi ). 

Cette espèce ressemble beaucoup, par sa forme générale, par la couleur vert- 
pomme de toute la face supérieure de son corps et par la structure granulée des 
tégumens du ventre et du dessous des membres, à la Rainette commune; mais elle 
en diffère par la disposition des bandes jaunâtres qu'on remarque sur ses côtés. 
Comme dans la Rainette verte, une ligne noire s'étend de la narine à l'œil, passe 
sur le tympan et se prolonge plus ou moins loin sur les flancs ; deux autres lignes 
jaunâtres partent également de l'angle postérieur de l'œil : l'une , inférieure, au lieu 
de longer le bord inférieur de la ligne noire des flancs, se porte un peu en bas > et 
borde la face postérieure du membre antérieur jusqu'à son extrémité ; la bande 
jaune supérieure longe le dessus de la ligne noirâtre, mais ne forme point d'angle 
sinueux sur les lombes, et se prolonge W toute la longueur du bord externe du 
membre postérieur. Le dessous du corps est d'un blanc jaunâtre. 

OPHIDIENS. 



s. ni. 

VIPÈRES 

( Reptiles. — Supplément, planche 3 ). 



Genre VIPÈRE, VIPËRA. 
Fig. 1. 

Les vipères, de même que les couleuvres, sont des ophidiens dont lé corps et la 
queue sont en général cylindriques et recouverts en dessus d'écaillés rhomboïdales 
réticulées, souvent carénées, et en dessous de larges plaques transversales, entières 
sous le corps et doublées sous la queue : mais elles diffèrent beaucoup des couleuvres 
sous le rapport de leurs dents; car elles sont munies de crochets venimeux en de- 
vant de la mâchoire supérieure. La tête des vipères est comme raccourcie, élargie 
postérieurement, ayant ses lèvres épaisses, un peu retroussées, et ordinairement 
couvertes en dessus de petites plaques nombreuses ou d'écaillés semblables à celles 
du dos. L'anus est transversal et sans ergots. 

Les espèces qui appartiennent à ce genre sont extrêmement nombreuses : on 
les a divisées en cinq groupes ; savoir : 

Les trigonocéphales , qui ont des fossettes derrière les narines , l'occiput 
très-élargi , et la queue souvent terminée par un petit aiguillon corné ; 



l84 REPTILES. S UPPLÉMENT. 

Les platures , dont la queue est comprimée et la tête couverte de plaques ; 

Les naÏas, qui ont la faculté d'élargir en disque la partie du corps la plus voisine 
de la tête , qui est elle-même recouverte de grandes plaques ; 

Les él aps, qui ne peuvent dilater ainsi leur corps, qui ont de larges plaques sur 
la tête, et dont les mâchoires peuvent à peine s'écarter en arrière, d'où il résulte 
que leur tête est toute d'une venue avec le corps ; 

Les vipères ordinaires , qu'on peut, à leur tour, diviser en deux sections. 

L'espèce représentée dans cette planche appartient à la division des naïas. 

Fig. 1. L'ASPIC HAJE 

( Viper a haje , Geoffr. ). 

L'animal désigné par les anciens sous le nom & aspic n'est point la couleuvre 
vipérine, comme l'avoient pensé quelques naturalistes, mais bien la Vipère haje 
décrite par Hasselquist et Forskael. M. Geoffroy-Saint-Hilaire en ayant parlé pré- 
cédemment avec détail, nous renvoyons à sa description. 

1 . /. Individu représenté avec son cou élargi. 

1. 2. Tête et cou vus en dessus, ce dernier n'étant pas gonflé. 

1 . 3. La même partie vue en dessous. 

§. IV. 
VIPÈRES ET COULEUVRES 

( Reptiles. — Supplément , pi. 4 et 5 ). 

N'ayant pu nous procurer les dessins originaux ni aucune note sur les animaux 
représentés dans ces deux planches, il nous a été impossible de les décrire ou de 
déterminer avec exactitude les espèces auxquelles ils appartiennent. On sait que les 
caractères qui servent principalement à les distinguer sont basés sur le nombre des 
plaques entières et doubles qu'on trouve à la face inférieure de leur corps, et sur 
leurs couleurs. Nous avons dû nous arrêter devant des difficultés insurmontables ; 
chaque espèce qu'on a crue différente a été distinguée par un numéro particulier, de 
sorte qu'il deviendra facile aux naturalistes placés dans des circonstances plus favo- 
rables de citer les espèces qu'ils croiront reconnoître. 



DESCRIPTION 

DES 

CROCODILES D'EGYPTE*, 

Par M. GEOFFROY-SAINT-HILAIRE, 

Membre de l'Institut. 



Uès les temps les plus reculés, alors que les habitudes des animaux paroissoient 
avoir un caractère de manifestation divine, et que, fournissant de pieux motifs 
pour l'assujettissement et le gouvernement des peuples, elles étoient soigneuse- 
ment étudiées et recueillies, le crocodile fut recherché, honoré et conséquent 
ment bien observé par les classes intelligentes et supérieures de la société. Il 
avoit suivi le Nil, quand ce fleuve, brisant ses antiques barrières, traversa le 
flanc des montagnes granitiques pour former avec ses alluvions, au-delà de ces 
mêmes montagnes, dites de Syène aujourd'hui, le sol de la vallée de l'Egypte. 
Les ravages du plus grand des animaux aquatiques, répandant par- tout l'épouvante 
et la mort, le firent regarder comme un instrument des vengeances célestes. Un 
sentiment stupide et superstitieux fît le succès de ces croyances. Voilà comment 
le pouvoir malfaisant d'une bête cruelle parvint à troubler la raison et à surprendre 
les hommages d'un peuple abusé. 

Ceci existoit en Egypte dans un âge dont nous reportons l'antiquité au-delà 
des temps historiques; et, en effet, cet objet d'épouvante et d'horreur y avoit 
dès-lors obtenu les hommages d'une servile adoration. A une nation profondé- 
ment pénétrée de l'esprit religieux il avoit été facile de persuader que la Divinité 
s'étoit comme disséminée et se manifestoit par-tout où apparoissoient les phéno- 
mènes de la vie. Ainsi le crocodile fut compté et rangé parmi les animaux 
sacrés : des prêtres en prirent soin, l'élevèrent et le nourrirent dans leurs temples. 

Ce fut à cette époque qu'un des plus beaux génies de la Grèce vint visiter 
les peuples répandus dans la vallée du Nil. Hérodote nous les fait connoitre dans 
son ouvrage , monument précieux et éternel pour les nations qui se succéderont 
sur la terre. Développant les systèmes religieux des peuples de l'Egypte, il fut 
insensiblement engagé dans l'histoire de leurs animaux; et celle du crocodile, 
l'un des plus mêlés à la théogonie Égyptienne, fixa plus particulièrement son 
attention. 

L'œuvre d'Hérodote est tellement complète à cet égard, qu'elle nous arrête tout 
d'abord. Les anciens, dont le génie n'étoit point entravé par des idées toutes 

* Voyez ci-dessus, page 120. 



l86 DESCRIPTION DES REPTILES. 

faites de psychologie, ont porté au plus loin l'observation des mœurs, quand les 
modernes, pour avoir trop donné à la crainte d'être dupes de leur crédulité, y 
furent très-réservés. Confians dans cette remarque, nous serons donc très-atten- 
tifs à ce qu'Hérodote nous a transmis concernant le crocodile; et nous ne crain- 
drons point de commencer la description de cette espèce par transcrire en son 
entier ce que ce philosophe lui a consacré dans le magnifique monument qu'il a 
élevé à la gloire des lettres. Le crocodile ne se laisse point approcher : par consé- 
quent, plusieurs de ses habitudes , que la sagacité et la finesse d'esprit des anciens 
leur ont fait découvrir, en reçoivent plus de prix; et quelques-unes de ces habi- 
tudes, en effet, nous resteroient à connoître, si l'observation n'en avoit été faci- 
litée ou communiquée à Hérodote. Que de raisons, par conséquent, de suivre un 
tel guide, dans les écrits duquel il règne d'ailleurs un sentiment du vrai, un ton 
de candeur, et un faire de couleur antique, effectivement bien propres à justifier 
notre détermination ! 

Une controverse assez vive s'est néanmoins élevée sur le récit d'Hérodote tou- 
chant le crocodile; mais, heureusement, je puis y intervenir utilement, les cir- 
constances m'ayant assez favorisé pour me remettre en main les pièces du procès. 
En reprenant et en examinant à part chaque article, je n'aurai pas seulement donné 
un commentaire utile , mais j'aurai insensiblement reproduit tous les faits de l'his- 
toire de l'animal ; peut-être aussi aurai -je réussi à rendre plus accessible au goût 
du lecteur cette même histoire, par la forme que j'ai adoptée , inusitée sans doute, 
mais rendue plus piquante par son caractère de variété; et, dans tous les cas, j'ai 
la conviction d'arriver à cette conséquence, que, si l'on ne s'est pas toujours bien 
entendu , les dissentimens ont roulé moins sur des erreurs de fait concernant la 
nature des choses, que sur la manière de comprendre les faits observés, de les expli- 
quer comme doctrine , et de les exposer avec précision et clarté. 

Or voici comment s'exprime Hérodote au sujet du crocodile dans l'exacte et 
élégante traduction de l'ancien conseiller d'état M. Miot ( i ) : 

« Je vais parler actuellement des mœurs des crocodiles. Pendant les quatre mois 
» d'hiver, ces animaux ne prennent aucune nourriture. Le crocodile, quoique qua- 
» drupède, vit également à terre et dans l'eau; mais il pond toujours ses œufs sur le 
» sable, où ils éclosent. Il passe la majeure partie du jour à sec, et la nuit tout entière 
» dans le fleuve, dont l'eau a une température plus chaude que n'est alors celle de 
» l'air et de la rosée. De tous les animaux que nous connoissons, le crocodile est 
» celui sans doute dont l'accroissement est le plus extraordinaire. Ses œufs ne sont 
« pas beaucoup plus grands que ceux d'une oie , et il en sort par conséquent un 
» animal proportionné ; cependant cet animal en grandissant atteint jusqu'à dix- 
» sept coudées de longueur, et quelquefois davantage. Il a les yeux d'un cochon, 
» les dents saillantes en dehors, et très-grandes dans la proportion de son corps. 
» Il est le seul de tous les animaux qui n'ait point de langue, le seul aussi dont la 
» mâchoire inférieure ne soit pas mobile, et qui fasse au contraire retomber la 

(i) Histoire d'Hérodote, suivie de la Vie d'Homère; d'état. Paris, Firmin Didot , 1822, 3 vol. in-8.° , avec 
nouvelle traduction, par A. F. Miot, ancien conseiller une carte. 

» mâchoire 



CROCODILES. PL. 2. 187 

» mâchoire supérieure sur l'inférieure. Il a des ongles extrêmement forts , et une 
y> peau écailleuse qui est impénétrable sur le dos. Il voit mal dans l'eau, mais en plein 
» air sa vue est très-perçante. Comme il se nourrit particulièrement dans le Nil , 
» il a toujours l'intérieur de la gueule tapissé d'insectes qui lui sucent le sang. 
» Toutes les espèces d'animaux terrestres ou d'oiseaux le fuient ; le trochilus seul 
» vit en paix avec lui , parce que ce petit oiseau lui rend un grand service : toutes 
» les fois que le crocodile sort de l'eau pour aller sur terre , et qu'il s'étend , la 
» gueule entr'ouverte ( ce qu'il a coutume de faire en se tournant vers le vent 
» du midi ) , le trochilus s'y glisse et avale tous les insectes qui s'y trouvent : le 
» crocodile, reconnoissant, ne lui fait aucun mal. ( Euterpe, ou livre n, §. 68. ) 

y> Les crocodiles sont sacrés dans quelques parties de l'Egypte , et ne le sont 
» pas dans les autres, où. on les poursuit même en ennemis. Les Égyptiens qui ha- 
» hitent les environs de Thèbes et du lac Mœris sont fermement persuadés que 
» ces animaux sont sacrés, et nourrissent habituellement un crocodile qu'ils sont 
» parvenus à apprivoiser; ils ornent ses oreilles d'anneaux d'or ou de pierres vitri- 
» fiées, et ses pieds de devant de bracelets. Us ne lui donnent à manger qu'une 
» certaine quantité déterminée d'alimens, soit du pain, soit delà chair des victimes. 
» Ils l'entretiennent ainsi avec le plus grand soin pendant sa vie, et l'enterrent 
» après sa mort dans des cellules consacrées. Les habitans d'Éléphantine se nour- 
» rissent au contraire de la chair des crocodiles , et sont loin de les considérer 
» comme sacrés. Du reste, le nom de cet animal en égyptien n'est point croco- 
» dile, mais champsa; ce sont les Ioniens qui lui ont donné le nom de crocodile , 
» par la ressemblance de sa forme avec celle des lézards que l'on voit sur les mu- 
» railles et qu'ils nomment ainsi. ( §. 6p. ) 

» Il y a plusieurs manières de chasser ces animaux ; mais je me bornerai à décrire 
» celle qui me paroît la plus remarquable. Après avoir attaché à un hameçon le 
» dos d'un porc, et l'avoir jeté au milieu du fleuve, les chasseurs se placent sur la 
» rive, et frappent un petit cochon qu'ils ont apporté avec eux. Le crocodile , en- 
» tendant les cris de l'animal, se dirige vers le lieu d'où vient la voix, et, rencon- 
» trantdans son chemin l'appât qui a été tendu, l'avale avec l'hameçon. Alors les 
» chasseurs le tirent à eux, et, lorsque le crocodile arrive sur la terre, un d'entre 
p eux, avant tout, s'avance et enduit les yeux de l'animal d'argile délayée qu'il a 
» préparée : avec cette précaution, on vient facilement à bout du reste ; autrement 
» il en coûteroit beaucoup de peine. ( §. 70. ) » 

Etant en Egypte, j'avois continuellement ces détails dans la pensée; à chaque 
occasion de les vérifier, je l'ai fait avec empressement, ou mieux j'allois au-devant 
par des recherches attentives et par des questions multipliées adressées à des 
hommes vivant sur le Nil et auxquels le commerce de la pêcherie avoit donné 
une grande expérience. Je suivois ainsi des indications , je recueillois quelques 
clartés, qui, bien qu'après vingt siècles, m'arrivoient cependant toujours instruc- 
tives et vives. Et en effet, sans elles, eusse -je jamais songé à constater les inti- 
mités, toutefois bien réelles, du crocodile et du trochilus! Qui ne sait que, sans 
avoir rien compris à ce passage , les érudits s'y sont cependant attachés , les uns 

H. N. TOME L«„ i." partie. Bb 



I 8 8 DESCRIPTION DES REPTILES, 

pour l'expliquer puérilement ou par des suppositions controuvées, et d'autres 
pour s'en autoriser à rejeter la véracité du père de l'histoire î 

C'est en suivant Hérodote pas à pas que j'ai procédé dans mes recherches con- 
cernant le crocodile ; je vais encore le suivre dans l'exposition que j'en dois 
donner ici. 

« Pendant les quatre mois d'hiver, les crocodiles ne prennent aucune nourriture. » 

Mes informations m'ont procuré des réponses qui toutes ont contredit cette 
observation; mais, loin qu'on doive en prendre occasion de soupçonner la véracité 
d'Hérodote, je reconnoisau contraire qu'il n'a rapporté qu'un fait probable, qu'un 
fait des habitudes générales des reptiles. Bartram raconte la même chose des cro- 
codiles qu'il a observés en Amérique. Il est vrai que ces crocodiles sont, dans cette 
contrée septentrionale, plus décidément asservis à de propres et natives habitudes ; 
ils y vivent sous une dépendance moins directe de l'espèce humaine, dans des pays 
plus froids, moins peuplés, et peut-être plus nouvellement abandonnés par les 
eaux, trouvant en plus grande quantité, pour en faire leur résidence, des anses et 
lieux déserts où ils puissent se cacher et demeurer impunément engourdis pendant 
tout l'hiver. Il est donc naturel dépenser que le crocodile du Nil avoit, au temps 
d'Hérodote, été assujetti à ces faits de mœurs générales ; mais il n'en seroit plus 
ainsi présentement que l'action du temps, que la main des hommes auroient 
façonné toutes les rives du fleuve, et, de cette manière, auroient fait entrer le 
crocodile dans des voies de prévoyance et d'activité. Et, de plus, on sera sans 
doute attentif aux conséquences des documens suivans : il y avoit autrefois des 
crocodiles dans la basse comme dans la haute Egypte ; et il n'en existe plus pré- 
sentement dans les cent lieues de longueur du Nil inférieur ; il faut remonter 
jusqu'à Thèbes pour en apercevoir. 

Ce rapprochement donne lieu à plusieurs questions de quelque intérêt. L'état 
physique du sol et de l'atmosphère a-t-il depuis deux mille ans subi en Egypte 
quelque altération ! ou bien le Nil auroit-il autrefois nourri plusieurs autres espèces 
ayant pu s'accommoder d'un abaissement de température, tel que le feroit présumer 
l'hibernation des animaux! ou bien, comme tout-à-l'heure nous l'avions pressenti, 
le crocodile auroit-il été seulement relégué et se trouveroit-il contenu dans les 
cent lieues du fleuve supérieur par le développement progressif de la population, 
et sur-tout par l'accroissement de la puissance industrielle l Cependant pourquoi 
ces causes, auxquelles la dure tyrannie de quelques gouvernemens pendant le moyen 
âge auroit depuis fait perdre de leur intensité; pourquoi ces causes, qu'on sait si 
ardentes, si diverses et si multipliées , pour opérer la dissémination des espèces 
dans tous les lieux favorables à leur établissement, n'auroient-elles point alors réagi 
et rendu le crocodile à la basse Egypte! Le crocodile, qui n'avoit qu'à descendre, 
qu'à se laisser entraîner par les eaux, y eût trouvé plusieurs retraites inaccessibles; 
car il en est encore de telles aux abords des grands lacs , près des embouchures de 
chaque branche. Or là il eût rencontré des conditions comme en avoit observé 
Bartram, une température froide et pénétrante pendant une partie de l'année, une 



CROCODILES. PL. 2. l8o 

saison pluvieuse à conjurer par l'hibernation, et la possibilité de se défendre dans 
les autres saisons par la toute -puissance d'un caractère formé tout-à-la-fois d'au- 
dace et de prudence , de ruse et de férocité. 

C'est ainsi que je conçois que s'il y avoit au temps d'Hérodote des crocodiles 
vivant librement dans l'Egypte inférieure, ils y étoient tenus , à raison de la basse 
température des contrées maritimes pendant la saison rigoureuse, au régime des 
animaux sujets à l'engourdissement. 

« Le crocodile , quoique quadrupède , vit également à terre et dans l'eau. » 

Le crocodile n'est pas néanmoins un véritable amphibie , comme nous le 
pourrions dire de quelques animaux, soit reptiles, soit crustacés, qui ont les deux 
sortes d'organes respiratoires, et qui s'en servent alternativement dans les deux 
milieux , l'air et l'eau. Animal aérien , puisqu'il respire l'air en nature , il n'est 
bien à l'aise, il ne se croit en lieu de sûreté , il ne se montre rusé, entreprenant, 
il ne s'anime et il ne poursuit sa proie que dans l'eau. Il est donc placé par son 
organisation sous deux nécessités , sous deux impulsions qui se contrarient par 
leur exigence simultanée. Diversement excité et entraîné, il vit habituellement 
dans l'état fâcheux qu'engendrent chez les animaux des besoins non pleinement 
satisfaits: il est inquiet, farouche, et, en conséquence, le plus souvent cruel sans 
nécessité. 

Cependant, ce qui lui procure les bénéfices d'une heureuse compensation, 
ses narines ont une disposition propre à concilier des besoins en apparence 
contraires : terminales à l'extrémité d'un long museau, elles arrivent à fleur d'eau 
pour puiser dans l'atmosphère l'air nécessaire à la respiration. Leurs seules entrées 
sont dehors; l'animal reste plongé sous l'eau, et parvient ainsi à se dérober au 
danger d'être aperçu. Nous aurons dans la suite occasion d'exposer les autres 
ressources de cet organe des sens, d'une étendue et d'une utilité à n'être aussi 
considérables que chez les crocodiles. 

« II pond toujours ses œufs sur le sable , où ils éclosent. » 

Aristote parle aussi de l'incubation de la femelle du crocodile , en se confor- 
mant sans doute à l'autorité de ce passage. On m'a de toutes parts assuré que 
la chaleur solaire faisoit seule éclore les œufs du crocodile. Hérodote n'auroit-il 
étendu ses observations qu'à une sorte de surveillance exercée par les mères, 
qu'aux soins qu'elles prennent de leurs œufs près d'éclore, il eût dit vrai. J'ai 
désiré savoir combien il s'écouloit de jours entre la ponte et la naissance des 
jeunes crocodiles : ce temps, qu'on n'a pu m'indiquer avec une exacte précision, 
est, m'a-t-on dit, d'un mois. 

Deux ennemis du crocodile , l'ichneumon et le tupinambis , se mettent à la 
recherche de ses œufs , nourriture dont ils sont très-friands. Les anciens Egyptiens 
leur en ont su gré comme d'un service : c'étoit attaquer et poursuivre jusque 
dans les sources de sa reproduction un des animaux les plus malfaisans. Le 
tupinambis, qui nage très-bien, fait en outre une guerre continuelle aux jeunes 

H M TOME I.«, i.« partie. Bb a 



Ï9° DESCRIPTION DES REPTILES. 

crocodiles , les poursuivant à outrance , même dans les rangs des grands individus. 
On croit maintenant, et l'on a peut-être toujours cru, que le tupinambis est un 
premier état , un premier âge des crocodiles. On a souvent eu occasion de rectifier 
son jugement sur ce point; mais on persévère dans cette erreur, parce qu'un fait 
qui tient du merveilleux ne manque jamais d'enthousiastes pour le conter, ni de 
gens crédules pour y ajouter foi. 

« II passe la majeure partie du jour à sec, et la nuit tout entière dans le fleuve , dont l'eau 
*> a une température plus chaude que n'est alors celle de l'air et de la rosée. » 

Le fait est vrai; mais le crocodile se détermine, je crois, par d autres motifs. 
La grandeur et la disposition de ses organes des sens , de ceux de l'ouïe et de 
la vue principalement , modifient profondément cet animal , et l'obligent à la 
vie nocturne. Dès - lors toutes les allures du crocodile sont sous l'empire de ces 
traits principaux de conformation , qui deviennent l'ordonnée de ses habitudes. 
Si le jour il se tient à terre , c'est pour s'y reposer et pour s'y abandonner au 
sommeil. Mais quand il est rendu à tous les soins de la vie active , quand il lui 
faut songer à vivre , il entre dans le fleuve , où seulement il peut développer ses 
moyens de ruse, de vitesse et de force, qui le rendent si redoutable. Tout ce 
que prévoient, tout ce que font les crocodiles, tendent là; car, tout autant que 
le permettent les localités , et ils ne s'établissent qu'après les avoir parfaitement 
reconnues, ils vivent en troupe : dans le lieu qu'ils ont adopté, il faut à chacun 
son domicile à part; et, difficiles sur le choix de cet emplacement, ils n'en jugent 
les conditions favorables que vers la tête des îles, dont il y a beaucoup dans 
le fleuve, parce que là sont ordinairement des plages stériles, des éperons d'un 
pur sable, qui s'étendent au loin, conduisant sous l'eau par une pente insensible. 
Chaque troupe reste fidèlement attachée aux parages qui l'ont vue naître , et ne 
s'en écarte que pour aller en chasse. Ces occupations remplies, et par consé- 
quent à des heures déterminées, la troupe revient stationner à sa place accou- 
tumée, sur la grève, où la prévoyance de chacun, ou plutôt celle des vieux chefs 
de la famille, a fait choix très-anciennement d'un lieu commode, pour s'y aban- 
donner avec sécurité au sommeil. 

Ce choix prouve un discernement et des calculs d'une assez forte combinaison. 
Si déjà c'est pour tout animal une grande affaire que le choix d'un domicile pour 
y dormir, ce l'est bien davantage pour le crocodile , lequel s'en tient à la rive 
qui l'a vu naître , et , par conséquent, est privé des moyens d'aller au loin cher- 
cher un lieu retiré , un abri bien défendu : car il n'est de sommeil pour un 
animal que s'il consent à l'inactivité de ses sens, que s'il en ferme les issues de 
communication, et que s'il demeure sans relations avec les objets qui composent 
son monde extérieur. Le crocodile , à ce moment , n'abandonneroit-il point le 
sein des eaux, sa méprise en seroit cruellement punie : qu'alors il seroit promp- 
tement ramené à reconnoître que, s'il peut, durant la veille, indifféremment se 
répandre dans les deux milieux respiratoires , il n'en est plus qu'un seul où 
pendant le sommeil il puisse exister î Cessant alors de gouverner à son gré le 



CROCODILES. PL. 2. ICI 

jeu des pièces nasales et laryngiennes employées dans l'acte de la respiration, il 
doit revenir et il est rendu aux communes conditions de ses congénères, à celles 
imposées aux animaux qui respirent l'air en nature. 

Le crocodile passe à la rive prochaine pour y dormir : il est donc là en lieu 
découvert , en lieu accessible ; mais alors ce poste ne seroit pas tenable , s'il n'étoit 
dans la destinée de ce reptile d'y pourvoir habilement , s'il n'avoit les moyens de 
persévérer, par les combinaisons d'une haute prévoyance, j'allois peut-être dire 
par les voies d'une intelligence supérieure, dans sa prudence accoutumée. 

Car ce n'est point uniquement par une tactique déjà très -utile, et qui par 
conséquent n'est point négligée, c'est-à-dire, en se fiant à la garde d'un individu 
de la troupe , lequel veille en effet à la sûreté de tous en écoutant attentivement, 
l'oreille en partie appliquée sur le sable et tenue prête à la plus foible perception; 
mais c'est aussi en cherchant et en se procurant sur la plage des emplacemens 
qui soient de nature à favoriser le retour au fleuve par une retraite précipitée. Il 
lui faut à cet effet rencontrer, situés à proximité, d'abord une rampe pour aller 
gagner les hauteurs du rivage, et secondement un cap avancé dans le fleuve, d'où 
i\ devienne possible de s'élancer pour entrer aussitôt en natation ; arrangement qui 
exige encore au pied de ces promontoires assez de profondeur d'eau pour que les 
crocodiles n'aillent pas toucher la vase et ne s'en trouvent par-là retardés. Mais, 
de plus, autre combinaison non moins nécessaire, c'est que ces dispositions varient 
d'après l'âge et la taille des membres de la famille. Les plus grands ont la force 
de s'élancer de plus loin et au plus loin; et les plus petits, dont l'immersion 
n'exige pas le même tirant d'eau, se placent sans désavantage sur les bas-côtés. De 
là résulte la nécessité de l'ordre adopté : les petits se tiennent sur les bords, et 
les plus grands autour d'eux, leur formant une sorte de rempart; de là, dis-je, 
que chacun revient à une place qu'il a déjà occupée, qui devient sienne, et qui 
lui constitue une propriété presque au même titre que l'homme s'en est attribué 
dans l'ordre social. On n'avoit pas encore remarqué cet admirable concert, parce 
qu'à l'égard des crocodiles cet effet de sociabilité y est masqué par des modi- 
fications qu'amène l'état variable du fleuve, croissant et diminuant pendant une 
demi-année; mais on l'avoit parfaitement constaté chez les phoques, parce que 
leur domicile pour le sommeil , formé de pierres plates ou de parties façonnées 
de rocher, est continuellement appliqué au même usage, et parce que, voyant 
qu'ils rejettent hors de leur société tout phoque qui entreprend sur le droit d'un 
autre , on avoit été induit à supposer chez ces animaux marins une notion réelle 
de la propriété , notion regardée comme le produit d'un état très-avancé de 
civilisation. 

« De tous les animaux que nous connoissons , ïe crocodile est celui sans doute dont l'accrois- 
>3 sèment est le plus extraordinaire. Ses œufs ne sont pas beaucoup plus grands que ceux d'une 
» oie, et il en sort par conséquent un animal proportionné ; cependant cet animal en grandissant 
» atteint jusqu'à dix-sept coudées de longueur, et quelquefois davantage. » 

Élien raconte qu'on en a vu de vingt-cinq coudées sous Psamméticus, et un 



1^2 DESCRIPTION DES REPTILES. 

autre de vingt-six sous Amasis : les érudits nous ont appris que ces mesures équi- 
valent à onze et douze mètres à peu près. Prosper Alpin, Hasselquist et Norden 
parlent de crocodiles de dix mètres ; M. Lacipierre , membre de la Commission 
des arts et des sciences en Egypte, y a trouvé et possède des dents d'un individu 
d'une aussi grande dimension. Or on sait qu'un crocodile est long de deux déci- 
mètres et demi au sortir de l'œuf : il peut donc acquérir plus de quarante fois la 
longueur qu'il a dans son premier âge. 

Ces résultats sont cités comme merveilleux : c'est qu'on les apprécie sous l'ins- 
piration d'idées faites d'après ce qui se passe à l'égard des mammifères et des 
oiseaux. On a vu que l'accroissement des animaux à sang chaud est, quant à sa 
variation, renfermé dans des limites assez étroites; et il n'est point également connu 
que ce mode de développement tient sa régularité de la viabilité primitive de 
l'être. Qu'il soit peu ou très-abondamment nourri , un animal à sang chaud par- 
viendra toujours , dans un temps donné et progressivement , à toute la taille 
comme aux conditions ostéologiques propres à son espèce. Or il n'en est pas 
de même des animaux à sang froid , des reptiles et des poissons : ceux-ci appar- 
tiennent à un degré organique aussi descendu que celui des fœtus des classes supé- 
rieures, et se gouvernent comme des êtres acquérant de la taille, mais demeurant 
très-retardés dans leur développement; leur caloricité moindre et d'autres influences 
non encore suffisamment appréciées les privant des mêmes facultés d'assimilation. 
La quantité de nourriture y supplée et devient cause prédominante , en sorte 
qu'indépendamment du temps écoulé tel animal qui a constamment été bien 
nourri acquiert progressivement une grande dimension, et qu'un autre né à la 
même époque, s'il éprouve et tant qu'il éprouve une pénurie de nourriture, reste 
stationnaire. 

Nous ajouterons à cette partie de notre commentaire, que le récit d'Hérodote 
touchant la dimension de l'œuf du crocodile est parfaitement exact. Cet œuf est 
blanc et d'une forme presque sphéroïdale. 

« H a les yeux d'un cochon , les dents saillantes en dehors , et très-grandes dans la proportion 
» de son corps. » 

Le P. Feuillée (i) a répété, à l'occasion de l'espèce de Saint-Domingue, que le 
crocodile a des yeux de cochon : ce qui, sans doute, doit s'entendre de ce que cet 
animal a l'œil petit, saillant, recouvert et voilé en-dessus; sa paupière inférieure 
se meut seule vers la supérieure, d'où un jeu de physionomie fort extraordinaire. 
Un voile persistant, ou, ce qui est la même chose, le défaut de flexibilité de la 
mâchoire supérieure , tient à une cause qui n'avoit point été appréciée dans notre 
Crocodile vulgaire , mais que j'ai trouvée depuis s'étendant à toutes les espèces du 
genre. Blumenbach fît le premier mention d'un bouclier osseux qui procurait 
comme une sorte de plafond avancé à l'œil des crocodiles , scuto supra orbitali 
osseo. L'œil entièrement recouvert par une plaque osseuse n'est le caractère que 
d'une seule espèce, de celle que M. Cuvier a nommée Crocodilus palpebrosus , ou 

(i) Observations, tome III , page 373. 



CROCODILES. PL. 2. Ï02 

caïman à paupières osseuses : mais cet os, ainsi que je l'ai reconnu plus tard, ne 
manque chez aucun crocodile ; moins étendu et plus ramassé , il se montre sous 
l'aspect d'une masse ovoïde, laquelle, bien que rapprochée du bord orbitaire, 
reste toutefois un obstacle qui nuit au plissement de la paupière supérieure. C'est 
donc à l'existence comme à la position de l'os palpébral que le crocodile doit son 
regard louche, vague et abaissé latéralement , et dont Hérodote exprimoit l'effet 
en l'assimilant au regard du cochon. 

Comme le crocodile a de plus sa prunelle susceptible de se resserrer et de 
devenir perpendiculairement longue , Swammerdam et Camus ( celui-ci dans sa 
traduction de Y Histoire des animaux d' Aristote ) lui ont trouvé les yeux plus sem- 
blables à ceux des chats : mais c'est là seulement un caractère que le crocodile 
possède en commun avec beaucoup d'autres animaux nocturnes ; il est aussi , 
comme eux, également pourvu d'une membrane nictitante. 

Les dents du crocodile méritoient par leur singulière conformation d'être 
citées par Hérodote : elles sont saillantes, parce qu'il n'est point de lèvres pour 
les recouvrir ; elles occupent le bord d'arcades sinueuses , et sont remarquables 
par leur forme conique, leur pointe acérée, leur émail résistant et strié en lon- 
gueur, leur inégale dimension, et par leur ressemblance générale, qu'elles soient 
situées dans l'os incisif ou dans le maxillaire de côté. Étant toutes produites, il 
en est quinze de chaque côté en bas, dix-neuf en haut. Les premières de la mâ- 
choire inférieure percent à un certain âge l'os intermaxillaire ; les quatrièmes , qui 
sont les plus longues de toutes, passent dans des échancrures, et ne sont point 
logées dans des creux de la mâchoire supérieure. Mais d'ailleurs le crocodile qui 
sort de l'œuf se trouve avoir autant de dents qu'un crocodile très - âgé ; leur 
nombre ne varie pas : toutefois elles changent et se remplacent , venant à s'em- 
boîter, à se repousser, l'une chassant l'autre. 

« II est le seul de tous les animaux qui n'ait point de langue. » 

Oui, qui n'ait point de langue apparente : c'est l'opinion qu'on est dans le cas 
d'en prendre d'après le vivant , et qu'en ont eue , d'abord Aristote en deux en- 
droits de ses ouvrages , puis Seba , Hasselquist et tous les voyageurs. Cependant 
cette partie a été depuis vue par Olalis Wormius , Girard , Borrick et Blasius. 
Les premiers anatomistes de l'Académie des sciences, qui l'ont aussi décrite, en 
ont fait le sujet d'une accusation d'inexactitude contre Hérodote ; mais il en est 
parfaitement justifié , dès que la langue du crocodile ne s'est à eux manifestée 
qu'après emploi du scalpel. 

Elle manque effectivement pour plusieurs de ses fonctions, pour faciliter la 
déglutition de la pelote alimentaire au même degré que chez les autres animaux , 
pour agir enfin avec liberté dans la gueule. Elle est privée de son indépendance 
ordinaire , se trouvant engagée entre les tégumens étendus d'un maxillaire inférieur 
à l'autre et la membrane du pharynx qui la recouvre. Le muscle dont elle se com- 
pose et qui est ainsi compris entre deux couches tégumentaires très-résistantes , est 
formé des mêmes élémens que par-tout ailleurs ; mais il ne s'en manifeste aucune 



IÇ4 DESCRIPTION DES REPTILES. 

trace si l'hyoïde est entraîné du côté du larynx : alors tout le fond inférieur du 
palais offre une surface tendue où ne se voient ni rides ni éminences quelconques. 
Toute la surface est une peau jaunâtre , finement chagrinée , comme à la région 
supérieure du palais ; cependant cette peau est percée d'une quantité de petits 
trous qui sont les orifices des glandes disséminées entre les fibres linguales. Mais, 
si l'on ramène l'appareil hyoïdien vers l'entrée de la bouche, la langue, tout enve- 
loppée qu'elle est, s'enroule assez sur elle-même pour produire vers l'extrémité 
buccale un assez gros bourrelet. Les rapports d'écartement des branches maxillaires 
imposent à la langue sa forme , qui est celle d'un fer de lance. J'en ai mesuré les 
dimensions sur un sujet de 2 m ,io; je les ai trouvées de 15 centimètres en lon- 
gueur sur o m ,Oj à la base. 

Malgré son peu de saillie, et parce qu'elle prend plus de relief par le rappro- 
chement des branches maxillaires , la langue ne manque point à celui de ses offices 
qui consiste à retenir et à diriger les alimens dans l'œsophage ; car le relief dont il 
vient d'être parlé est de plus augmenté par le concours de l'hyoïde, qui est porté 
en avant. La langue conserve sur-tout sa fonction comme organe du goût : pour 
être privée d'épaisseur, elle n'en a que plus d'étendue ; elle goûte au moyen d'une 
plus grande superficie. 

« C'est aussi le seul animai dont la mâchoire inférieure ne soit pas mobile , et qui fasse au 
» contraire retomber la mâchoire supérieure sur l'inférieure. » 

Ce passage prouve toute l'étendue des connoissances des anciens; car il em- 
brasse une pleine généralité par l'exception signalée. 

On a beaucoup écrit pour et contre cette proposition, sans que de nos jours 
on en fût plus avancé. Cependant le sentiment d'Hérodote avoit été admis par 
Aristote, Pline, et généralement par tous les auteurs anciens; et c'est dans les mêmes 
termes qu'en ont aussi traité quelques modernes , comme Marcgrave , Oligerus 
Jacobseus, Marmol, l'illustre Vésale, les jésuites missionnaires àSiam, qui virent en 
ce lieu des crocodiles vivans et qui en disséquèrent. Mais à peine fit-on attention 
à ces témoignages au temps de Louis XIV; on étoit alors engagé dans une que- 
relle sérieuse qui partageoit les sentimens de tous les gens de lettres : Les anciens 
valoient-ils mieux que les modernes, ou les modernes avoient-ils une supériorité 
marquée sur les anciens! Tel étoit le sujet d'une vive altercation, dans laquelle, 
comme en toute dispute , on se passionna avec ardeur. Les anatomistes de l'Aca- 
démie des sciences avoient pris parti contre les anciens : de là la guerre ardente et 
injuste qu'ils firent à Hérodote. Or, dans la suite, les noms de Perrault et de Du- 
verney imposèrent aux naturalistes qui, après eux, se sont occupés de l'organi- 
sation des crocodiles. 

Il est sans doute surprenant que Perrault, ordinairement si exact, et qui eut l'oc- 
casion de disséquer un crocodile mort à la ménagerie du Roi, n'ait point fait atten- 
tion à la singulière conformation des crocodiles , et qu'il se soit élevé avec tant de 
force contre la prétention des anciens. Il affecta de décrire minutieusement l'ar- 
ticulation des mâchoires , sans s'apercevoir qu'il fournissoit des preuves contre le 

fait 



CROCODILES. PL. 2. \g$ 

fait qu'il se proposoit d'établir : car il crut avoir victorieusement relevé les erreurs 
de Marmol, erreurs qu'il a faussement attribuées à Vésale, établissant, avec raison 
cependant, qu'il n'en est pas de la mâchoire du crocodile comme de celle du per- 
roquet; mais qu'au contraire celle-là forme avec le reste de la tête une seule et 
unique pièce osseuse. 

Pour que des hommes aussi habiles que les Perrault et les Duverney, et que 
letoient aussi d'autres naturalistes qui dans la suite ont partagé leur sentiment, 
se fussent également accordés à révoquer en doute un fait au contraire attesté par 
le plus grand nombre des observateurs , il falloit sans doute que cette question 
fût embarrassée de difficultés réelles : essayons de les aplanir. 

D'abord commençons par déclarer qu'indifFérens sur l'issue des premiers dé- 
bats nous nous proposons moins de venger les anciens de l'injustice de quelques 
modernes que de faire connoître un fait très - singulier d'organisation. Rien n'est 
plus paradoxal que la tête des crocodiles : plate et lancéolée, sa forme est des plus 
singulières , sur-tout si on la compare à la tête humaine ; ce qu'il y a de très-volu- 
mineux en celle-ci, la boîte pour contenir le cerveau, forme la partie minime d'un 
crâne de crocodile, quand, en revanche, les os maxillaires et les palatins de ce 
crâne parviennent à une grandeur excessive, de telle sorte que la puissance de la 
fonction, qui croît en raison du volume des organes, fait du crocodile un animal 
uniquement dévolu à la gourmandise, et par conséquent l'animal le plus vorace qui 
soit. Toute la tête est, pour ainsi dire, contenue entre ses mâchoires ; car celles-ci , 
alors parvenues au maximum de composition, se trouvent formées d'une série d'os 
en ligne continue, savoir: la partie portant les dents incisives [adîiasal), la partie 
où s'insèrent les dents latérales [addental), la portion orbitaire [adorbital) et la por- 
tion palatine [adgustal). A ces pièces s'en ajoutent deux autres en arrière, celle 
qui est assise sur le conduit auditif, le cotyléal, et le conduit lui-même, ou ïenos- 
téal. Cette ligne prolongée correspond à l'étendue considérable des mâchoires 
inférieures, et constitue ces longues arcades maxillaires qui flanquent, en les dé- 
passant en arrière, toutes les autres pièces de la tête, qui font rentrer les joues et 
les tempes plus en dedans, et qui soumettent enfin à tous les excès de l'atrophie, 
à un état de moindre volume, les parties crâniennes du centre de l'édifice, celles 
précisément que l'on considère comme en étant les plus importantes et les plus 
éminemment utiles, ou celles qui concourent à l'emboîtement du cerveau. 

Dans cet état de choses, il est bien vrai que les branches maxillaires supérieures ne 
forment point des parties détachées du reste de la tête, comme on l'a trouvé chez 
quelques oiseaux, particulièrement chez les perroquets, et que, par conséquent, la 
question envisagée de la sorte se trouve décidée comme l'avoient entendue les 
plus anciens membres de, l'Académie des sciences. Mais cette question n'auroit là 
été encore véritablement considérée que sous l'une de ses faces , dès qu'il est tout 
aussi vrai de dire, comme l'a fait Hérodote, et comme on l'a si souvent répété 
après lui, que la mâchoire supérieure s'élève pour agir particulièrement et pour 
se porter àl'encontrede l'inférieure, qui reste ûxe. Il ne manque, pour accorder ces 
deux propositions qui semblent se contredire, que d'ajouter qu'entre les branches 

H. N. TOME I.«, i.« partie. C c 



iç6 



DESCRIPTION DES REPTILES. 



de cette même mâchoire supérieure sont établies, entassées et renfermées, toutes 
les parties de la face et des moyennes régions de la tête. Ainsi c'est toute la tête 
qui se met en mouvement et qui joue sur des axes pour retomber sur la mâchoire in- 
férieure, qui ri est pas mobile , ou, du moins, qui n'est passible que d'un mouvement 
presque insensible. 

Voilà ce qui est hors de doute pour qui voit un crocodile vivant. Une apparence 
trompeuse ajoute son illusion à la réalité : on ne croit pas la mâchoire supérieure 
terminée à ses condyles articulaires; un renflement considérable qui est par-delà 
paroît produit par un arrière-crâne, mais en ce lieu n'est cependant que la colonne 
cervicale comme à l'ordinaire, rendue toutefois remarquable par deux considéra- 
tions très-singulières. 

i.° Car, bien que formée de vertèbres en même nombre et aussi distinctes que 
chez les mammifères, la colonne cervicale est privée de mobilité. Cet état de 
choses est causé pour chaque vertèbre par des apophyses multipliées, longues et 
rapprochées. Leur enchevêtrement fait de toutes les vertèbres une tige résistante , 
ne pouvant non plus se fléchir que si c'étoit un os unique. 

2. Je viens de signaler un renflement que l'on prend ordinairement pour l'ar- 
rière-partie de la tête : il a plus de largeur que la base du crâne, donnant lieu à un 
relief extraordinaire de la moitié antérieure de la région cervicale ; l'illusion se 
complète de ce que, nul dans la seconde moitié, ce gonflement s'y porte en s'at- 
ténuant insensiblement, et de ce qu'il semble circonscrire au-delà un cou bien pris 
dans toutes ses proportions. Cependant ce qui a occasionné cet excès de volume 
n'est autre que l'intervention entre les muscles spinaux de muscles dépendant du 
palais, des deux paires de ptérygoïdiens : parvenus à une hypertrophie dont le 
crocodile seul fournit un exemple, ces muscles ont une grosseur considérable. 

Pour qu'il en soit ainsi, la mâchoire inférieure est d'un sixième plus longue que 
la supérieure et le crâne tout ensemble. Ce surplus de longueur accroît encore au 
volume du renflement cervical. 

Et ce qui vient confirmer enfin toutes les idées émises précédemment surla part 
exclusive de la tête dans les mouvemens des mâchoires , c'est que les maxillaires 
inférieurs ne vont point porter des tubérosités condyloïdales dans des cavités crâ- 
niennes, mais que l'inverse a lieu : le grand os du conduit auditif, que l'on a 
nommé caisse, os carré, et que j'ai enfin nommé énostéal après l'avoir déterminé 
rigoureusement dans mes recherches sur les os de la tête , ce grand os fournit 
un condyle large et à double tubérosité; et à son tour la mâchoire inférieure 
présente, à l'articulation de cette forte saillie, une cavité à double facette où 
s'articule par ginglyme ce double condyle de l'énostéal. 

J'ajouterai que la mâchoire inférieure est rendue ûxe, d'une part, par la re- 
tenue des muscles ptérygoïdiens , et, d'autre part, par des entraves résultant de ce 
que la longue apophyse qui termine les maxillaires inférieurs décrit une courbe, 
et atteint supérieurement sous une très -forte écaille les tégumens de la région 
cervicale. 

En dernière analyse, la tête est maintenue vers ses points d'articulation comme 



CROCODILES. PL. 2. \ qj 

le corps d'une boîte lest par ses charnières à son couvercle. La tête du crocodile 
et les mouvemens de ses parties donnent lieu de recourir à cette image : c'est le 
corps d une boîte renversée qui s'ouvre et qui se ferme sur son couvercle , que des 
circonstances auroient privé de mobilité. Les deux mâchoires, capables seulement 
d'un mouvement simple de haut en bas, ne peuvent se porter ni à droite ni à 
gauche, et sont ainsi privées de faire subir à la proie, et généralement aux alimens, 
une sorte de trituration. 

« II a des ongles extrêmement forts, et une peau écailleuse qui est impénétrable sur le dos. » 

Les crocodiles ont cinq doigts aux pieds de devant et quatre à ceux de derrière ; 
et de ces doigts trois sont armés d'ongles à chaque pied. Quoique forts et ro- 
bustes , ils ne constituent point de griffes offensives ; les crocodiles s'en servent 
seulement pour traîner, dépecer et aller cacher au fond des eaux une proie qu'ils 
se sont appropriée et qu'ils ont déjà mise à mort. 

La peau écailleuse du crocodile est aussi une condition organique qui le carac- 
térise exclusivement ; mais d'ailleurs c'est moins l'écaillé , laquelle en forme la 
couche extérieure, que sa base entièrement osseuse, qui est impénétrable. Il faut 
se servir de lingots de fer pour entamer une telle cuirasse : la balle de plomb ne 
pénètre pas, elle s'aplatit; à moins cependant qu'elle n'atteigne le crocodile sous 
l'aisselle ou près des oreilles. 

Le système osseux, qui révèle nettement et plus sûrement que tout autre les 
véritables affinités des êtres, forme par sa prédominance effective un sujet de 
haute et très-importante considération. Or il arrive qu'après avoir satisfait chez le 
crocodile à toutes ses exigences comme de coutume, je veux dire qu'après avoir 
fourni un squelette parfait, et même plus complet qu'ailleurs, dans ce sens qu'il est 
des cercles osseux pour enceindre l'abdomen et pour prolonger le coffre pectoral 
jusqu'au bassin ; il arrive, dis-je, que ce même système abonde en outre dans le tissu 
de. la peau, principalement sous les plaques écailleuses de la nuque. La sont des 
os parfaitement achevés. Une déviation de l'ordre commun a-t-elle produit dans 
ce lieu un accroissement extraordinaire des extrémités nerveuses cutanées, ce ne 
sont plus des gaînes terminales pour un bulbe de poils ou pour la racine d'une 
écaille : ces gaînes, agrandies à l'excès, sont autant de bourses qui, en s'étendant, 
acquièrent la consistance et les facultés de sécrétion du périoste. 

Les tatous chez les mammifères, le polyptère et le lépisostée chez les poissons, 
sont les seuls animaux que je connoisse qui se rapprochent du crocodile par ces 
particularités d'organisation. 

« II voit mal dans l'eau ; mais en plein air sa vue est très-perçante. » 

Procope a constaté que les crocodiles voient très-bien et de loin en plein air : il 
a souvent essayé d'en approcher assez pour tirer dessus, et il les a toujours vus 
disparoître et plonger dès qu'il en a été aperçu. J'ai répété la même observation à 
l'île de Thèbes et à celle d'Hermonthis. Aussitôt que les crocodiles m'eurent 
aperçu, je les vis se retourner lentement et se diriger vers le fleuve : ils s'y ren- 

H.N. TOME !.«, r.™ partie. Ce 2 



I98 DESCRIPTION DES REPTILES. 

dirent d'abord en paroissant s'observer et à pas comptés; mais, parvenus à une cer- 
taine distance, ils sautèrent brusquement et tous à-la-fois dans le fleuve. Je me portai 
tout de suite sur la rive qu'ils venoient de quitter, et je jugeai à l'impression de 
leurs pas sur le sable que le plus grand d'entre eux avoit franchi un espace de 
deux à trois mètres. 

Je me suis de plus assuré que les crocodiles entendent de très-loin : mes con- 
ducteurs, qui ne l'ignoroient point, avoient soin de recommander le plus grand 
silence, comme le seul moyen de les approcher de plus près. 

Or ces remarques, que les crocodiles ont l'ouïe fine et la vue perçante, sont 
importantes ; car elles s'appliquent à un animal chez qui d'autres organes ont 
d'autres fonctions prédominantes : en effet, nul n'a les organes du goût et ceux de 
l'odorat dans une anomalie aussi grande pour l'étendue de leur volume, comme 
pour leur toute-puissance d'action, relativement aux conditions communes. Par 
conséquent, il nous faut reconnoître que les organes des sens, qui ont leur siège 
dans la tête, sont tous simultanément et également amplifiés; conclusion qui en- 
core n'a été admise pour aucun autre animal. On sait au contraire que par-tout 
ailleurs le développement d'un organe des sens nuit au développement d'un autre, 
et que réciproquement les habitudes, ajoutant à ces premières données, exaltent 
aussi la puissance de l'un aux dépens de celle de l'autre. Cependant la loi du balan- 
cement des organes rie reçoit pas en cette occasion de démenti ; et il n'est effecti- 
vement arrivé aux organes qui goûtent, odorent, entendent et voient, d'être en- 
semble et sans se nuire avec un excès de volume que parce que la boîte cérébrale 
leur a, pour ainsi dire, été sacrifiée. Il n'y a que chez le crocodile qu elle est aussi 
excessivement petite; et l'on conçoit alors que c'est également et uniquement chez 
lui que peuvent se rencontrer d'aussi singuliers rapports. Chez tous les mammi- 
fères, le crâne, eu égard aux fonctions des parties molles, celles-ci étant prises 
pour les occupans de l'édifice, forme une sorte de maison ayant un vaste salon 
qui aboutit à deux fois quatre petits appartenons, le salon répondant à la boîte 
cérébrale et les petits appartenons aux chambres qui contiennent les organes de 
perception. Mais , chez les crocodiles , ces proportions sont changées : le salon 
commun est la plus petite pièce de l'édifice ; ce qui a permis aux chambres 
occupées par les organes des sens d'être aussi amplifiées que nous venons de le 
rapporter. 

« Comme il se nourrit particulièrement dans le Nil, il a toujours l'intérieur de la gueule tapissé 
35 d'insectes qui lui sucent le sang» (tapissé de sangsues, sanguisuga, ont écrit les précédens traduc- 
teurs). « Toutes les espèces d'animaux terrestres ou d'oiseaux le fuient; le trochilus seul vit en paix 
» avec lui, parce que ce petit oiseau lui rend un grand service. Toutes les fois que le crocodile 
33 sort de l'eau pour aller sur terre , et qu'il s'étend la gueule entr'ouverte ( ce qu'il a coutume de 
33 faire en se tournant vers le vent du midi ) , le trochilus s'y glisse et avale tous les insectes qui s'y 
33 trouvent. Le crocodile, reconnoissant, ne lui fait aucun mal. » 

Ce passage est un de ceux qui ont le plus exercé la sagacité des commentateurs. 
Quelques-uns n'y ont vu qu'un conte fait à plaisir, quand d'autres , pour s'élever 
avec plus de force contre une aussi odieuse imputation, ont poussé le zèle jusqu'à 



CROCODILES. PL. 2. jgg 

imaginer et créer de toutes pièces un animal qui pût imposer au crocodile et se 
trouver capable des actions attribuées au trochilus. Mais nous allons voir que notre 
historien a été aussi maladroitement défendu qu'injustement attaqué. 

Tout ce qui dépend du renouvellement des êtres que nous voyons réappa- 
roître avec une même conformation et de mêmes habitudes, tient à 1 éternelle 
jeunesse de la nature. Or ce qui est dans le passage ci-dessus, ce pacte dune bête 
énorme et cruelle consenti par un très-petit oiseau sans défense, ce mélange d'in- 
térêts si variés, ces scènes d'affection réciproque, tout cela s'est constamment et 
également reproduit d'âge en âge; et en effet, comme ces tableaux ont été vus 
il y a deux à trois mille ans par les prêtres de Thèbes et de Memphis , je devois 
les revoir, je les ai retrouvés ; et , sans distraction d'un trait, de la moindre nuance , 
j'en ai eu aussi sous les yeux l'intéressant spectacle ; détails vraiment précieux, 
qu'on n'invente pas, qu'on ne sauroit imaginer et embrasser dans un tel degré de 
convenance et de parfaite simplicité. 

Arrivé à mon tour sur les plages Égyptiennes, et y ayant observé, après tant de 
siècles écoulés, toutes les actions sous les apparences desquelles la vie se manifeste 
en ce lieu, j'ai trouvé le passage, objet de mon actuel commentaire, vrai dans le 
sens général, inexact à quelques égards. On va voir par le caractère des inexactitudes 
que je ne puis me dispenser de relever, qu'elles mènent à penser qu'en ce point 
Hérodote n'auroit pas vu par lui-même , mais qu'il auroit raconté sur ouï-dire. En 
effet, son récit auroit conservé sa lucidité ordinaire, l'extrême clarté qui caracté- 
rise son talent, s'il eût pris une connoissance personnelle des animaux qu'il y em- 
ploie. Tout au contraire, l'espèce si fâcheuse pour le crocodile, il ne la désigne 
que par un terme équivoque, /3^Mct, bde//a(i), animal qui suce. Or il ne nous 
fournit là ou plutôt on ne lui avoit à lui-même fourni qu'une idée incomplète , 
puisque son récit nous laisse toujours ignorer quel animal en particulier, parmi 
ceux qui ont cette faculté , s'en va tourmenter le crocodile. 

Toutefois les traducteurs et les commentateurs du texte n'ont point été arrêtés 
par cette difficulté; et mieux, ils étoient pleinement autorisés à agir de la sorte. 
En effet, le mot bdeUa, modifié plus tard, descendit de sa généralité étymologique 
pour devenir le nom spécifique en grec des vraies sangsues , liirudo. De là il est 
arrivé que tous les traducteurs, à l'exception de M. Miot, qui s'étoit mis au courant 
de mes recherches sur ce point, s'en sont tenus au sens particulier et à la significa- 
tion que comporte le terme de sangsue. Il faut croire qu'Hérodote y inclinoit lui- 
même ; car, s'il eût voulu désigner d'autres suceurs parmi les insectes, il en connois- 
soit de tels, extrêmement incommodes par leurs piqûres, si bien qu'il leur a con- 
sacré tout un paragraphe (2). 

(1) L'auteur de YEtymologicon magnum , page 174, en y employant comme racine du mot le nom même 

édition de Leipsick, dit que le mot ^M^a. dérive du verbe des sangsues. 

(bSi^w, traire; car, ajoute-t-il, la sangsue, en suçant le (2) «L'incommodité des cousins est extrême en 

sang, ressemble à ceux qui traient. Du mot /S^Ma les » Egypte, et fait recourir à divers expédiens pour s'en 

Grecs ont fait cet autre verbe (Zfohv'o-ovpcy , détester, » garantir : ceux qui habitent au-dessus de la partie ma- 

avoir en horreur. » récageuse profitent des tours et montent sur leur 

C'est l'aversion qu'ils avoient pour les sangsues, qui » sommet pour dormir; car ïe vent empêche les cousins 

les a portés à exprimer leurs plus vifs sentimens d'horreur, » de voler à cette hauteur » ( §. a c. ) 



200 DESCRIPTION DES REPTILES. 

Sans doute que, mieux informé au sujet de l'animal bdella, il ne se fût pas servi 
de Ja iocution , comme le crocodile se nourrit -particulièrement dajis le Nil, et qu'il lui 
eût substitué cette leçon, seule d'accord avec les faits de sa narration : « Attendu 
» que le crocodile vit à portée des eaux à la surface desquelles voltigent des 
» myriades d'insectes , il a tout le dedans de la gueule exposé à leur morsure. » 
Il se pourroit toutefois que la locution critiquée le fût mal-à-propos ; car de très- 
petits animaux aériens ne sont point uniquement répandus autour du crocodile : 
il en est d'aussi petits qui vivent dans l'eau; telles sont principalement plusieurs 
de leurs larves. Mais je ne crois point faire erreur pour les deux motifs ci-après : 
i.° ma détermination des êtres incommodes au crocodile, laquelle se trouve re- 
produite et conséquemment confirmée dans un cas analogue par M. le docteur 
Descourtils, ce qu'on verra plus bas ; 2. la circonstance qu'il n'y a point de vraies 
sangsues , hirudo, L. , dans les eaux vives qui battent la tête des îles. Il en existe en 
Egypte, mais c'est seulement dans les puits, dans des bassins fermés, et générale- 
ment dans des eaux tranquilles. 

Aristote, qui, cent ans plus tard, confirme le récit d'Hérodote en ce qui con- 
cerne les soins rendus au crocodile par l'oiseau dit le trochilus , évite de s'expliquer 
sur le sens du mot bdella ; on va voir de quelle manière : « Lorsque le crocodile, 
» dit Aristote, a la gueule ouverte, le trochilus y vole et lui nettoie les dents. Le 
» trochilus trouve là de quoi se nourrir : le crocodile sent le bien qu'on lui fait, et 
y> il ne cause aucun mal au troc/iilus. Quand il le veut faire envoler, il remue le cou 
53 afin de ne le pas mordre ( 1 ). » 

Cependant, si ce passage échappe sur un point à l'erreur, il y retombe sur un 
autre. Doit-on effectivement admettre que l'alliance de deux êtres aussi difTé- 
rens , que le dévouement réciproque du plus grand des lézards et d'un très-petit 
oiseau , n'aient jamais eu d'autres motifs qu'un soin de propreté à l'égard d'un aussi 
puissant allié que l'est le crocodile l II suffit sans doute de cette réflexion pour 
qu'on croie inutile de plus insister à cet égard. On sent que quelques élémens 
manquent au récit d' Aristote , comme à celui d'Hérodote ; et il est évident qu'on 
les y introduiroit par une détermination directe et exacte des espèces qui s'y 
trouvent comprises. 

i.° Sur le trochilus. On n'avoit, jusqu'à moi, encore connu l'oiseau affectionné 
du crocodile que par les contes ridicules qu'il a fait imaginer pour satisfaire aux 
explications du texte d'Hérodote. 

Blanchard, entre autres, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions , faisant 
sans doute allusion à certaines assertions de Scaliger (2) , lui attribue des épines 
sur le dos et au bout des ailes. J'ai cherché où il auroit, en outre, trouvé des 
motifs à une pareille supposition , et je crois avoir démêlé qu'il aura confondu avec 
les données de son sujet ce que Strabon rapporte des porcus , poissons qui ont le 
dos et les nageoires pectorales (membres correspondant aux ailes) armés de fortes 

(1) Histoire des animaux , Iiv. IX, ch. 6, traduction cristam pluma acutâ ■plicatili, quam sunigit, ut belluœ 
de Camus, tome I. cr 3 page 555. palatum figat, si claudatur intùs, ( Exerc. ad Card. de 

(2) Candîdam aiunt {avïculam) , turdi magnitudine , subt. cap. 196,11.° 5.) 



CROCODILES. PL. 2. 2 Oï 

épines ( i ). Ces moyens tout-puissans de défense inspirent aux porcus (2) une con- 
fiance sans bornes , qui est partagée par d'autres poissons , les mugils , lesquels se 
mêlent avec ceux-là pour être également respectés. Ce sentiment , chez les pre- 
miers, s'exalte jusqu'à la témérité, puisqu'ils défient le crocodile: aussi dans le Nil, 
où ces animaux sont souvent en présence , c'est le crocodile qui fuit devant le 
porcus. Blanchard aura d'autant plus facilement admis que Strabon avoit fait une 
confusion de noms et transporté les habitudes d'un animal à un autre, qu'il ren- 
controit dans ce passage tout ce qui lui çtoit nécessaire pour concevoir à sa 
manière les motifs des relations du crocodile et du trochihs. 

Marmol, quin'étoit pas mieux instruit, bien qu'il eût visité la patrie de ce dernier, 
se borne à répéter, avec Scaliger, que c'étoit un oiseau blanc de la grosseur d'une 
grive. 

La plupart des traducteurs, Du Ryer entre autres, mais le voyageur Belon aupa- 
ravant, se fondant sur un passage de Pline (3), l'ont rapporté au roitelet. Cette 
erreur a été relevée par le célèbre Larcher, lequel a judicieusement observé que le 
roitelet est un oiseau des bois, qui hante les lieux secs et les haies. Larcher, n'ayant 
rien pu mettre à la place , a imité les traducteurs Latins, en adoptant et écrivant 
dans sa version en français le mot même du texte Grec. 

Aldrovande , qui parut avant tous les érudits des temps modernes , avoit le plus 
approché de la vérité, quand il conjectura, sur quelques données que sa sagacité 
lui fît découvrir dans Aristote et dans Athénée, que le trochihs, signalé par eux 
comme un oiseau aquatique, étoit sans doute le coure-vîte , petite espèce à longues 
jambes, palmipède, légère à la course, ayant le bec droit et effilé. 

Le trochihs avoit été cependant aperçu dans les temps modernes : le P. Sicard, 
l'un des missionnaires envoyés dans le Levant, en prit connoissance ; car il 
l'indique sous son nom Arabe de saq-saq. Mais ce nom placé dans un catalogue 
resta une vague indication , inutile tout aussi bien aux ornithologistes qu'aux 
antiquaires. 

Enfin je me portai dans la haute Egypte ; j'y arrivai avec l'espoir d'atteindre et 
de me procurer le trochihs des anciens, ce sujet de conjectures si diverses parmi les 
modernes; et je fus assez heureux, en effet, pour apprendre, dans un séjour pro- 
longé que je fis à Thèbes, qu'il y existoit un petit oiseau, lequel, voltigeant sans 
cesse de place en place , s'en va fureter en tout lieu , jusque dans la gueule du 
crocodile endormi ou feignant de l'être, attiré qu'il est par des insectes, dont il fait 
le fond de sa nourriture. On aperçoit cet oiseau en tout lieu sur les bords du Nil. 
Or, lorsque je parvins à me le procurer, je le reconnus pour une espèce publiée 
déjà par Hasseiquist sous le nom de charadrins sEgyptius. Nous avons en France 
un oiseau très-voisin, s'il n'est le même; c'est le petit pluvier à collier. 

Avec son bec fin il ne peut prendre que de très -menus insectes, du frai de 

(1) Crocodilos verb porcis abstinere , qui, cùm rotundi scheilan. Ce poisson, de la famille des silures, a la tête 
sint , et spinas ad caput habeant , periculum ip si s créant. cuirassée et terminée à dos et sur les flancs par des 
( Strab. lib. XVII, pag. 825.) épines fortes et très -robustes. 

(2) Porcus, ainsi nommé de ce qu'il grogne comme (3) Parva avis quœ trochilus ibi (in s'Egypto) vocatur, 
un cochon. Voyez, ci-après, le travail de mon fils sur le rex avium in Italia. ( Plin. Hist, nat, lib. VU, cap. 25.) 



202 DESCRIPTION DES REPTILES. 

poisson, et généralement que ces débris moléculaires, ces fragmens de détritus 
animal, que le mouvement des eaux porte et rejette sans cesse sur le rivage. 

Toutefois, avant de croire à l'identité du petit pluvier et du trochilus des Grecs, 
j'aurai à examiner si notre oiseau, courant et sautillant sans cesse, se propose 
réellement de procurer au crocodile le soulagement dont il est parlé dans les 
auteurs. Ceci nous ramène à notre seconde question , savoir : quels animaux se 
rendent incommodes au géant des reptiles ! 

2. Sur les bdella. Des insectes fourmillent, voltigent et bourdonnent à la sur- 
face du fleuve en Egypte : tels sont ceux des régions humides et chaudes , que l'on 
connoît sous le nom de cousins en Europe , et sous celui de maringouins en Amé- 
rique. Hérodote traite, dans le §. 95, de leur excessive incommodité; il les y 
nomme, ainsi qu'on le fait encore aujourd'hui, conops. -Or ce n'est point ce 
nom, mais celui de bdella, qui figure dans le texte dont nous nous occupons. Mais 
cependant , si ce toit ce premier nom que la nature des choses y appeloit, je 
serois de plus en plus confirmé dans l'opinion qu'Hérodote n'auroit rédigé son 
paragraphe crocodile que sur des notes que lui auroient transmises les prêtres de 
Memphis. C'est ce que je crois pouvoir établir par ce qui suit. 

J'ai été fort attentif à toutes les allures du petit pluvier; et l'ayant vu poursuivre 
sa proie, dont il est très-friand, jusque dans la gueule du crocodile, je suis resté 
fixé sur les faits de détermination dont j'avois la connoissance si fort à cœur. Or 
ce que j'ai d'abord observé, c'est que ce n'est point pour nettoyer les dents, à quoi 
pouvoient suffire et suffisent les pieds de derrière, que le trochilus, ou le petit pluvier, 
s'agite et se porte sur le crocodile. Celui-ci est livré à d'autres soins : j'ai pu l'ob- 
server, et même plusieurs fois, sur-tout en m'y appliquant, à l'égard d'un crocodile 
fraîchement mort ; ce qu'il étoit plus facile d'expérimenter. Or ce que j'ai appris 
et par moi-même et par le rapport des pêcheurs, c'est que tout crocodile arrivant 
au repos, sur le' sable, est aussitôt assailli par un essaim de cousins qui volent en 
quantité innombrable à portée et au-dessus des eaux. Sa gueule n'est pas si hermé- 
tiquement fermée que ces insectes ne trouvent à s'y introduire : ils y arrivent et 
s'y rangent en tel nombre , que la surface intérieure de tout le palais , d'un jaune 
vif par -tout , est recouverte d'une croûte d'un brun noirâtre, qui est le produit 
de ces cousins rangés côte à côte. Tous ces insectes suceurs enfoncent leurs 
trompes dans les orifices des glandes qui abondent dans la gueule du crocodile. 

Circonstance bien digne de remarque! il existe à Saint-Domingue un crocodile 
si voisin de celui d'Egypte, que j'ai eu beaucoup de peine à en saisir les caractères 
difFérenciels. Se distinguant sur-tout par ses mâchoires plus longues, d'où son nom 
latin de Crocodilus acutus , il a la langue aussi plus longue, et par conséquent encore 
plus exactement renfermée dans les tégumens intérieurs et extérieurs qui sont ré- 
partis entre les branches maxillaires. Voilà donc un autre crocodile qui, privé de 
l'usage de sa langue, ne peut pourvoir à tous les soins que nécessite la bonne tenue 
de son palais : alors mêmes causes et mêmes effets. Des insectes également nui- 
sibles, si même ils ne leur sont entièrement identiques , dits maringouins à Saint-Do- 
mingue, existent en ce lieu comme en Egypte. Le crocodile de Saint-Domingue, 

arrivant 



CROCODILES. PL. 2. 202 

arrivant aussi au repos sur les rampes des rivières, est donc également exposé aux 
mêmes tourmens que le crocodile du Nil; mêmes douleurs, par conséquent mêmes 
remèdes. Cependant ceux-ci seroient-ils administrés également par le petit pluvier l 
Cette espèce existe en terre-ferme. Quoi qu'il en soit, on connoît en tout lieu des 
oiseaux ayant pareilles habitudes, se nourrissant du frai de poisson, de larves et 
de petits insectes, continuellement occupés à la recherche de cette menue nourri- 
ture, sautillant, courant de place en place, et ne manquant point à faire curée 
quand ils en ont le sujet. Or cette occasion leur est toujours fournie par des ma- 
ringouins , qui ne peuvent négliger d'assaillir le crocodile , d'entrer dans sa gueule 
et d'en tapisser toute la surface. 

L'oiseau qui rend ce bon office au crocodile de Saint-Domingue est, dit-on, 
le todier, espèce plus petite que le charadrins sEgyptius , à bec frêle, déprimé et 
très-plat. Il peut donc entrer sans difficulté dans la gueule du crocodile, et, repu, 
en sortir de même : excepté que c'est une autre espèce qui remplit le rôle du petit 
pluvier, ce sont les mêmes scènes qu'en Egypte, la répétition des mêmes habitudes. 

Cette coïncidence de mœurs a été observée par M. le docteur Descourtils (i) 
qui a fait un long séjour à Saint-Domingue, et qui, ayant eu connoissance de 
mes recherches sur ce point , n'a pas manqué de donner aux siennes la direction 
dont les sciences viennent heureusement de recueillir le fruit. 

Ni l'un ni l'autre de ces crocodiles qui sont également privés de l'usage de 
leur langue , comme organe de mouvement , ne peuvent en remplacer l'office 
par un recours à leurs membres de devant; ceux-ci sont trop peu souples et 
beaucoup trop courts pour atteindre à la gueule (2). La nature auroit donc 
établi les crocodiles sans les moyens de pourvoir personnellement à leur bien- 
être , aux soins de leur conservation. Dans ce cas , misérablement abandonnés 
aux morsures d'insectes minimes par leur volume , mais qu'un concours bizarre 
de circonstances rendoit tout-puissans, il falloit, ou que ces crocodiles succom- 
bassent sous l'excès de leurs maux, ou qu'ils pussent les soulager en implorant la 
charité d'autrui. 

Le récit des anciens s'accorde pour montrer en tout ceci conflit d'habitudes, 
devoirs réciproques, affection mutuelle. Mais alors que répondre à la demande : 
Lequel des deux, du crocodile ou du trochilus , a le plus d'intérêt à commencer 
et à maintenir l'alliance ï II me semble qu'avant qu'on eut appris ce qui se passe 
à Saint-Domingue on n'avoit, pour être ûxé à cet égard, que le seul raisonnement, 
nécessairement accompagné de ses chances ordinaires d'erreur; mais présentement 

(1) Voyage d'un naturaliste à Saint-Domingue, tome \\l, arc, il les porte à sa gueule. II ne lui arrive pas tou- 
page 2.6. jours de happer sa proie et de l'avaler tout d'une fois : 

Cependant M. Descourtils ne se serait- il pas mé- s'il la prend par partie, et que ses dents en accrochent 

pris \ Le todier n'est pas un oiseau du littoral des et retiennent quelques fragmens , il n'a ni lèvres ni 

fleuves : il vit sur les arbres et à portée de bocages frais langue pour y remédier ; il y supplée alors par un jeu 

at abrités. prompt et très-bien entendu de ses doigts de derrière. 

(2) Les seules jambes de devant sont frappées de cette Ainsi il est bien vrai que le crocodile a parfois ses dents 
incapacité : le crocodile se sert, au contraire, très-habi- encombrées, devant être nettoyées; mais il est non moins 
lement de celles de derrière. II les emploie en imitant certain qu'il n'a besoin pour cela d'aucun secours étranger, 
les animaux qui se grattent, et, s'il ploie son corps en et qu'il peut lui-même y pourvoir. 

H. N. TOME If*, ,.« part j e . rj d 



204 DESCRIPTION DES REPTILES. 

la question gagne un point d'appui dans des faits précis et bien dégagés. Le plus 
intéressé des deux est évidemment le crocodile. H est certain que si, dans l'état 
d'imperfection de ses organes , le crocodile eût été , au grand jour de la création, 
réduit à ses seuls moyens, c'est-à-dire qu'il eût été délaissé sans autre ressource, 
cette espèce n'auroit pu traverser les siècles et arriver à nous. Nous sommes donc 
ici dans le cas de donner toute créance à un autre récit plus affirmatif et plus 
spécial quant aux motifs qui déterminent le crocodile : c'est le passage où Pline 
expose que le trochilus et le crocodile s'invitent mutuellement à se rendre récipro- 
quement service : « Le crocodile ouvre le plus qu'il peut sa gorge, qui est déli- 
» cieusement affectée par les picotemens de l'oiseau ( i ). » 

Ainsi, à défaut d'une organisation complète, la nature seroit venue au secours 
du crocodile en lui inspirant du moins une industrie qui a sauvé l'espèce du 
malheur d'être détruite aussitôt que créée. Or quelle assistance pouvoit , en effet , 
lui être plus utile que celle d'un petit oiseau , très-léger à la course , ardent à la 
poursuite de sa proie , et fort preste à s'en saisir ! Son nom arabe de sag-sag, 
sexaq, ou mieux tek-tak , lequel signifie qui touche, selon l'interprétation que m'en 
a donnée l'un des orientalistes les plus instruits de l'expédition , M. Delaporte , 
devenu depuis chancelier de Tripoli, exprime l'habitude familière aux petits plu- 
viers, qu'on voit constamment occupés à frapper le sable du bout du bec , pour 
y découvrir et en extraire tous les corpuscules dont ces oiseaux se nourrissent. 

J'ajoute, pour dernière preuve en faveur des précédentes déterminations, que 
s'il y avoit dans le Nil de véritables sangsues, hirudo , L., et nous avons dit plus 
haut qu'il n'en existe point dans les eaux vives du fleuve, j'ajoute que le bec des 
petits pluviers seroit trop foible pour les entamer, pour les dilacérer, et pour 
les amener au point qu'elles puissent lui être profitables comme nourriture. 

On voit bien , par ce qui précède , quels grands et réciproques avantages 
fondent la liaison du crocodile et du petit pluvier ; mais seroit - ce toutefois 
comme cédant chacun à une conviction intime , comme ayant la conscience 
qu'ils sont nécessaires l'un à l'autre \ Le crocodile , qui est sensible au plaisir 
d'être soulagé ; qui se montre reconnoissant d'un service qu'on lui rend ; qui 
avertit doucement son compagnon de se dégager, quand tous deux doivent 
penser à la retraite; la parfaite sécurité de celui-ci, entré dans une gueule 
immense et pour tout autre si cruellement meurtrière; le renoncement du plus 
fort à sa férocité naturelle* et l'audace intrépide du plus foible, qui deviennent 
une concession mutuelle et leur sont respectivement avantageux ; tant d'allures 
bien concertées, tant de relations aussi fidèles : voilà des faits de mœurs dont 
les anciens n'ont pas craint de nous présenter le tableau, qu'ils ont, au contraire, 
énoncés sans réserve ni détour , sans jamais chercher à les affbiblir ; voilà ce 
qu'ont affirmé, dans le sens absolu de ces paroles, les Hérodote, les Aristote, et 
ce que sont venus confirmer à leur suite Pline (2), Élien (3), Philon (4) , et 
quelques autres écrivains des premiers siècles de l'ère chrétienne. C'étoit dans un 

(1) Hist. nat, trad. deGueroult, Iiv. VIII, ch. 25. (3) Denat, anïm. lib. ni, cap. 1 1 , et lib. XII, cap. 15. 

(2) Ib'id. (4) lambi, n.° 82. 



CROCODILES. PL. 2. 20 C 

temps où l'on accordoit plus qu'on ne Je fait de nos jours aux observations d'habi- 
tudes : ce qui alors avoit été remarqué étoit raconté avec une naïve confiance. 

Mais, dans l'âge actuel , nous avons passé à d'autres principes ; le vrai frappé 
du caractère d'invraisemblable est écarté ; nous raisonnons les faits pour les dé- 
pouiller systématiquement d'une partie de leur portée. Le plus savant interprète 
d'un des ouvrages d' Aristote , Camus lui - même , incline à rejeter ce qu'il ne 
conçoit pas parmi les détails de mœurs attribués par son auteur au crocodile et 
au trochilus. 

C'est que nous avons pris dans les temps modernes , au sujet de l'intelligence 
des animaux, un parti dans lequel il nous convient de persévérer : nous ne 
voulons reconnoître en eux, ni actes réfléchis, ni jugemens, où l'on ait à signaler 
la moindre apparence de moralité. Une barrière est placée entre les idées de 
l'homme et ce qui leur ressemble chez les animaux; et cette barrière nous est 
tracée par des différences de facultés, lesquelles se rapportent, les unes aux 
lumières de la raison, et les autres aux déterminations innées de l'instinct; distinc- 
tions plus nominales peut-être que réelles , plus favorables à d'orgueilleuses pré- 
tentions qu'applicables au positif des choses. Mais enfin cet état précaire , fruit 
d'un à priori respectable dans son motif, satisfait au moins comme classification 
des opérations de l'esprit; ce qui d'ailleurs est adopté sous la réserve que chacun 
étend ou resserre, suivant le degré de son instruction et la mesure de sa conviction, 
l'intervalle d'une faculté à l'autre. 

Au contraire , les anciens , sans entraves , ou plutôt sous l'influence d'autres 
inspirations philosophiques et religieuses, qui voyoient dans tous les ouvrages de 
la création des témoignages de toute-puissance et de sagesse infinie, qui consi- 
déroient tous les actes de la vie chez les animaux comme des manifestations per- 
sonnifiées , comme de hautes conceptions appliquées au magnifique arrangement 
des choses , qui avoient embrassé toute la série animale sous un seul et même 
aspect, et qui croyoient enfin qu'à l'égard de tous les êtres sans distinction l'intel- 
ligence se modifîoit et apparoissoit en plus ou moins grande quantité selon le 
plus ou le moins de complication et de perfection de la structure organique ; les 
anciens, appuyés sur cette doctrine, que les progrès de la physiologie générale sont 
peut-être destinés à ramener un jour, ont bien pu et ont dû recueillir, commenter 
et admettre les actions des animaux, comme ils les ont établies dans le cas parti 
culier que je viens d'examiner ( i ). 

« Toutes les espèces d'animaux terrestres ou d'oiseaux fuient le crocodile. » 

Le héron ordinaire vit cependant près de lui : mais s'il en recherche le voi- 
sinage, ce n'est point comme lui étant personnellement affectionné; car il a soin 
de se mettre hors de sa portée et sur une autre rive du fleuve. Aussi, en voyant 
des hérons faisant le guet, nous ne doutions pas qu'il n'y eût assez près de là 
quelques crocodiles. Je me rappelle que la présence de ces oiseaux nous dirigea, 

(i) J'ai écrit un article ex prof es so sur l'affection mu- vices rendus au requin par le pilote. (Voyez Annales 
tuelle de certains animaux , et spécialement sur les ser- du Muséum royal d'histoire naturelle, tome IX , page 469.) 
#.iV. TOME I.", 1. rcp art i e . D( [ 2 



20Ô DESCRIPTION DES REPTILES. 

le 21 octobre 1799, sur une troupe de quinze crocodiles qui reposoient tran- 
quillement à terre. Epouvantés par un coup de canon chargé à mitraille , ils 
sautèrent dans le fleuve et disparurent; les hérons seuls ne furent point effrayés, 
et continuèrent à rester à leur même place et en chasse. Ils se tiennent ainsi à 
la portée du crocodile, pour profiter de la terreur que celui-ci répand dans le 
fleuve, et pour être plus à même de se saisir des poissons que sa présence fait 
fuir et disperse de toutes parts. Il y a tout lieu de croire que le crocodile , à son 
tour, fait grand fond sur cette habitude des hérons pour en tirer également quelque 
profit; car des poissons se trouvant lancés du côté des hérons, et rencontrant là, 
au lieu de sécurité, un autre sujet d'épouvante, sont nécessairement jetés dans 
un désarroi qui les livre sans défense à leur plus redoutable ennemi. 

Le pélican imite le héron; mais il ne s'en tient point uniquement à cette 
manière d'attendre et de se procurer sa proie : au héron seul appartient cette 
patience infatigable qui le tient plusieurs heures et quelquefois des jours entiers 
attaché au guet. 

« Toutes les fois que fe crocodile sort de l'eau pour aller sur terre, il s'y étend, la gueule 
w entr'ouverte ; ce qu'il a coutume de faire en se tournant vers le vent du midi. » 

Il est remarquable que j'aie pu vérifier ce point, et c'est de la manière sui- 
vante : aux îles de Thèbes et d'Hermonthis , j'ai très-distinctement observé sur 
le sable humide des traces de crocodiles qui prirent la fuite à mon approche ; 
ils avoient presque tous la gueule dirigée vers le nord-ouest : il s'en trouvoit qui 
avoient reposé sur le flanc ; et leur gueule à demi ouverte , qui étoit très-bien 
dessinée sur le sable, m'a rappelé la remarque faite par Hérodote. 

Mes guides profitèrent de cette occasion pour me montrer [es signes au 
moyen desquels ils distinguoient les mâles des femelles, m'assurant que ces mêmes 
différences étoient constantes. Je crus en effet remarquer que les empreintes qu'ils 
attribuoient aux mâles figuroient une tête plus forte et un peu plus courte. Ils 
exaltèrent beaucoup la supériorité des mâles sur leurs femelles, ajoutant que les 
mâles savent très-bien s'en faire obéir, en les mordant ou en les frappant rudement 
de la queue. 

Les crocodiles avoient laissé de leur fiente sur le rivage ; ehe étoit moulée 
comme celle de l'homme, partagée en deux tronçons d'un diamètre un peu 
plus gros, et d'une longueur de dix à onze centimètres pour un crocodile de 
trois mètres : sa consistance étoit peu considérable , son odeur nulle , et sa couleur 
d'un vert-brun. 

« Les crocodiles sont sacrés dans quelques parties de l'Egypte, et ne le sont pas dans d'autres, 
» où on les poursuit même en ennemis. » 

Les Égyptiens étudioient l'ordre de l'univers dans le mouvant tableau que 
formoient autour d'eux les productions de leur sol et sur-tout les animaux, où 
ils croyoient apercevoir que s'en réfléchissoit une plus vivante et plus expressive 
manifestation : ainsi les espèces les plus malfaisantes leur rappeloient ces actes 



CROCODILES. PL. 2. 2Û7 

de toute -puissance funeste, ces événemens désastreux d'une nature comme 
atteinte de vertiges , qu'amène le désordre des tempêtes. Cependant ces calamités 
étoient diversement ressenties dans les diverses provinces Egyptiennes ; car tel 
est l'inévitable effet de la force injuste : ici, son ressort, fortement tendu, dispose à 
plus de docilité, quand ailleurs il se brise en inspirant le courage de la résistance. 
Ainsi le crocodile étoit honoré en certains lieux, et au contraire détesté et pour- 
suivi dans d'autres. 

Mais d'ailleurs le crocodile sacré étoit choisi dans une espèce à part, petite, 
inoffensive , utile même. Je traiterai ce point en parlant des espèces. « A Arsi- 
» noé, ville située sur les bords du lac Mœris , dit Strabon, liv. xvn, p. 8 i i , on distin- 
» guoit un crocodile, le suchus : on l'entretenoit à part; on le tenoit pour sacré; des 
» prêtres étoient préposés pour en prendre soin ; ils s'employoient et réussissoient 
y> à l'apprivoiser, et ils le nourrissoient de pain, de viande et de vin apportés par 
» les étrangers qui venoient le voir ; dans chaque occasion ils couraient à lui , 
» s'en saisissoient , et, suivant les emplois assignés à chacun, l'un d'eux lui ouvrait 
» la gueule, et d'autres y jetoient le gâteau et y versoient le vin apportés, m 

J'ai vu des crocodiles entretenus vivans dans de grandes cuves , et je me 
suis convaincu qu'ils se privent très-facilement (i). Tous les animaux qui vivent 
de chair, sur-tout les plus gourmands, y sont naturellement enclins : se trouvant 
rassurés contre tous les genres d'hostilité auxquels ils sont en butte, ils s'accou- 
tument très-volontiers à la distribution journalière d'une proie qu'ils acquièrent 
sans travail ni danger. Mais, à l'égard des crocodiles, il est encore d'autres motifs 
qui développent en eux le goût de la vie sociale : ils sont long-temps petits et 
nécessiteux ; leur éducation se prolongeant, ils n'en sont que mieux fixés sur les 
soins dont ils auront été l'objet; enfin un moyen de leur plaire, et, en en dou- 
blant le ressort, de les dominer entièrement, c'est d'agir sur l'extrémité de leur 
museau , où gît une sensibilité exquise. Les nerfs qui viennent se perdre dans les 
lèvres des mammifères , qui s'épanouissent dans les barbillons des chats , qui impres- 
sionnent et qui font grimacer la figure de l'homme, portent et rassemblent leurs 
dernières ramifications à l'extrême pointe de la mâchoire supérieure du croco- 
dile : une lame cartilagineuse très-mince recouvre cet organe d'un toucher fin et 
délicat; qu'on y porte les doigts sans trop presser, l'animai y ressent un doux 

(i) En publiant ce fait, je n'entends pas donner pour croisière de la marine Anglaise fut chargée de surveiller 

cela créance à celui qui est consigné par l'auteur d'une le port d'Alexandrie : envoyée pour s'opposer à nos glo- 

Histoire naturelle des reptiles, faisant suite à la réimpres- rieux exploits, elle ne trouvoit nulle part occasion de 

sion des Œuvres de Buffon dirigée et publiée par Son- nuire. Fatigués des ennuis d'une croisière insignifiante, 

nini. Cet auteur, Daudin, a consigné dans son article les marins Anglais voulurent s'égayer, et ils crurent qu'ils 

Crocodile," que j'avois essayé, pendant mon séjour en atteindroient du moins leur ennemi en essayant contre 

35 Egypte, de dompter et d'apprivoiser des crocodiles à lui quelques traits malins, en cherchant à couvrir de 

» l'exemple des anciens, et que mes tentatives n'ont point ridicule les principaux personnages de l'armée : ils firent 

» été couronnées du succès que j'en avois espéré. » quelques caricatures qu'ils envoyèrent en Angleterre, 

Je dois à la vérité d'avertir que je n'ai fait aucune ten- d'où elles se répandirent en France et en Allemagne, 

tative de ce genre. Voici ce qui a donné lieu à ce bruit, On me fit l'honneur de penser à moi, de me placer 

qui fut effectivement répandu. Dans le temps de nos dans une scène grotesque avec plusieurs crocodiles; et 

triomphes, à l'époque mémorable où l'armée d'Orient cette production éphémère donna lieu à la méprise dont 

avoit à sa tête un chef qui s'est illustré avec elle, une je viens de parler. 



208 DESCRIPTION DES REPTILES. 

chatouillement auquel il paroît se plaire ; et au contraire, que Ion vienne à for- 
tement serrer, il témoigne de la souffrance et fait tous ses efforts pour échapper : 
mais d'abord il ouvre la gueule; ce qui fournit un moyen facile de lui prescrire 
d'agir ainsi, pour le cas où l'on veut lui administrer sa nourriture. 

Si telles sont les habitudes des crocodiles , Hérodote et Strabon ont pu voir 
et justement raconter que les Égyptiens des environs de Thèbes et du lac Mceris 
réussissoient à en apprivoiser ; en d'autres lieux , au contraire , les crocodiles , 
les grandes espèces du moins, avoient guerre à soutenir contre des ennemis 
acharnés à leur poursuite. « Les Tentyrites, ainsi nommés d'une île qu'ils habi- 
» toient en dedans du fleuve, s'étoient, dit Pline, acquis une grande réputation 
» pour leur intrépidité dans la guerre qu'ils faisoient au crocodile; ils l'attaquoient 
» de front, le chassant dans l'eau, l'abordant et se plaçant sur lui comme à cheval. 
« Terrible pour qui le craint et l'évite , le crocodile fuit lâchement devant d'aussi 
» redoutables ennemis ; les Tentyrites attendoient qu'il essayât de mordre, qu'il 
» ouvrît la gueule, pour passer dans celle-ci une massue, dont ils saisissoient les 
» deux bouts et dont ils se servoient comme d'un mors : le crocodile, effrayé, se 
» laissoit conduire à terre , mais sur-tout consentoit à rendre les corps qu'il avoit 
» dévorés. » La haine des Tentyrites pour cette bête cruelle avoit pris sa source 
dans des motifs religieux : les crocodiles privoient de sépulture les animaux dont 
ils se nourrissoient, et c'étoit à leur faire rendre gorge et pour ensevelir honora- 
blement des débris restitués, que ces insulaires se montroient si ardens, si dévoués, 
qu'enfin ils s'étoient pieusement consacrés. 

« On ornoit ses oreilles d'anneaux d'or ou de pierres vitrifiées, et ses pieds de devant de bracelets. » 

J'ai pu vérifier jusqu'à cette circonstance du récit d'Hérodote. Ayant ouvert 
une momie de crocodile et l'ayant débarrassée des langes dont on l'avoit enve- 
loppée , j'ai eu la satisfaction d'apercevoir, aux opercules formant les oreilles 
externes , des témoignages non équivoques qu'on les avoit percés pour y sus- 
pendre des pendans ; les trous visiblement destinés à cet usage avoient été 
pratiqués à la partie antérieure de l'opercule. On est exposé à ne pas distinguer 
cette oreille externe , quand on ne l'a vue que sur des sujets préparés pour l'usage 
de nos cabinets, et parce que l'action lente du dessèchement lui fait subir un 
retrait considérable ; méconnoissable comme conque auriculaire par sa forme 
operculaire, par sa situation supérieure et par son renversement en lame sur Je 
travers du conduit auditif, elle se montre rendue aux conditions de toute oreille 
externe, sous ce rapport qu'elle est essentiellement cartilagineuse et qu'elle pro- 
vient de l'os temporal : celui-ci, qui fait partie du plancher supérieur du crâne, 
a donc occasionné de cette manière des anomalies ; il a en effet provoqué par 
sa position tout extraordinaire les nouvelles formes de cette oreille externe, son 
changement d'une conque en un opercule. Cette transformation n'avoit point 
été reconnue par les anciens membres de l'Académie des sciences; d'où ils se 
sont crus en droit de continuer leurs attaques contre Hérodote, d'argumenter 
contre ce point de ses écrits; croyant que des pendans d'oreilles portoient à 



CROCODILES. PL. 2. 200 

l'idée d'une conque dégagée et saillante, et niant qu'Hérodote en eût observé 
de semblables. 

Cependant il paroît que des anneaux d'or ne formoient la parure que des 
crocodiles privés et spécialement recommandés par les prêtres à la dévotion des 
peuples ; car j'ai vu plusieurs autres crocodiles embaumés qui n'avoient point eu 
les oreilles percées. 

« On ne lui donne à manger qu'une certaine quantité déterminée d'alimens , soit de pain , soit 
» de la chair des victimes. » 

Strabon visita le crocodile sacré d'Arsinoé, et put sur toutes ces circons- 
tances fortifier de son témoignage le récit d'Hérodote. Nous venons de voir, 
dans le précédent paragraphe , que chaque visiteur n'étoit admis auprès de 
ranimai-dieu qu'en apportant un cadeau consistant en nourriture , que ce présent 
étoit immédiatement' remis au suchus , qu'il lui étoit au besoin administré avec 
contrainte, qu'on lui ouvroit la gueule, et qu'un moyen infaillible de l'y disposer 
étoit de peser sur l'extrémité très-sensible du bout de son museau. 

« Les crocodiles étoient donc entretenus avec le plus grand soin pendant leur vie : ils étoient 
» enterrés après leur mort dans des cellules consacrées. » 

Cette vénération des Egyptiens pour leurs animaux sacrés, qu'ils leur continuent 
dans la tombe, et qui même après leur mort est rendue plus explicite par des 
soins multipliés et par une grande variété de pratiques très-dispendieuses, forme 
un fait d'histoire dont la singularité frappe vivement l'esprit. Mais combien se 
prolonge et redouble cette impression , si l'on considère que ce fait d'histoire , 
qui date de plusieurs centaines d'années au - delà de l'ère chrétienne , arrive à 
nous , Européens du xix. e siècle , comme un fait perceptible actuellement ! Ces 
cellules consacrées , je les ai visitées ; ces crocodiles enterrés et d'abord pieu- 
sement embaumés , je les ai vus en place. Que de nombreuses générations aient 
depuis et durant trois mille ans succombé , qu'elles aient mêlé leurs cendres avec 
celles des générations antérieures, que les dépouilles des derniers siècles soient 
venues accroître les bancs déjà considérables des antiques dépôts, néanmoins tous 
ces débris de l'antiquité sont toujours là : ce qui fut autrefois et comme il fut 
alors, tout est resté visuel. Les institutions, la religion, la langue, les combi- 
naisons sociales de l'ancien peuple de l'Egypte ont disparu : mais son matériel 
mortuaire est resté debout ; il crée pour nous, postérité vivante à l'égard de ces 
curieux débris, des circonstances inouïes jusqu'alors, puisque là ne sont pas seule- 
ment des motifs pour nos souvenirs, mais vraiment des tableaux refaits, des scènes 
renouvelées de ce qui fut, de ce qui étoit dans le lointain des siècles. Là sont 
effectivement des matériaux d'un genre nouveau d'histoire, qui redisent actuel- 
lement le passé, en le ramenant lui-même, en le rendant perceptible tout autant 
pour les yeux du corps que pour ceux de l'esprit. Entré dans la demeure mor- 
tuaire des crocodiles à Thèbes , j'en ai retrouvé les parties comme elles avoient 
été distribuées : là étoient des crocodiles empaquetés, sans la moindre altération; 






2IO DESCRIPTION DES REPTILES. 

de la main qui en avoit fait le pieux dépôt, ces restes vénérés ont passé dans 
la mienne , sans qu'aucun événement eût croisé cette relation consécutive. Les 
deux actes se sont en effet succédé , sans autre interruption qu'une nuit de trente 
siècles écoulée entre l'un et l'autre. 

J'ai retiré un crâne d'une de ces momies de crocodile , et je l'ai trouvé si 
parfaitement conservé et donnant si exactement toutes les sutures du système 
ostéologique , que je m'en suis servi, de préférence à des crânes d'animaux 
contemporains, pour la détermination des pièces osseuses de la tête; j'ai donné 
le résultat de ces recherches et la figure du crâne antique dans les Annales du 
Muséum d'histoire naturelle , in-4. , 1807, tome X, pages 6j et 342; pi. III, 
fig. 2, 3 et 4. 

J'ai vu ici, depuis mon retour en France, beaucoup d'autres crocodiles sortis 
des antiques necropolis d'Egypte : un de ces sujets , long de plus de deux mètres , 
fait partie des richesses du Muséum d'histoire naturelle, à qui il a été généreu- 
sement donné par le célèbre et infatigable voyageur M. Cailliaud. J'en ai aussi 
rencontré un autre, étant de deux à trois décimètres plus long, dans le bazar 
de la rue Saint-Honoré ; la bibliothèque de Marseille en possède un exemplaire 
long d'un mètre , et celle de Lyon aussi un autre un peu plus petit ; enfin je 
rappellerai que j'ai traité de six autres individus, n'ayant, les uns, que la taille 
du crocodile au sortir de l'œuf, et les autres n'étant qu'un peu plus grands : je les 
ai observés dans la collection d'antiquités recueillies et vendues au roi de Prusse 
par un voyageur Italien, M, Passalacqua. Voyez le Catalogue raisonné de cette col- 
lection, publié à Paris en 1826 par cet habile et savant artiste, pag. 23 (f.. 

« Les habitans d'ÉIéphantine se nourrissent au contraire de la chair des crocodiles , et sont loin 
35 de les considérer comme sacrés. » 

L'espèce de confusion d'idées qu'Hérodote prête aux Égyptiens, quand ii les 
déclare également disposés et à se nourrir du crocodile et à lui rendre des 
honneurs, tient, je pense, à ce que ce grand homme ignoroit qu'il y avoit plu- 
sieurs espèces de crocodiles dans le Nil : mais alors les Égyptiens, qui avoient 
cette connoissance, n'étoient que justes et conséquens dans leurs sentimens. Ils 
détestoient et poursuivoient les grandes espèces dont ils éprouvoient journel- 
lement de grands dommages , et ils cédoient au contraire à un mouvement tout 
naturel de gratitude quand ils épargnoient la petite espèce. En effet, celle-ci est 
inoffensive; elle voyage chaque année avec les eaux de l'inondation; elle porte 
ainsi dans les contrées éloignées du fleuve la nouvelle de la crue du Nil; enfin, 
qu'elle arrive un peu plus tôt que de coutume, et l'on compte sur une plus 
grande inondation, sur une moisson plus abondante : ceci explique le bon accueil 
que l'on faisoit à cette petite espèce , son nom de crocodile sacré , les honneurs 
divins qu'on lui rendoit (1). En traitant des espèces, je reviendrai sur ce sujet. 

(1) Sur les hommages rendus au crpcodile, consultez Arsinoïte , ch. XVII , par MM. Chabrol et Jomard. 
la Description d'Ombos, A.D. ch. IV, et le paragraphe Ce dernier a fait remarquer que les villes où le crocodile 
sur Crocodilopolis dans celle des antiquités du nome étoit honoré se trouvoient toutes au milieu des terres : 

« Du 



CROCODILES. PL. 2. 2 11 

« Du reste, ïe nom de l'animal en égyptien n'est point crocodile , mais champs A : ce sont 
» les Ioniens qui lui ont donné le nom de crocodile , par la ressemblance de sa forme avec celle 
» des lézards que l'on voit sur les murailles et qu'ils nomment ainsi. » 

La vérification de ce point n'est sujette à aucune équivoque. Le crocodile se 
nomme encore aujourd'hui comme au temps d'Hérodote : Jablonski, de Pauw , 
Larcher, &c. , i'avoient avant moi remarqué. La prononciation de l'ancien nom 
a cependant un peu varié , principalement la consonnance de la première lettre : 
on dit présentement temsah. 

Ce mot est cité dans plusieurs vocabulaires Coptes- Arabes, entre autres dans 
le Vocabulaire Saïdique ( i ). 

Il est écrit emsah : d'un autre côté, Jablonski l'a trouvé écrit hemsa, qu'on peut 
aussi prononcer comme khemsa , forme sous laquelle il approche davantage du 
mot rapporté par Hérodote. 

On se servoit au-devant de ces mots de l'article masculin pi quand on vouloit 
désigner le crocodile mâle , et de l'article féminin t en parlant de la femelle : 
cependant l'emploi du féminin prévalut; d'où les Egyptiens s'en tinrent à la seule 
forme t-em-sah. Les Arabes, maîtres de l'Egypte, n'ayant point fait cette distinc- 
tion, adoptèrent ce terme, mais en le faisant précéder de leur propre article el 
ou al ; ils nomment aujourd'hui le crocodile el- temsah. Nous avons fait au surplus 
la même faute pour des mots que nous avons empruntés à ces mêmes Arabes ; 
nous disons l'alcoran , l'almanach , l'alambic , &c. , termes dans lesquels l'article 
arabe est employé conjointement avec l'article français. 

Le nom de crocodile, sous la forme de msah, msoh, est répété dans plusieurs 
papyrus récemment découverts; M. Champollion jeune en donne l'étymologie : 
il est composé de la préposition dans , rendue par m, et du mot sah, soh, tra- 
duisible par œuf. 

Or le sens de ce nom composé n'est point équivoque , et porte sur les motifs 
qui l'ont fait imaginer : on rend par lui le trait le plus saillant du crocodile. 
On aura voulu présenter à l'esprit le contraste sans doute fort extraordinaire du 
plus grand animal provenant d'un corps minime , d'un œuf à peine plus gros 
que celui d'où sortent les poules. Ce fait, d'essentielle différence, a été saisi 
avec une grande sagacité par les inventeurs du terme, dès qu'il exprime exac- 
tement le caractère propre et exclusif des crocodiles. C'est cette idée qui , exa- 
gérée, avoit fait croire et dire aux Égyptiens que les crocodiles naissoient d'un 
point imperceptible , et , comme les mouches , de la corruption des viandes. 
Pierius donne ces faits , et explique ainsi comment le crocodile étoit devenu 
l'emblème de tout homme qui, né dans l'abjection, étoit tout-à-coup porté par 
un caprice de la fortune au plus haut point de puissance et de richesse. 

il conjecture que c'est la petite espèce seule qui pénétroit certain point l'opposition qui existoit entre les Tentyrites, 

jusqu'à ces villes intérieures avec les nouvelles eaux du d'une part, et les habitans d'Ombos et des deux Croco- 

Nil, et que c'est pour ce motif qu'elle étoit l'objet d'un dilopolis, de l'autre. Consultez aussi la carte de l'Egypte 

cuite particulier ; tandis que la grande espèce, animal ancienne par le même auteur. 

vorace, ne quittoit pas le lit du Nil, et exerçoit ses ra- (i) Manuscrits de la Bibliothèque du Roi , n.° 44» 

vages sur les rives du fleuve; ce qui explique jusqu'à un fol. j4- 

H. TV. TOME I.«, repartie. Ee 



2 I 2 DESCRIPTION DES REPTILES. 

Quant au terme de crocodihs, mot Grec , on n'a pu s'accorder sur la fixation 
du sens de ses composans, dans la supposition que son origine soit due à deux 
racines primitives. 

Mais d'abord nous remarquerons que les Grecs ont fait preuve de savoir zoo- 
logique et vraiment d'une grande sagacité en ne voyant dans les formes du 
grand lézard du Nil, animal qui leur fut long-temps inconnu, qu'une répétition 
de la conformation des lézards ordinaires. Les dernières éditions de notre célèbre 
Linné , l'édition même posthume publiée par Gmelin, n'ont point autrement donné 
les affinités naturelles de ces animaux, puisque le crocodile est resté, dans toutes 
les classifications de cette époque, confondu avec les lézards sous le nom de 
Lacerta crocodilus. 

La plupart des érudits , qui s'en sont tenus aux élémens étymologiques du 
mot x££x*&/ào$, se sont partagés, en dérivant la première partie de ce terme, 
les uns de x£?ws, safran , et les autres de kç)m , rivage : la seconde partie est 
&/Ao's, craintif, timide. Dans la première hypothèse , le crocodile auroit été ainsi 
nommé, parce que le crocodile de terre passe pour craindre la vue ou l'odorat 
du safran ; et dans la seconde , parce que le crocodile de mer redoute de tomber 
dans des pièges aux embouchures des rivières , et qu'il craint ainsi d'approcher 
des rivages. 

Cependant Bochart (i) veut qu'on rejette toutes ces étymologies, qu'il traite 
de ridicules : le crocodile, selon lui, a toujours porté ce nom chez les Ioniens, 
sans qu'on eût jamais songé à le tenir de l'association de deux termes. C'est ainsi 
que Bochart entendit et adopta dans un sens absolu le passage d'Hérodote. 

Nota. Le surplus du texte que nous avons commenté n'étant pas plus susceptible de controverses 
que de modifications, je termine ici mes explications a son sujet. 



ORGANISATION. 

Je n'entends point donner ici une œuvre didactique qui ne conviendroit 
qu'à de certains lecteurs; et sans m'assujettir à des règles que ne m'impose 
point mon sujet, je ne reviendrai pas sur ce qui a été disséminé et suffisamment 
établi dans l'exposé précédent. Je passe sans autre transition aux considérations 
suivantes. j 

Le crocodile, au sortir de l'œuf, est déjà, sauf la tête, ce qu'il sera ultérieu- 
rement. Il surprend par un caractère qu'il partage avec les poissons , quant à la 
même étendue , mais non pour le même degré d'utilité , par la longueur de sa 
queue; et généralement il montre une tendance d'affinité avec les serpens pour 
les proportions alongées de ses parties. Cependant cet excès de longueur est 
compensé par moins de volume dans le diamètre transversal : c'est fidélité au 
principe du balancement des organes; et en effet, une dimension perd toujours 
sur un point ce qu'elle a de trop gagné sur un autre. Le resserrement transversal 

(î) Hierozoïc. Iib. iv, cap, i. 



CROCODILES. PL. 2. 21] 

se remarque davantage à la région dorsale : là des écussons ou plaques du système 
tégumentaire sont plissés ; ils proviennent de l'épanouissement de chaque houppe 
nerveuse et vasculaire à la périphérie du corps ; une saillie longitudinale partage 
par le milieu chacune de ces plaques parfaitement circonscrites : ce qui n'étoit 
point ou ce qui paroissoit d'abord peu apparent, se prononce davantage; car la 
saillie, avec le temps, devient une crête vive. Toutes ces formes sont imposées 
au système épidermique : tel est chaque écusson, et telle se montre l'écaillé placée 
en, dehors ; c'est-à-dire que comme est la forme du moule, apparoît la figure de 
l'objet moulé. Chaque emplacement de la peau et son écaille sont donc sembia- 
blement plissés. Alors il n'y a point d'écaillés imbriquées , superposées comme 
chez les poissons, mais elles sont rangées côte à côte; et, n'anticipant point les 
unes sur les autres , elles maintiennent le crocodile dans l'arrangement qui est 
usuel et classique pour tous les reptiles. 

La tête varie beaucoup : le front du crocodile à sa naissance est saillant, la 
région cérébrale ample relativement à ce qu'elle sera plus tard, et toute l'arrière- 
partie bombée ; le museau est au contraire respectivement très-court. Pour prendre 
de ces proportions et de l'étendue de cette variation une idée exacte, qu'on se 
représente la tête partagée en trois segmens , une première partie formée du 
museau depuis son extrémité nasale jusqu'à ïœil , une seconde étendue d'un angle 
à l'autre de l'orbite, et la troisième comprenant tout l'arrière-crâne à partir de 
l'œil. Or voici quelles en sont les principales proportions dans les différens âges. 
A l'époque de la naissance, il y a moins de longueur dans la première que dans 
la troisième portion; mais après quelques jours, et quand le jaune de l'œuf est 
entièrement absorbé, on observe une parfaite égalité entre ces mêmes parties : puis 
les proportions deviennent inverses; le museau gagne de plus en plus en longueur, 
jusqu'à devenir double de l'étendue de l'arrière-crâne. 

Ces changemens s'opèrent dans tous les sens; car, si le front s'abaisse et dis- 
paraît, le vertex s'aplanit dans une même raison. Toutes ces parties se confondent 
pour former, en comprenant les régions de la joue et des tempes, une surface 
uniforme, une sorte de table ou plancher supérieur; pour cela faire, la joue et 
les tempes sont en partie enlevées au-dessus des yeux, en les contournant et en 
se rangeant aussi en arrière. 

Ce qui produit un résultat aussi extraordinaire, est l'extrême grandeur, oserois-je 
dire, l'incroyable dimension des parties maxillaires; les choses en sont au point, 
que les plus savans naturalistes de notre époque n'ont encore pu y soumettre 
leur esprit, qu'ils persévèrent dans d'anciennes préventions, et qu'ils doutent de 
ce qu'ils voient. Ce développement disproportionné des parties maxillaires supé- 
rieures, étant inattendu et non compris, a eu d'abord pour premier résultat, ainsi 
qu'on l'a vu plus haut page iy4, d'entraîner Perrault et Duverney dans d'injustes 
reproches contre Hérodote : mais il a mis, de plus, dans ces derniers temps, sur 
une fausse voie; il a produit de fâcheux erremens à l'égard des recherches entre- 
prises pour la détermination des pièces crâniennes. Ainsi les branches maxillaires 
supérieures développent au-devant des inférieures un bord ample et prolongé , 

H. N, TOME I.«, .. re partie. Ee a 



2i4 DESCRIPTION DES REPTILES. 

qui a, en effet, contraint les portions jugales et temporales, ordinairement des- 
cendues sur les flancs et jouant le rôle de parties latérales, à passer derrière et 
autour de l'orbite ; ainsi repoussées loin et rejetées vers le haut dans une com- 
position déjà remarquable par son peu d'épaisseur, les pièces de la joue et des 
tempes fournissent nécessairement une partie de leur volume à la large table 
que nous venons de dire formant le plancher supérieur de la tête. Ce n'est point 
ce que d'abord j'ai cru, et ce que j'ai dit en 1807. A cette époque, personne 
n'avoit traité ex prof es so de la détermination des pièces crâniennes ; je m'en suis 
le premier occupé, par conséquent avant que l'on eût même soupçonné que ce 
fût une question à éclaircir. Dans cette nuit obscure, sans précédens ou méthodes 
qui servissent de guide, des erreurs étoient alors inévitables. J'ai donc, pendant 
les dix dernières années, plus ou moins partagé les illusions et les opinions des 
naturalistes qui se sont depuis livrés aux mêmes recherches ; et si depuis j'ai pris 
confiance dans mes derniers résultats , c'est après y avoir long-temps songé. Chaque 
année je repassois sur les mêmes voies, et je l'ai fait, tant que des difficultés 
sans cesse renaissantes , le vague de mes expressions à chaque publication , la 
nouveauté des termes employés, une absence évidente de lucidité dans l'énoncé 
de quelques propositions, m'avertissoient que les véritables analogies n'étoient 
pas sur tous les points encore trouvées. Au fond, la difficulté du problème pat- 
rapport au crocodile provenoit de ce que son crâne étoit justement l'inverse de 
celui de l'homme, quant aux proportions de ses parties; savoir, grandeur excessive 
de la face , et en revanche petitesse extrême de la boîte cérébrale. 

C'est l'accroissement du contenu qui règle l'étendue et la disposition des 
parties enveloppantes : comme est le cerveau, se montrent les os qui sont répandus 
à sa surface. Or, dans un jeune sujet, le cerveau présente une ampleur qu'il perd 
successivement; les tubercules olfactifs s'accroissent et en même temps s'écartent 
de la masse encéphalique pour se porter en avant; les pédoncules qui les y 
rattachent ont en longueur une fois et demie celle des tubercules eux-mêmes; 
les lobes cérébraux sont plus étendus latéralement que d'avant en arrière : c'est 
le contraire dans le premier âge. Les lobes optiques ou lobes nommés quadri- 
jumeaux chez les mammifères, parce que chez eux un profond sillon les partage et 
leur donne une apparence quaternaire , les lobes optiques suivent immédiatement 
les hémisphères cérébraux; ils sont sous-doubles de ceux-ci et sphériques ; enfin 
la masse encéphalique est complétée à la suite et sur la ligne médiane par un 
cervelet unique, pouvant égaler par son volume l'ensemble des deux lobes qui 
le précèdent. Ce ne sont pas ces rapports qui sont visibles dans les figures 1 1 5 
et 117, planche 5 de l'ouvrage de M. le docteur Serres , Sur le cerveau dans les 
quatre classes d'animaux vertébrés : les figures rappelées ici représentent le cerveau 
d'un crocodile au sortir de l'œuf. 

A la petitesse de cette masse encéphalique , que l'on oppose la grandeur de 
la moelle alongée , ce contraste donne l'idée d'un autre cerveau à la suite. Le 
volume, qui en est considérable, cesse toutefois de surprendre, quand on le voit 
en rapport et d'accord avec le développement inouï des parties de la face : et 



CROCODILES. PL. 2. 2 I j 

en effet, il ne falloit rien moins qu'une telle masse médullaire pour que celle-ci 
pût suffire à être le noyau ou le point de départ des nerfs volumineux qui y 
prennent naissance, les nerfs trijumeaux, ou ceux de cinquième paire. 

Les nerfs oculo-moteurs ou de troisième paire sont aussi très-volumineux, et le 
nerf facial est fort petit. Celui-ci ne trouvei oit pas à se disséminer comme à l'or- 
dinaire ; car il n'est plus, il n'y a point de parties cutanées et charnues au museau 
du crocodile : un mince feuillet, un léger voile épidermique, suffisent pour en 
revêtir la masse entièrement osseuse. 

Cependant la petitesse des masses encéphaliques pourroit surprendre chez un 
animai que nous avons vu plus haut susceptible de calculs , suppléant par la 
ruse à l'insuffisance de quelques organes, réglant des actes de société, et portant 
la prévoyance à se garantir dans l'avenir, à se ménager des conditions et motifs 
de sécurité pour le temps de son sommeil. 

Mais c'est le cas sans doute de redire de nouveau que la tête du crocodile , 
toute faite qu'elle est avec les identiques matériaux ordinaires , est néanmoins , eu 
égard aux proportions de ses parties, établie dans une manière inverse de la tête 
de l'homme. Or faisons qu'attentifs à cette observation, et l'esprit dégagé de ses 
liens, ou d'idées toutes faites et acquises en anatomie humaine, nous puissions 
nous élever assez et dominer notre sujet au point de faire abstraction des formes 
des choses , nécessairement variables et secondaires , pour n'en considérer que 
la première condition, celle de leur essence; oublions sur-tout ces arrangemens 
d'ordre numérique exprimés par les mots de première paire de nerfs, seconde , 
troisième, et ainsi de suite, pour saisir sans prévention les faits, comme nous les 
donne la moelle alongée , c'est-à-dire, son renflement dans le trou occipital, ce 
premier renflement des parties médullo-rachidiennes. 

Or qu'apercevons-nous là chez l'homme indépendamment de la forme , qu'y 
voyons-nous comme fait plus général! La moelle alongée s'y subdivise en deux 
parts, l'une qui pénètre dans l'intérieur des os crâniens, et l'autre qui se répand 
à l'extérieur. Dans ce cas, ce seroit donc qu'on auroit donné une attention trop 
exclusive au volume de ces parties, à leur différence en ce point, c'est-à-dire 
qu'on se seroit laissé prévenir par ce qui n'auroit été là qu'une circonstance 
secondaire : ainsi l'on auroit jugé d'un fait de subdivision, non point sur ses 
conséquences immédiates , mais sur toutes ses apparences qui résultent d'un 
accident de forme. 

Cependant, faisant abstraction des conditions secondaires, que reste-t-il dans 
le sujet qui nous occupe î La moelle alongée , en tant qu'elle n'est considérée 
que dans ses enveloppes, se divise en parties externes et en parties internes; ses 
subdivisions, des deux côtés également, se prolongent à peu près parallèlement : 
elles quittent et reprennent la même ligne, et par une définitive anastomose 
y produisent autant de cercles qu'il y a eu de doubles rameaux appelés à y 
concourir. Ainsi ce sont, au fond, deux appareils nerveux pour former les 
organes des sens, pour constituer les principales conditions d'existence de chacun, 
deux appareils qui se confondent respectivement et qui reçoivent sans doute du 



2 1(5 DESCRIPTION DES REPTILES. 

seul caractère de leur position différente toutes les modifications importantes qui 
les distinguent. L'un est en très-grande partie renfermé dans un étui osseux, 
l'appareil intra- crânien , et l'autre est distribué autour, ou l'appareil extra-crânien. 
Or, tout autant que le premier est encaissé, qu'il remplit la boite crânienne, et 
qu'il est par conséquent protégé par l'ensemble de ses pièces solides , par une 
muraille osseuse répandue à sa surface, il se manifeste sous Ja figure d'une vessie 
qu'on auroit soufflée ; des particules médullaires y sont en grand nombre répan- 
dues, s'y voient accumulées et comme entassées : sa capacité dépend de leur 
nombre, et généralement toutes ses subdivisions retiennent, tant qu'elles sont 
cloisonnées , la forme d'une bourse remplie. Quant au second appareil , il 
garde l'apparence et la consistance des parties hors crâne du premier; et, dans 
tous les cas, les extrémités de l'un, comme celles de l'autre, ont la même ten- 
dance, aboutissent respectivement aux mêmes points, entrent dans des services 
identiques, et, par leurs insertions et leurs actions réciproques, deviennent et 
constituent réellement les organes des sens, l'appareil vasculaire y portant aussi 
un rameau terminal. 

J'ai été conduit à ces idées générales en examinant la structure des appareils 
olfactifs chez les animaux qui odorent dans l'eau, en voyant cette structure, par- 
ticulièrement chez le congre (i) : elles sont immédiatement applicables au cro- 
codile. Par induction , nous en venons à comprendre comment l'excès de 
grandeur de la cinquième paire ou du nerf trijumeau ( appareil nervo-céphalien 
externe), qui caractérise ce reptile, lui devient une utile compensation de l'excès 
de petitesse de son cerveau ( appareil nervo-céphalien interne ) ; car alors les actions 
physiologiques qui dépendent de la fonction des nerfs, les phénomènes vitaux 
dont on comprend l'ensemble comme toutes les manifestations variées sous le 
nom d'habitudes , tant de facultés pour la ruse, l'adresse et la prévoyance, que 
nous avons reconnues au crocodile, ne seroient point, autant qu'on l'a cru jusqu'à 
ce jour, hors de proportion avec les faits de structure organique. Il n'y auroit 
ainsi pas plus de produits obtenus que n'en pourroient, selon la règle, accorder 
ou faire supposer les agens producteurs. 

Effectivement, s'il n'y a chez le crocodile qu'un très-petit cerveau pour tant 
de sagacité et d'astuces, le crocodile en est sans doute suffisamment indemnisé 
par le plus de volume et par la texture de son nerf trijumeau. Nul autre, parmi 
les animaux qui respirent dans l'air, n'a ce nerf, à partir de la moelle alongée, 
aussi gros, et de plus ne l'a aussi long; ce qui ne pouvoit être autrement, ce 
nerf ayant à se rendre et à se répandre dans des maxillaires d'une grandeur déme- 
surée. Sa masse, que, dans ce cas, il convient d'estimer en multipliant le pro- 
duit de la longueur des rameaux par celui de la grosseur des diamètres, donne 
en effet une somme totale dont le volume est considérable. Dans une tunique 
forte et résistante se voit un tissu spongieux, composé de filets nombreux et très- 
fins. Je donne, n'osant courir la chance d'une erreur, cette observation comme 

(i) Voyez, Annales des sciences naturelles, tome VI, appareils olfactifs dans les poissons, suivi de considéra- 
page 322, un article sur les usages et la structure des tions sur les animaux qui odorent dans l'air. 



CROCODILES, PL. 2. 2 17 

elle m'a frappé , sans essayer d'en déterminer ou du moins d'en pressentir la 
nature avec plus de précision. 

Mais ce n'est point assez d'avoir trouvé que la grandeur des résultats chez 
le crocodile , c'est-à-dire que les actions virtuelles , que les manifestations de 
son vouloir soient, à l'égard des organes producteurs, dans une raison propor- 
tionnelle et directe; un autre arrangement se fait encore apercevoir : les per- 
ceptions de ce reptile y gagnent d'être plus spéciales relativement à chaque organe 
des sens, de façon que , si tous les motifs d'action naissent , se poursuivent et 
se complètent dans chacun des rameaux de la cinquième paire, chaque faculté 
se caractérise par un plus haut degré d'isolement. Dans ce cas, il y a peu de 
réaction de l'une sur l'autre : l'organe du goût , par exemple , dans les choses de 
sa dépendance, sera pour soi, à quelques égards, un centre de perception; il en 
sera de même de celui de l'ouïe, et ainsi de suite. 

Or de tels résultats donnent aux crocodiles cette sorte de rapports avec les 
insectes , que de l'isolement des parties naissent des déterminations plus arrêtées , 
plus dominées par les influences du dehors , beaucoup moins voulues par l'animal , 
si je puis me permettre de m'exprimer ainsi, et généralement des actions placées 
plus impérieusement sous les impulsions de l'instinct. Chez l'homme , au contraire , 
les opérations de l'intellect se distinguent, comme étant plus raisonnées, et alors, 
pourroit-on ajouter, comme étant plus sujettes à l'erreur: mais, si la précieuse 
essence caractéristique de l'humanité n'échappe point à un tel danger, il s'ensuit 
que les chances pour se tromper croissent comme le nombre des motifs entre 
lesquels il faut choisir pour se déterminer. Cependant ces chances déperidroient- 
elles de ce que les masses cérébrales seroient uniquement chez l'homme considé- 
rablement volumineuses, entassées, et généralement de ce que cet entassement 
les tiendroit en contact intime, pouvant occasionner la disjonction de quelques 
parties des enveloppes immédiates! 

Cette manière d'envisager la cinquième paire porte à beaucoup d'autres aperçus 
comme à des rapports plus étendus ; elle peut aussi faire concevoir pourquoi 
Willis et Meckel l'ancien considéroient ce riche appareil comme une sorte de 
grand sympathique pour la tête, qu'ils appeloient le petit sympathique. Mais ce 
n'est point ici le lieu d'en dire plus sur cela. 

Non moins que les maxillaires, le palais, et l'organe du goût, le canal crânio- 
respiratorre est répandu d'un bout à l'autre de la tête ; ses deux ordres de fonc- 
tions sont distincts ; il y satisfait également , soit comme siège d'odoration , soit 
comme devenant un premier segment de voies aériennes pour la respiration. 

Comme canal nasal, il est double dans toute sa longueur; une lame verticale, 
mince et cartilagineuse, le sépare par le milieu. Celle-ci, étendue du sphénoïde 
antérieur sur les premiers maxillaires, reproduit, aux dimensions près, ce qui 
est, dans le même lieu, moins distinct chez l'homme; savoir, la série du corps 
ethmoïdal, de la lame du même nom, et d'une troisième partie qui s'atrophie 
et se perd dans les lèvres , mais qui grandit et devient un os à part chez les 
mammifères à boutoir. Je nomme ces pièces ethmosphénal , rlùnosphénal et proto- 



2l8 DESCRIPTION DES REPTILES. 

sphénal , dans mon travail intitulé Système crânien. La lame cartilagineuse qui les 
réunit sans divisions bien tranchées , est figurée dans les Annales des sciences natu- 
relles, tome III, pi. 16, fîg. 13. 

Autour de ces os sont chez le crocodile, aussi bien que chez l'homme, des 
parties qui les accompagnent : savoir, sur les côtés du. premier, les cornets supé- 
rieurs (et/imop/ysal); du second, les cornets inférieurs [rhinophysal) ; et du troisième, 
les intermaxillaires (adnasal). L'ethmophysal remplit tout le fond de la cavité. II 
intervient chez le crocodile dans le plancher extérieur du crâne , n'offrant en 
ce point d'autre différence avec l'homme , si ce n'est que sur celui-ci sa portion 
externe est renversée dans l'orbite, où eiie est connue sous le nom d'os planum, 
et que chez le crocodile, en qui presque toutes les surfaces de la cavité orbitaire 
pourvoient à l'accroissement et profitent à l'immense superficie de la face, le 
segment d'os planum est rangé dehors de l'orbite, entre les nasaux et les lacry- 
maux. Voilà donc ce même segment qui , formant toujours un bord nasal à 
l'orbite dans les mammifères, y avoit, été nommé os planum. On a cru que cette 
situation d'un os rentré et comme refoulé dans une cavité étoit en soi essentielle ; 
d'où il est arrivé que, quand le crocodile, chez lequel moins de lames crâniennes 
s'enfoncent dans l'orbite, faisoit voir cet os en dehors, on fut persuadé qu'une 
pièce nouvelle frappoit la vue pour la première fois. Cependant die n'est pas 
de surcroît , et en même temps die ne manque à aucune de ses obligations 
comme connexions ; car die longe chez le crocodile , ainsi que chez l'homme , 
le côté externe des frontaux; elle porte sa partie antérieure sur les nasaux, et 
son bord externe sur les lacrymaux. Enfin, comme occupant en avant et avec 
les frontaux le bord interne de l'orbite, elle offre encore une petite partie 
d'elle-même dedans l'orbite, restant donc, sous ce rapport, toujours ûdèie à 
l'analogie. 

Cependant, pour l'avoir vue saillir dehors en avant des frontaux, M. Cuvier 
en a donné une autre détermination : il l'a crue un fragment du frontal ; et 
comme d'ailleurs il avoit remarqué que ce prétendu démembrement du frontal 
étoit propre à tous les ovipares, ii ajouta aux matériaux crâniens celui-ci, qu'il 
appela frontal antérieur. Cette innovation n'alloit à rien moins qu'à renverser ma 
théorie des analogues : celle-ci n'admet pas que ses règles soient suivies dans la 
plupart des cas et faussées dans une ou deux circonstances particulières; c'est-à- 
dire que le crâne des ovipares se montre une répétition de celui des vivipares, 
hors dans un seul point; à quoi ii seroit pourvu comme à l'égard d'un type à 
part. Cette manière de voir ne fut généralement point goûtée, sur-tout par Oken, 
qui allégua et opposa que c' étoit faire des noms nouveaux pour des os qu'on ne con- 
noissoit pas ( 1 ) . 

Les différences de famille à famille ne portent point sur le caractère essentiel 
des matériaux, mais sur leurs formes; et quant à ceci, nous conviendrons que 
les rapports d'analogie des cornets du nez ou des ethmophysaux ne frappent point 
à la première vue. Nous ne trouvons plus les mêmes lames plissées et contournées 

(î) Isis, 181 8, z. e cahier, page 276. 

chez 



CROCODJLES. PL. 2. 2IO 

chez les ovipares, les mêmes feuilles roulées en cornet, comme chez les mam- 
mifères : il est pourvu autrement chez ceux-là au déploiement de la membrane 
pituitaire, autrement quant au mode d'arrangement, mais toujours par l'emploi 
de matériaux similaires. 

A l'autre extrémité des canaux olfactifs, les choses se passent de la même 
manière; on voit là, pour ailes de la seconde moitié de la lame cartilagineuse 
centrale, pour ailes du rhinosphénal, un corps osseux sous la forme d'un manchon. 
Tel est le cornet inférieur (antérieur chez les animaux), ou le rhinophysal ; il est 
très-promptement soudé dans la cavité où il est engagé, y tenant lieu d'une 
sorte de pilier entre les lames supérieures ou les os du nez, et les lames inférieures 
correspondantes ou les os du vomer; car il y a deux de ces os, un pour chacun 
des canaux olfactifs. 

Les vomers, portés chez les crocodiles à un maximum de composition, s'y 
montrent avec des usages distincts , savoir : de contribuer par leur face supé- 
rieure aux parois des chambres olfactives, s'en trouvant former le plancher, et 
de devenir par leur face inférieure le plafond du canal nasal, lequel, prolongé au- 
delà de la portion olfactive, est en entier dévoué à l'organe respiratoire. Une 
petite portion des vomers, non chez tous les crocodiles, mais chez un caïman, 
intervient dans les os du palais. 

Les deux cavités de l'appareil olfactif sont- elles redevables de leur dispo- 
sition et de l'arrangement que nous venons d'y observer, aux causes ci après, 
savoir : la grandeur des maxillaires décidant d'abord de leur plus grande capa- 
cité relative, et la vaste étendue de ces chambres odoratives ayant subséquem- 
ment rendu inutiles les replis et généralement tous les effets d'entassement 
qui nous avoient paru une nécessité pour l'odoration , parce qu'accoutumés 
aux formes de l'anatomie humaine nous ne pouvions croire à un autre arran- 
gement! 

Les canaux olfactifs doivent être repris et considérés sous le point de vue 
qu'ils forment aussi les voies aériennes et le premier compartiment de l'organe 
respiratoire. Ils sont en effet étendus sous toute la tête, s'y prolongeant de façon 
que leurs ouvertures pour déboucher, ou les arrière-narines, paroissent au-dessous 
et même par-delà la région occipitale. Il étoit difficile que le larynx fût amené 
sur ces voies aériennes ; celles-ci vont donc comme le chercher à l'arrière-gorge. 
Cela s'exécute en vertu d'un mécanisme et procure un accroissement de fonc- 
tions, lesquels sont d'un grand intérêt, et forment, à proprement parler, l'es- 
sentiel caractère du crâne d'un crocodile. Essayons de faire connoître cette 
singulière organisation. 

Ailleurs, le canal nasal, indépendamment de toute participation du vomer, 
est, dans toute sa longueur, clos inférieurement par la jonction, suivie de sou- 
dure , de lames en retour appartenant aux branches maxillaires. C'est à partir 
des ouvertures nasales externes, des intermaxillaires, puis des maxillaires, et enfin 
des os palatins, que naissent ces lames; elles arrivent sur la ligne médiane bord 
contre bord, s'engrènent, et enfin se soudent ensemble : les fonctions et l'appareil 

H. N. TOME l", i.re partie. Ff 



2 20 DESCRIPTION DES REPTILES. 

olfactifs s'arrêtent où commencent les parois internes des lames palatines; et de 
l'origine de ces parois , le canal nasal appartient en propre à l'organe respiratoire. 
Cependant l'appareil ostéologique gustatif n'est pas complet avec les seuls os 
palatins : il y a de plus sur les flancs et par-delà ces lames une seconde paire 
de plaques osseuses,, que quelques naturalistes ont proposé d'appeler palatins pos- 
térieurs; ce sont des os distincts chez les fœtus, les apophyses ptérygoïdes internes 
des sujets adultes, des matériaux enfin que j'emploie, dans ma nouvelle nomen- 
clature, sous le nom d'/iérisséal. Réunis aux palatins , ils n'en sont pas moins 
asservis au larynx, et se ressentent de ses modifications. Or ces os ne sont pas 
joints l'un à l'autre sur la ligne médiane, mais, au contraire, renversés sur les 
fîancs chez les mammifères , où ils favorisent par leur écartement l'approche et 
le contact momentané du larynx quand l'élément respirable arrive à celui-ci par 
le canal nasal. J'ai été obligé d'exposer au long ce qui caractérise à cet égard 
les autres animaux , et principalement les mammifères , pour que l'on conçoive 
mieux les différences de structure des hérisséaux chez les crocodiles ; différences 
où réside, pour moi, l'essence crânienne du genre crocodile, parce que là sont 
en effet des ordonnées qui assujettissent à elles le plus grand nombre des organes 
du voisinage. 

Au lieu que les hérisséaux soient, vers les flancs des palatins, disposés en ailes, 
ce sont de très-larges plaques immédiatement situées à la suite de ces os : ils y 
sont joints transversalement et en dépendent comme superficie du palais, dont 
ils augmentent l'étendue d'une manière extraordinaire; ceci n'a pu avoir lieu 
que les hérisséaux ne fussent dégagés de presque tous les os du crâne et main- 
tenus à une certaine distance des flancs maxillaires : écartés des bords maxillaires, 
ils sont amenés sur la ligne médiane de la même façon que les palatins, l'un à 
l'égard de l'autre; l'hérisséal de droite s'unit à son congénère de gauche, de telle 
sorte que ce n'est plus après le bord postérieur des palatins que se montrent les 
arrière-narines, mais bien vers l'extrémité des os à la suite, qui sont de longs et 
larges hérisséaux. Voilà comment ces plaques, détachées en partie des pièces 
crâniennes supérieures, ont pu dépasser toute la région cérébrale et prolonger 
le palais dans des proportions gigantesques ; dimensions qui d'ailleurs ne sont 
autres que celles dont nous avons traité plus haut au sujet des branches maxillaires. 
Je n'ai point encore donné toutes les modifications des hérisséaux; les plus 
merveilleuses restent à connoître. Nous venons de voir qu'ensemble les héris- 
séaux forment une large table, qui, réunie à la superficie des os palatins, devient 
la voûte palatine la plus spacieuse que l'on connoisse, toutes proportions gardées. 
Mais, de plus, cette table a sur ses flancs des lames de retour qui s'élèvent sur 
les pièces de la boîte cérébrale; savoir : au côté interne de chaque hérisséal, une 
lame verticale, et au côté externe, une autre lame fortement infléchie : ces lames 
s'insèrent sur le sphénoïde, à peu de distance l'une de l'autre, formant ainsi 
des murailles qui circonscrivent de grands espaces évidés. Avec l'âge, ces espaces 
s'accroissent considérablement, et portent en dehors et dans le voisinage de l'œil 
des renflemens ellipsoïdaux chez les crocodiles proprement dits, et sphéroïdaux 



CROCODILES. PL. 2. 2 2 1 

chez le sous-genre des gavials ; renflemens desquels il faut retrancher un fort 
segment , celui qui sert à leur insertion. 

J'ai fort attentivement examiné ces renflemens creux dont sont composées les 
parties latérales des héiïsséaux, et je les ai trouvés propres à contenir de l'air, 
qu'il devenoit possible de condenser, et dont on pouvoit ensuite disposer à 
volonté. Pour cet effet, des valvules sont répandues à l'entrée des narines; ces 
valvules, ordinairement fermées, tiennent emprisonné l'air contenu dans le canal 
nasal , qu'il est ici plus exact de nommer canal crânio- respiratoire. Cependant le 
pharynx peut ajouter une bourse d'une certaine capacité à ces réservoirs d'air, 
c'est lorsque le larynx est abaissé et refoulé du côté de la poitrine: qu'à ce moment 
les valvules nasales viennent à s'ouvrir, une masse d'air assez considérable occupe 
les deux capacités consécutives, le canal nasal et l'emplacement du pharynx. Un 
contre-mouvement qui n'est point modifié par l'ouverture des valvules nasales, 
cette contre-action produite par le retour du larynx, dont le résultat est d'anéantir 
la capacité du pharynx, opère la condensation de l'air contenu dans l'ensemble 
des canaux sous-crâniens. Un orifice de communication existe de ces canaux 
aux renflemens particuliers à l'hérisséal : une soupape règle les conditions d'entrée 
et de sortie de ces transports de l'air. Ainsi arrangé, chaque hérisséal, pièce 
creuse et renflée, fait office d'un magasin de réserve; et non-seulement cet os a 
ce rapport avec la culasse creuse d'un fusil à vent , il lui ressemble de plus par 
la manière dont il reçoit et dépense de l'air condensé. 

Une explication anatomique et physiologique plus détaillée de ce mécanisme 
exigerait le secours de figures : je me contenterai ici d'annoncer que j'ai fait 
ce travail, et que je l'ai consigné dans les Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, 
tome XII, planche y II me suffit d'avertir que les vieux mâles voient s'accroître 
leurs moyens de se procurer et de tenir de l'air en réserve. Les valvules et l'appa- 
reil tégumentaire de l'entrée des narines grandissent considérablement, et de- 
viennent de véritables bourses nasales ( i ), qui, suivant toute apparence, doivent 
être employées à prendre de l'air et à le refouler dans les canaux crânio-respira- 
toires : en même temps les hérisséaux gagnent en capacité par une augmentation 
très-notable des renflemens latéraux. 

Voilà beaucoup de précautions prises, une mécanique très- ingénieuse, de 
nouvelles ressources qui enrichissent l'organe respiratoire. Disons de quelle 
manière l'animal se les rend profitables. Si le crocodile est à terre, sa respiration 
est simple et sans aucune différence de celle de ses congénères qui vivent et 
respirent dans le milieu atmosphérique. C'est donc à ses excursions dans le 
milieu aquatique que tant de précautions doivent pourvoir; car, s'il ne se plaisoit 
qu'à des promenades tranquilles, il pourroit les faire à fleur d'eau, ou du moins 
de façon à humer de l'air en amenant de temps à autre dehors et dans l'air 
l'extrémité de son museau, où sont les ouvertures nasales. Mais c'est de vivre qu'il 

(i) Les bourses nasales n'existent qu'en vestiges chez le rivière du Gange. Voyez dans les Mémoires du Muséum 

crocodile; et je n'aurois sans doute rien compris à leur d'histoire naturelle , tome XII, page r i i , mes Recherches 

structure, si je ne les a vois pas examinées dans un état sur l'organisation des gavials , et en particulier le chapitre 

de maximum décomposition chez les crocodiles de la intitulé : Des bourses nasales chez les gavials mâles, 
H, N. TOME [.", t.™ partie. Ff 2 



222 DESCRIPTION DES REPTILES. 

s'agit; et vivre pour le crocodile, c'est entrer dans toutes les voies, ardeurs et 
fatigues d'un chasseur. II est infatigable dans la poursuite : il n'a de cesse qu'il 
n'ait atteint et mis à mort une proie qui est non moins excitée pour échapper 
et non moins rapide pour fuir. S'il falloit que le crocodile fût détourné de son 
Lut par la nécessité de venir humer une gorgée d'air, il le manqueroit. 

Mais cependant il ne faut pas croire qu'en sa qualité d'animal à sang froid 
il puisse à volonté suspendre long- temps sa respiration : c'est tout au plus ce 
que , déterminé à un repos parfait , il lui est donné de faire pour quelques heures. 
Si le crocodile chasse , et tant qu'il chasse , il respire ; ses mouvemens sont-ils 
précipités, sa respiration l'est dans une même raison : l'activité appelle la con- 
sommation ; c'est-à-dire que l'oxigénation du sang et la chaleur qui se développe 
alors sont proportionnelles à l'action excitatrice. S'il en est ainsi , la provision 
d'air condensé, tenue en réserve au dedans des hérisséaux, trouve emploi. Et 
en effet, sans cette ressource, le crocodile ne se mettroit point en campagne, n'y 
pourroit développer les facultés d'un courageux et infatigable chasseur; c'est-à-dire 
qu'il n'y auroit point de crocodile. Voilà comment l'hérisséal, à l'existence duquel 
tient la possibilité d'emmagasiner de l'air , forme une pièce fondamentale , et la 
plus significative pour donner le caractère essentiel de la famille des crocodiles. 

Cependant un âge avancé prive-t-il les crocodiles de l'énergie et de toutes les 
ressources de leur caractère , leur agilité diminue. Leurs chasses ne pouvant plus 
suffire à les nourrir, s'ils ne succombent point, c'est qu'une heureuse circonstance 
leur permet de remplacer la force par la ruse. Or nous avons vu que les plus 
âgés ont les tégumens de l'entrée de leurs narines transformés en de véritables 
bourses, pouvant puiser de l'air en dehors et le refouler dans les canaux sous-crâ- 
niens , et qu'en même temps la capacité des hérisséaux se trouvoit accrue pour 
recevoir cet air condensé. Si donc les crocodiles perdent sous quelques rapports, 
ils s'enrichissent du moins de ce plus de provision d'air qu'ils peuvent former ; à 
quoi il faut ajouter le volume d'air que doit recevoir la poche elle-même du 
pharynx, qu'il n'est plus utile dans cette nouvelle combinaison d'employer comme 
agent de condensation. 

Il est encore une autre cause qui enseigne aux crocodiles de moins compter 
sur la force que sur la ruse , c'est le terme atteint au-delà duquel toute tyrannie 
succombe sous l'excès de sa violence. Quand le crocodile est parvenu à un volume 
considérable, et que le souvenir de ses chasses sans cesse reproduites, de ses 
affreuses dévastations, l'établit l'impitoyable tyran des eaux, tout ce qu'il y a d'ani- 
maux dans le fleuve le fuit : les anciens ont insisté sur cette remarque. Le premier 
châtiment que lui inflige la haine de tous , c'est de le laisser seul dans la nature ; 
seul , quand il ne sauroit exister sans vivre de rapines. Jeune , sa vélocité et sa 
souplesse lui sont de secours en l'animant à la poursuite des fuyards : mais vieux, 
ce sont d'autres combinaisons ; il n'a plus que ce choix, ou de mourir de faim, ou 
de conjurer cet extrême malheur par une patience industrieuse , par des ruses habi- 
lement calculées. Sa ressource unique en ce moment , c'est de se cacher au fond 
des eaux, dans des marécages abondans en fragmens de substance animale, de 



CROCODILES, PL. 2. 2 2 3 

s'envelopper de vase, et de rester immobile et inaperçu en cette retraite. Il admet 
qu'après un ou deux jours de calme les poissons qui vivent de particules animales 
mêlées à la vase reviendront à la curée, et lui ramèneront ainsi les objets de la 
sienne. Ces longs jours d'attente, il peut s'y résigner, bien que tenu au mode de la 
respiration aérienne : car, dune part, restant inactif, il consomme peu; et, de 
l'autre, il a emporté au fond de sa retraite une abondante provision d'air qui suf- 
fira à sa dépense. 

Le crocodile , qui cherche à dissimuler sa taille gigantesque, qui se blottit pour 
se soustraire à la vue des animaux, qui se flatte d'en être bientôt oublié, et qui se 
résigne patiemment à l'attente d'événemens aussi chanceux, agit comme le lion, 
L'un et l'autre, pour les mêmes motifs, dressent une embuscade semblable. Le 
lion a les mêmes antécédens : le souvenir de ses mises à mort , de ses dernières 
dévastations, répand la terreur dans toute la contrée qu'il habite ; sa grandeur et la 
puissance de ses armes n'aboutissent qu'à faire un désert des lieux qu'il parcourt : 
c'est cet état de choses qu'il doit prévenir, et qu'il fait effectivement cesser, en se 
rendant secrètement dans une autre contrée et en s'y cachant sous des feuillages. 
Il est ainsi animé des mêmes sentimens que le crocodile, tant qu'il reste tapi dans 
son fossé, qu'il est inaperçu sous un amas de broussailles qu'il a répandues autour 
de lui. 

Les habitudes, et nous sommes appelés à le redire sans cesse, les habitudes sont 
ce qu'en ordonnent les conditions de l'organisation ; elles se nuancent sous le 
ressort des plus petites modifications de l'organisme. Bien que ce que nous venons 
de rapporter des habitudes du lion et du crocodile ne contrarie pas ce résultat, 
puisque le lion et le crocodile restent, à tous égards, fidèles aux conditions maté- 
rielles de leur existence, et qu'ils convoitent, saisissent et dévorent la proie néces- 
saire à leur alimentation par l'emploi d'organes également et convenablement 
appropriés à cet usage , il y a cependant à remarquer que ces communes habitudes 
se rencontrent en des animaux extrêmement difFérens. En effet , l'un exerce ses 
ravages en courant et bondissant sur le sol , et l'autre , en précipitant ses allures 
dans le milieu aquatique , à la manière des animaux nageurs : l'un et l'autre 
agissent de même dans l'attaque comme dans la défense , bien qu'ils y appliquent 
des armes et des moyens de structure de conditions très- différentes. Il faut bien 
que nous rapportions nos inspirations, nos sensations, et généralement tous nos 
motifs de détermination, aux affections du système sensitif ; or celui-ci exerce 
une si grande influence, que, suivant ce qu'enseigne une doctrine qui compte 
présentement en sa faveur de très-honorables suffrages, il suffit de la plus foible 
modification dans certaines parties du cerveau pour introduire de légitimes causes 
de différences dans l'instinct et les habitudes des êtres. 

Mais, à l'égard des deux espèces qui nous occupent, les différences de 1 encé- 
phale ne sont point minimes, elles ne consistent point seulement en des nuances 
légères. Le lion est pourvu d'un grand cerveau, et le crocodile, d'un cerveau d'une 
exiguité extrême ; et cependant , si les circonstances deviennent semblables , s'il est 
également question pour tous deux d'être ou de ne vivre point, ils n'hésitent pas: 



224 DESCRIPTION DES REPTILES. 

ils dégagent également d'une foule de combinaisons possibles la seule qui con- 
vienne à leur position ; il leur arrive à l'un comme à l'autre d'imaginer la même 
ruse , de tendre les mêmes pièges , de prendre confiance dans les détails et le 
mérite d'une même embuscade. Cependant opposeroit - on que l'aptitude du 
système sensitif explique suffisamment cette rencontre des mêmes effets? Nous 
venons tout-à-l'heure de remarquer que ces systèmes ne sauroient différer davan- 
tage. Seroit-ce que divers arrangemens puissent fortuitement amener le même 
résultat! Mais ceci est trop vague et vraiment ne dénoue point la difficulté. Cher- 
chons donc ailleurs. La portion du monde extérieur accessible à nos sens pourroit- 
elie être considérée comme suffisamment inspiratrice? C'est sans doute trop lui 
accorder, bien qu'elle soit pour beaucoup dans les élémens de nos déterminations, 
et quoique véritablement nous ne puissions être excités que par les choses qui 
sont en dehors de nous, et lorsqu'elles arrivent à notre connoissance. Mais cela 
même seroit, qu'il resteroit toujours évident qu'il n'y a point d'application à en 
faire à nos deux animaux, puisque leur propre monde extérieur offre chacun le 
contraste le plus frappant, étant formé en très-grande partie de deux milieux 
différens, l'un de ces animaux vivant dans le milieu atmosphérique, et l'autre ne 
s'abandonnant aux allures de la vie active que dans le milieu aquatique. 

Je me trouve donc encore ici acculé sur les difficultés ( i ) que j'ai signalées 
plus haut, lorsque je m'occupois du cerveau du crocodile. Sans qu'alors j'aie voulu 
présenter ma distinction des systèmes intra-crânien et extra- crânien comme don- 
nant très-certainement un élément de solution dans des questions aussi compli- 
quées , je suis ramené sur les mêmes réflexions par le retour des mêmes difficultés. 
Cependant ne faudroit-ii qu'étendre tout ce qui a été dit d'une partie au corps 
entier , lui reporter les explications produites pour le crâne l Devrois-je effective- 
ment placer tout le système sensitif sous la même distinction , celle d'un système 
profond et d'un système superficiel , celui-là étant intra-rachidien , et celui-ci exté- 
rieur au rachis et rejeté dans le derme î 

Les poissons , comme présentant des conditions moyennes , sont en pareil cas 
utilement consultés. Leur système intra-rachidien est dans un degré intermédiaire 
de développement; mais, en revanche, le système sensitif répandu dans le derme 
en est sensiblement augmenté. Le nerf de la quatrième paire, ou le pathétique, 
ne se montre qu'en eux l'une des essentielles parties de l'organisation , se répan- 
dant au loin et abondant dans le derme. La ligne latérale est un autre exemple 
de la richesse de ce système. Les anatomistes, n'ayant guère considéré la qua- 
trième paire que dans l'homme , et l'ayant trouvée dans un état de minimum , 
n'y ont aperçu qu'une utilité partielle , et à l'égard d'un muscle de l'œil ; utilité 

(î) Les difficultés de ce sujet s'étoient déjà présentées petitesse du cerveau les avoir frappés. « Cette petitesse, 

aux pères Jésuites occupés en 1686 de missions dans :» ont-ils écrit , dans un animal dont on a toujours vanté 

l'Inde. Ces religieux étoient en même temps commis- » la ruse, confirme ce qu'on a déjà remarqué, que le 

sionnés par l'Académie des sciences, Ils décrivirent le «défaut de cervelle est moins une marque de peu d'es- 

crocodile de Siam, qu'ils eurent toute faculté d'examiner » prit que de beaucoup de férocité. » ( Observations phy- 

vivant et après sa mort. Riches de faits, ils en cherchèrent siques , ifc. , page 4î> in-8.° ; 1688. 
dès cette époque les plus importantes conséquences : la 



CROCODILES. PL. 2. 2 2 j 

qu'ils auraient à tort placée sous l'influence d'une donnée générale de l'orga- 
nisation. 

Enfin on trouve de plus , quand on descend les degrés de l'échelle animale , 
d'autres espèces , comme les crustacés et les insectes , chez lesquelles le système 
sensitif consiste dans un appareil unique , l'externe : le rachis manque chez eux. 

Suit-il de ce qui précède, que je me flatte d'avoir résolu les questions que je 
viens de soulever ï Non, certes ; je n'ai pensé qu'à montrer le rapport de plusieurs 
de ces faits , qu'à les présenter comme dans une sorte d'équation , ainsi que font 
les géomètres occupés de problèmes compliqués : voilà seulement ce que je me 
suis proposé, et tel est le point où j'arrête ces considérations. 

Mais sur-tout je n'ai point voulu en faire un sujet de critique à l'égard des der- 
nières recherches sur les fonctions du système nerveux. Ce qui a paru vrai tou- 
chant l'influence de plus ou de moins de renflement de quelques parties cérébrales 
peut être légitimement acquis à la science , dans les limites où se sont tenus les 
observateurs. Ils ont examiné et comparé les espèces d'un genre naturel ; par 
conséquent , opérant sur des sujets dans lesquels le système sensitif superficiel 
restoit le même , ils ont bien pu et ils ont dû trouver des différences d'habitudes 
sous la dépendance de quelques différences dans les régions cérébrales. 

Ceci n'empêcheroit pas que le système superficiel fournissant au système pro- 
fond ce qui lui manque, et vice versa, il y eût, par des structures en apparence 
très - différentes , de mêmes effets produits. Or c'est où reportent les singulières 
conformités de mœurs qui ont donné lieu à cette digression. Le lion et le cro- 
codile, devenus vieux et ayant perdu de leur agilité, n'avoient plus qu'à succomber 
sous les inconvéniens d'un pouvoir sans bornes. Leur taille gigantesque et leurs 
habituelles cruautés en ont- ils fait un objet d'épouvante et d'horreur, tous les 
animaux les fuient. Pourront-ils résister au malheur de cet affreux isolement , au 
danger imminent de périr de faim ! Nous allons apprendre que cette situation n'est 
point encore désespérée. Il leur reste quelques ressources, celles des êtres impuis- 
sans et malheureux : ils pourront tromper; et en effet, l'un et l'autre prennent 
aussitôt leurs mesures pour demeurer inaperçus. S'il n'est qu'une bonne ruse, ils 
la découvrent; qu'un plan excellent d'embuscade, il est mis aussitôt en pratique. 
Or cette suite de vues est également inspirée à des animaux autant différens que 
le lion et le crocodile. 

Je reviens à l'hérisséal : je me suis étendu sur sa structure ; mais je ne l'ai con- 
sidéré qu'en lui-même. 

La langue, l'hyoïde et le larynx vont aboutir sur le bord postérieur de l'héris- 
séal , et reçoivent de sa disposition , sous la forme d'un large plateau , des condi- 
tions d'essence et d'activité. La membrane qui tapisse la voûte palatine ne s'étend 
que peu et antérieurement sur les hérisséaux. Par-delà, conservant son extrémité 
libre, elle devient un vaste réseau : c'est le voile du palais, dont l'étendue est 
remarquable. Pour le surplus , les hérisséaux semblent à nu; car il n'est plus au-delà 
qu'un périoste mince et transparent qui les préserve d'exfoliation. Les arrière- 
narines, qui sont à leur partie médiane et terminale, s'ouvrent dans une petite 



220 DESCRIPTION DES REPTILES. 

cavité, laquelle est assortie de forme et comme taillée pour être occupée et 
remplie par la glotte. C'est derrière le voile du palais , et en s'appuyant sur la partie 
nue des hérisséaux, qu'arrive le large cuilleron de l'hyoïde, que je nomme ainsi 
de sa ressemblance avec ce qui forme le cuilleron d'une pelle de bois. Cette large 
plaque, roidie par des efforts musculaires , repousse le voile du palais en avant, y 
procure également une forte tension , et , durant cette manœuvre , rapproche si 
intimement tout le pharynx , que l'arrière-bouche est close hermétiquement : tout 
cela s'exécute pendant que les mâchoires restent ouvertes et béantes, c'est-à-dire, 
pendant que le crâne est relevé et tiré par derrière , la mâchoire inférieure demeu- 
rant étrangère à ces mouvemens. 

Les crocodiles , lorsqu'ils cèdent au besoin de se rendre et de se reposer sur 
la grève , usent de cette ressource pour se prémunir contre l'accès et les incom- 
modités d'insectes qui voltigent sans cesse autour d'eux, et dont ils craignent l'in- 
troduction dans leur trachée-artère. Il est vrai qu'ils n'en peuvent en même temps 
défendre leur voûte palatine et leur langue ; mais ils se confient sur ce point aux 
soins du trochilus [ petit pluvier ] , lequel ne manque point d'arriver et de faire 
bonne et prompte justice d'aussi fâcheux assaillans. 

Les appareils hyoïdien et laryngien , la langue et le voile du palais , s'emploient 
de même à fermer l'arrière-bouche quand les crocodiles demeurent gisans sur les 
rampes inondées du fleuve. Ces reptiles dressent leur tête de manière à n'apporter 
à fleur d'eau que l'extrême pointe de leur museau, ne plaçant par conséquent 
dehors que les ouvertures de leurs narines. Telle est leur continuelle manœuvre , 
au moment de se mettre en course : ils pourvoient leurs cellules pulmonaires , et 
généralement leurs voies aériennes, des provisions d'air qui leur sont nécessaires. 

Je ne connois que l'hyoïde d'une tortue, la Testudo imbricata, qui ressemble à 
l'hyoïde des crocodiles par son ampleur et son état cartilagineux : il n'y a d'entière- 
ment osseux qu'une paire de cornes ou d'appendices. M. Cuvier (i ) dit l'hyoïde 
des crocodiles un appareil des plus simples. Je n'en puis convenir; et cela va ré- 
sulter de la description de plusieurs parties omises et que je vais faire connoître. 
De l'emploi journalier de l'appareil , occupé continuellement à devenir un moyen 
d'intersection de l'entrée du pharynx, il suit que la grande et large plaque dont est 
formée la partie avancée de l'hyoïde reste en deçà de son développement possible 
et se perpétue dans l'état cartilagineux; elle est liée à la langue, dominée et en- 
traînée par l'action toute-puissante de celle-ci, laquelle, engagée entre les branches 
maxillaires inférieures, n'en a pas moins le pouvoir de s'alonger ou de se rac- 
courcir, sur- tout à son fond, par conséquent de refouler ou de ramener l'hyoïde. 
Dans cette activité continuelle , les points osseux à verser sur cet appareil ne 
peuvent trouver où prendre position, où se rassembler et se souder : l'état primitif 
subsiste donc. Il est de plus une autre raison pour que la large plaque reste cartila- 
gineuse, c'est son ampleur; car toute solidité croît en raison inverse de l'étendue 
des surfaces , dans tout ce qui concerne le système osseux. 

Ainsi maîtrisé dans son développement , l'hyoïde s'en tient à n'offrir qu'une 

(i) Ossemens fossiles , îom. V, 2/ partie, page 91. 

vaste 



CROCODILES. PL. 2. 227 

vaste conque cartilagineuse, un long plateau , comparable, quant à sa forme, au 
cuilleron d'une pelle de bois. Ses parties élémentaires , qui ne révèlent leur 
essence, et sur- tout leur individualité, que dans des os entièrement achevés, n'y 
sont point apparentes , et tout le cuilleron peut être seulement présumé formé 
des glosso-hyaux , du basihyal et de l'urohyal ; le bord antérieur, ou sous-lingual , 
est en demi-cercle , le postérieur coupé carrément : de chaque flanc descend une 
corne hyoïdienne coudée à son milieu et terminée à son extrémité par quatre 
muscles , dont le tirage entraîne l'hyoïde du côté de la poitrine ; les muscles 
externes sont ronds , et les internes aplatis. Cette corne représente-t-elle seule- 
ment l'apohyal î Quoi qu'il en soit du point où commence cet os alongé , le 
cuilleron est encore flanqué d'une bandelette solide , qui est plus résistante que 
du cartilage , mais qui n'a point encore acquis la consistance osseuse. 

C'est le moment d'exposer les intimes liaisons de l'hyoïde avec le larynx et les 
hérisséaux. Le larynx des crocodiles est une répétition de celui des oiseaux, sauf 
que ses pièces ont un peu chevauché les unes à l'égard des autres. M. Cuvier a 
pensé que le cuilleron hyoïdien y tenoit lieu de thyroïde, quand il a dit (même 
page déjà citée ) que le larynx des crocodiles étoit seulement composé d'un cri- 
coïde et des deux aryténoïdes. Tout ce qui se voit dans les oiseaux , cartilages 
de glotte, de thyroïde, de cricoïde et d'aryténoïde, se trouve dans le crocodile; 
mais ce qui occasionne une apparence trompeuse à cet égard, c'est que les muscles 
thyro - hyoïdiens sont excessivement contractés et forment les chaînes d'union 
du thyroïde avec le centre du cuilleron hyoïdien. Les cartilages de la glotte, 
plus alongés et plus indépendans des autres pièces que chez les oiseaux , se 
trouvent reportés sur le bord antérieur du thyroïde et emmenés par devant jusque 
sur la langue par une longue membrane, laquelle devient une très-large épiglotte: 
le cuilleron hyoïdien, agissant en dessous, la soulève; il la plisse ou l'étend. En 
revanche , les pièces aryténoïdales sont plus descendues et ne joignent que pos- 
térieurement les arcs du thyroïde , alors que ces arcs atteignent et saisissent le 
cricoïde. Celui-ci, par le refoulement en arrière des aryténoïdes, est à son tour 
refoulé dans la même direction, et alors rejeté si loin , qu'il n'y a que son sommet 
d'engagé dans les arcs thyroïdiens , et qu'une longue queue va se prolonger en 
arrière à quelque distance. Cet excédant du cricoïde est reçu dans les intervalles 
des demi - anneaux , qui , au nombre de dix , commencent sous cette forme la 
trachée-artère : celle-ci est donc cerclée en ce lieu, comme chez les mammifères, 
tandis que dans le reste elle est composée, ainsi que chez les oiseaux, d'anneaux 
complets et entièrement soudés. 

La glotte , dont les bords sont limités et rendus résistans par ses pièces cartila- 
gineuses , est chez les oiseaux dans une position centrale , eu égard au thyroïde 
et successivement au larynx, de manière à être débordée, et par conséquent suffi- 
samment protégée : chez les crocodiles, au contraire, elle est tout- à-fait excen- 
trique, reportée et rangée sur la tranche antérieure du thyroïde; mais cependant 
elle ne souffre nullement de cette position, s'y trouvant non moins protégée à 
son tour comme occupant le centre du cueilleron hyoïdien. Cette diversité de 

H. N. TOME I.«, r.w partie. G g 



228 DESCRIPTION DES REPTILES. 

formes en entraîne d'autres ailleurs, celles qui suivent de sa fixation au centre 
de l'autre appareil : mariés ensemble, le larynx et l'hyoïde agissent de concert; 
la langue, aussi bien que les muscles hyo-glosses et génio-glosses, les mettent 
pareillement en mouvement, de façon que quand l'hyoïde s'emploie derrière le 
voile du palais à intercepter le passage du pharynx , la glotte , cédant au même 
effort, se trouve portée sur les arrière-ouvertures du canal crânio-respiratoire , 
ouvertures traversant l'hérisséal , et , dans ce lieu , si improprement nommées 
arrière-narines. 

A ce moment, le canal crânio-respiratoire ne forme plus qu'un seul conduit 
aérien avec la trachée-artère; le relief de la glotte, en s'engageant dans la cavité 
des arrière-narines , embranche l'un sur l'autre ces deux appareils : c'est diffé- 
remment en d'autres temps, quand, pour satisfaire à d'autres combinaisons, ces 
appareils se séparent et se tiennent éloignés, c'est-à-dire, alors qu'il devient néces- 
saire de tenir largement ouverte l'entrée de l'œsophage. 

En occupant l'intérieur du cuilleron hyoïdien, le crocodile présente en ce 
point le premier degré d'une organisation très-merveilleuse ailleurs. Une com- 
binaison du même genre, que les plus bizarres suppositions n'eussent jamais fait 
imaginer, se voit en la Tortue matamata, Testudofimbria : non-seulement le larynx, 
mais de plus une partie de la trachée, sont dans cette espèce venus se loger dans 
un long canal osseux, formé par un des os de l'hyoïde, par un os qui, pour cet 
effet, a acquis une longueur démesurée. 

Si ces observations diffèrent de celles (i) qui ont été publiées dans l'ouvrage des 
Ossemens fossiles , on peut se l'expliquer par la différence des méthodes employées 
pour les faire. Au commencement des trente dernières années , l'anatomie com- 
parative, fécondée par les inspirations de la zoologie, se plaisoit à la recherche 
des différences : pour le peu qu'aidassent les apparences , on ne se rendoit point 
difficile sur ce que pouvoient offrir de bien distinct tant et de si merveilleuses 
singularités. Mais l'esprit de ces recherches a totalement changé dans la nouvelle 
école ; on se porte aujourd'hui de préférence sur la considération des ressem- 
blances : l'induction scientifique est de supposer de communs rapports et de s'en 
proposer la découverte ; on n'en arrive que mieux sur les points qui s'y refusent, 
c'est-à-dire , sur tous les faits de réelle différence. 

La trachée-artère, un peu avant de se diviser en deux branches et d'entrer 
dans les poumons, se replie et se retourne du côté gauche : ce coude disparoît 
et elle est droite quand l'hyoïde se porte aussi loin que possible en devant. Les 
anneaux pleins et entiers, après les dix premiers, sont séparés par un autre anneau 
petit et membraneux. Les tégumens qui complètent et réunissent les anneaux 
interrompus, sont susceptibles d'être aussi tendus que la peau d'un tambour : 

(i) Une partie de ces considérations auroit-elle été d'autant mieux disposé à leur accorder une entière con- 

puisée dans le travail de 1686 sur le crocodile de Siam! fiance, que l'on dut penser qu'ils y avoient mûrement 

Ce qui est tout l'hyoïde, se méprenant sur la détermi- réfléchi, quand on vit les dessins de ces pièces, qu'ils se 

nation de son large cuilleron, les Jésuites correspondans décidèrent à publier; savoir, sous le n.° 5, l'os thyroïde, 

de l'Académie des sciences le donnèrent pour une des vu par la face cave, et sous le n.° 6, le même , vu par la 

pièces du larynx, qu'ils appelèrent l'os thyroïde. On fut partie convexe. 



CROCODILES. PL. 2. 2 2p 

l'air intérieur des poumons, s'en venant frapper dessus, procure au crocodile 
ce cri ou plutôt ce mugissement sourd qui a été signalé par plusieurs voyageurs. 
Alors la fente de la glotte est fermée par des bourrelets musculeux qui la bordent 
de chaque côté. 

Les poumons sont deux sacs coniques dont les sommets sont dirigés du côté 
de la tête : leurs faces internes , qui s'appuient sur l'œsophage , en conservent l'em- 
preinte par un sillon longitudinal. Leur longueur (i), dans le Crocodilus vulgaris que 
j'ai disséqué, étoit de o m ,33 , et leur largeur, prise à la base, de o m ,22. Une figure 
qu'en a donnée Perrault les représente aussi ovoïdes-alongés. Il n'en faudrait point 
confondre la structure avec ce qui est connu chez les lézards. Les poumons de 
ceux-ci ne sont que des sacs alongés dont les parois internes sont, dans de cer- 
taines places, seulement tapissées de petites fibres charnues entre-croisées et de vais- 
seaux sanguins. Les poumons des crocodiles se font au contraire remarquer par 
la grandeur des feuillets dont ils sont fournis, et qui forment comme autant de 
petits murs : c'est un vaste réseau composé d'une quantité de mailles pareilles à 
celles qui se voient dans le second des estomacs des animaux ruminans. Chacune 
de ces mailles sert d'entrée à une petite poche qui s'ouvre dans une seconde et 
quelquefois dans une troisième; elles sont composées de deux ordres de fibres, 
les unes circulaires et parallèles entre elles, et les autres perpendiculaires, qui 
coupent les premières transversalement à angles droits. Le centre de chaque 
espace pulmonaire reste entièrement Yide, et forme une cellule servant de réser- 
voir à air. Les cellules, en s'ouvrant, s'en remplissent; et c'est quand, par un 
effort contraire, l'air y est comprimé, qu'elles portent une petite portion d'air 
sur le sang, par conséquent à peu près sans le concours des organes qui pèsent 
sur toute la masse pulmonaire. Il suffit de ce jeu pour accomplir la fonction res- 
piratoire , quand l'animal est calme ; mécanisme qui se répète sans le recours à 
de nouvelles inspirations, jusqu'à ce que l'air remplissant le poumon soit entière- 
ment vicié. Il n'y auroit que cette disposition organique pour doter l'organe res- 
piratoire de moyens secourables, que nous saurions nous expliquer comment il 
arrive aux crocodiles de ne venir respirer à la surface de l'eau qu'après un certain 
laps de temps. Par cette structure des poumons, aussi bien que par quelques points 
de celle de leur hyoïde, les reptiles ressemblent aux tortues marines. Enfin je ter- 
mine cette description en déclarant que d'autres anatomistes m'ont précédé à cet 
égard: on connoît effectivement les importantes recherches, à cet égard, de 
Vésale, deSloane, de Perrault, d'Hasselquist , et celles, plus circonstanciées, des 
pères Jésuites missionnaires à Siam, auxquelles Duverney a encore beaucoup 
ajouté. 

Je considère les autres viscères. 

Le cœur. J'ai trouvé sa hauteur égale à o m ,07, et sa base à o m ,05 : l'oreillette étoit 
à droite plus grande qu'à gauche. 

(i) Les mesures que je vais rapporter s'appliquent aux parties d'un sujet mâle que j'ai examiné anatomiqnement 
au Kaire : ce crocodile, ayant été mesuré du bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue, avoit une lon- 
gueur de 2 m ,22. 

H. N. TOME I. er , i. rc partie. G g a 






2^0 DESCRIPTION DES REPTILES. 

Le diaphragme. II étoit ouvert à son milieu, principalement composé de deux 
muscles très-étendus. 

L'œsophage. Son ouverture est comme chez les animaux, où il est gouverné par 
les appareils hyoïdien et laryngien , qu'on a vus plus haut réunis l'un à l'autre : 
il n'est plus de pharynx, ni d'ouverture œsophagienne, si ces appareils sont portés 
sur le palais; mais s'ils sont tirés en arrière et abaissés, ils rendent béante l'entrée 
de l'œsophage; à quoi correspond et se rend utile, pour l'entraînement de l'objet 
alimentaire, la langue, tout engagée qu'elle est sur ses bords; car, en se fronçant 
par ondulations successives, elle aide à la déglutition de la proie engagée. Perrault 
donne à l'œsophage d'un jeune crocodile qu'il a observé un diamètre plus grand 
qu'à l'estomac, et il compare celui-là au gésier, il aura voulu dire au jabot d'un 
oiseau qui vit de grains; et il suppose en conséquence, alors contre toutes les 
indications de l'analogie, que la digestion s'opère en grande partie dans l'œsophage. 
Mes observations sont directement contraires à celles de ce célèbre anatomiste : 
j'ai trouvé que le plus grand diamètre de l'œsophage donnoit o m ,o6, quand les 
deux diamètres de l'estomac sont o m ,iy et o m ,i5. 

L'estomac, comme on le pressent déjà par ces mesures , existe sous la forme 
d'un ellipsoïde qui seroit légèrement comprimé sur les côtés : au surplus , ce 
n'est point à un gésier qu'il ressemble. La tunique veloutée est très-épaisse , et la 
musculeuse bien moins. L'intérieur étoit cependant rempli de petits cailloux dont 
le poli annonçoit qu'ils avoient servi à la trituration des matières alimentaires. 
L'estomac étoit surmonté d'une poche, laquelle se trouvoit terminée par le pylore. 

Intestins. Leur égalité de volume et leur simplicité étoient remarquables : le 
dernier tronçon, ou le rectum, présentoit seul un diamètre plus grand. Leur lon- 
gueur totale, dans le sujet que j'ai examiné, étoit de 3^467 : un peu au-dessous 
du pylore , le duodénum formoit un double contour s'élevant de bas en haut dans 
une longueur de o m ,i4; ses replis, qui se touchoient, étoient unis par une panne 
de graisse refendue en trois endroits divers. Le reste des intestins, parmi lesquels 
on n'apercevoit aucune trace de cœcum, étoit fortement attaché aux lombes par 
le mésentère. 

Le foie. Il étoit composé de deux lobes inégaux : l'un avoit la forme d'un 
parallélipipède ( o m ,i4 sur o m ,oo ) ; l'autre étoit grêle et plus alongé (o m ,io). Ce 
viscère m'a offert une organisation remarquable , dont aucun anatomiste n'a , je 
crois, fait encore mention. La surface convexe de chaque lobe est couverte d'une 
membrane qui est l'aponévrose des muscles diaphragmatîques. Ceux-ci com- 
mencent au bord postérieur et inférieur des lobes , et vont s'insérer très-près du 
bassin , à la dernière pièce du sternum abdominal. Je donne ce nom à une partie 
de squelette qu'on ne trouve que dans les crocodiles : je dirai plus tard ce qui en 
est. L'action de ces deux muscles est d'abaisser le foie et de procurer par-là plus 
de capacité à la poitrine : telle est par-tout la fonction du diaphragme. Or la 
considération intéressante, à ce sujet, est de faire ici retrouver un organe qu'un 
défaut d'attention et le fait inattendu de sa division sur la ligne médiane y avoient 
fait méconnoître chez les ovipares, et principalement chez les oiseaux. 



CROCODILES. PL. 2. 2 2 I 

La vésicule du fiel ( o m ,o8 sur o m ,03 ) étoit ovoïde et adhérente au lobe droit 
du foie. 

La rate, ovoïde - al ongée , de o m ,io sur o m ,o4, à face inférieure légèrement 
concave, à face supérieure relevée par deux crêtes, dont une très-petite. 

Les reins , composés de mamelons et de nombreuses sinuosités formées par 
l'amas des glandes, de o m ,i2 sur o m ,055. 

Les organes génitaux. Les organes sexuels des crocodiles sont si compliqués et 
ont montré des différences si grandes, que les auteurs , craignant sans doute de ne 
pouvoir suffire à leur explication , n'ont qu'effleuré ce sujet : c'est que la com- 
position de ces organes, comme ce que nous venons de rapporter de la confor- 
mation de la tête, des poumons, du système cérébro-spinal, &c, établissent' avec 
certitude que le crocodile n'est point seulement, ce qu'on a cru long-temps, un 
lézard qui ne diffère de ses congénères que par sa taille gigantesque. 

Organes génitaux femelles. Le sexe femelle donne mieux les conditions les plus 
générales du type commun aux deux sexes. Cette circonstance m'engage à inter- 
rompre la description de l'individu mâle, dont j'ai traité jusqu'à ce moment, pour 
m'occuper d'abord de l'appareil sexuel de la femelle. J'aurai à faire connoître les 
dimensions de ses principales parties : je préviens que je les ai prises sur une 
femelle d'un quart plus grande que l'individu mâle. 

En m'en reposant sur de certaines inductions , j'avois pensé que j'observerois 
chez le crocodile une répétition des organes sexuels des tortues : j'ai trouvé , à 
ma très -grande surprise , que ces organes chez le crocodile paroissent plutôt 
établis conformément au type des oiseaux; ce qui est principalement vrai des 
relations de ces organes avec les parties terminales des appareils intestinaux et 
urinaires. 

Y a-t-il une vessie urinaire ! du moins elle n'est pas distincte ; elle ne forme 
point une poche à part, comme chez les mammifères et les tortues. Le sac où 
arrivent et se déposent les urines n'est , à proprement parler , qu'un tronçon de 
1 intestin. Si c'est là bien décidément une vessie urinaire, ainsi que son emploi et 
quelques relations un peu équivoques avec les voies urinaires semblent l'indiquer, 
l'intestin se seroit porté vers son fond, l'auroit pénétré, et, en se continuant ainsi 
dans cette vessie, auroit changé sa forme habituelle d'une bouteille avec un seul 
goulot en celle d'un manchon ouvert à ses deux extrémités. Admettroit-on que 
ce compartiment, servant de réceptacle à l'urine , n'est toutefois qu'une dernière 
et plus grande dilatation de l'intestin , ou la partie qu'on nomme le rectum f 
Cette autre détermination porterait à dire que la vessie urinaire manque entiè- 
rement, et qu'il est pourvu à son défaut par de nouveaux services imposés à la 
dernière portion intestinale, surajoutés à ceux de son emploi ordinaire. Quoi qu'il 
en soit, cette conformation si remarquable chez le crocodile est précisément ce 
que j'ai fait connoître à l'égard des oiseaux ( i ). 

J'ai mesuré le canal intestinal du crocodile femelle, que j'ai trouvé long de trois 
mètres. Le renflement qui est au-delà, rectum ou vessie urinaire, est piriforme. 

(i) Philosophie anatomique , tome II, page 321. 






272 DESCRIPTION DES REPTILES. 

La plus petite portion, au sortir de l'intestin, qui est cylindrique, porte en dia- 
mètre o m ,c>55 ; et l'autre partie, qui est globuleuse , le double ou o m ,i i. Cela for- 
moitune poche beaucoup plus évasée que l'intestin réduit au diamètre de o m ,03. 

Ce compartiment se versoit dans un autre à la suite : il y avoit , pour établir 
f es limites des deux tronçons , un étranglement , ou col simulant un sphincter. 
Les dimensions de cet autre compartiment étoient en longueur o m , 1 9 , et en dia- 
mètre o m ,o8. Enfin de ce compartiment on arrivoit à la dernière poche ( o m ,oo. ), 
laquelle débouche en dehors et à l'anus son extrême limite. 

J'ai donné, en traitant de ces appareils par rapport aux oiseaux , dés noms à 
ces divers compartimens ; je vais les rappeler. Ainsi je nomme le dernier empla- 
cement vestibule commun ; il prend de l'anus et se rend sur le précédent. Le com- 
partiment intermédiaire est la poche urétro-sexuelle; et le suivant , qui confine et qui 
s'unit a l'intestin , est la grande dilatation piriforme dont il vient d'être parlé , et 
dont la détermination nous a paru offrir quelques difficultés. Cependant nous la 
croyons réellement et justement ramenée à ses analogues, si nous la nommons 
vésico-rectale , c'est-à-dire, si nous la considérons comme le produit de la vessie 
combinée et associée avec le rectum ; et , de plus , ce ne seroit sans doute pas 
abuser des inductions de la théorie des analogues , que d'affecter le col de cette 
poche piriforme au rectum, et de voir dans la partie sphéroïdale les élémens d'une 
vessie distincte; ses connexions, proportions, dimensions et fonctions formant 
des circonstances qui militent en faveur de cette manière de voir. Si cependant 
il en manque une autre fort importante et d'un caractère décisif, celle d'une 
subdivision marquée, du moins c'est le fait de plusieurs oiseaux, chez lesquels, 
en effet, la vessie et le rectum sont distincts au moyen d'un sphincter qui en 
intercepte la communication, suivant l'exigence des cas. Ceci, qui n'est pas chez 
tous les oiseaux, en laisse donc une partie dans un rapport maintenu à tous égards 
avec le crocodile. 

Le vestibule commun doit, dans un cas déterminé, de passer à une forme 
régulièrement cylindrique, aux effets d'un certain tirage; cependant, sous l'action 
du muscle rétracteur du clitoris , il fournit vers le haut et postérieurement une 
anfractuosité qui est une sorte de bourse prépuciale pour le clitoris. Celui-ci est 
triangulaire , large à sa base et terminé par une pointe un peu arrondie. Ce qui est 
ici une anfractuosité peut, durant l'activité des organes génitaux, se déployer en 
saillie, servir de gaîne au muscle rétracteur alors en restitution, et, tenant lieu 
d une sorte de pédicule, porter au dehors le clitoris, qui est aidé dans ce moment 
par les effets de l'érection. 

La poche urétro-sexuelle, qui est au-delà du vestibule commun, est ainsi 
nommée de ce qu'elle forme le segment du canal où débouchent les uretères et 
les oviductus. Chez les oiseaux et les tortues, où cette poche est longitudinalement 
très-étroite, les quatre orifices sont une même ligne, ceux des uretères au centre, 
et les permis des oviductus de chaque côté. Mais, la poche urétro-sexuelle du cro- 
codile ayant plus de longueur, les oviductus qui conservent cette même position 
latérale s'ouvrent plus profondément, et les uretères à une certaine distance anté- 






CROCODILES. PL. 2. 2 2 2 

rieurement : les méats des uretères se reconnoissent facilement à une aréole noire 
et à une petite saillie des lèvres. Chez tous les animaux , la poche urétro-sexuelle 
vient elle-même porter au dehors tous les produits des appareils qui y ont leurs 
permis; toujours alternativement, tantôt ceux des organes sexuels et tantôt ceux 
des voies urinaires , et pour le cas où la vessie ne forme plus qu'une poche avec 
le rectum , tout-à-la-fois le produit des voies urinaires et intestinales. A cet effet , 
chez les oiseaux, le vestibule commun se renverse et s'enroule sur lui-même; mais 
chez le crocodile , où les tégumens extérieurs qui fournissent les lèvres de l'anus 
sont recouverts d'écaillés et rendus par-là résistans, ce mouvement n'est point 
possible. Cependant le vestibule commun trouve toujours à perdre de sa capacité 
et à se raccourcir dans le sens de sa longueur : c'est en se plissant et en s'aidant 
de la résistance même des lèvres de l'anus. Ce résultat profite principalement au 
clitoris et à la bourse qui le contient , lesquels , de cette manière , sont mis à 
l'abri de tout contact fâcheux. La bourse est fortement tirée par le muscle rétrac- 
teur du clitoris , et profondément remontée vers les vertèbres coccygiennes. Cette 
action aide puissamment à diminuer la capacité du vestibule commun, en même 
temps qu elle soustrait les nerfs nombreux de l'appareil génital excitateur aux 
incommodités d'un contact irritant. 

Le crocodile urine et fiente à-la-fois ; mais je n'ai point remarqué que ses fèces 
fussent, comme cela se voit chez les oiseaux, mélangées de matière blanche. Cela 
tiendroit-il à l'énergie différente des deux systèmes organiques î Tout produit 
organique abonde dans une raison proportionnelle au degré de la vitalité ; et , 
sous ce rapport, les oiseaux doivent produire et verser plus de cette matière 
blanche. 

Un point sur lequel je dois encore insister, c'est l'indépendance, comme struc- 
ture , des uretères et de la vessie destinée à recevoir leur produit. Il nous parois- 
soit si bien établi et si naturel que les uretères allassent, chez les mammifères, 
déboucher directement dans la poche qui reçoit la décharge des reins , qu'il ne 
vint à l'esprit de personne qu'un autre arrangement fût possible. Cependant cette 
autre disposition est justement le cas le plus général : c'est le fait de tous les ver- 
tébrés ovipares. La structure de l'ornithorinque a pour la première fois fixé sur 
cela mon attention. 

Plusieurs descriptions des organes sexuels et urinaires de l'ornithorinque avoient 
été publiées ; mais dans aucune on n'avoit fait entrer une circonstance singulière 
restée inaperçue : c'est que les uretères n'aboutissoient point à la vessie urinaire. 
A cette singularité s'en joignoit une autre; les méats des oviductus venoient, de 
chaque côté, déboucher dans l'intervalle des orifices des organes de la dépuration 
urinaire. La vessie, prédestinée à servir de réservoir à la liqueur excrémentitielle 
séparée par les reins, se trouvoit à une certaine distance des canaux chargés de 
la lui transmettre; on pouvoit se permettre d'ajouter, se trouvoit ainsi contrariée 
par l'interposition d'un autre système organique. Ces faits, inaperçus, avoient fait 
méconnoître la nature de la poche étendue de l'extrémité des uretères au cloaque : 
objet d'un dissentiment universel, elle fut prise tantôt pour le vagin (sir Éverard 



234 DESCRIPTION DES REPTILES. 

Home ) , tantôt pour l 'urètre ( Cuvier ) , une autre fois pour une partie innommée 
encore, ïurétro vagin (Meckel), et enfin pour le canal urétro-sexuel ( Geoffroy- 
Sain t-Hilaire). Ce dernier nom offre un sens différent du précédent, et se rapporte 
à un travail général publié dans la Philosophie anatomique , tome II, et relatif aux 
oiseaux. 

Beaucoup d'autres difficultés étoient soulevées à ce sujet : je ne puis toutes les 
relater ici, et je renvoie à cet égard au volume déjà cité , page ^/*f, et à un article, 
Appareils sexuels et urinaires des ornithorinques , imprimé dans les Mémoires du 
Muséum d'histoire naturelle , tome XV, page 1. J'étendis ces recherches aux tortues 
et puis enfin aux crocodiles. 

Je les rappelle ici comme m'ayant donné un nombre suffisant d'observations , 
c'est-à-dire, comme ayant placé sous mes yeux assez de structures variées pour que 
je pusse concevoir et exposer d'après elles la disposition habituelle des uretères 
à l'égard du premier segment du canal vésico-rectal du crocodile. 

Déjà nous avons fait connoître comment les uretères sont, pendant le versement 
de tous les produits excrémentitiels, approchés de l'anus : en tous autres momens, 
ils sont portés du côté opposé ; les deux boutons et les orifices qui les constituent 
sont, par un effet d'affaissement des membranes formant l'ensemble des canaux, 
entraînés dans la poche vésico-rectale : ils viennent ainsi boucher son entrée, les 
deux orifices plongeant dans cette même poche. Par conséquent, il est admira- 
blement pourvu, au défaut d'une communication directe permanente des uretères 
avec la vessie, par cette communication habituelle durant l'inactivité de tous les 
canaux. Ces faits de physiologie se lisent en quelque sorte avec une évidence 
parfaite sur la structure anatomique des ornithorinques, et par induction sont 
donnés, avec une très-grande probabilité, comme facilitant l'écoulement lent et 
successif et généralement l'arrivage du fluide séparé par les reins dans le réceptacle 
urinaire prédisposé à cet effet. 

C'est présentement le cas de rapporter un fait récemment découvert sur le 
crocodile, et élevé à toute sa valeur scientifique par une comparaison attentive 
avec d'autres faits semblables. De jeunes anatomistes, MM. Isidore Geoffroy-Saint- 
Hilaire et Joseph Martin, ont aperçu chez le crocodile femelle deux routes de 
communication allant du péritoine dans le vestibule commun. Déjà ces routes , 
qu'ils nomment canaux péritonéaux , les avoient frappés chez la tortue. Dans le 
mémoire sur ce sujet qu'ils ont communiqué à l'Institut, ils s'en expliquent de 
la manière suivante : « Rien de plus facile que de trouver les canaux péritonéaux 
» du crocodile , lorsque l'on connoît ceux de la tortue : leur situation est la même 
» que chez celle-ci, et il est tout-à-fait impossible de se méprendre à leur égard. 
» Il faut remarquer cependant qu'ils sont beaucoup plus courts, parce que leurs 
>? ouvertures péritonéales , placées sur les côtés du cloaque, sont plus reculées. 
» Leur forme générale est aussi la même : très-larges dans leur première moitié, et 
» très-étroits dans la seconde, ils sont exactement comparables à des entonnoirs 
» dont la partie évasée se trouveroit du côté du péritoine, et la partie rétrécie 
» du côté du clitoris. Celle-ci se termine à peu près au même niveau que chez la 

» tortue : 



CROCODILES. PL. 2. 22 5 

» tortue : mais il y a cette différence très-remarquable, que les canaux péritonéaux , 
» dès qu'ils sont arrivés près du gland, ne s'ouvrent point, comme chez la tortue, 
y> dans les corps caverneux , ou dans le tissu érectile , mais vont directement 
» s aboucher dans le cloaque ( vestibule commun). Leurs deux orifices, entourés 
x> de petits bourrelets arrondis, s'aperçoivent très - facilement , l'un à droite et 
» l'autre à gauche, en dehors de la base du gland. La structure des canaux péri- 
« tonéaux du crocodile paroît semblable à celle de leurs analogues chez la tortue : 
» leur intérieur ne contient aucune valvule , mais seulement de petits replis placés 
» à l'entrée de leur partie étroite et qui s'effacent presque entièrement lorsqu'on 
» vient à la dilater. Nous nous sommes assurés que l'injection les traverse avec 
» une égale facilité d'avant en arrière et d'arrière en avant. » 

Ces faits sont exacts , je les ai vérifiés. A leur intérêt comme nouveaux, ils 
joignent celui, bien autrement remarquable , d'être généralisés dans une certaine 
limite avec beaucoup de sagacité. En effet, ces jeunes auteurs ont, suivant moi, très- 
bien établi que les canaux péritonéaux qu'ils ont découverts chez la tortue et chez 
le crocodile ont leurs analogues dans des parties anciennement décrites par les 
naturalistes, mais qu'aucun anatomiste n'avoit cependant imaginé de ramener à la 
même considération. 

Tels sont d'abord, à l'égard des mammifères , les tubes vagino-utérins dont il 
est question dans les ouvrages de Malpighi, Fantoni, Peyer, Haller, Morgagni, 
et qui de nos jours n'ont été bien compris et parfaitement établis que par les 
soins et les descriptions de M. Gartner, chirurgien militaire Danois. M. de BJain- 
ville a reproduit le travail de ce dernier, et l'a accompagné de figures dans le 
Bulletin des sciences de la Société philomathique , année 1826, page 109. Les 
tubes vagino-utérins n'ont encore été trouvés que chez les mammifères à sabot. 

Tels sont encore les deux conduits qui débouchent chez quelques poissons car- 
tilagineux ( raies , squales et lamproies ) , en arrière , par dehors , mais assez près 
de l'anus, qui ont été reconnus et décrits par plusieurs anatomistes, par M. Cuvier 
sur-tout avec exactitude dans ses Leçons d'anatomie comparée. « Dans ce cas, dit 
» M. Cuvier, tome IV, page 74, le péritoine n'est plus un sac fermé de toutes 
» parts, comme dans les mammifères et les reptiles ; il est percé dans deux endroits, 
» et communique à l'extérieur par autant d'ouvertures de plusieurs millimètres de 
» diamètre , qui se voient de chaque côté de l'anus. Elles conduisent directement 
» dans le fond de ce sac, qui répond à la partie la plus reculée de l'abdomen. L'eau 
» de la mer peut sans doute y entrer et en sortir à la volonté de l'animal, comme 
» l'air entre dans les cellules des poissons. » 

En rappelant ce que nous venons d'exposer touchant les conduits vagino-utérins 
des ruminans et les canaux de la cavité abdominale des raies , MM. Isidore Geof- 
froy-Saint-Hilaire et Joseph Martin insistent avec beaucoup de mesure sur les 
rapports de ces canaux avec ceux qu'ils ont trouvés chez la tortue et le crocodile, 
en même temps qu'ils recherchent et établissent habilement les différences que 
ces rapports laissent en dehors. Ainsi ils voient ces rapports dans un fond commun 
d'organisation : c'est une même analogie de structure qui ramène à la théorie de 

H. N. TOME I." r , .." partie. H h 



2Z6 DESCRIPTION DES REPTILES. 

l'unité de composition ; et ils signalent trois sortes de différences : i .° le cas où 
les canaux ont leurs deux extrémités ouvertes (les crocodiles et les raies); 2. le 
cas où l'extrémité cloacale est fermée, et va plonger dans le tissu caverneux (la 
tortue); 3. et enfin le cas inverse^où le tube est fermé à sa naissance du côté 
de l'abdomen ( la truie et les ruminans ). Les holothuries sont dans le premier 
cas ; les canaux répandus dans leur abdomen , et que l'analogie doit faire con- 
sidérer comme péritonéaux , y occupant proportionnellement une plus grande 
capacité. Les deux jeunes auteurs ajoutent même à ce sujet, que là sans doute 
est le plus haut degré du développement des canaux péritonéaux; proposition à 
laquelle il me paroît difficile de se refuser. Cela posé, l'état classique seroit chez 
les animaux des derniers embranchemens ; et seulement des traces de cette orga- 
nisation se trouveroient conservées chez ceux du premier embranchement, où, 
comme cela s'observe toujours en pareil cas, des modifications plus ou moins 
grandes changent, en l'altérant plus ou moins profondément, le caractère du type 
principal, et exercent sur-tout une telle influence sur les fonctions, qu'elles différent 
quelquefois du tout au tout d'un genre à l'autre. 

A l'égard des holothuries, l'eau qui pénètre dans les canaux décrits, en agissant 
comme dans la respiration branchiale sur le fluide circulatoire, y apporte l'élément 
respirable. M. Tiédemann, auteur principal sur cette question, n'en doute aucu- 
nement ; également M. Cuvier semble indiquer dans le passage rapporté ci-dessus 
qu'il en est ainsi à l'égard des raies; enfin je citerai, comme apportant le sceau 
de l'évidence dans cette matière, le travail de MM. Audouin et Lâchât sur une 
larve apode trouvée dans le bourdon des pierres ( 1 ). Les auteurs de cet article, se 
proposant de donner l'appareil respiratoire de la larve [Conops rufipes), décrivent 
deux tubes trachéens, qu'ils disent ressemblera deux arbres taillés en quenouille, 
parce que ces tubes fournissent de distance en distance des rameaux qui abou- 
tissent à la peau : ces tubes naissent chacun par un orifice distinct de la partie pos- 
térieure du corps et se rendent droit et longitudinalement vers la bouche. Que 
ce soient là des organes de respiration, ce point est incontestable ; leurs branches 
latérales sont de vraies trachées, et elles ne sont que les subdivisions des troncs 
principaux : mais ce qu'on peut aussi ajouter , c'est que ces longs tubes sont , à 
tous égards, analogues aux canaux péritonéaux des raies et des crocodiles. 

Or il y a plusieurs années que, m'occupant de recherches sur les organes sexuels 
des raies, et ne connoissant encore aucun de ces travaux, j'avois été fortement 
préoccupé des ouvertures introduisant de l'eau dans l'abdomen des poissons carti- 
lagineux. Je voyois en ces ouvertures, placées sur les côtés de l'anus, des orifices 
de trachées ; je regardois donc le sac où elles conduisoient comme une vaste 
trachée aquatique , comme réalisant en ce lieu et y faisant connoître des organes 
accessoires de respiration, principalement utiles à ceux des poissons qui se cachent 
et s'enfouissent dans la vase. 

Je n'ai pu me dispenser d'entrer dans ces détails , d'ailleurs nouveaux pour la 
plupart; ayant par eux à mettre en évidence toutes les curieuses conséquences de 

(1) Voyez Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris , tome I. cr , pag. 329, planche 22. 






CROCODILES. PL. 2. 2 37 

la découverte de mon fils et de son habile collaborateur en ce qui concerne le 
crocodile. Ce reptile possède donc également, et même sur une plus grande échelle 
que la raie , un organe de la respiration aquatique. Toute la cavité abdominale y 
est employée ; et en effet , on conçoit que l'eau qui s'y trouve introduite n'ap- 
proche pas en vain l'élément respirable des nombreux vaisseaux qui tapissent les 
surfaces baignées ; l'énergie de l'animal en est sensiblement augmentée , cette cir- 
constance dépendant de l'oxigénation du sang. Mais cependant il n'y a résultat 
de respiration aquatique, ainsi que je m'en suis assuré en étudiant attentivement 
le jeu de l'appareil branchial des poissons, qu'autant qu'une certaine force, s'appli- 
quant sur la masse du fluide contenu, parvient à désagréger mécaniquement les 
particules d'air interposées entre les molécules de l'eau , qu'autant que cette masse 
d'eau mise en mouvement par cette impulsion rencontre plusieurs issues , où elle 
se brise et se subdivise à l'infini. Or toutes ces conditions se remarquent comme 
possibles, comme évidemment éventuelles, dans l'entonnoir qui forme la première 
moitié du canal péritonéal, et dans l'action des muscles abdominaux, qui, pressant 
et diminuant les capacités de l'abdomen, force l'eau de s'écouler par la petite 
partie du canal péritonéal, c'est-à-dire, par un tube fort étroit et nécessairement 
avec lenteur. Que le sternum placé au-devant des poumons soit tiré par les muscles 
pectoraux et fasse dans le sens de la diagonale un mouvement en avant, le sternum 
d'au-dessous (car, par exception à ce qui, sous ce rapport, existe chez les autres 
animaux , il est pour le crocodile un second sternum étendu sur tout l'empla- 
cement de l'abdomen) ; alors, dis-je, le sternum abdominal est entraîné à la suite 
de l'antérieur. Un second effet de ce mouvement est qu'il soit soulevé au même 
moment. La cavité de l'abdomen augmente en capacité et donne lieu à l'eau d'y 
affluer, passant par le canal péritonéal, comme, en vertu du même mécanisme, 
l'air, chez les animaux de la respiration aérienne, afflue dans les sacs pulmonaires 
en s'y introduisant par la trachée-artère. 

Ainsi voilà le crocodile qui attire de nouveau notre attention comme être 
privilégié, comme doué encore d'une autre organisation supplétive, enfin comme 
réunissant les organes des deux sortes de respiration; le voilà véritable amphibie, 
dans ce sens qu'il est animal aérien par sa poitrine et animal aquatique par une 
modification de l'état de son abdomen. Il n'a fallu, pour le doter de ce dernier 
avantage, que rallier, pour ainsi dire, et y approprier les débris d'un système qui est 
classique et parfaitement normal , seulement chez les animaux invertébrés. J'avois 
déjà trouvé qu'il y a des crustacés, entre autres le Birgus latro, qui ont les organes 
des deux respirations. Mais nous ne sommes cependant pas sur les mêmes faits : 
ces organes occupent le même emplacement chez les crustacés, étant parvenus 
à se loger également dans la cavité du thorax, et à s'y établir dans un accord 
parfait l'un à côté de l'autre. Ce sont de véritables poumons, et des branchies, 
comme chez les poissons; chacun entre alternativement en action, suivant les 
milieux qui lui correspondent. Mais si chez le crocodile le même but est atteint , 
c'est d'une façon différente ; l'appareil branchial est remplacé par un appareil 
trachéen : les deux systèmes respiratoires occupent chacun une cavité particulière, 

H, N. TOME I. er , r « partie. H h a 



38 



DESCRIPTION DES REPTILES. 



savoir : le système pulmonaire, la cavité du thorax; et le système trachéen, celle 
de l'abdomen. 

Nous avons donc maintenant des données certaines pour comprendre ce qui, 
des habitudes des crocodiles, étoit d'observation, ce qu'il falloit admettre comme 
incontestable , et pourtant ce qu'alors la réflexion devoit porter à considérer 
comme tout-à-fait contraire aux allures d'un animal à sang froid, et vraiment à 
rejeter comme une chose impossible. Animal aérien par sa respiration pulmo- 
naire, à terre seulement le crocodile auroit dû se complaire, et pour y puiser 
les moyens de sa plus grande vitalité, dès que ces moyens sont toujours propor- 
tionnels à la quantité de respiration, aux plus riches résultats de l'oxigénation 
du sang. Mais tout au contraire, nous savions, à n'en pouvoir douter, que le cro- 
codile hésite et vit inquiet hors de l'eau; il ne sait prendre aucun parti pour 
attaquer et se défendre, s'il est à terre; il ne s'y rend que pour dormir, ce dont 
nous avons plus haut donné les motifs. Sa toute-puissance, il la déploie quand 
il est dans le milieu aquatique : là seulement il est un animal indomptable ; alors 
sa vélocité est extrême, et son ardeur l'emporte au-delà de sa prévision. Elle lui 
rend possibles, faciles même, les plus grands excès : c'est toute l'énergie et la 
puissance d'un animal à sang chaud. Nous avions ce spectacle sous les yeux, que, 
fascinés par toutes nos idées d'affinités naturelles, nous étions restés dans la per- 
suasion que c'étoit avec une certaine provision d'air que le crocodile fournissoit 
à une si grande dépense, qu'il pourvoyoit à tous les travaux d'un chasseur infa- 
tigable. Mieux informés présentement, nous pouvons assigner à tous ces effets leur 
véritable cause : le crocodile respire dans l'eau , et il le fait avec d'autant plus de 
profit qu'il se livre davantage à l'ardeur de la chasse. L'un des excès produit l'autre, 
et réciproquement. Le degré de sa vitalité dépend de l'étendue des surfaces abdo- 
minales et intestinales qui ressentent les effets de l'oxigénation ; et cette plus grande 
vitalité, à son tour, étant mise à profit, fait agir les muscles avec plus de force 
pour exercer une plus grande compression sur les intestins, et avec plus de vitesse 
pour augmenter les bénéfices de ces phénomènes d'oxigénation ou de respiration 
aquatique. 

Or tous ces effets me paroissent produits par une natation rapide. La natation 
du crocodile s'effectue par le jeu de ses deux paires d'extrémités : qu'il arrive aux 
muscles de la paire thoracique, alors reportée vers le haut, d'être dans la resti- 
tution , la chaîne des os sternaux avec ce qui les revêt est entraînée du côté du 
bassin ; mais elle y est sur-tout amenée violemment , si la contraction des muscles 
abdominaux accroît à ce mouvement : les eaux contenues dans l'abdomen sont 
alors sollicitées à refluer vers l'entonnoir des canaux péritonéaux. Dans ce cas, 
se produisent les effets de la respiration aquatique ; et ils ont lieu avec une inten- 
sité de résultat qui est naturellement proportionnelle au degré de contraction des 
muscles abdominaux. Mais qu'au contraire les membres thoraciques soient abaissés 
et disposés le long du corps, les deux sternums et leurs tégumens sont, par la 
contraction des muscles qui se portent à l'épaule et sur l'humérus, ramenés du 
côté de la tête ; ce qui ne sauroit arriver que tout le plastron du sternum abdo- 



CROCODILES. PL. 2. 2 2 O 

minai ne soit soulevé, les muscles qui y sont répandus étant à leur tour dans 
la restitution. Sans cet effort, il s'établiroit un vide, s'il étoit possible, dans une 
cavité ayant une double issue à l'extérieur. Mais, au lieu de ce vide qu'on sait 
en pareil cas impossible , vous trouvez que ce qui se pratique à l'extrémité 
thoracique du tronc est exactement reproduit vers l'autre extrémité : il n'y a de 
changé que le lieu de la scène et le fluide ambiant. Ce n'est plus l'air, mais l'eau, 
que déplace la pression de l'atmosphère; le fluide ambiant, sur lequel pèse l'at- 
mosphère, afflue vers les deux issues du cloaque; il y pénètre, et, se portant 
dans les canaux péritonéaux, il vient remplir les espaces agrandis de la cavité 
abdominale. 

Je me croyois déjà plus haut (page 221 ) autorisé à demander, comme lorsqu'il 
s'agit de signaler des nouveautés tout-à-fait inattendues, que l'on voulût bien 
demeurer ûxé sur tant de ressources ménagées , sur une mécanique aussi ingé- 
nieuse, sur tant et de si nouveaux moyens, dont je trouve l'organe respiratoire 
enrichi. Cependant qu'est-ce que cela auprès d'une aussi puissante faculté que celle 
de la respiration de tout l'abdomen l Ajoutez que ce résultat si remarquable est 
acquis sans des moyens proportionnels à son importance ; c'est-à-dire , sans qu'il y 
soit pourvu par les complications d'un nouveau système de conformation. 

Mais alors que de singularités nous avons déjà passées en revue, qui recom- 
mandent puissamment l'organisation des crocodiles à l'attention des physiolo- 
gistes î Cependant celle-ci surpasse toutes les autres. En effet, rien de nouveau 
ne vient ici surprendre : c'est moins un système qui seroit construit à grands 
frais, qu'une sorte d'altération du plan commun; il a suffi pour cela d'une légère 
déformation , d'une double perforation des membranes diaphragmatiques qui 
séparent les emplacemens où sont logés, d'une part, les intestins, et, de l'autre, 
les organes sexuels. Pour faire ressortir notre explication, j'allois dire que ces 
nouveaux arrangemens seroient devenus l'effet d'une négligence, en songeant à 
ces faits d'arrêt de développement que j'ai tant de fois signalés dans mes recherches 
sur la monstruosité. Si j'insiste autant que je le fais sur ces considérations, c'est 
qu'il me paroît nécessaire de montrer jusqu'à quel degré et comment les moindres 
modifications apportent des changemens dans les composés organiques. On ne 
sauroit trop revenir sur cela, trop insister sans doute sur le caractère de toute- 
puissance de la nature, non moins étonnante dans l'admirable simplicité de ses 
moyens que dans la variété infinie de ses ressources. 

Enfin je comprendrai encore dans ces développemens quelques réflexions sur 
l'insuffisance de la respiration aquatique, pour le moment où les crocodiles doivent 
prendre du repos et se livrer au sommeil. Comme la respiration abdominale, pour 
être possible, exige une préalable séparation des molécules de l'air d'avec celles de 
l'eau, et que, pour cet effet, l'emploi d'une grande force musculaire est nécessaire, 
ce mode de respiration est sans résultat pour un crocodile endormi. Par consé- 
quent, que ses forces soient épuisées, un crocodile ne sauroit se dispenser de se 
rendre à terre et de s'y conduire comme un animal restreint aux seules ressources 
de la respiration aérienne. Ainsi ce que nous venons de faire connoître d'un 



240 DESCRIPTION DES REPTILES. 

second mode de respiration n'implique point contradiction avec ce qu'on lit , 
pûge ijjo , touchant la conduite du crocodile durant son sommeil. Cessant de 
gouverner les pièces qu'il devroit mettre en jeu pour respirer l'air mêlé à l'eau, 
il est nécessairement rendu aux communes conditions des animaux à poumons ; 
c'est-à-dire qu'il ne peut obvier aux inconvéniens d'une surprise que par un 
sommeil léger et pénible. 

Des organes génitaux mâles. Quant à ces organes, on les a crus une répétition 
de ceux du lézard. Mais d'abord il y a différence dans le nombre des pénis. Chez 
les lézards, il s'en trouve deux qui occupent une position latérale, et le crocodile 
en a un seul, situé sur la ligne médiane. Là où les pénis paroissent doubles, ce 
ne sont, à vrai dire, que les corps caverneux qui se sont désassociés et écartés. Ils 
consistent dans une expansion de la peau que terminent deux appendices cartila- 
gineux. Deux glandes qui sont à l'intérieur versent une liqueur assez abondante 
pour qu'on se soit mépris sur sa nature , et qu'on l'ait considérée comme du fluide 
séminal. Chaque pénis joue dans un fourreau fourni par une duplicature de peau, 
et un muscle alongé et constamment renfermé dans une gaine membraneuse le 
termine en arrière et l'oblige à rentrer dans l'intérieur. 

Le crocodile, différent à cet égard, soit des lézards, soit des serpens, tient plus, 
sur ce point, des animaux supérieurs. Son unique pénis occupe à la région moyenne 
un repli du cloaque commun , qui est une sorte de bourse de prépuce. Une 
prostate très-forte est à la base de l'organe, et un gland cartilagineux en forme le 
sommet. Un profond sillon qui, sur la ligne médiane, partage le pénis en deux 
parties , le montre évidemment formé de la réunion de ses deux portions écartées 
dans les lézards, et où nous considérons deux pénis distincts. L'analogie y fait 
aussi apercevoir les deux corps caverneux de la verge des mammifères : car il n'y 
auroit qu'à prolonger le canal urinaire, qu'à établir un urètre dans le sillon médian 
de ces corps caverneux, pour ramener presque entièrement les formes plus com- 
pliquées de cet organe des animaux vivipares. Quoi qu'il en soit, le pénis des 
crocodiles est, quant à ses divers élémens, une répétition presque complète de 
l'organe pénial de la tortue et de la plupart des oiseaux. 

Cependant la modification dont il vient d'être question au sujet des reptiles, 
réapparoît quant aux glandes de l'anus et aux deux muscles rétracteurs des corps 
caverneux. Ces muscles sont même si considérables , que c'est leur présence qui 
cause le renflement de la queue à son origine; renflement qui, dans ce point, 
montre la queue de même épaisseur qu'est le tronc en avant de l'anus. Ces 
muscles sont terminés et articulés avec les vertèbres caudales par un bord aigu 
d'un côté , et par un bord libre et arrondi du côté opposé. Ce qu'il y a en outre 
de remarquable, c'est qu'ils sont renfermés, comme les muscles rétracteurs dont 
il vient d'être parlé, dans une gaine propre d'une grande épaisseur et de nature 
fibreuse. Cette gaine se prolonge peu avant en une aponévrose qui se répand et 
s'insère sur le bassin; de sorte que les usages de ces muscles, changeant avec le 
système général d'organisation , acquièrent la faculté de contribuer au mouvement 
latéral de la queue. 



CROCODILES. PL. 2. 24 I 

Érection du pénis. Nous n'avons encore reconnu qu'une utilité au canal péri- 
tonéal ; mais, y ayant donné une très-grande attention en l'étudiant chez le cro- 
codile mâle , nous le croyons susceptible de servir à deux fins. Nous ne nous occu- 
perons présentement que de son mode d'action à l'égard de l'organe pénial ; 
question physiologique entièrement nouvelle, et, ce nous semble, d'un très-grand 
intérêt. 

Les canaux péritonéaux, avons -nous vu plus haut, débouchent chez la femelle 
dans le cloaque sur les côtés de l'organe pénial : cette circonstance est exprimée 
visuellement dans une planche qui accompagne le mémoire de MM. Isidore Geof- 
froy-Saint-Hilaire et J. Martin ( i ) ; il en est de même à l'égard du mâle. Mais , de 
plus , nous avons aperçu distinctement chez celui-ci que le canal , peu avant de 
s'ouvrir au dehors , se bifurque , et que par une très-courte branche il se rend et il 
plonge à la base du pénis dans le tissu cellulaire de ses enveloppes tégumentaires. 
L'emploi des deux branches est nécessairement alternatif; l'une est fermée 
à l'accès du fluide, ce dont l'autre se trouve favorisée : c'est réciproque. Pour 
frapper d'inactivité la branche qui plonge dans l'organe pénial , et pour en fermer 
le méat , il suffit de la contraction du muscle rétracteur : le pénis est renfermé 
plus profondément dans sa bourse, en même temps que les tégumens de sa racine 
y sont appliqués et comme collés. La longue branche et son orifice sont alors 
plus librement ouverts. 

Nous allons admettre le cas contraire, celui de l'emploi de la courte branche. 
Le muscle rétracteur est en restitution, et, tout au contraire, celui qui revêt le 
cloaque se contracte. Sous cette double influence, les orifices des longues branches 
sont fermés. Qu'il y ait pression exercée à l'abdomen et subséquemment écoule- 
ment des eaux y contenues à travers le canal péritonéal , l'eau suivra la courte 
branche ; elle s'engagera et sera reçue dans les tégumens de la base du pénis. 

Cela posé, deux phénomènes consécutifs attirent notre attention. Le premier 
se borne à une action mécanique : l'eau, se répandant et s'accumulant à la base 
du pénis, l'injecte et le distend outre mesure. Sous le ressort de cette excitation, 
le pénis est ébranlé et disposé à sortir de sa bourse. Le second phénomène est 
chimique : l'eau répandue dans le tissu cellulaire , et acculée au fond de la courte 
branche , s'y trouve en présence de pores nombreux qui communiquent avec le 
tissu des corps caverneux. Cette circonstance a été aperçue sur la tortue par les 
jeunes auteurs que nous avons cités , et se trouve être l'objet de la figure 5 de la 
seconde des planches qui accompagnent leur mémoire. 

Or voici des résultats nécessaires pour cette position des choses. La pression 
alors exercée détermine la désagrégation des molécules d'air interposées et mêlées 
à celles de l'eau ; cet air, devenu libre, se porte aussitôt et directement sur le sang 
veineux, dont on sait que le tissu spongieux ou caverneux du pénis se trouve en 
partie rempli. Tout ceci est conséquemment ramené à un simple phénomène de 
respiration : ainsi, chose inaperçue jusqu'à ce moment, du sang veineux passeroit 
directement à la qualité de sang artériel ; et en effet , tant que dure cet effet de 

(1) Voyez Annales des sciences naturelles, tome XIII, planche 6 , fig. 4« 



242 DESCRIPTION DES REPTILES. 

respiration ou d'oxigénation , le sang acquiert une haute température, par consé- 
quent plus de fluidité et de volume. Rendu plus fluide, il pénètre dans les vaisseaux 
capillaires, où n'avoit pu s'introduire le sang veineux, visqueux et surchargé de 
carbone ; augmenté de volume, il porte les tissus qui le contiennent à la condition 
de tissu érectile ( i ) , en réagissant contre les parois des cloisons contenantes , 
lesquelles sont alors forcées de s'étendre. 

Je viens de rapporter une manière toute nouvelle de concevoir et d'expliquer 
Je phénomène de l'érection. Tout ce que je puis sur ce point affirmer, c'est qu'en 
ce qui concerne le crocodile il y a organes à cet effet. Que ce phénomène dépende 
dune action locale de la respiration, je n'en puis être surpris, après que j'ai vu 
l'odoration tenir à une cause toute semblable : toute trachée isolée chez les ani- 
maux inférieurs donne le même fait. 

Je pense que ces mêmes phénomènes caractérisent plus ou moins la plupart 
des ovipares; mais je n'étends aujourd'hui qu'à eux, et non pas aux mammifères, 
mes prévisions d'analogie. 

M. de Blainville a décrit les issues péritonéales chez le Squale pèlerin dans son 
Mémoire (2). Ces routes lui ont paru « une sorte de papille molle, flasque, longue 
» d'un pouce, et libre intérieurement de valvules. L'eau de la mer, ajoute ce savant 
» académicien, doit, au gré de l'animal, entrer dans l'abdomen et y porter un 
» volume d'eau qui aide à la natation en l'absence de la vessie aérienne. » Mais 
cette eau introduite dans l'abdomen n'y arriveroit-elle point plutôt afin de porter 
aux conditions du sang artériel par le bienfait de l'oxigénation des masses d'un 
sang noir et coagulé, que M. de Blainville a observées dans certaines parties de 
l'abdomen, et sur lesquelles il a appelé l'attention i 

Quelques fonctions de la rate pourroient tenir à ce mode particulier de respi- 
ration aquatique. 

Qu'on veuille bien me pardonner cette digression. Je reprends la description 
des organes sexuels des crocodiles. 

Les testicules se rapprochent à quelques égards de ceux des poissons : ils sont 
étroits et alongés. On les aperçoit un peu au-dessus et en avant des reins. 

La semence est apportée dans deux vésicules assez grandes, contiguës et logées 
en arrière du cloaque commun : ces vésicules sont en partie formées par un sac 
cartilagineux; elles s'ouvrent dans la poche urétro-sexuelle, disposées circulairement 
autour des orifices des uretères. 

Il reste à décrire le système osseux : j'en ai souvent fait le sujet de mes études ; 
mais je redoute , pour cela même , d'avoir à m'en occuper ici. En considérant 
l'étendue que je viens de donner à cet article, je me fais un devoir d'être sobre 
de détails qui y ajouteroient considérablement, qui sont publiés ailleurs et auxquels 
je puis renvoyer ceux des lecteurs de cet écrit qu'ils pourroient intéresser. J'ai 
donné un travail ex professo sur les os de la tête des crocodiles dans les Mémoires 

(1) Dans l'esprit de ces recherches, le tissu érectile tension extrême des mailles,^ possible en toute mem- 
ne formeroit point un tissu sui generis; mais il deviendrait brane , y dévelope momentanément le caractère. 
tel sous le ressort de causes incessamment agissantes : une (2) Annales du Muséum d'hist. nat. t. XVIII , p. n r. 

du 



CROCODILES. PL. 2. 2^^ 

du Muséum d'histoire naturelle, i. re collection, t. II, p. 53 , et t. X, p. 67 et 3^2; 
et z. e collection, t. XII, p. 97 : ces considérations sont reprises et très-étendues 
dans les Annales des sciences naturelles , t. III, p. 2^5, et t. XII, p. 338. Duverney 
a décrit toutes les autres parties du squelette dans les Mémoires de l'Académie des 
sciences pour l'année 1669, t. III, partie m, p. 161. 

DES ESPÈCES DE CROCODILES 

QUI VIVENT DANS LE NIL. 

Mes derniers travaux en portent le nombre à cinq espèces, que je vais décrire 
sous les noms de Crocodilus vulgaris , Croc, marginatus , Croc, lacunosus , Croc, 
complanatus et Croc, suclius. 

PREMIÈRE ESPÈCE. 

Du Crocodile sacré , ou Crocodilus suchus. 

Pour dégager tous les faits de simple observation des points difficultueux et con- 
testés de la question concernant les espèces de crocodiles anciennement connues, 
je traiterai d'abord du crocodile sacré , appelé suchus ou suchos par les anciens. 

Je reviens à d'anciennes idées; car j'ai déjà rappelé et établi, selon les règles 
des nomenclatures modernes , cette espèce qui fut d'abord mentionnée dans 
Strabon. Le mémoire que je publiai sur ce sujet parut, à la date de 1807, dans 
le recueil des Annales du Muséum d'histoire naturelle , tome X. Je revois par consé- 
quent et je reproduis en l'étendant ce même travail. 

J'avois, il y a vingt ans, peu d'élémens et de motifs pour une détermination 
rigoureuse; c'étoient principalement une tête embaumée que j'avois moi-même 
recueillie dans les hypogées de Thèbes, et un crocodile existant dans le Muséum, 
mais qui venoit du Sénégal, d'où il avoit été rapporté par Adanson. Or ces 
matériaux étoient-ils suffisans pour devenir un sujet de recherches î Loin de 
m'abuser , j'avois souhaité d'en accroître le nombre : car faire concorder une 
dépouille venant d'être prise parmi des objets vivant au Sénégal, avec un seul 
débris des demeures mortuaires de l'ancien peuple Egyptien , m'avoit paru à moi- 
même une hardiesse qu'il falloit justifier ou abandonner. En effet, il n'étoit 
point certain qu'on découvriroit un jour dans le Nil un crocodile comme celui 
d'Adanson. L'espérer, devois-je me le permettre! M. Cuvier, ne voyant là que 
des preuves insuffisantes , s'en tint à mentionner le suchus dans son tableau des 
crocodiles, mêmes ouvrage et volume, en ne l'y faisant figurer qu'à titre d'une 
race particulière : il ajouta que cette réserve lui étoit en outre commandée par 
un autre motif, par un doute de son esprit, qui portoit sur le nom même de suchus, 
dont il lui paroissoit que les érudits navoient pas fait un emploi judicieux. Le 
public goûta cette sage réserve, et le témoigna par un acquiescement contre lequel 
il ne s'est élevé qu'une seule réclamation (1). 

( 1 ) Celle du colonel et académicien Bory de Saint-Vincent, dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle , 
au mot Crocodile. 

H. N. TOME I.« r , î.» partie. I i 



244 DESCRIPTION DES REPTILES. 

Cependant n'aurois-je alors commis qu'une heureuse imprudence! Je n'en puis 
présentement douter. Je suis aujourd'hui en possession de ce plus de matériaux 
qu'appeloient mes vœux, et je suis assuré par eux que le suchus est une espèce 
distincte. Nous avions, M. Cuvier et moi, ensemble et dans le volume cité de 
nos Annales, donné notre dissertation sur les espèces de crocodiles, M. Cuvier, 
pour arriver à une classification mieux ordonnée des genres et des espèces , et 
moi, pour me maintenir dans mes droits de priorité à l'égard des crocodiles du 
Nil et d'une autre espèce venue de Saint-Domingue (i). 

Tenu à n'omettre aucun de mes matériaux, et, comme voyageur, principa- 
lement obligé à faire emploi du crâne de mon crocodile embaumé, je me voyois, 
par une comparaison que j'en faisois avec le crâne d'un autre crocodile pris par 
moi dans le Nil, ramené à la considération de quelques différences spécifiques. 
Tout entraîné que j'étois, je balançai long-temps: le célèbre Visconti me décida 
enfin. l\ m'apprit que les savans versés dans les études d'érudition et d'antiquités 
tenoient pour avéré qu'il y avoit dans le Nil au moins deux espèces de croco- 
diles, qu'on les disoit de mœurs différentes, et qu'elles avoient des noms distincts, 
l'une s'appelant champs es , et l'autre, suchus. 

Trois autorités m'étoient citées en faveur de ce système, celles de Strabon, 
d'Élien et de Damascius. 

La plus ancienne mention remonte à Strabon. Cependant il ne faut pas oublier 
que le manuscrit de ce géographe a traversé le moyen âge pour arriver jusqu'à 
nous : or ce n'est pas sans y avoir été modifié et corrigé par divers commentateurs. 
Ainsi l'on avoit d'abord lu le passage concernant le suchus comme il suit : Les 
habitan s du nome Arsinoite ont le crocodile sacré, qu'ils nourrissent séparément dans un 
lac, qui est doux pour les prêtres et qu'ils nomment SUCHIS. Mais Spanheim, d'après 
les manuscrits de Photius, vint à proposer une autre interprétation de ce passage. 
Il ne falloit point, suivant lui, l'entendre en termes particuliers, mais, tout au 
contraire , dans des termes généraux et conformément à la version suivante : Le 
crocodile est sacré chez eux (les Arsinoïtes) : il est nourri séparément dans un lac , doux 
pour les prêtres , et nommé souchos ou suchus. 

Élien semble donner au passage de Strabon son vrai sens, quand, ayant à rappeler 
quelques faits de superstition d'un prince dévot à la divinité des crocodiles, d'un 
Ptolémée qui les consultoit à titre d'oracles, \\ ajoute que ces hommages ne 
s'adressoient toutefois qu'au plus distingué et au plus anciennement renommé des 
crocodiles : Cum ex crocodilis antiquissimum et prœstantissimum appellaret ( Anim. 
lib. vin, 4). 

Le philosophe Damascius, écrivant la vie de son maître et prédécesseur Isidore, 
s'explique d'une manière encore plus positive : car, ayant eu l'occasion de parler 
de la douceur habituelle des suchus, et de l'opposer aux qualités malfaisantes de 

(i) Le général Leclerc, commandant une armée Fran- ce fait, dont la connoissance importoit à la théorie des 

çaise envoyée en 1803 à Saint-Domingue, nous fit l'en- pays qu'habitent d'une manière exclusive les animaux 

voi de crocodiles trouvés dans les environs du Cap de la zone torride des deux continens. Ma description 

Français : ils étoient très-voisins, mais toutefois spéci- comparative de ces crocodiles se trouve dans les Annales 

fiquement différens de ceux d'Egypte. Je fis connoître du Muséum d'histoire naturelle, tome II. 






CROCODILES. PL. 2. 2 4 j 

l'hippopotame, Damascius continue, dans cet écrit que nous a conservé Photius, 
par un développement de sa pensée, dont le but est manifestement de mettre le 
lecteur à l'abri de toute méprise. C'est, ajoute- t-il, une antre espèce de crocodile, 
qui est inoffensive. Jablonski a traduit du grec et rapporté ce passage comme il 
suit : Surfins justus est [justus par opposition à l'hippopotame, qui avoit été qualifié 
dans la phrase précédente par l'épithète à'injusta bellua) ; surfins justus est : ita 
nominatur aliqua crocodili species quœ nidlum animal lœdit. 

Ce fut sur ces autorités que Jablonski d'abord, puis Larcher, et Visconti en 
dernier lieu, crurent à l'existence de deux espèces de crocodiles vivant dans le 
Nil. Il me parut, en 1807, que l'histoire naturelle, qui auroit à s'enrichir de ces 
recherches d'antiquités, leur devoit à son tour son tribut. Je vis moins le petit 
nombre que l'utilité des faits dont je pouvois disposer. C'est ainsi qu'autorisé par 
ce qui avoit paru certain à des hommes aussi recommandables , je n'hésitai plus : 
l'espèce du crocodilus surfins fut dès-lors établie. 

Cependant un des motifs de M. Cuvier pour rejeter comme espèce ce que 
déjà il venoit d'admettre comme distinct à titre de race particulière, fut qu'il se 
trouvoit dans un complet dissentiment avec Jablonski, Larcher et Visconti. Il 
donna ses motifs, et ce morceau très-remarquable d'érudition forme l'un des plus 
intéressans chapitres de son ouvrage intitulé , Espèces de crocodiles. 

Avant d'entrer en matière, il faut satisfaire la curiosité du lecteur, qui, dans 
de telles conjonctures, s'il voit les maîtres de la science, les Cuvier et les Visconti, 
se contredire sur des questions de faits et entrer dans des vues différentes, doit 
en être surpris et pourrroit en souhaiter une explication. 

Deux circonstances décident ordinairement de pareilles divergences : d'une 
part, les faits sont incomplets, et dès-lors ils sont insuffisans pour une conclusion 
évidente; et, de l'autre, quelques vues élevées et diverses, formant d'autres points 
de départ, frappent d'abord et deviennent des élémens de conviction, auxquels 
toutes les autres parties de la discussion sont nécessairement subordonnées. 

Ainsi, dans le cas qui nous occupe, M. Cuvier est préoccupé de l'idée que 
des institutions adoptées pour le bœuf ont servi de règles et sont reproduites pour 
le crocodile; que des bœufs choisis pour le service des temples y prenoient indi- 
viduellement un nom qui rappeloit leur consécration. « Le bœuf sacré de Memphis 
» s'appeloit Apis; celui d'Héliopolis, Mnévis ; et le bœuf d'Hermonthis, Pacis. 
« Apis, Mnévis et Pacis n'étoient pas des races particulières de bœufs, mais bien des 
» bœufs individuels consacrés. » Et de ces faits, que M. Cuvier tient pour certains, 
il conclut par induction (1), et il ajoute : « Pourquoi n'en seroit-il point ainsi à 
» l'égard des crocodiles! » Voyez Ossemens fossiles , tome V, 2. e partie, page 46. 

(1) Les Egyptiens honoroient d'un culte trois sortes de Ainsi le bœuf Apis se reconnoissoit à plusieurs carac- 

bœufs qu'ils nommoient Apis, Mnévis , et Onuphis , et tères; d'où Pline, Iiv. vin, chap. 46, l'a considéré comme 

qu'ils adoroient comme divinités principales à Memphis, un être à part, ainsi qu'il l'a fait pour tous les animaux de 

à Héliopolis et à Hermonthis. Si ces animaux étoient tous condition diverse, d'organisation distincte. Apis étoit 

trois pris également dans l'espèce vulgaire, ce n'étoit ce- noir, marqué de deux grandes taches blanches, l'une 

pendant pas au hasard; mais chacun devoit au contraire triangulaire au front et l'autre en croissant au côté droit; 

être pourvu de qualités propres, que les rites religieux les poils de sa queue étoient de deux sortes, et il falloit 

prescrivoient impérieusement. encore qu'il eût le dessous de la langue embarrassé d'une 
H.K 1 . TOME I.« , 1 .« partie. . I i 2 



246 



DESCRIPTION DES REPTILES. 



C'est cela que mon savant confrère entreprend detabiir. Les interprétations 
favorables à ce système sont préférées; Spanheim est par lui approuvé dans la 
correction qu'il a proposée, et au moyen de laquelle le passage de Strabon s'en- 
tendroit dans un sens restreint et devroit être traduit en termes particuliers : car 
ce passage peut aussi bien se lire de cette autre manière : L'hippopotame est injuste , 
le suchis est piste; c'est un nom ou une espèce de crocodile ( ou bien , il A LE NOM ET 
LA figure d'un crocodile ) ; il ne nuit à aucun animal. Cette explication pren- 
drait consistance et force, suivant M. Cuvier, « de la considération que Damascius 
» vivoit dans un temps où l'on ne nourrissoit plus d'animaux sacrés en Egypte. 
» A cette époque, sous le règne de Justinien, il ne restoit de l'ancien culte que 
» des traditions, ou même seulement ce que les livres en rapportoient. Damascius, 
« peut-être ignorant et crédule, aura lu ou bien aura entendu dire que le suchis 
y> ou le crocodile sacré d'Arsinoé ne faisoit point de mal; et il en aura fait aussitôt 
» une espèce particulière et innocente. » ( Ossemens fossiles cités, page 48- ) 

Cependant Jablonski (i) dit avoir trouvé, par l'érudition, qu'un nom diffé- 
rent étoit donné à chaque espèce de crocodile : il cite l'autorité du P. Kircher, 



nodosité ayant à peu près la forme d'un scarabée, can- 
tharus. Pline dit seul, et sans doute par erreur, que la 
tache du front étoit carrée : une momie d'Apis du Musée 
Charles X, où cette tache est triangulaire, confirme en 
ce point les autres témoignages historiques. En exigeant 
la réunion de tant de conditions organiques , les Egyp- 
tiens rendoient fort chanceuse la découverte de cette va- 
riété accidentelle : ils étoient ainsi exposés à manquer 
d'Apis, et l'histoire nous a conservé qu'ils en furent effecti- 
vement privés durant plusieurs années ; d'abord sous le 
règne de Darius qui a succédé au faux Smerdis, et plus 
tard sous l'empereur Adrien. Or c'étoit volontairement 
se placer sous le coup de très -grandes calamités; car, à 
la mort du dieu de Memphis, la population de toute l'E- 
gypte prenoit le deuil, qu'elle observoit, en s'imposant 
les plus austères privations , jusqu'à l'installation d'un 
nouvel Apis. Darius prit en pitié les douleurs et l'extrême 
misère des Égyptiens ses sujets, et fit promettre cent ta- 
lens à qui découvriroit un veau portant robe d'Apis; et 
sous Adrien , la capitale , privée de ses relations commer- 
ciales , fatiguée et exaspérée par un deuil prolongé durant 
plusieurs années, se mutina et fit soulever tout le pays, 
dit Spartien. 

Un bœuf ne devenoit donc point Apis uniquement par 
le fait de son admission dans le temple ; il étoit précédem- 
ment veau Apis, alors élevé par un collège de prêtres à Ni- 
Iopolis, d'où il étoit transporté à Memphis parla voie du 
Nil en très-grande pompe ; les femmes avoient le privilège 
de défiler nues devant le jeune Apis peu avant son départ : 
la ferveur religieuse les poussoit à cette démarche , dit Eu- 
sèbe. En dernière analyse, les bœufs sacrés étoient Apis du 
droit de leur naissance, comme possédant quelques con- 
ditions organiques bien déterminées. Apis étoit consacré 
à la lune et en avoit un signe sur le flanc droit. Son nom 
signifioit, dans l'idiome Égyptien, y'e mesure : on peut sur 
cela consulter le Panthéon Egyptien de M. Champollion 
jeune. 

C'étoient aussi des bœufs d'une conformation distincte 



que les animaux sacrés d'Hermonthis etd'Héliopolis: mais, 
comme on avoit été moins exigeant sur les caractères or- 
ganiques à réunir, il n'y avoit pas autant de difficulté à 
leur trouver un successeur ; aussi n'est-il nulle part ques- 
tion que le deuil au décès d'un Onuphis et d'un Mnévis 
ait jeté les peuples dans le désespoir. 

Onuphis étoit un bœuf noir, caractérisé de plus par 
une bande blanche sur l'arête dorsale : on en voit au 
Musée Charles X deux fort beaux portraits sculptés et 
peints, occupant chacun le milieu d'un bas-relief. Pacis 
étoit un autre nom de ce bœuf : ce mot signifioit le mâle, 
allusion sans doute à sept vaches placées auprès de lui 
comme ses épouses, et qu'on désignoit sous le titre de 
vaches divines. II paroît qu'Onuphis ou Pacis étoit un 
étalon destiné au perfectionnement des belles races. Le 
terme ft Onuphis ex^nmoitle beau , le parfait. 

II en étoit sans doute ainsi du bœuf sacré d'Héliopolis. 
Le taureau Mnévis devoit être le plus bel animal de 
l'époque , aussi remarquable par sa haute taille que par sa 
force et la beauté de ses formes. Consacré au soleil, et 
sans doute pour ce sujet, on le choisissoit d'un rouge vif et 
sans tache. Son nom inné, auquel les Grecs, suivant leur 
coutume, avoient ajouté la désinence is pour le rendre 
déclinable dans leur langue, exprime qu'il vivoit solitai- 
rement : un étalon est souvent dans ce cas. Le Mnévis a 
été vu par M. Champollion jeune, représenté et colorié 
sur la caisse sépulcrale d'une momie humaine des collec- 
tions de Turin. 

Ainsi des conditions organiques parfaitement définies 
dans les livres du sacerdoce Egyptien caractérisoient 
chaque sorte de bœuf sacré: les choix étoient motivés. 
L'induction est présentement légitime : de ces bœufs, 
dont cette discussion fait connoître les cas distincts, vous 
pouvez conclure au crocodile sacré. Or cette conclusion 
est précisément celle de la thèse soutenue dans cet écrit, 
thèse dont l'Académie des sciences a bien voulu entendre 
le développement. 

(i) Panthéon sfcgypt. lib. v, cap. u,$. iz, de Typhone. 



CROCODILES. PL. 2. ^47 

qui auroit aperçu le nom de pi-suchi dans un vocabulaire Qobte. Mais M. Cuvier 
a répondu à cette objection , en accusant Kircher d'avoir introduit ce mot dans la 
langue Qobte et de l'avoir forgé d'après Strahon (page 49 )• L'accusation s'est trouvée 
parfaitement fondée : le manuscrit que le P. Kircher étoit censé avoir consulté 
s'est retrouvé , et le nom de pi-suchi n'y existoit pas. 

Si toutefois Jablonski fut mal inspiré dans la confiance qu'il avoit accordée à 
la citation précédente , i\ le fut mieux dans son pressentiment que l'idiome vul- 
gaire des Égyptiens avoit deux noms appellatifs pour les espèces de crocodiles. 
La lecture des papyrus a fait depuis connoître ce point d'une manière irrécusable. 

En 1807, j'avois donc cédé à une toute légitime conviction, quand je me 
déclarai pour le sentiment de Jablonski. Mais , si l'on devoit souhaiter toutefois 
plus d'élémens pour la proposition, que deux espèces de crocodiles étoient en 
Egypte, l'une d'un naturel farouche et indomptable, dont la religion encoura- 
geoit la destruction , et l'autre , d'un caractère plus doux ; plus d'élémens pour 
ce fait, que dans l'espèce du suchus étoient choisis les individus destinés au ser- 
vice des autels, cela qui étoit alors si désirable, ces élémens nécessaires pour faire 
partager ma conviction , je les possède présentement ; car non-seulement j'ai sous 
les yeux huit crocodiles de la petite espèce , huit suchus de divers âges , les uns 
ayant été apportés du Sénégal, et les autres du Nil, mais je puis aussi produire de 
nouveaux témoignages, desquels i\ résulte incontestablement qu'à diverses époques 
on avoit connu et distingué la grande et la petite espèce de crocodiles. 

Je place ici la description du suchus; je l'avois déjà comparé au crocodile vul- 
gaire et à celui de Saint-Domingue , sur-tout à ce dernier, dont iï m'avoit paru 
le plus se rapprocher. Afin de faire porter mes études sur un plus grand nombre 
de sujets, j'ai visité plusieurs collections publiques, et déplus, celles particulières 
de MM. Brongniart, Kéraudren, Banon, Florent-Prévost, Passalacqua et Bibron. 
Cependant les exemplaires dont j'ai tiré le parti le plus avantageux, sont, i.° un 
individu de i m ,28o des galeries du Muséum d'histoire naturelle; ii y avoit été 
déposé par Adanson , qui l'avoit rapporté du Sénégal et étiqueté de sa main, 
crocodile vert du Niger; et 2. un autre individu de i m ,ic;o, lequel provient authen- 
tiquement d'Egypte, comme rapporté et donné à notre cabinet par le fils de 
M. Thédenat-Duvent, vice-consul à Alexandrie. 

J'insiste sur les dimensions de ces deux sujets : des recherches fort attentives à 
cet égard ne m'en ont pas fait connoître de plus grands, si ce n'est cependant l'in- 
dividu auquel s'applique le passage suivant : « Je ne crois pas que le suchus croisse 
» au-delà de cinq pieds : j'en juge par un crâne de neuf pouces que j'ai sous les 
» yeux et dont les sutures sont presque effacées ; ce qui n'a lieu ordinairement que 
» dans les crocodiles adultes et même d'un certain âge. » Je rappelle ce passage 
écrit en 1 807 [Annales du Muséum d'histoire naturelle , tome X, page 85 ), au dé- 
faut de l'objet lui-même , qui n'est point resté à ma disposition. 

Nul autre crocodile que le suchus n'est plus alongé , plus grêle et plus effilé : 
la tête est par conséquent fort longue , moins cependant que celle du crocodile 
de Saint-Domingue. J'en ai employé les dimensions avec confiance , ayant remar- 



248 DESCRIPTION DES REPTILES. 

que qu'elles portoient à des proportions exactes , sauf quelques différences qu'y 
introduisent les conditions de l'âge et des sexes. Or on sait les têtes des cro- 
codiles établies sous la figure d'un triangle isocèle : prenant le rapport des longs 
côtés à celui de la base, on possède une mesure comparative et d'une utile appli- 
cation à la détermination des espèces. Ainsi, dans le cas actuel, mes trois croco- 
diles se distinguent par les chiffres et la série qui suivent , savoir : le crocodile 
vulgaire 2,07, le crocodile suchus , 2,22, et le crocodile de Saint-Domingue , 2,44; 
quantités qui ont un diviseur commun , le chiffre 1,00, dont je fais l'unité de 
mesure et que je prends pour l'expression de la base du crâne : de cela résulte 
que l'unité exprime la plus grande largeur du crâne , existant et prise à la base de 
celui-ci, et que le chiffre 2, plus une fraction, exprime de même la longueur 
de la tête; cette longueur mesurée sur une des branches maxillaires. Ces rapports 
— , -~^y r^> ou > en négligeant les diviseurs, les chiffres 7, 22 et 44 > fournissent 
une expression caractéristique simple et commode des grandeurs respectives de la 
tête à l'égard des espèces. 

La queue du suchus est également d'une plus grande longueur ; car elïe est non- 
seulement plus longue proportionnellement que celle du crocodile vulgaire , mais 
de plus on la trouve accrue dans sa moitié antérieure de deux et quelquefois de 
trois rangées d'écaillés. 

La tête, en tant que resserrée par-tout transversalement, est, en outre, un sujet 
d'importantes considérations pour la détermination de l'espèce suchus; les maxil- 
laires sont plus exactement rectilignes , les bords sous - orbitaires sont soutenus 
plus verticalement : mais ce qui est sur-tout prédominant et devient un caractère 
exclusif et d'un haut intérêt zoologique , c'est la forme sinueuse du bord sur -auri- 
culaire , du contour jugo- temporal, aboutissant en arrière à un angle émoussé, 
semi- curviligne et rentrant. 

Un système de coloration non moins constant et non moins caractéristique 
distingue encore le suchus de tous ses congénères ; car , au lieu d'une grivelure 
très-fine et d'un ton plus ou moins rembruni , ce sont en dessus des taches noires 
variées de formes et le plus souvent orbiculaires , irrégulièrement disséminées sur 
un fond vert. Elles ne sont ni assez multipliées ni assez rapprochées pour empê- 
cher les teintes générales d'être dominantes; d'où Adanson avoit pris occasion 
de nommer sa première espèce crocodile vert du Niger. Les taches de la queue sont 
très-grandes , carrées , et disposées comme les cases d'un damier. 

Les écailles sont, i.° les nue haies , petites, au nombre de quatre rangées, en 
demi-cercle , et jointes deux à droites et deux à gauche. 

2. Les cervicales, rassemblées sur deux lignes , groupées et serrées en écusson : 
elles sont grandes, à vive arête, et au nombre de huit, si l'on comprend dans 
ce compte deux fort petites, écartées en dehors et en arrière; les externes de la 
première rangée sont assez descendues pour porter un tiers de leur largeur sur la 
seconde rangée. 

3. Les dorsales; au nombre de treize rangées : la première se compose de deux 
sortes d'écaillés, de deux grandes en dehors et d'une petite au milieu ; les rangées 



CROCODILES. PL. 2. ^O 

suivantes, de six écailles à arêtes peu élevées , telles sont principalement les paires 
médianes : une ligne d'écaillés le long des flancs , écartées et irrégulièrement 
espacées, ajoute à ce nombre. 

4-° Les pelviennes , formées de trois rangées de quatre. Ce n'est pas seulement 
parce qu'elles se voient au-dessus des membres pelviens qu'elles sont ici distin- 
guées des dorsales , mais parce que , moins nombreuses , elles commencent une 
autre série , sous le point de vue que leurs arêtes externes rompent la ligne des 
écailles dorsales, d'une part, par plus de saillie, et, de l'autre, par une situation 
intermédiaire à l'égard des arêtes précédentes. 

5. Les sextio-caudales , ou les caudales antérieures, ayant deux ou trois rangées 
de plus que le crocodile vulgaire. J'en ai compté dix-neuf chez le suchus du Nil et 
chez un très-jeune sujet provenant du Sénégal, et vingt chez le crocodile vert 
d'Aclanson et chez d'autres individus aussi du Sénégal. 

Or une rangée de plus d'écaillés a cette importance , qu'elle nous révèle l'exis- 
tence d'un segment vertébral de plus. La queue, dans sa première moitié, contient 
l'organe pénial en avant, et son muscle rétracteur en arrière. En raison du plus de 
volume de ces parties chez les mâles, la queue y est aussi sensiblement plus grosse 
à son origine. Ceci explique les formes différentes des écailles sexuo-caudales. Les 
dix premières rangées sont formées de quatre écailles à peu près de même gran- 
deur ; les extérieures ont la crête un peu plus élevée ; les neuf ou dix autres ran 
gées, qui vont s'atténuant insensiblement, sont composées d'écaillés internes, qui 
s'atrophient et qui s'effacent de plus en plus , et d'externes , qui gagnent en volume 
et qui ont des crêtes très-élevées. J'engage à vérifier si la différence entre le nombre 
des rangées et celui des vertèbres de la queue ne tiendroit pas à la différence des 
sexes. 

6.° Les jjostéro-cmidales , ou les dernières écailles de la queue. Elles forment une 
série distincte, et ne sont en rapport, à vrai dire , que dans un point avec les anté- 
rieures. Le nombre des rangées est de dix-neuf: mais d'ailleurs ce nombre n'ex- 
prime qu'une seule circonstance dans les rapports communs , c'est d'indiquer celui 
des segmens vertébraux ; car les écailles de cette dernière partie de la queue sont 
uniques par chaque rangée ; et comme s'il arrivoit que tous les élémens multipliés 
des régions antérieures ne fussent ici que réunis et confondus et qu'ils dussent se 
montrer en tendance de reparoître , les arêtes sont beaucoup plus grandes. Et en 
effet , l'unique arête de chaque unique rangée est prolongée sur la ligne médiane 
en une crête haute et vive , assez longue à la base. La forme de ces dernières 
écailles est celle d'un triangle dont un des bords , le postérieur, est découpé quand 
l'angle du sommet est réfléchi. 

Telle est cette seconde et longue moitié de la queue , dont l'animal , quand il 
est à l'eau , tire parti en l'ajoutant à ses autres moyens et instrumens de natation 
mais qu'à terre il traîne sur le sol comme une surcharge embarrassante. Tant de 
volume pour si peu d'utilité rappelle la queue plus inutile encore de la plupart 
des mammifères. Cependant ces appendices se rattachent sous d'autres rapports à 
la philosophie de la science : ils se composent de tronçons imparfaits , venant 



2 jO DESCRIPTION DES REPTÏLES. 

après des tronçons plus soigneusement et plus amplement développés , sur-tout 
très-nécessaires : c'est le mode de terminaison d'une organisation riche et puissante. 
Ainsi se restreint par appauvrissement insensible et se réduit finalement à rien le 
système vertébral. 

Pour compléter cette description , il faudroit donner quelque chose de précis 
sur les dimensions absolues du crocodile ici décrit. J'ai fait plus haut mention d'un 
crâne long de o m ,243 [neuf pouces], dont l'état des sutures osseuses, que j'ai trou- 
vées presque entièrement effacées, est une induction pour présumer qu'il avoit 
acquis tout son accroissement. Or la tête des crocodiles est très - exactement la 
septième partie de la longueur totale ; en faisant les calculs qu'indique cette pro- 
portion, le crocodile dont j'ai vu la tête auroit eu i m ,70i ( i ). 

Dans ce cas , dois-je croire que c'est où s'arrête la taille la plus élevée du cro- 
codile suchus / Je le pense ainsi : toutefois je ne présente ce résultat qu'avec une 
extrême défiance ; car il ne faut pas qu'à mon tour j'oublie que je me suis ici en- 
gagé dans la défense d'une thèse, et que je dois me préserver de l'entraînement 
des inductions, de la chaleur de l'argumentation. Aussi je me serois en effet 
gardé, sur le peu d'élémens que je possède, même à présent, d'admettre défini- 
tivement la conclusion que le Nil nourrit un crocodile de petite taille, si à ces 
matériaux je n'en pouvois ajouter d'autres véritablement incontestables. ' 

Or voici en quoi consistent les nouveaux renseignemens sur lesquels je me 
fonde : 

i.° Un auteur Arabe, A'bd-el-latyf, qui a voyagé et séjourné en Egypte en 
l'an 1200 de notre ère, et qui a donné de ce pays une description très-étendue, 
y dit des crocodiles qu'il s'en trouve de grands et de petits (2). 

2. Un voyageur Anglais, John Antes, quia demeuré en Egypte depuis 1788 
jusqu'en 1800, rapporte en ces termes cette même circonstance : « J'ai observé 
» deux espèces de crocodiles, l'un généralement plus long, plus effilé, plus grêle 
» que l'autre, qui est, au contraire, plus épais et plus trapu. La queue du premier 
» a sensiblement plus de longueur : c'est dans l'espèce trapue , qui est d'ailleurs 
» remarquable par une peau plus rugueuse, qu'on trouve des individus de la plus 
» petite taille ( 3 ). » 

3. Et enfin des papyrus trouvés dans les hypogées de l'Egypte, qui me furent 
communiqués et interprétés par le profond et savant antiquaire M. Ghampollion 
jeune , ne laissent plus lieu à aucune incertitude. Ce que Kircher avoit donné 
comme un fait, quand ce n'étoit encore qu'une conjecture à l'égard des sources où 
il avoit puisé , est vrai au fond. Plusieurs noms appellatifs ont effectivement été 
donnés aux grands et aux petits crocodiles; tels sont les noms pi-amsah et pi-suchi: 

(1) J'ai fait, à l'occasion de cette partie de mon tra- d' A'bd-el-latyf. Je ne crois pas qu'il en soit ainsi : car 
vail , des recherches dans toutes les collections où j'ai autrement A'bd-el-latyf eût reproduit la même remarque 
eu l'espoir de trouver des crocodiles, et je n'en ai trouvé en parlant de beaucoup d'autres animaux de la vallée du 
aucun de l'espèce du suchus qui ait atteint la dimension Nil; il eût dit pareillement qu'il y avoit de son temps 
de i m ,624. des hommes petits et grands, les enfans et leurs pères. 

(2) On est petit avant d'être grand, m'a-t-on objecté, (3) Observations on tlie manners and customs of the 
et ce seroit cela seulement qu'auroit signifié la remarque Egyptians , by John Antes. 

les 



CROCODILES. PL. 2. 2 Ç ï 

les textes hiéroglyphiques des papyrus les reproduisent souvent , avec la variante 
dont nous avons parlé ci-dessus à la page 211, laquelle résulte principalement de 
la forme différente des articles prépositifs. M. Champollion s'est assuré que ces 
noms amsah et sticlii ne sont point donnés indistinctement tantôt à un et tantôt 
à un autre crocodile; leur étymologîe, dont l'ancienne langue Égyptienne rend 
parfaitement compte, montre que ces noms ne sauroient convenir qu'à des 
animaux distingués par des qualités propres. 

Le mot m-sah [em-sa/i] est traduisible par, le-œuf : voilà ce que plus haut 
nous avons déjà fait connoître d'après M. Champollion. Or, d'après la même 
autorité, 1 autre nom, souk [suclius ou sucki] est une modification du mot sëv, 
lequel signifroit le temps , ou encore étoit le nom du Saturne Égyptien. 

Nous trouvons les motifs de cette dénomination dans les circonstances suivantes. 
Le suchus, qui formoit une plus petite espèce, étoit plus promptement versé avec 
les premières eaux de l'inondation dans l'intérieur des terres. Les Égyptiens virent 
en cela une source, pour eux, de bienfaits, et leur pieuse reconnoissance s'exprima 
par des hommages publics : ils consacrèrent le crocodile voyageur et le firent 
élever dans leurs temples ; c'est que son apparition en des lieux écartés du fleuve 
se mêloit au plus grand événement pour le pays, au phénomène admirable de la 
fécondation des terres. Le crocodile sacré, précurseur chaque année des eaux de 
la nouvelle inondation , sembloit amener sur des terres brûlantes et altérées le 
Nil sorti de son lit et se propageant en canaux fécondans; ou, pour exprimer 
cette même idée en langage théogonique , le suchus s'en venoit chaque année 
annoncer à Isis ardente l'approche d'un époux paré des grâces d'une jeunesse éter- - 
nelle, les prochaines caresses du puissant Osiris. C'étoit comme avoir concédé 
au sucïius une part d'action, un rôle important, dans d'aussi grands mystères, que 
de l'avoir en quelque sorte choisi pour prédire le plus grand des phénomènes. 
Cette prédiction se recommandoit , en tant qu'elle étoit donnée à heure fixe : 
mais sur-tout son apparition intéressoit comme liée au moment de la crise ; elle 
y préparoit. Dans l'ordre des temps, le présent conduit à l'avenir, de même que, 
dans la chaîne des événemens , un anneau est générateur de son suivant. C'est 
dans cet esprit que le suchus devint un symbole, et qu'il fut consacré au père 
d'Osiris, qui ne pouvoit être et qui ne fut que le Temps personnifié et déifié (1). 
Comme le Saturne Égyptien se nommoit Sëv, le crocodile , qui en étoit le symbole , 
en avoit retenu le nom, qui n'est que fort légèrement modifié dans souk, et fina- 
lement dans les mots suc/ws, suchus et suclii. Ce n'en est point en effet une réelle 
transformation, que l'addition des désinences qu'y appeloit le génie des langues 
Grecque, Latine et Qobte. 

Et ce qui montre que c'est en vertu de qualités propres à toute l'espèce, que 

( 1 y J'avois tracé ces lignes quand , long-temps après , je quelle liaison à ces idées ! Nous aurions donc , mais précé- 

vins à reprendre^ lecture du Panthéon de Jablonski, et demment MM. Chabrol et Jomard, nous aurions , guidés 

que j'y trouvai l'expression de quelques regrets au sujet par l'enchaînement des idées et en cédant à I'entraîne- 

du^ crocodile sacré. HorapoIIon s'en étoit tenu à recon- ment d'une légitime induction, été heureusement inspirés 

noître l'emblème du dieu Temps dans cet animai. Mais dans les explications qu'on vient de lire. 
quel avoit pu en être le motif? s'est demandé Jablonski; 

^. M TOME I.cr, ..repartie. Kk 



252 DESCRIPTION DES REPTILES. 

le suchus avoit été choisi pour recevoir, en certains lieux seulement, les hommages 
d'une pieuse reconnoissance, c'est la distance de ces mêmes lieux à l'égard du lit du 
fleuve. La petite taille du crocodile sacré l'y faisoit arriver plus tôt qu'aucun autre 
crocodile. C'étoit donc comme une mission qui lui avoit été conférée : elle aura fixé 
sur lui l'attention des peuples; et dans cet esprit, en effet, son culte, c'est-à-dire, 
tous les sentimens d'affection que supposent de pareils hommages, ne pouvoient 
être inspirés et ne convenoient véritablement qu'à des hommes souffrant d'un soleil 
brûlant, et fatigués de la durée de ta sécheresse. Or telles étoient les populations des 
villes consacrées au suchus ) des diverses crocodïlopolis bâties sur la lisière du désert: 
le fleuve en étoit éloigné par un grand circuit, et baignoit le pied des hauts plateaux 
opposés. Telle étoit plus spécialement la position du nome Arsinoïte, où Strabon 
alla rendre visite au suchus. Ce lieu, aujourd'hui la province du Fayoum, est une 
sorte d'oasis écartée qui ne recevoit, qui ne reçoit que fort tard les eaux de l'inon- 
dation. Les deux autres crocodilopolis (1) de la Thébaïde et Ombos étoient à peu près 
dans le même cas (2). Le célèbre de Pauw (3) a fait le premier cette remarque, 
dont i} releva le mérite , en y voyant avec raison l'objet d'une réelle découverte : 
car d'Anville, qui se trompe rarement, commit une faute en plaçant Ombos sur le 
bord du fleuve et dans le milieu de la vallée. De Pauw a rétabli Ombos sur la côte 
Arabique, en se fondant sur un passage d'Elien où il est dit que les Ombites 
avoient creusé de grandes fosses dans le roc, afin d'y conserver l'eau nécessaire à 
l'arrosement des terres, et dont, ajoute Élie'n , ils tiroient encore parti pour y 
nourrir toute l'année leurs crocodiles sacrés. J'ai passé à Ombos; j'en ai visité les 
monumens, et tous mes honorables amis et collègues ont, comme moi, étant sur 
les lieux, rendu hommage à la sagacité de l'auteur des Recherches philosophiques. 
Cependant les ruines de cette ancienne ville se voient aujourd'hui sur le bord 
du fleuve; mais il n'y a rien à inférer de là contre les remarques précédentes, 
nos ingénieurs ayant reconnu l'ancien lit du fleuve dans un autre bras situé loin 
d'Ombos , et ayant très -bien constaté que ce déplacement est récent. 

( 1 ) Je crois devoir rappeler [a valeur du mot croco- les villes situées sur la rive du fleuve, on y faisoit une 

dilopolis : il n'est point la traduction d'un terme corres- guerre active au farouche et insatiable crocodile, 

pondant dans l'ancien idiome Egyptien ; jamais il n'y eut ( 2) Voyez ci-dessus, page 221. La Carte ancienne et 

dans la vallée du Nil de ville ainsi nommée par ses habi- comparée de l'Egypte, -par M. Jomard et le colonel Jacotin, 

tans. Ces noms de villes , Crocodilopolis, Heliopolis, Oxy- présente quatre villes placées dans cette condition : 1 .° Cro- 

rhynchus , &c. , n'étoient que des équivalens que les codilopolis , chef-lieu du nome écarté qui touche à celui 

Grecs créèrent à leur usage et qu'ils se rendirent propres de Memphis; 2. Crocodilopolis dont les restes sont à 

pour éviter d'employer des noms qu'ils rejetoient comme Adfa,dansle nome Aphroditopolites de la haute Egypte, 

peu euphoniques. Cependant ceci ne dura que jusqu'à la à l'ouest de Ptolémaïs; 3. Crocodilopolis dont l'empla- 

dynastie des Lagides ; depuis, les Grecs, entrés plus inti- cément correspond à Qery, dans le nome Hermonthites, 

mement dans la connoissance du pays, de sa géographie d'après le passage de Strabon (iiv. XVII, page 817 ), qui 

et de sa population, nommèrent, comme les Égyptiens, met cette ville entre Hermonthis et Latopolis; 4. ° Ombos, 

les villes consacrées au culte du crocodile. Hérodote, au chef-lieu du nome Ombites, qui, suivant Elien (Anim. 

contraire, qui appartient à la première époque, a évité X, 21), adressoit un culte au crocodile, ce qui est bien 

de nommer Ombos et la ville du Fayoum, bien qu'il ait démontré d'ailleurs par les nombreux tableaux où on l'a 

voulu désigner ces deux villes, quand il vint à parler représenté sur les monumens. Voyez Ant, vol. I, pi. 39 à 

des honneurs que l'on rendoit au crocodile dans les en- ^6; Ant. Descr. ch. IV (tome 1 , page 1 ) et ch. XVII 

virons de Thèbes et sur les bords du lac Mœris. En (tome II, pag. 3 et suivantes ). 

effet, rien de semblable n'avoit lieu à Thèbes même; (3) Recherches philosophiques sur les Egyptiens et sur 

mais dans cette capitale au contraire, comme dans toutes les Chinois , tome II. 



CROCODILES. PL 2. 2 $ 2 

Maintenant tout fait a sa conséquence immédiate , et c'en est une de quelque 
valeur, sans doute, que l'existence bien établie d'une petite espèce de crocodile 
vivant dans le Nil auprès d'un crocodile d'une taille gigantesque. Or, qu'on y ait 
connu un tel crocodile remarquable par des mâchoires susceptibles d'une moindre 
action en raison de leur plus grande longueur, cela est incontestable; car je viens 
de décrire ce crocodile : j'en produis des dépouilles obtenues de l'état ancien aussi 
bien que fournies par l'état moderne. 

Tout fait, ai-je dit, a son immédiate conséquence. L'existence bien constatée 
du suchus est une clef pour l'intelligence de beaucoup de passages répandus dans 
les livres des anciens ; elle y introduit la plus heureuse concordance. 

Ainsi est éclairci et justifié dans ses motifs un dire d'Eusèbe ( i ) s'appliquant 
aux habitans des diverses crocodilopolis. Sous le symbole du crocodile , objet 
de leur culte, ils entendoient spécifier l'ensemble des avantages dont ils alloient 
être redevables à l'avènement des nouvelles eaux, leur apportant le bienfait, pour 
eux, d'une boisson plus salutaire, et, pour leurs terres, d'un arrosement profond et 
vivifiant; ce qu'ils imaginèrent d'exprimer, dans l'écriture hiéroglyphique, par des 
bateaux que des crocodiles s'occupoient à remorquer. Donc, quant à cela du 
moins, la raison humaine fut et est affranchie du reproche d'absurde superstition, 
et les anciens Égyptiens, de celui de se plaire à une alliance d'idées ridiculement 
contraires; reproches que l'on fondoit sur de certaines allégations, et, par exemple, 
sur celles suivantes des récits d'Hérodote : Les crocodiles sont sacrés dans quelques 
provinces , et ne le sont pas dans d'autres , ou on les poursuit même en ennemis. 

Très-probablement, il ne faut attacher d'autre sens à cette phrase que celui d'une 
vague généralité , laquelle aura été inspirée à l'éloquent historien uniquement par 
le besoin d'un effet pour le petit avantage d'une antithèse. Mais, au Contraire, que 
l'on remplace tout le vague de cet énoncé par les faits que cette dissertation rend 
évidens, et ce passage est éclairci. Les Égyptiens connoissoient des crocodiles de 
qualités contraires : ils auront, dans ce cas, agi d'une manière conforme aux pro- 
cédés de la logique humaine, quand ils eurent réglé à l'égard des grands crocodiles, 
cruels et impitoyables, qu'ils les poursuivroient à outrance, et qu'au contraire ils 
feroient accueil à de plus petites espèces, qui les intéressoient moins encore par 
un caractère de douceur que par les utiles documens qu'ils en recevoient. 

Celui des deux crocodiles que l'on remarqua d'abord fut nécessairement le 
plus grand, que des besoins toujours renaissans , une insatiable voracité, exci- 
toient brutalement contre le repos des peuples. La religion enseignoit que Typhon, 
ou le génie du mal, étoit sans cesse, sous les traits et la forme de pareils monstres, 
attaché à la poursuite d'Osiris. C'étoit porter une ordonnance de destruction 
contre ces affreux animaux : la loi disposoit ainsi, au profit commun , de l'action 
de tous, de la force publique. Par conséquent, elle n étoit point privée du carac- 
tère auguste qui lui est imprimé dans tout pays bien gouverné, celui d'être une 
heureuse et ûdèle expression des besoins de la société. 

(i) Per hominem crocodilo impositum, navem ingredien- verb aquampotui aptam, ( Euseb. Prœpar, evang. libro III, 
tem, navemque sigmficare motum in humido , crocodilum cap. XI.) 

H. N. TOME I.er, ,.rc p art ie. Kk % 



2^4 DESCRIPTION DES REPTILES. 

Mais cependant il existoit sous les mêmes traits et la même forme un autre 
animai qui se faisoit remarquer par un caractère de douceur [ justus est atque man- 
suetus], qui ëtoit inoffensif [ 7z<?/#/W/7z lœdit\. A combien de sentimens on aura dû 
faire violence pour en venir seulement à faire cette distinction î Cet être inoffensif 
devoit-il rester sous le coup d'une proscription générale î Que d'ardeurs religieuses 
à tempérer ! que de haines à réprimer! Mais , si la voix de l'équité s'est à la fin fait 
entendre, on aura été d'autant plus ûxé sur le petit crocodile, que le contraste de 
ses habitudes aura causé plus de surprise; sur-tout lorsqu'on sera venu à découvrir 
que ce n'étoit pas seulement un être sans capacité pour le mal, mais, de plus, qu'en 
lui résidoit la source des plus grands biens par l'utilité de ses avis concernant la 
prospérité publique. 

Alors, dira-t-on, comment concevoir des habitudes présentant un aussi grand 
contraste, des habitudes aussi différentes chez des animaux semblablement orga- 
nisés, de façon que de précieux documens soient donnés par une espèce, et qu'ils 
soient impossibles par d'autres î II y a réponse à ces objections. 

î .° Certes, il n'est point d'habitudes qu'elles ne tiennent leurs conditions de l'or- 
ganisme; cependant celles-ci se manifestent de deux manières. Considérons d'abord 
les actions comme émanées du mode de structure. La forme de l'organe les régit, 
les précise et les caractérise effectivement jusque dans une nuance infinie. Par 
conséquent, tous les animaux d'un genre parfaitement naturel, c'est-à-dire, s'ils sont 
à fort peu de chose près une répétition les uns des autres, sont tenus d'agir pareille- 
ment, comme pourvus des mêmes moyens, comme y employant un même méca- 
nisme. Mais , en second lieu, toute action relève aussi du produit des masses : toutes 
choses égales d'ailleurs , les puissances croissent comme les volumes ; l'enfant est 
semblable à son père , mais non comme dimension , et il n'est point capable de 
toutes les fonctions viriles. 

Le petit crocodile, conformé comme le grand, est enclin aux mêmes actions, 
et les produiroit telles , si ce n'étoient les modifications introduites en lui par la 
différence de sa taille. Le grand abuse de sa force et se livre à tous les caprices 
d'une férocité sans bornes; l'autre, impuissant en raison de sa petitesse, se con- 
tente d'une basse proie : celle-ci lui convient, comme à d'autres égards il lui 
convient d'être et de se montrer inoffensif. 

Mais, de plus, toutes proportions gardées, le siichus est plus foible que le cro- 
codile vulgaire ; ses mâchoires plus longues en sont cause, parce que la puissance, 
c'est-à-dire, les forces musculaires qui existent à l'une des extrémités et résident à 
la base du crâne, ont une plus grande résistance à vaincre à l'égard de la proie, 
laquelle n'est d'abord saisissable qu'au bout opposé , à l'extrémité du museau. Cepen- 
dant la foiblesse particulière aux mâchoires, et la foiblesse.de tout l'individu qui 
résulte d'une trop petite taille , ne constituent un affoiblissement absolu qu'en 
opposant ces résultats', dans mon raisonnement, qu'à titre d'opposition, et seule- 
ment lorsque je compare le plus petit au plus grand des crocodiles. Effectivement , 
selon qu'un animal est pourvu, n'importe comment et en quelle dose, ad viennent 
ses habitudes, se complètent toutes ses facultés, s'individualise son instinct, parce 






CROCODILES. PL. 2. 2Cj 

que, privé de la connoissance d'un mieux relatif, un tel être ne peut éviter d'être 
lui-même, spécifiquement parlant, et de marcher avec un franc abandon sur les 
fins de son organisation. 

2. De l'utilité du suchus pour les anciens Egyptiens. De Pauw a entrevu ce point, 
montrant en cela une bien rare sagacité ; car il étoit presque dépourvu d'élémens 
pour un problème dont il donna toutefois une solution satisfaisante. « Il y a tout 
» lieu de croire ( a-t-ii dit, Recherches &c. , tome II, page i 10) que les Arsinoïtes 
» tiroient de leurs crocodiles sacrés de certains augures sur l'état futur du débor- 
» dément du Nil ," événement auquel ils s'intéressoient encore plus vivement que 
» les villes situées au bord de ce fleuve. » En effet , il n'est personne en Egypte 
qui n'ait intérêt à prévoir jusqu'où pourra s'élever la crue du Nil : tout rensei- 
gnement à cet égard fournit un élément pour calculer les chances probables de la 
félicité publique. Les transactions commerciales devant profiter aux mieux informés 
sur ce point, les villes situées près du fleuve possédoient et possèdent toujours 
un meqyâs exposant d'heure en heure le cours des exhaussemens du Nil. Les habi- 
tans des campagnes éloignées, encore plus intéressés à savoir ce qui en adviendra, 
fixoient leur attention sur certains indices dont ils pouvoient recevoir les instruc- 
tions comme d'un meqyâs. Or, si les eaux du débordement arrivoient quelques 
heures plus tôt que l'année précédente vers un point alors remarqué, on possédoit 
là un élément rarement trompeur pour calculer la quotité des eaux qui seroient 
versées dans l'Egypte , pour juger de la quantité des terres qui participeroient aux 
bienfaits de l'inondation, et, en général, pour se faire une idée des ressources 
probables de la prochaine moisson. Tel étoit l'essentiel service que le suchus 
rendoit aux contrées éloignées du fleuve. On comprend qu'il y étoit aussi impa- 
tiemment attendu qu'ardemment désiré : car , n'y viendroit-il point en raison 
des basses eaux , c'étoit le signal d'une affreuse stérilité. Sa non-apparition étoit 
donc déplorée comme un malheur public , considérée comme le plus douloureux 
événement. 

Cependant de Pauw, qui croit à ces précieux renseignemens, se demande s'ils 
sont fournis par l'espèce entière des crocodiles, ou par l'individu des temples, en 
qui l'éducation auroit développé certaines qualités : il hésite , ou plutôt il aperçoit 
là une difficulté dont il souhaite qu'on trouve un jour la solution. Mais , parvenu 
à cette période de ma dissertation, je ne vois pas que cela puisse faire question. 
Ce n'étoient point tous les crocodiles pris en masse , mais seulement les crocodiles 
d'une espèce distincte, qui donnoient d'utiles avis, qui jouoient le rôle de pro- 
phètes. La petitesse de cette espèce la rendoit seule capable d'excursions rapides 
et lointaines. Elle tout entière apparoissoit avant l'inondation , elle tout entière 
étoit consacrée au dieu Temps; puis un seul individu étoit spécialement entretenu 
dans les temples, pour recevoir, à titre de symbole, des hommages qui étoient 
pour tous , puisqu'ils prenoient leur source dans un service rendu par tous. 

Au surplus , un passage de Plutarque est décisif sur ce point : « Quoique quel- 
« ques Égyptiens , dit - il , révèrent toute l'espèce des chiens , d'autres celle des 
» loups , et d'autres celle des crocodiles , ils n'en nourrissent pourtant qu'un respec- 



2j6 DESCRIPTION DES REPTILES. 

» tivement , les uns un chien , les autres un loup , et d'autres un crocodile , parce 
» qu'il ne seroit pas possible de les nourrir tous. » Que l'auteur eût été mieux informé 
au sujet de la distinction des deux espèces de crocodiles, et la clarté de ce passage 
auroit rendu inutiles mes recherches sur ce point. 

Cétoit toute l'espèce qu'on nommoit surfins , tant les individus qui vivoient 
en pleine campagne que ceux qui étoient spécialement nourris dans les temples. Il 
n'étoit point possible de les tous contenir , de les tous nourrir dans le temple : 
mais d'ailleurs toute l'espèce étoit honorée , consacrée , parce que tout entière 
elfe s'étoit montrée dévouée aux intérêts du pays. En effet , tous les petits cro- 
codiles étoient et sont encore présentement, chaque année, versés abondamment 
sur les terres par les eaux du débordement : étant obligés de se reposer de temps 
en temps à terre , et par conséquent de chercher un nouveau rivage par-delà les 
champs inondés, ils précèdent les eaux au fur et à mesure qu'elles se répandent et 
s'étendent sur les terres. Ils semblent s'en faire suivre , et aussi en dépendre. 
Cétoit cette manière de les amener qu'on avoit voulu rappeler, et qui fut en effet 
admirablement bien exprimée par l'emblème que raconte Eusèbe , celui de plu- 
sieurs crocodiles attelés à des barques et les traînant à la remorque dans les canaux 
de dérivation. 

J'ai fait à Sâlehyeh, village touchant au désert de Syrie et qui est à une très- 
grande distance du fleuve, un assez long séjour, au moment où cette frontière 
participoit aux bienfaits de l'inondation. J'ai vu, là, pratiquer ce que je suppose 
avoir eu lieu autrefois à l'égard des jeunes surfins. Les cultivateurs y attendoient 
l'arrivée des premières eaux avec une impatience où se marquoit de l'inquiétude: 
ils faisoient cas de quelques signes conservés de l'année précédente ou ménagés 
pour cette occasion; car, pour multiplier les indices , ils creusoient des fosses 
d'examen de distance en distance : c'étoit une affaire que d'y voir arriver l'eau, 
mais sur-tout que d'y étudier par quelles espèces de poissons ces fosses étoient 
remplies. Les enfans étoient par imitation non moins ardens et non moins pas- 
sionnés; car plusieurs de ces poissons alloient devenir leurs jouets et servir à leurs 
amusemens d'une saison. On les voyoit, après la venue des eaux, les mains pleines 
de petits tétrodons [ fahaka ] , s'occuper à les gonfler pour le plaisir de les briser 
avec fracas. Chaque villageois étoit en observation , parce que chacun desiroit se 
rendre compte à lui-même de ce qu'il avoit à espérer ou à craindre. 

Je résume cette discussion ; je ne serois arrivé qu'à titre de corollaire , et 
même qu'hypothétiquement, à l'idée qu'une espèce de crocodile avoit été dis- 
tinguée par les anciens Égyptiens , et qu'elle ( l'espèce tout entière ) étoit devenue 
un objet de vénération et d'hommages, que ceci devroit à ce moment, je pense , 
être considéré comme un fait avéré. Il faut bien que ce soit enfin la conséquence 
évidente, une vérité démontrée, puisque cette déduction, ainsi établie , satisfait 
complètement à l'explication de tous les anciens textes sur les crocodiles , puis- 
qu'elle leur donne un sens plein et déterminé, qu'elle en fait disparoître l'ap- 
parente contradiction , et qu'enfin die complète un point très - important de 
l'histoire. 



CROCODILES. PL. 2. 2)7 

Par conséquent, plus de difficultés maintenant pour rétablir et pour lire les 
anciens auteurs dans le sens et l'esprit de leurs compositions. 

Ainsi Strabon aura vu que les Arsinoïtes prenoient dans l'espèce consacrée au 
dieu Temps un individu qu'ils élevoient, nourrissoient et honoroient, comme le 
représentant du seul et propre crocodile digne de leurs hommages, et parce qu'il 
devenoit impossible d'étendre à toute l'espèce ces mêmes soins d'éducation et de 
nourriture. 

Jablonski, Larcher et Visconti auront entendu dans son vrai sens, et consé- 
quemment bien commenté et parfaitement traduit, le passage de Damascius sur le 
crocodile sacré, autre espèce d'un caractère doux et inoffensif. 

Elien, Horapollon et le savant évêque de Césarée auront, dans leurs explica- 
tions des hiéroglyphes , employé avec le discernement d'un naturaliste instruit 
certaines habitudes que de leur temps on avoit remarquées et attribuées au cro- 
codile sacré. Effectivement, deux motifs dévoient le recommander à la reconnois- 
sance des populations des plaines excentriques : il ne nuisoit à personne, et au 
contraire il rendoit service. Voyageur, en se portant en toute hâte sur la lisière du 
désert, il étoit porteur de bonnes nouvelles : il y venoit annoncer la prochaine 
arrivée des eaux de l'inondation. 

Sa petitesse fut le principe et devint l'ordonnée d'un autre système d'habitudes : 
il est inoffensif en effet, comme petit et foible, par impuissance; et c'est aussi sa 
petitesse et le peu de résistance qu'il pouvoit opposer qui lui valurent de se 
montrer périodiquement sur la lisière du désert ; emporté, il suivoit le mouve- 
ment des eaux, que l'excès de leur plénitude faisoit sortir et entraînoit violemment 
hors de leur lit. 

Mais tout ceci devoit nécessairement reposer sur le fait, et nous croyons ce fait 
présentement et parfaitement établi, que , s'il y a au moins deux crocodiles dans le 
Nil, l'un est plus grand et l'autre plus petit ; or A'bd-eMatyf, John Antes, et mes 
propres observations , mettent ce point hors de doute. M. Thédenat-Duvent, fils 
du dernier prédécesseur de M. Drovetti, comme consul général en Egypte, nous 
a enfin fourni les moyens d'une preuve définitive et complète, en apportant 
d'Alexandrie et en donnant au Muséum d'histoire naturelle un individu sem- 
blable à tous égards au sujet qu'Adanson avoit vu et pris dans les eaux du Niger. 

DEUXIÈME ESPÈCE. 

Du Crocodile vulgaire. 

C etoit, comme on vient de le voir, bien rarement et pour satisfaire à une posi- 
tion déterminée, qu'on avoit fait attention au crocodile sacré; mais généralement 
on ne croyoit anciennement qu'à une seule espèce, grande, indomptable et princi- 
palement célèbre comme appartenant au Nil. Celle-ci fut l'animal que, pour ce 
motif, M. le baron Cuvier et moi nous appelâmes crocodilus vulgarîs. Nous ne 
savions point alors que le même fleuve en renfermoit d'autres susceptibles d'acquérir 



2j8 DESCRIPTION DES REPTILES. 

la même taille; et par conséquent le nom spécifique de vulgaris seroit demeuré 
d'une application équivoque entre les grandes espèces , ou du moins ne seroit 
plus significatif, si nous n'avions pas eu la précaution de concentrer notre déter- 
mination sur une seule. Nous fîmes choix, comme devant nous révéler les qua- 
lités de l'espèce, du sujet que j'ai rapporté en revenant d'Egypte, et qui avoit été 
peint sur les lieux par mon honorable collaborateur M. Redouté jeune. 

La détermination de ce crocodile et des espèces suivantes fut, dans ma carrière 
zoologique, ce que j'ai encore trouvé de plus difficile à faire. Deux fois j'ai inuti- 
lement passé plusieurs semaines à examiner comparativement tous les crocodiles 
du Muséum d'histoire naturelle, pour retirer de cette étude des caractères précis 
et persévérans dans tous les âges ; mais plus le nombre des individus s'accroissoit, 
et plus grandes étoient les difficultés d'en juger. Désirant des résultats qui me satis- 
fissent pleinement, je m'y suis repris une troisième fois, et je me suis enfin ûxé 
sur quelques détails que je crois décidément les meilleurs pour tenir lieu de 
caractères. 

Rien de plus fugitif que les formes des crocodiles. J'ai dit plus haut, page 213, 
ce que deviennent les proportions de la tète dans les changemens du premier âge. 
La tète est d'abord grosse et arrondie en arrière , et courte antérieurement. La 
planche du crocodile montre un jeune sujet qui est, dans ce cas, un sujet adulte 
dont, au contraire, la tête est plate postérieurement et longue par devant. Mais 
divers individus, dont j'ai suivi les transformations dans un âge plus avancé, me 
semblent établir que les proportions sont inverses dans la vieillesse. Le museau 
perdroit plutôt en longueur; du moins il gagneroit considérablement en épaisseur 
et en largeur. Dans quel degré interviennent ces variations! quelle en est la loi! 
On est privé de renseignemens exacts à cet égard ; car il ne faudroit point appli- 
quer à la lettre la règle que nous avons suivie à l'égard des mammifères et des 
oiseaux. L'accroissement du corps, et principalement de la tête, se poursuit chez 
ces animaux à heures et momens marqués, jusqu'à ce qu'ils soient entrés dans ïage 
de la force, qui est celui des facultés génératrices. S'il en est ainsi pour le premier 
âge chez les crocodiles, toutefois à une deuxième époque leur crâne satisfait à 
d'autres exigences : gagnant d'abord d'arrière en avant, il croît plus tard en largeur 
et sur toute son étendue superficielle. Il ne faut point oublier, d'une part, que le 
crâne d'un crocodile est considérablement déprimé, et, de l'autre, que les pièces 
qui le composent ne sont point bridées par des enveloppes capables d'en borner 
le développement. Formé d'os minces et sans cellulosités intérieures, il n'offre 
point de semblables vides et emplacemens pour recevoir les sécrétions osseuses 
que le système sanguin continue de produire et de charier. Ce qui n'est point 
versé entre des lames l'est à l'extérieur. L'épiderme n'y apporte aucun obstacle ; 
mais il croît lui même, s'étale et s'amincit. Tout le développement osseux suit 
le cours des vaisseaux; il est irrégulier, en suivant l'irrégulière terminaison des 
branches artérielles; et finalement la surface crânienne devient âpre, sillonnée et 
généralement rugueuse. 

Ce point reconnu, cette nécessité d'une variation continuelle dans toutes les 

parties 



CROCODILES. PL. 2. 2 59 

parties de la tête, donnent à penser que l'on ne sauroit assigner des caractères 
précis qui aident dans la détermination des espèces. Cependant il ne faut point 
à son tour trop accorder à cette conséquence : ces variations sont gouvernées par 
la disposition du système vasculaire. Un certain ordre y introduit un arrangement 
quelconque, qu'une observation attentive peut y faire découvrir. 

Je me suis arrêté long-temps sur ces difficultés, au point que je suis revenu un 
grand nombre de fois sur le même travail. Je m'étois flatté de donner enfin ici 
le résultat de ces recherches assidues ; mais je prends le parti d'y renoncer. Je ne 
suis point à temps de faire faire des figures, et, sans l'emploi de quelques-unes, 
je serois difficilement compris. Toutes mes observations en ce genre reposent 
sur des considérations de nuances très-difficiles à expliquer avec la seule ressource 
du langage. 

Fort de mon travail, de mes recherches sur tous les cas intermédiaires, et de 
tous mes motifs pour attribuer telle saillie à un progrès du développement et 
telle autre à un cas de différence spécifique, je vais décrire les crocodiles d'Egypte 
que j'ai sous les yeux, et que j'ai cru devoir distribuer en espèces, ainsi que je l'ai 
annoncé plus haut. 

Le sujet quia été gravé dans l'ouvrage, sur les dessins de M. H. J. Redouté, 
a été déposé par moi et existe toujours au Jardin du Roi. Sa longueur est i m ,oo; 
celle de la tête, prise sur la ligne moyenne, de o m ,zy, et, prise de côté jusqu'aux 
condyles, de o m ,2C;. La largeur d'un condyle à l'autre, prise à vue d'oiseau, est 
de o m , 13. La plaque fronto-pariétale forme un excellent caractère; j'en rapporte 
la superficie comme il suit, savoir : longueur des côtés, o m ,j4 » du bord anté- 
rieur, o m ,84, et du bord postérieur, o m ,^y. 

J'ai sous les yeux un plus grand individu, dont voici les dimensions correspon- 
dantes : longueur totale, 2 m ,86; de la tête, l'une o m ,43> et l'autre o m ,45 ; largeur 
des condyles, o m ,ii; plaque fronto-pariétale, sur les flancs, o m ,o4; par devant, 
o m ,io; et en arrière, o m ,2 2. 

Les écailles nuchales sont au nombre de quatre, rangées en cercle, associées 
deux à deux et oblongues. 

Les cervicales sont au nombre de six sur deux rangées; les quatre plus grandes 
d'abord, et les deux plus petites derrière celles-ci. Quelques autres écailles en 
avant et de côté se montrent dans le plus âgé de nos deux sujets, 

Les dorsales sont distribuées en treize rangées de quatre d'abord, puis de six 
et de quatre écailles encore , dans les onzième , douzième et treizième rangées. 

'Les pelviennes forment trois rangées, chacune de quatre écailles. 

Je n'ai compté que dix-huit rangées à la suite, comprenant les écailles sexuo- 
caudales , ou celles de la première partie de la queue : on sait que ces écailles, en 
diminuant de nombre, s'élèvent en arêtes vives , et que ces arêtes grandissent 
insensiblement et dans une quantité proportionnelle au décroissement des écailles 
elles-mêmes, comme nombre et comme étendue superficielle. 

Les écailles postéro-caudales , ou celles de la dernière partie de la queue, sont, 
comme les précédentes, en moindre nombre, seize en tout. Une vive arête 

H.N. TOME I.*, 1 « partie. L i 



260 DESCRIPTION DES REPTILES. 

s'élève de ieur ligne médiane et rend d'autant plus sensible l'aplatissement latéral 
de la queue. 

La plaque fronto-pariétale, comme l'établissent les mesures que j'en ai données 
plus haut, n'est point terminée par des bords exactement parallèles. Son flanc jugo- 
temporal se détache en une arête vive , régulière et très-légèrement sinueuse au 
milieu. En devant le bord jugo-temporal est tout-à-coup rentrant, se rendant sur 
l'œil, et en arrière il finit en pointe : l'angle qu'il forme par sa rencontre avec le 
bord occipital mérite quelque attention; il est aigu, soutenu à la hauteur de la 
table frontale, inscrivant les dernières parties de celle-ci sans dépression comme 
sans saillie. 

La couleur est uniforme, d'un ton bronzé, qui est une teinte composée de 
vert et de noirâtre : le fond est d'un vert-d'eau assez vif; mais il est par-tout varié 
par des ondes noirâtres qui, comme les rayons d'un cercle, se distribuent dans 
les écailles, à partir des arêtes qui en occupent le centre. 

TROISIÈME ESPÈCE. 
Du Crocodile marginaire , ou Crocodilus marginalus. 

J'ai sous les yeux plusieurs individus de cette espèce de grandeur différente, 
et en même temps que de condition très-diverse pour l'époque où ils ont vécu. 
L'un d'eux a été trouvé dans les catacombes de l'Egypte et nous vient du 
célèbre et savant antiquaire M. Cailliaud; d'autres, appartenant à l'âge actuel, 
ont été récemment trouvés dans le Nil par plusieurs voyageurs, entre autres 
par M. Thédenat-Duvent fils. Trois caractères distinguent principalement cette 
espèce : i.° ses écailles nuchales au nombre de six; plus nombreuses de deux, 
elles sont plus petites. 

2. Le bord jugo-temporal ne forme plus une ligne toute d'une venue, parfaite- 
ment droite, et uniformément soutenue à la hauteur de la plaque frontale; mais 
il est remarquable par un relief très-prononcé supérieurement, beaucoup plus 
en arrière que par devant. En vieillissant, ces saillies deviennent des bosselures 
considérables. Le nom de marginatus m'a paru rappeler utilement ce caractère. 

3. Les couleurs de cette espèce, qui séparément sont les mêmes que celles des 
autres crocodiles, diffèrent dans leur distribution respective. C'est le même fond 
vert; mais il est masqué par une si grande quantité de traits noirs, déliés et rap- 
prochés, que cette dernière teinte domine. Les pêcheurs de Thèbes m'ont parlé 
de ce crocodile noir : c'est ainsi qu'ils l'appellent. 

Je ne doute pas que la même espèce ne soit au Sénégal : Adanson me paroît 
en avoir fait mention. Depuis, le passage de cet auteur a été appliqué à une 
espèce à laquelle un arrangement anomal des écailles nuchales et cervicales a fait 
donner le nom de crocodilus biscutatus. 

La tête du crocodile marginaire est plus étroite et un peu plus longue que celle 
du crocodile vulgaire, mais moins que la tête du crocodilus suchus. Le bord orbitaire 



CROCODILES. PL. 2. 2 6 I 

se prolonge par devant en une arête qui rappelle celle d'un crocodile de l'Inde, le 
biporcatus. Comme si le bord jugo-temporal de la plaque frontale ne gagnoit en 
hauteur qu'aux dépens de son étendue en largeur, il y a moins de distance de 
l'un à l'autre ; ils gardent entre eux un parfait parallélisme : la grandeur superficielle 
de la plaque frontale est sensiblement restreinte, et il arrive, de plus, que celle-ci, 
sous l'encadrement d'arêtes latérales très-élevées, semble descendre, ou du moins 
forme un plateau légèrement concave. 

Les écailles cervicales , dorsales , pelviennes et sexuo-caudales , ne diffèrent ni par 
le nombre ni par la forme de ces mêmes écailles dans l'espèce précédente. J'en 
ai trouvé davantage dans la deuxième portion de la queue. Les écailles postéro- 
caudales ou à arête simple sont au nombre de vingt- une; c'est cinq de plus. 
Je n'ai pas vérifié cette dernière circonstance dans l'individu des catacombes : il 
avoit perdu une partie de sa queue. 

QUATRIÈME ESPÈCE. 

Du Crocodile lacunaire, ou Crocodilus lacunosus. 

Plusieurs caractères distinguent cette espèce. i.°Ses écailles nuchales sont au 
nombre de deux : je ne connois point d'autres crocodiles dans ce cas , si ce n'est 
peut-être le biscutatus de M. Cuvier, chez lequel une rangée de deux écailles 
nuchales se trouve associée à une seconde et semblable rangée tenant lieu des 
écailles cervicales. Il n'en est point ainsi dans notre sujet : chaque nuchale est à 
une certaine distance de la ligne moyenne, et de fortes cervicales se voient loin en 
arrière, disposées en deux rangées, l'une de quatre écailles et la suivante de deux. 

2. La plaque frontale est sous la figure d'un triangle dont le large côté se com- 
pose de la ligne de l'occiput : dans l'espèce précédente, la figure de cette plaque 
approchoit de celle d'un carré parfait. Les bords jugo-temporaux ne gardent plus 
de parallélisme; ils convergent l'un vers l'autre, en se rendant sur le bord des 
orbites. 

3. L'espace inter- oculaire est profondément excavé ; ce qu'il faut attribuer 
au rapprochement et à une sorte de renversement en dedans des bords orbitaires. 
De cela résulte que les flancs auriculaires, composés du bord jugo-temporal, sont, 
pour atteindre les bords supérieurs de l'orbite, rapprochés en devant outre me- 
sure ; que les yeux sont repoussés l'un sur l'autre , et qu'il y a défaut d'orbite ou 
d'encadrement à l'œil par derrière : c'est une sorte de lacune quant au système 
osseux. Le jugal est couché en travers, pour qu'il puisse, d'une part, fournir sa 
tête vers le haut à la plaque frontale, et que, de l'autre, il aille gagner par sa 
longue apophyse l'adorbital écarté et avec lequel il est tenu de s'articuler. 

4-° Une forte dépression se voit au bas de l'œil. Cette concavité me paroit ré- 
sulter de deux effets, pour la double nécessité dans laquelle l'adorbital est entraîné. 
Sa portion antérieure a suivi le sort du maxillaire addental , et s'est abaissée avec 
cet os , tenu de s'infléchir pour gagner le maxillaire inférieur; mais , dans le surplus 
de sa longueur, l'adorbital, de concert avec le cotyléal, qui le suit en le bordant, 

H. N. TOME L« , > . re partie. L \ 2 



262 DESCRIPTION DES REPTILES. 

forme Ja bande sous-auriculaire où vient aboutir et battre l'opercule. Cette bande 
répète, dans une situation inférieure, tous les mouvemens du bord jugo-temporal. 
Or celui-ci, nous l'avons fait remarquer plus haut, est rentré et a fait perdre de 
sa surface à la plaque frontale : alors la bande adorbitale, afin de ne s'en point 
écarter et de se montrer en mesure pour ses relations avec l'oreille externe ou 
l'opercule, est, dans une même raison, rapprochée du côté intérieur; ce qui ne 
pouvoit et n'a pu s'opérer qu'en étant maintenue élevée : mais alors, abaissée en 
devant par suite de ses connexions avec le maxillaire addental, et, au contraire, 
relevée en arrière en raison de ses autres liaisons avec les parties de l'oreille, il a 
fallu que cet os fût, sur un point, fléchi, contourné et comme creusé, d'où est 
résultée la dépression que je signale. 

Le bord jugo-temporal se compose de deux parties distinctes : i.° la partie 
fournie par le temporal; elle est en saillie sous l'apparence de petits mamelons 
agglomérés : et 2. celle qui correspond au jugal ; celle-ci présente, à sa ligne d'ar- 
ticulation avec le frontal, une excavation, laquelle résulte de ce que le jugal est 
comme couché en travers, au lieu de s'enfoncer pour gagner l'adorbital. 

De l'extrémité antérieure du bord orbitaire naît de chaque côté un bourrelet 
osseux répandu en ligne droite sur le chanfrein, mais dont la direction a lieu de 
dehors en dedans. Les deux bourrelets congénères et les deux saillies des orbites 
ramènent, dans l'espèce du Crocodilus lacunosus , la même losange que M. Cuvier 
a observée dans le crocodile, qu'il a nommé de cette considération Crocodilus 
rhombîfer. 

Les rangées d'écaillés sont au nombre de quatorze sur le dos , trois à la région 
pelvienne et dix- sept à la première partie de la queue : la seconde moitié n'étoit 
point entière. Il n'y en avoit que deux écailles à la première rangée dorsale. 

Je ne connois l'espèce que je viens de décrire qu'à l'état de momie. Le sujet 
que j'ai sous les yeux a été récemment apporté en France par des officiers Français 
qui avoient pris momentanément du service chez le pâchâ vice-roi d'Egypte. Ils 
ont déposé leur crocodile à Paris , au bazar de la rue Saint-Honoré , ayant chargé 
le chef de cet établissement de leur en procurer la vente. 

Les dimensions de ce sujet sont les suivantes : 

Longueur totale 2 m ,4-o6- 

de la tête o ,378. 

■ du cou o ,270. 

occupée par les rangées dorsales o , 567. 

pelviennes 0,135. 

sexuo-caudales o ,657. 

postéro-caudafes o ,487. 

Nota. Il n'y avoit que quatorze de ces dernières : quelques vertèbres manquoient. 
Les couleurs de la peau étoient effacées. 



CROCODILES. PL. 2. 262 

CINQUIÈME ESPÈCE. 

Du Crocodile mamelonné , ou Crocodilus complanatus. 

Cette cinquième espèce est dans le cas de la précédente : je ne l'ai point non 
plus retrouvée parmi les êtres vivant actuellement. Ces deux espèces se seroient- 
elles perdues! rien n'autorise à le croire. Seulement nous regarderons comme un 
fait aussi nouveau que Lien digne de remarque, que deux animaux de l'antique 
Egypte soient pour la première fois inscrits dans nos catalogues des productions 
de la nature : c'est en effet pour la première fois que les habitations de la mort 
viennent enrichir la liste des êtres vivans. L'espèce du Crocodilus complanatus est 
établie sur un crocodile qui fut trouvé dans les catacombes de Thèbes , et qui, 
débarrassé de ses langes, fait partie des richesses du musée Charles X : on le tient 
en réserve dans les annexes de cet établissement. 

Sa taille est supérieure à celle du sujet de notre quatrième espèce : sa tête est 
alongée presque autant que celle du Crocodilus suchus. Les aspérités de sa face sont 
disposées par masse et relevées en bosses ou mamelons ovoïdes, moins alongés à 
la saillie du temporal, larges à celle du jugal : un troisième mamelon reste au milieu, 
s'appuyant davantage sur le mamelon postérieur. Le bourrelet qui est, au-devant 
de l'œil, une prolongation du bord orbitaire , est disposé circulairement. Enfin cette 
espèce diffère de toutes celles que nous avons considérées jusqu'ici par son chanfrein 
plus élevé. 

Les écailles nuchales sont au nombre de deux ; elles sont séparées par paires : 
les cervicales sont au nombre de six, et sur deux rangées. Les écailles latérales sont 
sur les flancs de l'une et de l'autre rangées : les intermédiaires se ressemblent de 
forme et de volume. L'entrée de la fosse temporale est ronde , sans aucune saillie 
extérieure : l'extrémité du museau est circulaire ; ses bords, réunis à une ligne cir- 
culaire et rentrante, encadrent d'une manière très-régulière les ligamens qui re- 
vêtent la cavité nasale. 



TABLE SOMMAIRE 

DE LA DESCRIPTION DES REPTILES. 



Description des Reptiles qui se trouvent en Egypte; par M. GEOFFROY-S. T -HlLAlRE, 

membre de l'Institut. 

Le Trionyx d'Egypte, grande Tortue du Nil (pi. i ) page 115- 

Suite de la Description des Reptiles ; par M. ISIDORE Ge0FFR0Y-S. t -HilaIRE. 

Les Tupinambis (pi. 3 , fig. 1 , 2 ) et anatomie 121 et 125. 

Les Stellions ( pi. 2 , fig. 2 , 3 ) ibid. 

Les Agames (pi. 5 , fig. 2 , 3,4) 1 2 7- 

Les Geckos { pi. 5 , fig. 5, 6, 7 ). . . . < • 13°- 

Le Caméléon trapu (pi. 4 > fig- 3 ) ' 34- 

Les Scinques ( pi. 3 , fig. 3 ; pi. 4 , fig. 4 ; pi. 5 , fig. 1 ) 1 3 5 et 1 38. 

Les Eryx (pi. 6 , fig. 1,2) 1 4°- 

L^j Couleuvres (pi. 7, fig. 2, 6; pi. 8, fig. 1, 1', 2, 2', 3, 3', 4» 4' )• i43~ , 5 I - 

Le Scythale des Pyramides (pi. 8, fig. 1 ) 1 p . 

£« Kipm'j (pi. 6, fig. 3 ; pi. 7, fig. 2 , 5 ) 1 5 5 et 157. 

Explication sommaire des planches de Reptiles-Supplément, par M. Victor Audouin. 161. 

Sauriens. S- I- er Geckos , Agames, Lézards (pi. 1) 163. 

Geckos. Gecko de Savigny ( idem, fig. 1 ) 1 64. 

Gecko des maisons ( idem , fig. 2 ) . . . ' 6 S • 

Agames. Changeant de Savigny ( idem , fig. 3-4 ) 1 67 et 168. 

Agame agile ( idem, fig, 5 ) » 69. 

Agame rude ( idem , fig. 6 ) • • ibid. 

LÉZARDS. Lézard gris pommelé (idem, fig. 7 ) . . i7 2 - 

Lézard de Savigny ( idem , fig. 8 ) ibid. 

Lézard Bosquien ( idem , fig. 9 ) i'73* 

Lézard rude ( idem , fig. 1 o ) 1 74- 

Lézard d'Olivier (idem , fig. 11) i^ 

S. II. Lézards, Scinques, Grenouilles (pi. 2 ) 175. 

LÉZARDS. Lézard d'Olivier ( idem , fig. 1 -2 ) ibid. 

Scinques. Scinque de Savigny ( idem , fig. 3-4 ) ' 7^- 

Scinque rayé ( idem , fig. 5 ) 1 7 8 • 

Scinque de Jomard ( idem , fig. 6 ) * i&W. 

Scinque ocellé ( idem , fig. 7 ) /^. 

Scinque des boutiques ( idem , fig. 8 ) 1 79 • 

Scinque sepsoide ( idem , fig. 9-10) 180 et 181. 

Batraciens. Grenouilles. Grenouilles vertes (idem, fig. 1 1-12) 18 r et 182. 

Rainettes. Rainette de Savigny ( idem , fig. 13) x 8 3 . 

Ophidiens. §. III. Vipères, L'Aspic haje (pi. 3 , fig. 1 ) ibid. 

§. IV. Vipères et Couleuvres ( pi. 4 et 5 ) * 8 4- 

Description des Crocodiles d'Egypte; par M. GEOFFR. S. T -HlL. ,membre de l'Institut. 185. 



SUITE 

DE L'HISTOIRE NATURELLE 

DES POISSONS DU NIL, 

Par M. Isidore GEOFFROY-SAINT-HILAIRE, 

Aide - Naturaliste de zoologie au Muséum royal d'histoire naturelle, 
Membre de la Société d'histoire naturelle, &c. * 

LES MORMYRES 

(Poissons du Nil, pi. 6, 7, 8). 

V>e que les naturaiistes du siècle dernier savoient de l'histoire des singuliers 
poissons connus sous le nom de Mormyres se réduisoit presque à avoir constaté 
l'existence de quelques-uns d'entre eux. Les courtes indications données par Linné , 
Gmelin , Forskael et Hasselquist, sont presque aussi vagues que celles qui nous ont 
été conservées dans les ouvrages de quelques auteurs anciens ; et l'on peut dire 
que la science ichthyologique se trouvoit, au sujet des mormyres, aussi impar- 
faite il y a trente ans qu'elle l'étoit au temps d'Élien. Ce fut seulement en 1802, 
époque où parut le cinquième volume du grand ouvrage de M. de Lacépède, que 
l'on commença à acquérir sur eux des notions un peu plus étendues : cet illustre 
professeur publia, d'après des notes envoyées d'Egypte, les principaux résultats des 
observations et des recherches de mon père, et indiqua plusieurs espèces nou- 
velles, en même temps qu'il donnoit quelques détails sur l'anatomie du genre, et 
faisoit connoître d'une manière plus exacte ses caractères , jusqu'alors mal compris 
et mal exprimés. 

Pendant long- temps on a cru que les mormyres n'ont qu'un seul rayon bran- 
chiostége, qu'ils manquent d'opercules, et que leur appareil respiratoire se trouve 
établi sur un type différent de celui des autres poissons osseux; erreurs qu'un 
examen superficiel avoit fait admettre aux premiers observateurs, et que nous 
avons vues avec étonnement reproduites encore tout récemment dans quelques 

* Voyez ci-dessus, -pages i à ^2, la première partie France, Par décision de S. Exe. le Ministre de l'intérieur, 
de l'Histoire naturelle des poissons du Nil, par M. le che- M. Isidore Geoffroy - Saint- Hilaire a été désigné pour 
valier GeofFroy-Saint-Hilaire , membre de l'Institut de la continuation de ce travail. 



66 



POISSONS DU NIL. 



ouvrages. Il est cependant bien démontré aujourd'hui que les mormyres , beaucoup 
moins anomaux qu'on ne 1 avoit supposé, ont tous ces élémens organiques dont 
la réunion caractérise les poissons normaux; et M. Cuvier, dans sa classification 
ichthyologique, n'a pas hésité à les reporter au milieu de l'ordre des malaco- 
ptérygiens abdominaux, entre la famille des ésoces et celle des cyprins. 

Ce qui avoit fait croire que les mormyres manquent d'opercules et n'ont qu'un 
seul rayon branchial , ce qui les avoit fait placer par Gmelin à la tête de l'ordre 
des branchiostéges , c'est la disposition suivante : une peau nue recouvre la tête 
tout entière, se prolonge sur les opercules et sur les rayons des ouïes, les enve- 
loppe, et les dérobe à l'œil de l'observateur, en laissant seulement pour l'ouver- 
ture branchiale une fente verticale très-peu étendue, à travers laquelle on aperçoit 
à peine les organes mêmes de la respiration. 

En outre, cette membrane qui recouvre les opercules se prolonge au-delà de 
leur partie libre et les déborde en arrière, en sorte qu'ils se trouvent compris et 
comme encadrés dans celle-ci ; double disposition à laquelle on doit donner beau- 
coup d'attention, soit à cause du haut degré d'anomalie qu'elle semble produire, 
soit à cause de l'influence physiologique qu'elle exerce. 

En effet, il résulte de là, d'une part, que l'appareil osseux des ouïes est très- 
difficilement visible à l'extérieur, et, de l'autre, que l'opercule n'est plus suscep- 
tible que de mouvemens peu étendus, et que l'ouverture branchiale devient 
trop étroite pour donner passage à-la-fois à un volume d'eau un peu considérable. 
Ces modifications ne peuvent , au reste , être regardées dans leur ensemble 
comme défavorables à l'animal , en ce sens qu'elles rendroient moins facile chez 
lui l'accomplissement de la fonction respiratoire. Il suffit, en effet, de réfléchir 
quelques instans au mode d'action de l'air sur les branchies des poissons, pour 
concevoir que l'étroitesse de l'ouverture branchiale, le peu de largeur de la 
cavité qui loge les ouïes , et même le défaut de liberté dans les mouvemens de 
l'opercule , sont autant de conditions qui tendent à permettre l'emploi d'une 
force musculaire moins grande. 

Au reste , lorsqu'on examine un squelette de mormyre , l'opercule et les rayons 
branchiaux , dont le nombre est de cinq ou six , sont aussi visibles que chez tout 
autre poisson , et ne paroissent guère différens de ceux de la plupart des osseux 
que par des dimensions un peu plus restreintes. C'est ce que montrent parfaitement 
les figures 6 , 7 et 8 de la planche 6 , où se trouvent représentés , chez plusieurs 
espèces (1) , le crâne et tout l'appareil osseux de la respiration. 

La tête est en outre très-remarquable à d'autres égards. L'ouverture de la bouche 
est, comme celle des ouïes, très-étroite : c'est une fente transversale qui occupe la 
partie antérieure du museau et se prolongé à peine sur les côtés. 

Ce singulier caractère des mormyres les a fait comparer par M. Cuvier à des 
animaux d'une organisation d'ailleurs bien différente , les mammifères édentés con- 
nus sous le nom de fourmiliers ; et il est à remarquer que M. de Lacépède les avoit 

( 1 ) Fig. 6 , le Mormyre oxyrhynque ; fig. 7 , le Mormyre d'Hasselquist , et fig. 8 , le bané [ Mormyrus 
cyprïnoides ]. 

aussi 



LES MORMYRES. PL. 6-8. 267 

aussi plus anciennement, mais sous un autre point de vue, rapprochés du genre 
Myrmecophaga. En effet, quelques mormyres ont, comme les espèces de ce dernier 
groupe, la tête alongée à l'excès ; et c'est ce rapport que M. de Lacépède avoit plus 
particulièrement saisi. 

L'intermaxiJlaire et la mâchoire inférieure sont garnis de petites dents qui se 
trouvent disposées très-régulièrement en arc sur tout Je pourtour de l'ouverture 
buccale : ces dents sont généralement très-fines, mais en même temps assez larges 
à leur sommet, où se voit une échancrure quelquefois très-prononcée, mais quel- 
quefois aussi à peine sensible ; leurs formes et leur grandeur proportionnelle sont 
d'ailleurs un peu différentes, suivant les espèces où on les observe. En outre, il 
existe sur la langue une bande alongée de dents en velours. Quant aux autres 
organes de la digestion , ils offrent également quelques caractères particuliers. 
Le canal alimentaire ( planche 6 , fig. 3 et 5 ) se compose d'un œsophage assez 
court et situé au-dessus du cœur, d'un estomac de forme arrondie, de deux 
cœcums assez courts, roulés sur eux-mêmes, et presque égaux en longueur, 
et d'un intestin long et grêle qui, après avoir embrassé les cœcums par quelques 
circonvolutions, se rend presque en ligne droite à l'anus. Le foie est de forme 
arrondie : la vésicule biliaire, qui est assez exactement circulaire, est placée à sa 
partie moyenne. Les rates , au nombre de deux , représentent de petits sacs 
remplis de sang, placés à peu de distance l'un de l'autre. Les deux reins, en- 
veloppés dans une membrane commune, sont étendus sur les parois de la vessie 
natatoire : celle-ci (planche 6, fîg, 3 et 4)> simple et de forme à peu près cylin- 
drique, est très-large, et sa longueur égale celle de l'abdomen tout entier. Le 
cœur, dont la position a déjà été indiquée, est, au contraire, d'une extrême 
petitesse; et l'aorte est presque aussi volumineuse que lui-même à son origine, 
où elle présente une sorte de prolongement en cul -de -sac. La veine cave est 
aussi, principalement dans sa partie moyenne, remarquable par sa grosseur. Enfin 
il existe dans la cavité abdominale une grande quantité de graisse dans laquelle se 
trouvent enveloppés en partie l'estomac et le canal intestinal. 

Les mormyres , assez semblables par leurs formes générales et même par leurs 
couleurs à la plupart des poissons osseux, ont le corps comprimé , oblong et cou- 
vert d'écaillés dont la figure et la grandeur varient suivant les espèces. Leur queue, 
très-alongée, se termine par une nageoire toujours fortement échan crée, et qui est 
même le plus souvent composée de deux lobes entièrement séparés : large près de 
son origine, mais plus étroite dans sa partie moyenne, elle s'élargit de nouveau 
vers son extrémité , en même temps qu'elle devient un peu plus renflée, à cause de 
la présence dans cette partie de glandes assez volumineuses. 

Les nageoires pectorales, les ventrales, la caudale et sur-tout la dorsale et l'anale, 
offrent des variations remarquables , suivant les espèces où on les considère. Quel- 
ques exemples suffiront pour faire juger de toute l'étendue des différences que ces 
dernières sont susceptibles de présenter : chez le Mormyre d'Hasselquist, la dor- 
sale est près de sept fois plus longue que l'anale ; chez le bané et chez plusieurs 
autres, elle est seulement égale à celle-ci; et chez le Mormyre de Behbeyt, die 

H. N. TOME I.«, ,.« partie. M m 



268 POISSONS DU NIL. 

devient cinq fois plus courte , en sorte que le rapport de la nageoire du dos est 
tantôt : : i : ~, tantôt : : i : i , et tantôt enfin : : i : y 

C'est dans le Nil que vivent la plupart des mormyres; et l'on a même cru pen- 
dant long- temps que ce genre n'existe pas dans les autres fleuves de l'Afrique: 
mais des recherches ultérieures ont permis d'apprécier à sa juste valeur cette 
opinion basée uniquement sur les résultats d'observations trop incomplètes et trop 
peu nombreuses. Ainsi l'on ne peut plus douter aujourd'hui qu'il n'y ait aussi des 
mormyres dans le Sénégal, le Muséum d'histoire naturelle possédant un individu 
qui a été péché dans ce fleuve. 

Tel est le singulier genre des mormyres, dont j'ai cru devoir indiquer les prin- 
cipaux caractères zoologiques et anatomiques, non-seulement parce que, ce groupe 
étant principalement composé d'espèces vivant dans le Nil , il semble que sa des- 
cription ne puisse être omise dans un ouvrage consacré à l'histoire spéciale des 
animaux de l'Egypte, mais aussi à cause du peu de notions exactes que la science 
possède , de nos jours même, à l'égard de ces poissons. 

Au reste, il est à remarquer que, si les mormyres sont restés si long-temps comme 
ignorés des naturalistes, et s'ils sont encore si imparfaitement connus, cette lacune 
de la science ichthyologique doit moins être imputée au défaut de zèle ou de ta- 
lent des voyageurs qui ont exploré les différentes régions de l'Afrique , qu'aux 
habitudes elles-mêmes et au genre de vie des espèces de ce genre. C'est au fond 
du fleuve , dans les endroits où se trouvent amassées un grand nombre de pierres, 
que presque tous les mormyres se tiennent habituellement ; circonstance qui rend 
leur pêche très-difficile. Ils sont d'ailleurs nocturnes et très-craintifs; et ce n'est 
qu'avec la plus grande peine que l'industrie humaine parvient à les attirer par des 
appâts et à s'en emparer : aussi est-il certain que si leur chair, qui est ferme et un 
peu musquée, mais d'un excellent goût, ne passoit dans toute l'Egypte pour une 
nourriture très -agréable, et sans le prix assez élevé auquel ils se vendent, personne 
ne voudroit se livrer à une pêche qui donne toujours de foibles résultats, et 
qui exige à-la-fois beaucoup de précautions et de soin , beaucoup d'adresse et de 
patience. En effet , elle ne permet pas l'usage si commode et ordinairement si avan- 
tageux du filet ou de l'épervier; mais elle doit être faite aii moyen d'une ligne armée 
de plusieurs hameçons, qu'on a le soin de placer à quelque distance les uns des 
autres, et qu'on amorce avec des vers : la corde de la ligne , ordinairement très- 
longue, se termine par un morceau de plomb qui doit être placé au-dessous, mais 
à peu de distance des hameçons. On conçoit que , par l'effet de cette disposition 
fort simple, mais assez ingénieuse, les appâts vont plonger au milieu des pierres 
qui servent de retraite aux mormyres, et ne peuvent manquer d'en être aperçus ; 
mais cela même ne suffit pas encore. Comme s'ils dédaignoient une proie trop 
peu abondante, ces poissons ne se déterminent à quitter leurs inaccessibles re- 
traites et à se porter vers les hameçons que lorsqu'on leur présente à- la -fois un 
grand nombre de vers; ce qui rend nécessaire l'association de plusieurs hommes, 
qui, agissant de concert, s'entendent pour jeter tous leurs lignes dans le même lieu. 
Au moyen de toutes ces précautions , et du soin qu'ils ont de choisir une anse où 






LES MORMYRES. PL. 6-8. 2 6o 

il y ait peu de courant, les pêcheurs, ordinairement réunis au nombre de douze, 
prennent communément de dix à trente individus dans une nuit (i). 

Ce procédé , ou, si Ton peut employer cette expression , cette méthode de pêche , 
usitée aujourd'hui dans presque toute l'Egypte et particulièrement à Qené, est 
très -remarquable : elle nous montre comment des hommes aussi simples et aussi 
grossiers que le sont les pêcheurs du Nil, ont su triompher d'obstacles que l'on doit 
considérer comme très-graves, puisqu'ils ne tenoient pas à quelque circonstance 
locale, mais bien aux habitudes naturelles des mormyres. En effet, ces poissons, 
cachés dans des retraites où l'art chercheroit en vain à les atteindre , et d'où la ruse 
peut seule les faire sortir, sembloient par leur genre de vie même protégés contre 
tous les efforts de l'industrie humaine. Au reste , il paroît que les anciens eux- 
mêmes connoissoient assez les habitudes des mormyres pour avoir mis en pra- 
tique la partie la plus essentielle du procédé des pêcheurs de Qené, l'usage de 
l'hameçon : c'est du moins ce qu'on peut conclure d'un passage du Traité d'Isis et 
d'Osiris dans lequel Plutarque fait mention de l'oxyrhynque (2). 

Les mormyres entrent en amour dans la première quinzaine d'août, c'est-à-dire, 
vers l'époque de l'accroissement du Nil; ce que mon père a constaté à l'égard de 
toutes les espèces du genre. Les organes de la génération sont alors développés à 
l'excès, de forme globuleuse, et s'étendent sur presque tous les viscères de l'ab- 
domen : à une époque plus avancée de la saison, les testicules et les ovaires sont 
au contraire affaissés et de forme cylindrique. 

Mon père, qui a cherché pendant son séjour en Egypte à constater tous les faits 
d'histoire naturelle recueillis par Hérodote, et qui s'est convaincu, par de nom- 
breuses observations, de l'exactitude des récits de ce grand homme, a reconnu 
que l'un des passages les plus remarquables du second livre doit être appliqué aux 
mormyres, et que les détails qu'il contient sont aussi vrais que pleins d'intérêt. 
« On a observé , dit Hérodote , que ceux de ces poissons voyageurs que l'on prend 
» lorsqu'ils descendent le fleuve, ont la tête meurtrie du côté gauche, et que ceux 
» que l'on prend à leur retour, l'ont du côté droit. Voici la cause de cette singula- 
» rite : lorsque ks poissons se rendent à la mer, ils ont la terre à gauche, et 
o quand ils reviennent, ils l'ont à droite ; et comme ils se foulent et se rangent 
» très -serrés près du rivage, afin de ne pas perdre leur route et de n'être point 
» entraînés par le courant, ils portent les marques du frottement qu'ils ont 
» éprouvé (3). » Ces détails, fort curieux, avoient été révoqués en doute, et il 
sembloit même assez difficile de les concevoir , jusqu'à l'époque où ks observations 
de mon père ont démontré leur exactitude. Les mormyres ont le plus ordinaire- 
ment la tête meurtrie après leurs migrations; et ce fait s'explique même facilement: 

( 1) Ces détails et les observations encore inédites que » çon : car d'austant qu'ils adorent le poisson qui se nomme 

l'on trouvera dans la suite de ce travail, sont en grande » oxyrinchos, qui est dire hec-agu, ils ont doubte que l'ha- 

partie extraits des notes que mon père a recueillies en « meçon ne soit immunde, si d'adventure le poisson oxy- 

Egypte. »rinchos l'auroit avalé. » ( Trad. d'Amyot , page 288, 

(2) « Quant aux poissons de mer, tous ne s'abstiennent tome XI de l'édition de 1784. ) 
«pas de tous, mais les uns d'auscuns, comme les Oxynn- (3) Euterpe, ou livre II, S. 93 (traduction de M. Miot, 

» chites , de ceux qui se laissent prendre avecques l'hame- tome I, page 292 ). 

//. iV. TOME l", i.« partie. Mm 2 



270 POISSONS DU NIL. 

car, leur tête n'étant pas revêtue d'écaillés, mais étant seulement couverte d'une 
peau assez fine, on conçoit qu'elle ne peut résister aux chocs auxquels elle est fré- 
quemment exposée dans le cours d'un long voyage. Au reste , d'autres poissons 
présentent aussi quelquefois des meurtrissures, de même que les mormyres : tel est 
particulièrement l'Hétérobranche harmout, espèce chez laquelle la peau est égale- 
ment nue et sans écailles. 

Il reste maintenant à faire connoître les traits qui distinguent chacune des espèces 
du genre Mormyre. Ces espèces ont été divisées par M. Cuvier, d'après la forme 
du museau et la grandeur de la nageoire dorsale , en quatre sections qui sont très- 
naturelles , et que nous adopterons ici. Elles sont caractérisées de la manière 
suivante. 

La première a le museau cylindrique et la dorsale longue ; les trois autres ont 
toutes la dorsale courte, et se distinguent par la forme du museau, cylindrique et 
alongé dans la seconde , court et arrondi dans la troisième , enfin carré et comme 
tronqué dans la quatrième. 

I. MORMYRES A MUSEAU CYLINDRIQUE 

ET A NAGEOIRE DORSALE LONGUE. 



LE MORMYRE OXYRHYNQUE 

( Mormyrus oxyrhynchus , Geoffr. S. t -Hil. , planche 6 , fig. i ). 

Cette espèce est extrêmement facile à distinguer de tous les mormyres, on peut 
dire même de tous les poissons , par la forme très-singulière de sa tête , conique 
dans sa partie postérieure, mais terminée en devant par un museau cylindrique, 
mince et très-alongé , dont la ressemblance avec celui d'un fourmilier a frappé tous 
les observateurs. La bouche, qui occupe la partie antérieure du cylindre , est si 
petite, que, chez un individu d'un pied de long, dk a à peine, lorsqu'elle est 
ouverte, trois ou quatre lignes dans son plus grand diamètre. 

La cavité orbitaire , située à un pouce et demi du bout du museau, est de forme 
ovale , son diamètre antéro - postérieur étant très-long et le transversal très-court; 
caractère qui ne se retrouve pas, du moins aussi prononcé, chez les autres mormyres, 
mais qui n'empêche pas que l'œil ne soit, comme chez ceux-ci, parfaitement circu- 
laire : il est placé à fleur de tête et recouvert par une membrane transparente qui 
se continue avec les tégumens, et qui n'est qu'une portion très-amincie de la peau, 
ou , si l'on veut, une véritable conjonctive. Les deux mâchoires sont sensiblement 
égales en longueur; disposition qui n offre rien de remarquable en elle-même, mais 
qui fournit l'un des traits distinctifs de cette espèce. L'ouverture branchiale est 
dirigée un peu obliquement d'arrière en avant et de haut en bas. L'opercule a la 
forme d'un carré ou plutôt d'une losange assez irrégulière : ses bords supérieur et 
inférieur, et sur-tout le postérieur, sont un peu arrondis ; l'antérieur est, au con- 
traire , exactement rectiligne. 



LES MORMYRES. PL. 6-8. 2 7I 

La taille de cette espèce est quelquefois de plus d'un pied : mais l'individu qui 
a servi de type à cette description avoit seulement dix pouces de long, du bout 
du museau à l'origine de la nageoire caudale; et sa hauteur étoit de deux pouces 
et demi à l'insertion de la nageoire ventrale, d'un et demi vers la fin de l'anale, 
de neuf lignes vers la partie moyenne de la queue, et enfin de près d'un pouce 
vers son extrémité. La tête, qui formoit le quart environ de la longueur totale, 
avoit près de deux pouces de hauteur vers le bord libre de l'opercule, un pouce 
vers ïœil , et six lignes seulement dans la portion cylindrique du museau. Enfin, 
pour ce qui concerne les nageoires, celle du dos, la plus grande de toutes, com- 
mençoit à deux pouces environ de l'occiput, et se terminoit un pouce et demi 
avant l'extrémité de la queue. La ventrale s'inséroit deux pouces un quart en arrière 
de l'ouverture branchiale, et l'anale commençoit deux pouces plus loin; celle-ci 
venoit presque immédiatement après l'anus, qui se trouvoit placé à égale distance 
de l'extrémité de la queue et du bout du museau. Toutes ces mesures sont peu 
importantes en elles-mêmes; mais elles ne doivent pas être négligées, parce 
qu'elles seules peuvent permettre d'indiquer avec précision plusieurs des caractères 
de l'espèce, et particulièrement ceux que fournissent les proportions des diverses 
parties du corps. 

Au reste, si, au lieu de chercher à décrire 1 oxyrhynque, on vouloit se contenter 
de l'indiquer à la manière Linnéenne, ou, en d'autres termes, si l'on cherchoit seu- 
lement à donner les moyens de le distinguer de ses congénères, il suffiroit de 
faire connoître la forme singulière du museau, en ajoutant quelques mots sur la 
grandeur et la forme des nageoires, et particulièrement sur celles de la dorsale. 
Celle-ci, dont l'étendue a déjà été indiquée, est composée de rayons dont la 
grandeur décroît insensiblement de devant en arrière, ies premiers ayant un pouce 
de long, et les derniers un demi-pouce seulement. L'anale est beaucoup moins 
étendue que la dorsale, dont elle n'égale guère que la cinquième partie : sa forme 
est celle d'un trapèze dont le plus petit côté est formé par le dernier des rayons, 
qui n'a qu'un demi-pouce, tandis que les premiers ont environ treize lignes. Les 
ventrales et les pectorales sont aiguisées en pointe, celles-ci étant sur-tout com- 
posées de rayons très^inégaux entre eux; les supérieurs ont plus d'un pouce et 
demi, et les inférieurs sont trois fois plus courts. Enfin la nageoire de la queue est 
très-fourchue : elle se compose de deux moitiés réunies seulement vers leur partie 
antérieure par une petite membrane transparente; et l'on pourroit même dire qu'il 
existe deux demi-caudales. Quant aux rayons, ceux de la dorsale sont assez écartés 
l'un de l'autre, et se bifurquent par leur extrémité : ceux des ventrales, renfermés 
dans une membrane assez épaisse, et ceux des pectorales, se divisent bientôt en 
deux branches qui se subdivisent elles-mêmes vers leur terminaison en deux autres 
branches secondaires; enfin ceux de la caudale, qui sont en partie enveloppés par 
des prolongemens des muscles de la queue et se trouvent ainsi peu libres, se par- 
tagent en un grand nombre de rameaux. 

Le Mormyre oxyrhynque est généralement couvert de petites écailles disposées 
très-régulièrement en quinconce; mais la tête est couverte d'un épidémie très-fin, 



7 



POISSONS DU NIL. 



sous lequel se voit une peau fine et comme ponctuée. Il est à ajouter, à l'égard 
des écailles, que celles qui se trouvent placées au-dessous de la ligne latérale, sont 
deux fois plus grandes que celles du dos et de la partie supérieure des flancs ; carac- 
tère assez remarquable , et qui ne se retrouve chez aucun autre mormyre. Au 
contraire , l'oxyrhynque est assez semblable à ses congénères par son système de 
coloration : il est généralement grisâtre avec le dos plus foncé et le ventre plus 
clair que les autres parties du corps. 

La tête est d'un gris mélangé de rose principalement à sa partie antérieure , et 
les nageoires sont rouges à leur origine. L'œil, noir au centre, est bordé de deux 
cercles concentriques, dont l'extérieur est noirâtre, et l'intérieur d'un blanc argenté. 

Tel est le Mormyre oxyrhynque, espèce très-singulière par quelques-unes des 
modifications organiques qui la caractérisent, et non moins remarquable par les 
souvenirs historiques qui se rattachent à elle, s'il est vrai, comme l'a établi mon 
père (i), qu'on doive lui rapporter le poisson devenu si célèbre, sous le nom 
& oxyrhynchus [°'&V^X 0$ ]' P ar ^ es récits des auteurs anciens, et particulièrement 
d'Élien et de Strabon (2). Ce dernier nous apprend que X oxyrhynchus étoit, dans 
l'Egypte antique, l'objet de la vénération universelle, et qu'en outre il étoit 
honoré d'un culte spécial, et possédoit un temple dans une ville à laquelle il 
avoit même donné son nom (la ville d' Oxyrhynchus); et Elien (3) ajoute quelques 
détails assez curieux, qui nous montrent combien les pêcheurs redoutoient que 
leur filet ou leur ligne impie ne vinssent à saisir ces mêmes poissons, dont leurs 
successeurs modernes ne croient pas trop acheter la prise par les longues fatigues 
de leurs nuits. 

On conçoit qu'un animal environné il y a tant de siècles de la vénération d'un 
grand peuple a dû exciter à un haut degré la curiosité des savans modernes , prin- 
cipalement à une époque où l'étude de l'histoire naturelle étoit moins l'étude de la 
nature elle-même que celle des ouvrages des naturalistes de l'antiquité : aussi s'est- 
on assez anciennement occupé de déterminer à quelle espèce doit être rapporté 
{'oxyrhynchus ; et c'est ce que fit particulièrement Belon. Ce célèbre voyageur eut 
sous les yeux le véritable oxyrhynque; mais, par une erreur singulière et qu'on a 
peine à concevoir, après avoir parfaitement reconnu le poisson sacré des Égyptiens 
dans le Mormyrus oxyrhynchus , il voulut ramener celui-ci à une espèce dont la con- 
noissance lui étoit familière, et le confondit avec le brochet [Esox lucius\ Cette 



(1 ) Recherches sur hs animaux du Nil connus des Grecs, 
et sur les rapports de ces animaux avec le système théogo- 
nique des anciens Egyptiens. 

Ce mémoire , qui donne la détermination de tous les 
poissons du Nil indiqués par les auteurs Grecs, a été 
composé en Egypte pendant le siège d'Alexandrie, et 
lu à l'Institut en 1 802. 

(2) In ulteriore regione est Oxyrhynchus civitas , 

et prœfectura eodem nomine, Hic oxyrhynchus colitur , et 
oxyrhynchi templum est, quamvis etiam cœteri sEgyptii 
ovmes oxyrhynchum piscem colant. Surit etiam quœdam 
animalia quœ ALgyptii universi colunt , ut de terrestribus 
tria, bovem, canem , felem ; e volatilibus , accipitrem atque 



ibirn ; ex aquatilibus duo , lepidotum piscem et oxyrhynchum. 
Sunt et quœ seorsum coluntur ifc. ( Strab, Rerum géogra- 
phie, lib. xvil, pag. 812, trad. de l'édition de 1680.) 
(3) Oxyrhynchus JVHi alumnus , ex acumine rostri nomen 
trahens, illic venerationem et religionem habet, ut pisca- 
tores valde timeant nequando is piscis , apud eos sacer 
et magna religione prœditus , hamo trajiciatur : quem si 
forte hamo ceperint , nunquam tamen edere audent , atque, 
cùm pisces retibus comprehenduntur , diligenter etiam atque 
etiam perscrutantur num quid horum piscium imprudentes 
unà cum aliis ceperunt : malunt enim nihil piscium excipere, 
quam, hoc retento , maximum numerum assequi. (Lib. XII, 
cap. 33.) 



LES MORMYRES. PL. 6-8. 2 J1 

détermination, qui fut depuis adoptée par Blanchard et par Larcher, est cepen- 
dant essentiellement fautive: car, dune part, le petit nombre d'indications que 
l'on trouve dans les ouvrages anciens ne se rapporte pas exactement au brochet , 
et, de l'autre, cette espèce n'existe même pas dans le Nil. On doit donc admettre, 
sinon comme rigoureusement démontré, du moins comme très-vraisemblable, que 
le nom ^oxyrhyrichus étoit donné par les anciens Égyptiens , ou au Mormyre 
oxyrhynque, ou au Mormyre kannumé de Forskael, les deux seuls poissons du Nil 
auxquels il puisse être appliqué avec quelque justesse, ou, ce qui est plus probable, 
à l'un et à l'autre à-la-fois : car le kannumé est, suivant la description malheureuse- 
ment trop incomplète que nous en a laissée le voyageur Suédois, une espèce très- 
voisine de l'oxyrhynque par la forme de son museau, comme par presque tous ses 
autres caractères zoologiques; et l'on peut croire que tous deux, soit qu'on les eût 
confondus, soit qu'on les eût distingués spécifiquement, portoient en commun 
une dénomination qui convenoit au même degré à l'un et à l'autre (i). 

LE MORMYRE D'HASSELQUIST, Geoffr. S. t -Hil. 

( Mormyrus caschive , Hasselq. ! pi. 6, fig. 2. ) 

Cette espèce est très- voisine de la précédente par sa taille et ses proportions; 
elle se distingue d'ailleurs très-facilement par plusieurs caractères. 

La tête est très-alongée, comme chez l'oxyrhynque : mais elle ne se termine 
pas par un museau mince et cylindrique; et la ligne qui la borne supérieurement 
n'est pas, comme chez ce dernier, alternativement convexe et concave, mais bien 
uniformément convexe, si ce n'est entre les deux yeux, où se remarque une petite 
surface plane. La mâchoire inférieure est un peu plus courte que la supérieure, 
et l'œil se trouve placé à un pouce seulement de l'extrémité du museau : il est 
presque exactement circulaire, quoique situé dans une cavité irrégulièrement 
ovale, dont le diamètre antéro-postérieur est double du transversal. La couleur 
de cette espèce est aussi un peu différente de celle de l'oxyrhynque, le corps étant 
généralement d'un gris bleuâtre argenté, et la tête se trouvant variée de jaune pâle 
et de verdâtre, et finement tachetée de jaune doré. 

La nageoire dorsale est un peu plus étendue encore que chez l'oxyrhynque, 
et s'avance proportionnellement davantage vers l'occiput : du reste , ks rayons 
qui la composent ne sont pas plus longs que chez celui-ci, et ils diminuent de 
même insensiblement du premier au dernier. L anale et les ventrales ne présentent 
rien de remarquable; et il en est de même des pectorales et de la caudale, qui ne 
diffèrent guère de leurs analogues dans l'espèce précédente que par la forme plus 
arrondie de leur extrémité. Le corps est généralement couvert d'écaillés assez 

(1) II est presque inutile de remarquer que si le Mor- de la détermination de l'oxyrhynque des anciens. On ne 
myrus kannumé et le Mormyrus oxyrhynchus ne formoient trouve, en effet , aucun fondement réel à l'opinion de 
réellement qu'une seule espèce (comme on a quelques quelques auteurs qui ont cru, comme nous le verrons bien- 
raisons de le croire, et comme le pensent les pêcheurs tôt , retrouver Y oxyrhynchus dans d'autres poissons du Nil, 
du Nil ), il ne resterait plus aucun doute sur la certitude tels que le Mormyre de Behbeyt et la Perche Iatous. ' 






2^4 POISSONS DU NIL. 

grandes et très-distinctes : celles des flancs sont les plus larges de toutes, et celles 
du dos, celles de l'extrémité de la queue, et sur-tout celles du ventre, sont les plus 
petites. 

L'individu qui a servi de type à notre description , avoit trois pouces du bout 
du museau à l'ouverture branchiale, et neuf pouces un quart de celle-ci à la racine 
de la queue : sa hauteur étoit de deux pouces vers le bord de l'opercule, de trois 
vers l'insertion des ventrales, de deux et demi au niveau de l'anus, d'un pouce 
à la partie la plus étroite de la queue, et d'un pouce un quart à son extrémité. 
Il suit de ces dimensions que le tronc conserve à peu près la même hauteur 
depuis l'ouverture branchiale jusqu'à l'anus ; ce qui tient à la forme générale du 
corps , qui se trouve borné à sa partie supérieure par une ligne presque droite. 
Les proportions du Mormyre d'Hasselquist sont d'ailleurs un peu différentes de 
celles de l'oxyrhynque : ainsi le corps est, chez le premier, plus long, et la queue 
plus courte ; d'où il suit que l'anus se trouve plus rejeté en arrière. 

Ni. Cuvier ne pense pas que cette espèce soit, comme on l'avoit cru d'abord, 
celle dont Hasselquist avoit fait mention sous le nom de casclûve ; et il ajoute 
qu'elle en diffère même par plusieurs traits essentiels. En adoptant cette opinion 
de l'illustre auteur du Règne animal, et en regardant, comme il le fait aussi, le 
kannumé comme une espèce différente de l'oxyrhynque, cette première section 
se trouve composée de quatre espèces : le kannumé, l'oxyrhynque, le caschivé, 
et le mormyre d'Hasselquist. 

II. MORMYRES A MUSEAU CYLINDRIQUE 

ET A NAGEOIRE DORSALE COURTE. 



LE MORMYRE DE DENDERAH, Geoffr. S. t -Hil. 

( Mormyrus anguilloïdes , Lin. , pi 7, %. 2. ) 

L'individu que j'ai examiné avoit environ un pied du bout du museau à l'anus, 
la tête formant à peu près le quart de la longueur totale, et l'anus se trouvant 
compris dans la moitié postérieure. Le corps conserve presque la même hauteur 
depuis l'ouverture branchiale jusqu'à l'anus : ainsi ii a deux pouces un quart vers 
le bord de l'opercule, deux pouces trois quarts au niveau de l'insertion des 
nageoires ventrales, et deux et demi au commencement de l'anale. La queue, 
semblable à celle de l'oxyrhynque par sa forme et ses proportions , est terminée 
par une nageoire divisée en deux lobes, comme chez celui-ci, mais plus courte 
et sur-tout plus arrondie. Les pectorales et les ventrales sont comme chez le 
Mormyre d'Hasselquist; mais l'anale et la dorsale présentent des caractères remar- 
quables. La première, composée de rayons dont la grandeur est moyenne, et qui 
vont en diminuant insensiblement des premiers aux derniers, a environ trois 
pouces et demi de long, et s'étend depuis l'anus jusqu'à un pouce et demi de 

l'extrémité 



LES MORMYRES. PL. 6-8. 27Ç 

l'extrémité de la queue. La dorsale, de beaucoup plus courte, commence un 
pouce environ plus en arrière que 1 anale, et se termine en avant de celle-ci : 
les rayons qui la composent sont assez inégaux entre eux, les premiers ayant dix 
lignes de long, et les derniers six lignes seulement. Il est à ajouter que le bord 
de cette nageoire n'est pas rectiligne, mais qu'il est au contraire alternativement 
convexe et concave; disposition qui résulte de ce que le décroissement des rayons 
ne se fait pas d'une manière très-régulière. 

Mais ce qui distingue plus particulièrement le Mormyre de Denderah, c'est 
la forme très - remarquable de son museau ; sa tête est aussi alongée que chez le 
Mormyre d'Hasselquist : mais, au lieu que son bord supérieur soit convexe, comme 
chez celui-ci, il est au contraire concave; caractère qui ne se trouve dans aucune 
autre espèce. En outre, ce mormyre diffère encore de ses congénères par sa 
bouche, dont l'ouverture, un peu moins étroite, ne se borne plus à être anté- 
rieure, et commence à se prolonger latéralement. L'œil paroît au contraire un 
peu plus petit que dans les espèces précédentes, et sur- tout que dans celles dont 
il nous reste à nous occuper. Enfin le corps est généralement d'un gris rosé sur 
le ventre et les flancs, et d'un gris verdâtre sur le dos et les nageoires ; et la tête 
est variée de bleu, de jaune doré, de gris rosé et de verdâtre. 

Le Mormyre de Denderah paroît être le poisson indiqué par Sonnini (1) sous 
le nom de hersé : mais c'est par erreur qu'il a été donné comme synonyme du 
cascbivé d'Hasselquist; espèce dont on peut dire qu'il diffère par plusieurs carac- 
tères de premier ordre. On le trouve principalement dans la partie du Nil qui 
avoisine le fameux temple de Denderah. 

III. MORMYRES A MUSEAU COURT ET ARRONDI 

ET À DORSALE COURTE. 



LE MORMYRE DE SALEHYEH 

{Mormyrus labiatus , Geoffr. S. t -Hil. , planche 7, fig. 1 ). 

Cette espèce se distingue au premier coup d'œil de toutes les autres par la 
disproportion qui existe entre la longueur des deux lèvres ; l'inférieure dépasse 
la supérieure de plusieurs lignes. Ce caractère est sur-tout très-prononcé lorsque 
la bouche est ouverte, et il donne véritablement alors à l'animal l'apparence d'un 
être devenu monstrueux par l'avortement des pièces de la mâchoire supérieure. 
Du reste, les deux lèvres, malgré leur disproportion de grandeur, sont entre elles 
dans une relation parfaite de forme et de fonction, comme on peut s'en convaincre 
en examinant la position qu'elles prennent lorsqu'elles se rapprochent l'une de 

(1) Atlas du Voyage en Egypte, planche 22, fig. 1. Cette figure est très-mauvaise; mais la description dont 
elle est accompagnée est assez exacte. 

H, N. TOME I.«, i.w partie. • Nn 



276 POISSONS DU NIL. 

l'autre : on voit alors avec étonnement que l'inférieure, malgré sa longueur dis- 
proportionnée, s'avance à peine au-delà de la supérieure, mais qu'elle s'applique 
sur l'ouverture buccale, de manière à la fermer complètement. 

Les autres caractères de cette espèce consistent dans les dimensions des 
nageoires pectorales et de la caudale, qui paroissent un peu plus grandes que 
chez les autres mormyres , et particulièrement dans la forme de la dorsale et de 
l'anale. Toutes deux sont formées de rayons dont la longueur varie d'un pouce 
et demi à neuf lignes , et qui se trouvent disposés de la manière suivante : les 
plus grands occupent la partie antérieure de la nageoire, comme chez tous les 
autres mormyres; mais, ce qui n'a pas lieu chez ceux-ci, les plus petits sont placés 
vers la moitié ou les deux tiers de celle-ci, et non pas à son extrémité postérieure. 
Du reste, l'anale et la dorsale sont opposées l'une à l'autre, et commencent toutes 
deux presque au niveau de l'anus, ou, ce qui revient au même, vers le milieu de 
la longueur totale. Enfin, sous le rapport de leurs dimensions, la première est 
un peu plus étendue que la seconde : elle a d'avant en arrière près de trois pouces, 
et celle-ci n'a que deux pouces un quart. 

Le Mormyre de Sâlehyeh, ouMormyre à lèvre tronquée, est aussi assez remar- 
quable par son système de coloration. Le corps , d'un gris bleuâtre foncé sur le 
dos, d'un gris rosé sur le ventre et les flancs, est, principalement dans le voi- 
sinage de la ligne latérale, orné de raies longitudinales bleuâtres, généralement 
peu apparentes. Les nageoires sont légèrement verdâtres, et la tête est de même 
couleur que le corps, mais sans aucune trace de lignes longitudinales. 

L'individu qui a servi de type à cette description avoit près d'un pied, du 
bout du museau à l'origine de la nageoire caudale. Sa hauteur étoit d'environ 
trois pouces , depuis l'insertion des pectorales jusqu'au commencement de l'anale ; 
mais, à partir de ce point, elle diminuoit rapidement, la ligne qui borne la partie 
supérieure du corps devenant très-oblique vers l'origine de la queue. Deux autres 
individus, que j'ai aussi examinés, étoient beaucoup plus petits que le précédent : 
l'un n'avoit en longueur que dix pouces , et l'autre trois ; mais leurs proportions 
étoient les mêmes. 

Ce mormyre a été découvert par mon père dans le voisinage de Sâlehyeh; et 
c'est à cette circonstance que se rattache le nom sous lequel il est connu. Un 
grand nombre d'individus desséchés ont aussi été trouvés dans le désert : apportés 
par une inondation, ils étoient restés, lors de la retraite du fleuve, dans des 
enfoncemens qui formoient d'abord de petites mares, mais que l'évaporation 
n'avoit pas tardé à mettre à sec. 

LE MORMYRE DE BEHBEYT 

( Mormyrus dorsalis , pi. 8 , fig. 1 et 2 ). 

Cette espèce a de nombreux rapports avec la précédente ; mais elle se distingue 
facilement par la forme plus alongée de son corps, par ses écailles généralement 



LES MORMYRES. PL. 6-8. 277 

plus petites, par ses lèvres presque égales, et sur- tout par la brièveté de sa 
nageoire dorsale. Celle-ci, rejetée beaucoup au-delà de l'anus, n'a pas même un 
pouce d'avant en arrière chez un individu de dix pouces de long, et se trouve 
près de cinq fois plus courte que l'anale. Toutes deux sont d'ailleurs composées 
de rayons dont les dimensions varient d'un pouce à huit lignes, et dont les 
antérieurs sont les plus grands et les postérieurs les plus petits. La caudale est, 
comme dans toutes les espèces précédentes, composée de deux lobes que réunit 
une petite membrane transparente et très-fine. Les pectorales sont assez grandes, 
et les ventrales ne présentent rien de remarquable. L'anus se trouve placé à égale 
distance du bout du museau et de l'extrémité de la queue : la nageoire anale le 
suit immédiatement et s'étend jusqu'à un pouce et demi de la caudale. 

Le système de coloration de cette espèce est aussi un peu différent de celui 
du Mormyrus labiatus; car le corps est généralement d'un gris rosé , avec de petites 
taches noires de forme variable, disposées irrégulièrement sur le milieu du dos, 
qui est lui-même noirâtre. Les nageoires sont d'un vert jaunâtre, et la tête est 
variée de jaune, de verdâtre, de rose et de bleu. 

Le Mormyre de Behbeyt a été, comme le Mormyre de Denderah, indiqué par 
Sonnini (1). Ce voyageur lui a appliqué le nom de kaschoué , que les Arabes, 
comme l'a remarqué assez anciennement M. de Lacépède, donnent d'une manière 
générale à tous les mormyres. 

IV. MORMYRES A MUSEAU COURT ET TRONQUÉ 

ET À DORSALE COURTE. 



LE BANÉ, Geoffr. S. t -Hil. 

( Mormyrus cyprinoïdes, Lin. , pi. 8, fig. 3-4 et fig. a. ) 

Cette espèce, qui compose à elle seule la quatrième section du groupe des 
mormyres, est la plus petite du genre : le plus grand des individus que j'ai exa- 
minés n'avoit que huit pouces et demi, du bout du museau à l'origine de la 
nageoire caudale; mais sa hauteur, proportionnellement plus considérable que 
chez ies autres mormyres, étoit d'environ deux pouces et demi depuis le bord 
libre de l'opercule jusqu'à l'origine de la dorsale. La tête, dont la longueur étoit 
de deux pouces, avoit en hauteur deux pouces au milieu, et deux pouces un 
quart à sa partie postérieure, un pouce trois quarts à sa partie moyenne, et un 
pouce vers l'ouverture buccale. 

Le bané est très-remarquable par la forme de son museau. La tête est termi- 
née en avant par une surface quadrilatère verticale et assez étendue, dont la partie 

(1) Planche 21, fig. 2. —La description de Sonnini Mormyrus; et il commet d'ailleurs une erreur assez grave, 

est incomplète, et sa figure très-inexacte. Cet auteur ne lorsqu'il veut établir que ce poisson est le véritable oxy- 

pense pas que le kaschoué doive être rapporté au genre rhynchus des anciens. 

H. N. TOME I.er, i« par tie. Nn % 



278 POISSONS DU NIL. 

la plus élevée est une saillie bombée que forme le front, et dont le plan est per- 
pendiculaire au bord supérieur de la tête. L'ouverture buccale occupe la partie 
inférieure de cette surface quadrilatère, et se trouve en même temps rejetée de 
quelques lignes en arrière de l'angle du front. L'œil est très-grand et se trouve 
assez rapproché de l'extrémité du museau. 

Les écailles, et sur-tout celles qui avoisinent la ligne latérale, sont plus grandes 
que chez les autres mormyres : celles du ventre ont aussi des dimensions plus 
considérables que celles des parties supérieures et latérales du corps ; ce qui forme 
à l'égard du bané un caractère d'autant plus remarquable, que les écailles abdo- 
minales des mormyres sont ordinairement les plus petites de toutes. 

Les couleurs sont les mêmes que celles de l'espèce précédente, mais avec cette 
différence , que le dos est uniformément d'un noir bleuâtre. 

Les nageoires anale et dorsale sont presque exactement de même forme : elles 
se composent, dans leur tiers antérieur, de rayons beaucoup plus longs que ceux 
des deux tiers postérieurs; d'où il résulte que leur bord, concave en avant, 
devient rectiligne en arrière. Toutes deux sont aussi de même grandeur : elles 
commencent vers la partie moyenne du corps, ou, ce qui revient au même, au 
niveau de l'anus, et occupent la moitié de l'espace compris entre cet orifice et 
l'origine de la caudale. Celle-ci présente un caractère très-remarquable, eu égard 
à ce qui a lieu chez tous les autres mormyres , en ce qu'elle n'est pas formée de 
deux lobes entièrement séparés l'un de l'autre, mais qu'elle présente seulement 
une échancrure très -profonde, comme on le voit parfaitement dans la figure 3. 
Il est d'ailleurs à remarquer que la petite membrane fine et transparente que 
j'ai décrite chez l'oxyrhynque , ne manque pas entièrement chez le bané : on la 
retrouve dans cette espèce comme chez ses congénères, mais seulement beaucoup 
plus étroite. 

Le Mormyrus cyprindides , que plusieurs traits de son organisation éloignent des 
autres mormyres , diffère également de ceux-ci par ses habitudes. Bien loin de se 
tenir caché au milieu des pierres, il vient très-fréquemment nager à la surface de 
l'eau : aussi est-il assez commun de le prendre au filet. Il se trouve particulièrement 
dans les anses, et paroît avoir peu de moyens de résister au courant. On prétend 
qu'il est facile de distinguer les deux sexes par la forme de la nageoire anale, dont 
le bord seroit droit chez les femelles, et sinueux chez les mâles. Cependant, sur un 
très-grand nombre d'individus que j'ai examinés , soit à l'état d'adulte, soit sur-tout 
à l'état de jeune âge, j'ai toujours trouvé la nageoire anale de même forme, c'est-à- 
dire, ayant son bord inférieur concave en avant et rectiligne en arrière. C'est ce qui 
a lieu, par exemple, chez les deux sujets représentés dans la planche 8, dont l'un 
est adulte , et dont l'autre est un jeune , pris à l'âge ou il commençoit à descendre 
le fleuve. 

En outre du nom de bané, qui a été adopté dans l'Atlas pour le Mormyrus cypri- 
ndides , ce poisson est encore appelé dans la haute Egypte rous el-hagar, c'est-à- 
dire, têtes des pierres ; désignation par laquelle les pêcheurs rappellent sans doute 
quelqu'une de ses habitudes. 



LES MORMYRES. PL. 6-8. 2?Q 

On voit par ce qui précède que les six espèces de mormyres figurées dans 
l'Atlas sont toutes très-distinctes : je crois cependant qu il ne sera pas inutile de 
rassembler en quelques lignes les caractères les plus remarquables de chacune d'elles. 
Les principaux traits de leur description se trouvant ainsi comme placés en 
regard, il sera plus facile de les comparer, et de voir en quoi chaque espèce 
diffère de ses congénères et en quoi elle leur ressemble. C'est dans le même but 
que j'ai cru devoir faire connoître par un tableau synoptique le nombre des 
rayons des nageoires chez tous les mormyres que j'ai examinés. 

Mormyre oxyrhynque. Museau alongé, cylindrique; bord supérieur de la tête 
alternativement convexe et concave; lèvres presque égales; nageoire dorsale 
longue; anale courte, séparée en deux lobes; écailles petites. 

Mormyre d'Hasselquist. Museau alongé; bord supérieur de la tête convexe; 
lèvre inférieure un peu plus courte que la supérieure; nageoire dorsale longue, 
anale courte, caudale séparée en deux lobes; écailles moyennes. 

Mormyre de Denderah. Museau alongé; bord supérieur de la tête concave; 
lèvres presque égales; nageoire dorsale courte, anale longue, caudale séparée en 
deux lobes; écailles moyennes. 

Mormyre de Sâlehyeh. Museau court; bord .supérieur de la tête convexe; lèvre 
inférieure plus longue que la supérieure; nageoire dorsale courte, anale longue, 
caudale séparée en deux lobes; écailles moyennes. 

Mormyre de Behbeyt. Museau court; bord supérieur de la tête convexe; lèvre 
inférieure un peu plus longue que la supérieure; nageoire dorsale très-courte, 
anale longue, caudale séparée en deux lobes; écailles moyennes. 

Mormyre bané. Museau court, comme tronqué, et terminé en avant par une 
surface quadrilatère, au-dessous de laquelle est placée la bouche; bord supérieur 
de la tête convexe ; lèvres presque égales; nageoire dorsale courte, anale longue, 
caudale profondément échancrée ; écailles assez grandes. 

Tableau (i)du nombre des rayons des nageoires. 

Mormyre oxyrhynque . . . D. 63. 

d'Hasselquist. D. 68. 

de Sâlehyeh . . D. 2 5 . 

de Behbeyt... D. i4- 

bané. D. 31. 

( 1 ) Je n'ai pu comprendre dans ce tableau le Mormyre vidu en trop mauvais état pour qu'il fût possible de compter 
de Denderah , n'ayant eu à ma disposition qu'un seul indi- sur lui les rayons des nageoires. 



P. 


«4 


V. 


6. 


A. 


.8. 


C. 


20. 


p. 


12. 


V. 


6. 


A. 


18. 


C. 


20. 


p. 


1 0. 


V. 


6. 


A. 


3 2 - 


C. 


20. 


p. 


1 1. 


V. 


6. 


A. 


63. 


c. 


20. 


p. 


9- 


V. 


6. 


A. 


34. 


c. 


20. 



280 POISSONS DU NIL. 

LA PERCHE LATOUS, 

Perça Latus 

(Poissons du Nil, planche 9, fig. 1 ). 

Cette espèce, l'une des plus grandes de la famille des perches, appartient au 
genre Centropome établi par M. de Lacépède, et caractérisé par M. Cuvier de la 
manière suivante : Dents en velours; préopercules dentelés; opercules sans épines ou à 
pointes très-aplaties , comme chez les pristipomes ; sous-orbitaire ordinairement dentelé, 
comme chez les scolopsis. Tous ces caractères se voient parfaitement chez le latous; 
et c'est, en effet, cette perche que M. Cuvier indique comme type du genre Cen- 
tropome. 

Dans cette espèce, la dorsale antérieure est plus haute et un peu plus longue que 
la postérieure; elle se compose de huit rayons épineux disposés de la manière 
suivante : le troisième est le plus grand et en même temps le plus épais de tous, le 
quatrième est de quelques lignes plus court que celui-ci, et les suivans diminuent 
dans la même proportion ; quant aux deux premiers, ils sont à peu près égaux au 
dernier. La dorsale postérieure a pour premier rayon une épine, séparée seule- 
ment du huitième rayon de l'antérieure par une distance égale à celle qui existe 
entre ce dernier et celui qui le précède; en sorte qu'il n'y a, on pourroit le dire, 
qu'une seule dorsale très - profondément échancrée. Les autres rayons de la 
seconde dorsale, dont le nombre est de onze, sont tous articulés et de grandeur 
moyenne. Les ventrales s'insèrent presque exactement au-dessous des pectorales, 
auxquelles elles ressemblent par leur grandeur et leur forme : elles sont composées 
d'un rayon épineux et de cinq rayons articulés très-larges et très-distincts. Les pec- 
torales sont, comme à l'ordinaire, formées de rayons mous de grandeur moyenne : 
leur nombre est de seize, et leur disposition n'offre rien de remarquable. L'anale, 
qui se trouve opposée à la dorsale, présente d'abord une épine fort petite, 
puis deux beaucoup plus grandes; les autres rayons, au nombre de neuf, sont 
plus grands encore, et tous articulés. On compte à la caudale dix-huit rayons, 
dont les plus longs sont placés au milieu, les plus petits vers les deux extrémités : 
d'où il résulte que le bord postérieur de cette nageoire est arrondi et convexe. 

La tête est grosse, assez courte et à peu près triangulaire; son bord supérieur 
est légèrement concave, et l'inférieur est rectiligne. Le bord ventral du corps est 
également rectiligne ; mais le dorsal est convexe et très-oblique de bas en haut 
jusqu'au commencement de la première nageoire du dos, ou, ce qui revient au 
même, jusqu'au niveau de l'insertion des ventrales : il devient alors horizontal et 
rectiligne, et présente même une légère concavité vers les derniers rayons épi- 
neux; puis il est oblique de haut en bas, et légèrement convexe dans toute l'étendue 
qui correspond a la seconde nageoire. La queue , dont la hauteur est égale à la 
moitié de celle du corps, a ses deux bords presque parallèles jusqu'à son extrémité, 
où elle s'élargit un peu. L'anus est situé vers le tiers postérieur de la longueur 



LA PERCHE LATOUS. PL. 9. 28 I 

totale. La iigne latérale commence à la partie supérieure de l'opercule, et se 
dirige parallèlement à la ligne dorsale , en présentant, comme elle , quelques si- 
nuosités. 

Les deux mâchoires sont garnies d'une multitude de dents aiguës, d'une extrême 
petitesse , comme chez les autres centropomes ; et l'inférieure est plus longue de 
quelques lignes que la supérieure. Le sous-orbitaire et le préopercule présentent 
une série de dentelures très-fines, comparables à celles d'une scie, le premier sur 
son bord inférieur , le second sur le postérieur. Il y a de plus sur ce dernier quatre 
aiguillons, dont trois, courts et dirigés en bas, occupent son bord inférieur, et dont 
le dernier, très-grand et dirigé en arrière, occupe son angle. Enfin on remarque 
aussi vers la partie supérieure et postérieure de l'opercule un autre aiguillon un 
peu plus petit, mais de même forme et de même direction que celui du préoper- 
cule, et sur le bord de l'os de l'épaule quelques dentelures semblables à celles du 
sous-orbitaire, mais deux ou trois fois plus grandes. 

Les écailles, de grandeur moyenne, ne présentent rien de particulier : il est 
seulement à remarquer que celles de l'opercule sont plus petites que celles des 
flancs, du dos, de la queue et du ventre, et que la partie antérieure de la tête 
n'est couverte que d'une peau unie et lisse. La couleur générale est le gris blan- 
châtre; mais tout le corps présente une foule de très-petites taches de couleur 
blanche, parce que les écailles laissent apercevoir à leur base la membrane dans 
laquelle elles se trouvent enchâssées, et qui est d'un blanc argenté. Les nageoires 
sont d'un blanc verdâtre dans presque toute leur étendue; cependant celles du dos 
et de l'anus, et sur-tout les pectorales et les ventrales, sont rouges à leur origine. 

La vessie natatoire, qui est très-grande et remplit tout l'abdomen, est fusi- 
forme, renflée dans sa partie antérieure, et légèrement façonnée en cœur. L'es- 
tomac est de forme alongée : il se trouve placé sur la vessie. L'intestin, fort 
court et enroulé sur lui-même, présente à son origine quatre cœcums. 

Le latous (Perça lattis, GeofFr. SZ-Hil.; Perça Nilotica, L.) est celui de tous 
les poissons du Nil qui atteint la plus grande taille; on trouve quelquefois des 
individus de dix pieds de long : c'est aussi celui des poissons du Nil dont la 
chair est le plus estimée, et conséquemment l'un de ceux qui sont le mieux connus 
des Arabes. En outre du nom de latous que lui donne le peuple dans la haute 
Egypte, et de celui de variole sous lequel il est connu des Francs, on l'appelle aussi 
keren, keschr ou kescheré , lorsqu'il a de grandes dimensions, et homar ou hemmor 
lorsqu'il n'est encore que de petite taille (1). 

Mon père a établi, dans son Mémoire déjà cité sur les animaux connus des 
anciens, que la Perche latous est le latus [àgLtos] des anciens, poisson célèbre par 
le culte qu'on lui rendoit dans quelques villes de l'Egypte antique. En effet, le 
petit nombre de détails qui nous ont été transmis par Athénée (2) sur le àcLto*, 

(1) Le latus est appelé samous dans quelques cantons (2) Qui verb in Nilo fiumine gigrwntur lati , 

de la haute Egypte; mais le même nom est aussi donné, eâ reperiuntur magnitudine ut supra ducentas Vibras inter- 

àThèbes, par beaucoup de pêcheurs, à une espèce qui dum pendant, Candidissimus hic piscis est , quocumque 

ne ressemble au Perça latus que par sa grande taille, le modo paratus fuerit suavissimus. ( Deipnosoph. lib. vil, 

bayad docmac. cap> 88.) 



282 POISSONS DU NIL, 

se rapportent très-bien au latous; et d'ailleurs, si le passage de l'auteur Égyptien 
pouvoit laisser quelque doute sur cette détermination, il suffiroit de citer en sa 
faveur la ressemblance si remarquable ou plutôt l'identité du nom ancien et du 
nom moderne. 

Au reste, Sonnini avoit déjà rapporté, avant mon père, le AcLroç à la Perche 
latous ( dont il a donné une figure assez exacte, pi. 22 , fîg. 3 ) : il ne nous apprend 
pas , il est vrai , sur quels motifs il a basé sa détermination ; mais , combattant 
l'opinion de Pauw, auteur des Recherches philosophiques sur les Egyptiens et les 
Chinois, qui avoit cru retrouver ïoxyrhynchus dans le kescheré, iJ dit positivement 
que cette espèce paroît être celle que les anciens Grecs appeloient lotos, et qui 
étoit sacrée dans le nome de Latopolis (1). 



LE CYPRIN LEBIS, 

Cyprinus N/loticus 

(Poissons du Nil, pi. 9, fîg. 2), 

ET LE CYPRIN BINNY, 
Cyprinus lepidotvs 

( planche io,fig. 2 ). 

Ces deux cyprins appartiennent à dessous-genres différens, suivant la plupart 
des méthodes ichthyologiques, et particulièrement suivant la classification de 
M. Cuvier. Le lébis a la dorsale assez longue et des lèvres charnues , très-épaisses : 
mais il manque d'épines et de barbillons ; caractères précisément inverses de ceux 
que présente le binny. En effet, chez celui-ci, la dorsale est assez courte, et a 
pour troisième rayon une très-forte épine; et il existe chez lui, comme chez le 
Cyprinus barbus , quatre barbillons, dont deux sont placés vers l'angle des lèvres, et 
deux vers la partie antérieure de la mâchoire supérieure : d'où il suit, en adoptant 
tous les sous-genres de M. Cuvier, que le lébis [Cyprinus Niloticus, Lin.; Forsk. 
n.° 1 o4 ) est un labéon, et le binny ( Cyprinus binny, Forsk. n.° 103; Cyprinus lepi- 
dotus, Geoffr. S.'-Hil.) un barbeau, et que le premier devra être appelé Labeo Nilo- 
ticus, et le second, Barbus binny ou Barbus lepidotus. 

Au reste, malgré les différences que je viens de signaler, et quelques autres 
d'une moindre importance qui seront indiquées plus bas, on commettroit une 
grave erreur si l'on nioit que les deux cyprins du Nil se trouvent liés par des rap- 
ports très-intimes ; et c'est ce qu'une courte description suffira pour démontrer. 
Tous deux ont la tête nue en dessus, de forme pyramidale, assez large, aplatie sur 
la face supérieure et sur les deux faces latérales; le bord dorsal du corps très -haut 
et convexe jusqu'à la fin de la nageoire du dos , puis beaucoup moins élevé et 

(1) Voyage dans la liante et basse Egypte, tome II, page 292. 

rectiligne 



LES CYPRINS. PL. 9-ro. 282 

rectiligne jusqu'à l'insertion de la caudale; celle-ci fortement échancrée et de gran- 
deur moyenne; enfin l'anale composée de rayons peu nombreux, dont le premier 
est le double du dernier. Toutes les nageoires conservent aussi assez exactement 
chez le lébis et chez le binny la même forme, la même position et le même 
nombre de rayons. Ainsi les ventrales ont chez l'un et chez l'autre neuf rayons 
articulés, dont les plus externes sont les plus longs, et les internes les plus petits; 
elles sont triangulaires, et leur insertion correspond à peu près au commencement 
de la dorsale. Toutefois celles du binny sont un peu plus rapprochées de la tête ; 
car elles dépassent en avant la dorsale, tandis que chez le lébis c'est la dorsale qui 
dépasse celles-ci. Les pectorales, de forme triangulaire et de grandeur moyenne, 
ont chez le binny dix-sept, et chez le léhis dix-huit rayons articulés, dont les 
premiers, ou les supérieurs, sont très-distincts, et les derniers très-peu visibles et 
très-petits (sur-tout chez le lébis). L'anale est composée de six rayons mous et très- 
profondément divisés chez le Cyprinus Niloùcus, et de sept chez le lepidotus , sans 
compter une petite tige osseuse, non articulée (1), qui se trouve adhérente sur 
toute sa longueur au premier rayon. La caudale, comparée chez les deux espèces, 
ne présente que des différences plus foibles encore : elle se compose chez l'une 
et chez l'autre de dix-neuf rayons, dont les externes sont beaucoup plus grands 
que les internes. Mais nous ne retrouvons plus la même analogie à l'égard de la 
dorsale : celle du binny se compose de neuf rayons articulés, dont les premiers 
sont doubles des derniers, et de trois épines, dont l'une, placée en avant du 
premier rayon mou, est un peu moins longue que lui, mais beaucoup plus 
grosse et sur-tout beaucoup plus large, et dont les deux autres sont, l'une très- 
petite, l'autre rudimentaire. La dorsale du lébis est composée d'une tige osseuse, 
ou épine très-foible et très-grêle, et de treize rayons articulés, dont les premiers 
sont un peu plus courts, et les derniers un peu plus longs proportionnellement 
que chez le binny. 

On voit donc que de toutes les nageoires la dorsale est la seule qui présente, 
d'une espèce à l'autre, des différences de quelque valeur, et que les formes géné- 
rales sont assez semblables chez toutes deux. Néanmoins il est à remarquer que 
le corps est, chez le binny, très-élevé vers sa partie moyenne, et que son bord 
supérieur présente un angle assez prononcé au point d'origine de la nageoire 
dorsale : le lébis a, au contraire, le dos assez régulièrement convexe. De plus, la 
tête est beaucoup plus large et moins alongée chez le Cyprinus Niloùcus, espèce à 
laquelle le développement considérable de ses lèvres charnues donne d'ailleurs 
une physionomie toute particulière. Enfin les écailles sont plus larges et beau- 
coup plus distinctes chez le lepidotus; et la couleur et la taille de l'un et de l'autre 
sont aussi différentes : le lébis, qui a le plus ordinairement moins d'un pied du 
bout du museau à l'origine de la nageoire caudale, a la tête d'un jaune foncé en 

(1) J'ai constaté cette disposition chez le binny, et Cette remarque me paraît d'autant plus nécessaire, qu'en 
je pense qu'elle existe également chez le lébis; mais je ce point ma description n'est pas entièrement d'accord 
n'ai pu le vérifier chez cette dernière espèce, le seul in- avec la figure, 
dividu que j'aie examiné ayant la nageoire anale mutilée. 

H. N. TOME I.er, ,.w p art i e . Qo 



284 



POISSONS DU NIL. 



dessus et d'un vert doré à reflets sur les côtés, le ventre blanchâtre, le dos d'un 
noir bleuâtre, et les nageoires d'un vert blanchâtre dans presque toute leur 
étendue, d'un rouge assez vif à leur origine. Au contraire, le binny, qui a com- 
munément plus d'un pied et demi de long, et qui parvient même quelquefois à 
une taille de plus d'un mètre, est presque tout entier d'un blanchâtre argenté 
très-brillant, avec les nageoires pectorales, les ventrales , l'anale et le lobe inférieur 
de la caudale, d'un rouge plus ou moins jaunâtre. 

Le Cyprinus Niloticus a été indiqué par Forskael en peu de mots, mais néan- 
moins avec assez de précision : il est le plus commun de tous les poissons du 
Nil, et sa chair est assez estimée des Arabes, qui le connoissent sous le nom 
de lebis , lebes , ou lehse ( i ). De plus, les jeunes sont aussi appelés à Syout, saale 
et miguoara. 

Le Cyprinus lepidotus , ou binny (2) des Arabes , est aussi très - abondamment 
répandu dans le Nil; néanmoins il se vend toujours à un prix assez élevé, parce 
que sa chair est très-recherchée des Arabes , qui ont coutume , pour exprimer son 
exquise délicatesse , de se servir de cette phrase devenue proverbiale : Si tu connois 
meilleur que moi, ne me mange pas. Mais ce qui prouve encore mieux que ce dicton 
populaire combien ce poisson est estimé en Egypte, c'est qu'il y a, principa- 
lement à Syout et à Qené, des hommes qui n'ont point d'autre état que celui 
de pêcheurs de binnys. Ces hommes se placent à portée de l'une des anses du 
fleuve, dans un endroit où le rivage est escarpé et s'élève de beaucoup au-dessus 
de la surface de l'eau : là, ils se pratiquent dans le sable des excavations où ils 
placent des briques qu'ils emploient à divers usages, des nattes qui leur servent de 
lits et de tapis, et quelques ustensiles de ménage; et telle est leur habitation. La 
pêche se fait de la manière suivante : on attache au bout d'une longue corde trois 
hameçons, au-dessus desquels on met une boule très-grosse, composée de bourbe 
mêlée et pétrie avec de l'orge germée ; le poids de cette boule la fait plonger 
avec les trois hameçons que l'on amorce en y suspendant des dattes : l'autre 
extrémité de la corde est solidement fixée à un pieu; mais elle communique 
par une ficelle avec un bâton mince et très-mobile, qui sert de support à une 
sonnette. On conçoit que, par cet arrangement, un binny ne peut mordre 
à l'un des hameçons sans que le mouvement imprimé ébranle et agite la 
sonnette et avertisse les pêcheurs : aussitôt l'un d'eux tire tout l'appareil vers 
le rivage, aidé par un de ses compagnons, qui s'avance dans l'eau pour soulever 
la boule. Il est à remarquer que cette boule n'est pas seulement utile comme 
corps pesant; mais, au dire des pêcheurs, l'orge germée qui entre dans sa com- 

(1) Le mot de lebis ou lebes est particulièrement usité (2) Le nom de binny ou benny , qui est usité dans toute 

dans l'Egypte inférieure, et celui de lebse dans la supé- l'Egypte inférieure, et remplacé, seulement dans un petit 

rieure. II est aussi à remarquer que ce dernier nom est, à nombre de cantons de la supérieure, par celui de 

proprement parler, un nom générique : ainsi l'on distingue macsousa , appartient en propre au Cyprinus lepidotus ; et 

à Syout le Lebse scira , qui est le vrai lébis , et le Lebse c'est par une erreur (déjà relevée par Sonnini et par 

cammeri, qui est un autre cyprin indiqué par Forskael M. Cuvier) que Bruce I'avoit transporté à une espèce 

comme simple variété du Cyprinus Niloticus. ( Cyprinus d'un genre et même d'un ordre très-différens , le Polyne- 

N'doticus, var. B. ) mus plebeius. 



LES CYPRINS. PL. 9-10. 285 

position répand au loin une odeur qui attire ie poisson, et le fait approcher 
des hameçons, qu'il pourroit, sans cette précaution, ne pas apercevoir. 

Mon père a donné au binny le nom de Cyprinus lepidotus , parce que ses 
recherches sur les animaux connus des anciens lui ont fait reconnoître en lui 
le lepidotus de Strabon et d'Athénée; et l'on verra, par le passage suivant que 
j'extrais de son mémoire ( 1 ) , sur quelles bases il a établi cette détermination. 
« On a d'abord, dit-il, soupçonné que le lépidote désignoit la dorade [Spams 
» aurata]: on étoit fondé aie croire sur ce que, la dorade ayant été consacrée 
» chez les Grecs à la déesse de Cythère, la même que Nephthé ou l'épouse de 
» Typhon, cette consécration pouvoit tirer son origine de cérémonies Égyp- 
» tiennes ; mais , depuis , cette opinion fut abandonnée d'après cette autre con- 
» sidération toute naturelle, que, si les écrivains Grecs avoient voulu désigner la 
» dorade, ils se fussent servis, pour la détermination d'un poisson aussi univer- 
» sellement connu, du terme de chrysophrys usité parmi eux. On s'est enfin fixé 
» à un passage de Dorien, qui range le lépidote dans le genre des carpes ; et, 
» en conséquence, Linné appliqua le nom de lépidote au Cyprinus Niloticus , la 
» seule carpe du Nil connue de son temps. Mais cette détermination n'est point 
» rigoureuse, puisque le Nil, ainsi que j'ai eu occasion de le savoir, renferme 
» cinq carpes à chacune desquelles le passage d'Athénée pourroit également 
» convenir. Il devient donc nécessaire d'examiner à laquelle de ces espèces il se 
» rapporte exclusivement. Le nom de lepidotus, qui signifie écailleux , indique 
» assez un caractère distinctif et bien tranché; car par ce mot les anciens ne 
» voulurent pas exprimer que le lépidote étoit le seul poisson du Nil recouvert 
» d'écaillés, puisque toutes les espèces de ce fleuve, les silures exceptés, en sont 
» également revêtues : mais par cette dénomination ils entendirent, ainsi que 
» nous apprend un passage du faux Orphée [Ubell. de lepid.) , l'espèce la plus 
» remarquable par la grandeur et l'éclat argenté de ses écailles. Or la carpe qui 
» peut justifier le nom d'écailleuse par excellence, celle en laquelle on admire les 
» écailles les plus larges et les plus beaux reflets argentés , est indubitablement l'es- 
» pèce publiée parForskael sous le nom de Cyprinus binny. C'est, en conséquence, 
» à cette espèce que je crois devoir rapporter la dénomination de lépidote. » 

Il suit de cette détermination que le binny est le poisson qui , suivant Stra- 
bon (2), partageoit seul avec ïoxyrhynchus les honneurs d'un culte universel; 
et c'est ce que confirment de la manière la plus authentique de nouvelles 
découvertes faites en Egypte. Dans le grand nombre de momies que le savant 
voyageur M. Passalacqua a rapportées de la necropolis de Thèbes, il s'est trouvé 
plusieurs poissons qui appartiennent, comme mon père l'a constaté (3), à 

(1) Mémoire déjk cité, intitulé, Recherches sur les publié en 1798, est antérieur à l'époque où le travail de 

animaux du Nil connus des Grecs. — J'ai déjà dit que ce mon père a pu être connu du public, 
mémoire a été écrit en Egypte pendant le siège d'AIexan- (2) Voye^ plus haut, page 272, note 2. 

drie, et lu à l'Institut en 1802; et je rappelle ici ces cir- (3) Examen des animaux vertébrés faisant partie de la 

constances, parce que Sonnini a aussi, dans l'Histoire collection d'antiquités de M. Passalacqua, par M. Geof- 

de son voyage, établi que le lepidotus des anciens est le froy-Saint-Hilaire. 

binny, dont il donne une figure (planche 27, fig. 3 ) Voyez le Catalogue raisonné et historique des antiquités 

et une courte description. Or l'ouvrage de Sonnini, de M. Passalacqua, page 228. 

H. TV. TOME Ly, i. re partie. Oo 2 



286 POISSONS DU NIL. 

l'espèce du Cyprinus lepïdotiis : tous avoient été embaumés avec beaucoup de soin , 
enveloppés dans plusieurs bandelettes, et placés dans des boîtes sculptées à l'ex- 
térieur et de même forme qu'eux. 



LA CLUPÉE DU NIL, 
Clupea Ni lo tic a 

(Poissons du Nil, planche 10, fig. 1 ). 

Je trouve dans le registre d'observations de mon père cette espèce décrite 
avec soin d'après un individu frais. Je crois devoir me borner à transcrire ici cette 
description , beaucoup plus exacte sans doute que celle que je pourrois faire moi- 
même, n'ayant à ma disposition que deux individus chez lesquels les couleurs et 
les formes sont altérées et les nageoires mutilées. 

CLUPEA NIL O TIC A, Geoffr. S. t -Hil. 

« Quatre branchies à feuillets : fente branchiale très-ouverte, laissant voir dans 
» leur entier les ouïes ; huit rayons branchiostéges , dont les trois internes sont 
» très-aplatis et très-larges. Opercule composé de pièces très-minces et transpa- 
» rentes , rayé en dessus , et de couleur cuivrée et argentée. Mandibule inférieure 
» un peu plus longue, sans dents, terminée par un crochet remplissant l'inter- 
» valle des deux os maxillaires supérieurs. Le côté interne des arcs branchiaux 
» armé de nombreuses épines grêles, longues, parallèles et solides. Les nageoires 
» (et particulièrement l'anale) comme chez la sardine; cependant la dorsale est 
» terminée par un bord légèrement échancré en dedans. Une bande écailleuse, 
» étroite, demi-circulaire, située au-dessous et en arrière de l'œil; une longue 
» écaille triangulaire au-dessus de l'insertion de chaque pectorale. Le corps pro- 
» portionnellement moins alongé, et le dos plus arqué que chez le hareng : lon- 
» gueur totale , un pied. Les rayons de la queue sont difficiles à compter , parce 
y> qu'ils sont aplatis et très-adhérens les uns aux autres ; et l'on ne peut distinguer 
» la ligne latérale, quelque soin qu'on puisse mettre à la chercher. On remarque 
» sur le ventre, comme chez les autres dupées, une série de dentelures en scie, 
» résultant de la rencontre des écailles des deux moitiés du corps , et dont les 
» pointes regardent la queue. » 

Cette espèce est, en dessus, d'un verdâtre foncé, et, sur les côtés, d'un blanc 
argenté : le nombre de ses rayons est comme il suit : 

B. 8. P. 18. V. 9. D. 20. A. 21. C. 20. 

Cette dupée, ou, si l'on veut, cette alose, qui est désignée en Egypte sous 
le nom de sabouga, est, à proprement parler, un poisson de mer, comme son 



LES SILURES. PL. II. 287 

odeur seule suffiroit pour l'indiquer : néanmoins elle remonte le Nil jusqu'à une 
grande hauteur, et se pêche dans ce fleuve pendant les trois mois d'hiver ; elle y 
est alors excessivement commune, et s'avance même jusqu'à Qené, où elle est 
très-bien connue. 

Ce poisson a été indiqué et figuré par Sonnini, qui en a donné (pi. 23, fîg. 3 ) 
une figure peu exacte, et qui Ta confondu avec la sardine ( Clupea spratus ) ; erreur 
assez grave et dont il est difficile de concevoir la cause. 



LE SILURE OUDNEY, 

Si LU RUS AURITUS 

(Poissons du N 1 l , pf . 1 1 , fig. 1 -a ) , 

ET LE SILURE SCHILBÉ, 

SlLURUS MYSTUS 

( pi. 1 1, fig. 3-4). 

Le grand genre des silures, ou, pour m'exprimer d'une manière plus précise, 
la grande famille des siluroïdes , si remarquable par sa peau non écailleuse et par 
la composition de ses mâchoires, a été subdivisée principalement par MM. de 
Lacépède, Cuvier et Geoffroy-Saint-Hilaire, en une foule de genres et de sous- 
genres plus ou moins distincts et plus ou moins tranchés, mais qui ont été pour 
la plupart adoptés par les ichthyologistes : tels sont principalement les pimé- 
lodes ( Lacép. ) , les hétérobranches ( Geoffr. ) , les malaptérures ( Lacép. ) , et 
quelques autres moins importans, parmi lesquels je me bornerai à citer les schil- 
bés ( Cuv. ). Ce dernier groupe, fort rapproché de celui des silures proprement 
dits, se compose uniquement, dans l'état présent de la science, des deux espèces 
du Nil figurées dans la planche 1 1, l'oudney, ou schilbé oudney [ Silurus auritus , 
Geoffr. S.VHil. ], et le schilbé proprement dit [ Silurus mystus , Lin. ]. 

Ces deux espèces se distinguent très-aisément des autres silures par la forme 
très-comprimée de leur corps et de leur queue; par une épine assez forte et den- 
telée sur son bord interne, qui forme le premier rayon de leur nageoire dorsale; 
par la position très-antérieure et par l'extrême brièveté de la dorsale, qui a éga- 
lement une épine pour premier rayon; par la longueur considérable de l'anale; 
enfin par l'existence de huit barbillons. Mais ce qui les rend sur-tout remar- 
quables, et ce qui même leur donne une physionomie toute particulière, c'est 
leur tête, courte, large et déprimée horizontalement, qui se continue directement 
par sa face inférieure avec le bord de l'abdomen, mais qui est à peine de niveau 
avec la ligne latérale , quoique celle-ci corresponde , à peu de chose près , à la 
région moyenne du corps. Il suit de là que le tronc, beaucoup moins large que 



288 POISSONS DU NIL. 

la tête, la dépasse, au contraire, presque du double en hauteur : aussi voit-on, 
lorsqu'on examine un schilbé, que la partie du bord dorsal que comprennent entre 
eux l'occiput et le commencement de la nageoire, remonte obliquement d'avant 
en arrière, en formant avec la surface plane du dessus de la tête un angle ren- 
trant très-prononcé, et que la bouche et les yeux sont placés si bas, qu'ils se 
trouvent presque de niveau avec l'insertion des pectorales et même des ventrales. 
Ces proportions de la tête et du corps et les dimensions des nageoires donnent 
à l'animal une physionomie très-singulière, et dont on ne sauroit mieux donner 
ïidée qu'en comparant les schilbés à des poissons renversés. En effet, la dorsale, 
très-courte, très-haute, et en même temps très-rapprochée de la tête, a une res- 
semblance grossière avec la ventrale d'un grand nombre d'osseux thoraciques; et 
l'anale, qui est d'une telle longueur, qu'elle n'est séparée des ventrales et de la 
caudale que par un très-petit espace, représente très-bien la nageoire du dos de 
plusieurs malacoptérygiens. 

Les caractères que je viens d'indiquer se retrouvent également chez Je schilbé 
et chez l'oudney ; et l'on reconnoît facilement par la comparaison de ces deux 
espèces qu'elles appartiennent au même genre naturel. Il est d'ailleurs très-facile 
de les distinguer l'une de l'autre, comme le montrera leur description. 

Le schilbé a communément un peu moins d'un pied du bout du museau à 
l'origine de la nageoire caudale, sa tête ayant deux pouces et demi de long, et 
un pouce et demi de hauteur, vers l'occiput. 

La dorsale est placée un pouce environ en arrière du bord de l'opercule, 
c'est-à-dire , vers le quart antérieur de la longueur totale. A partir de ce point, 
c'est-à-dire, dans les trois quarts postérieurs, le corps est à peu près de forme 
triangulaire , parce que son bord inférieur, presque rectiligne, et le supérieur, 
très-légèrement convexe, se rapprochent peu à peu l'un de l'autre jusqu'à la fin 
de la nageoire anale, où ils ne sont éloignés que d'un pouce. Le corps est, au 
contraire, assez élevé au niveau de la dorsale, où il a près de trois pouces de 
hauteur, et même encore vers le milieu de l'anale, où il a deux pouces et 

demi. 

Les pectorales, dont le premier rayon est une forte épine dentelée, s'insèrent 
au-dessous de la partie la plus postérieure du bord de l'opercule : elles sont de 
grandeur moyenne, et assez pointues. La dorsale, placée un peu plus en arrière, 
et un peu plus grande que celle-ci, a de même une épine pour premier rayon: 
elle leur ressemble d'ailleurs par sa forme générale. Les ventrales, plus petites 
que les pectorales, leur sont aussi assez semblables : elles sont uniquement com- 
posées de rayons articulés, et s'insèrent un pouce et demi plus en arrière; dis- 
tance peu considérable, mais néanmoins plus grande que la longueur de ces 
dernières nageoires. Il suit de là que la pointe d'une pectorale ne peut atteindre 
l'insertion de la ventrale qui lui correspond; caractère sur lequel j'insiste à dessein, 
parce qu'il est propre au Silunis mystus. L'anus , placé un demi-pouce au-delà des 
ventrales, ne se trouve séparé que par un intervalle d'une ou de deux lignes de 
l'anale : celle-ci, composée de rayons très-courts, mais extrêmement nombreux, 






LES SILURES. PL. II. 289 

commence vers le milieu de la longueur totale (1), et se termine tout près de 
l'origine de la caudale. Celle-ci est fourchue et de grandeur moyenne. 

Les mâchoires sont garnies d'une multitude de petites dents dirigées en 
arrière et disposées irrégulièrement sur plusieurs rangs. L'ouverture buccale est 
antérieure , et ne se prolonge latéralement que d'une ligne ou de deux : elle a 
néanmoins beaucoup de largeur, à cause de la forme déprimée de la tète. La 
mâchoire inférieure est un peu plus longue que la supérieure : ses quatre bar- 
billons sont assez rapprochés les uns des autres et fort grêles; les externes ou 
les plus longs ont plus d'un pouce, et les internes sont de moitié plus courts. 
A la mâchoire supérieure , les internes , placés immédiatement en avant des 
orifices des narines, ont huit lignes; les deux autres, situés vers l'angle de la 
commissure des lèvres, ont un pouce. Les rayons branchiostéges sont au nombre 
de neuf. 

Le corps, généralement comprimé, est sur-tout très-mince dans sa moitié infé- 
rieure; son bord inférieur est même, dans toute l'étendue où il donne insertion 
à la nageoire anale, caréné et presque tranchant. La ligne latérale est à peu près 
droite; elle commence à la partie supérieure de l'opercule, ou, ce qui revient 
au même, vers la partie supérieure de la tête, et se termine sur le milieu de la 
queue, vers l'insertion de la caudale : elle se rapproche ainsi peu à peu de la 
région moyenne, à mesure qu'elle devient postérieure. 

La peau est nue et d'une telle finesse, qu'elle laisse apercevoir les muscles 
et les pièces osseuses sous-cutanées : observée sur un individu frais, die est, sur 
le dos, d'un bleu noirâtre; sur le ventre et les flancs, d'un blanc argenté, lavé de 
rose; et sur la tête, généralement bleuâtre avec des teintes de jaune doré et sur- 
tout de couleur de chair. 

C'est à Hasselquist que l'on doit la connoissance de ce silure : ce voyageur l'a 
indiqué sous le nom de Silurus schilbe Niloticus. L'espèce a aussi été vue en Egypte 
par Sonnini, qui en a donné une figure assez inexacte dans l'Atlas de son voyage 
(pi. 23,%. 1). 

Quelques auteurs ont cru que cette espèce, assez commune dans le Nil, étoit 
connue des anciens; et mon père a pensé que c'étoit le poisson que Strabon a 
mentionné sous le nom de silurus, nom qui est devenu depuis Linné celui d'une 
famille tout entière. On a également rapporté le silurus au docmac, dont il se rap- 
proche aussi à quelques égards; mais on doit convenir que l'on ne peut admettre 
que comme très-douteuse l'une ou l'autre de ces déterminations. 



Je passe maintenant à la description du Silurus auritus. Cette seconde espèce a 
généralement les mêmes formes que la précédente, et il me suffira d'indiquer les 
caractères peu nombreux, mais très-faciles à saisir, par lesquels elle se distingue. 

Le plus apparent de ces caractères, c'est l'extrême petitesse de l'oudney par 

(1) J'entends ici, comme par-tout ailleurs, par Ion- mité de la queue, sans y comprendre la nageoire cau- 
gueur totale, la distance du bout du museau à Pextré- dale. 



2^0 POISSONS DU NIL. 

rapport au schilbé et à la plupart des silures. Sur un assez grand nombre de sujets 
que j ai examinés, je n'en ai trouvé aucun dont la taille dépassât celle de l'individu 
représenté dans l'Atlas, c'est-à-dire, aucun qui eût plus de cinq pouces, du bout 
du museau à l'origine de la nageoire caudale. En outre, chez l'oudney, la tête est 
un peu plus haute et un peu moins déprimée, les barbillons sont beaucoup plus 
alongés, les pectorales plus arrondies, et les ventrales plus petites que chez le 
schilbé. Mais ce qui distingue plus particulièrement le Siliims auritus , c'est l'ex- 
trême longueur de sa nageoire anale, qui est contiguë en arrière avec la caudale, 
et qui en avant s'étend jusqu'au tiers antérieur de la longueur totale, et non plus 
seulement, comme chez le Silurus tnystus , jusqu'à la moitié. Il résulte de cette 
différence de proportion , que l'anus se trouve rejeté vers l'origine des ventrales , 
et que, par contre-coup, celles-ci se trouvent à leur tour reportées beaucoup plus 
près des pectorales: ce qui produit de très-importantes modifications ; car, tandis 
que les pectorales n'atteignent pas même l'insertion des ventrales chez le schilbé, 
elles en atteignent la pointe chez l'oudney, la dépassent même sensiblement, et 
s'étendent jusque sur les premiers rayons de l'anale. Il est à ajouter que la caudale 
est moins profondément échancrée que chez le Silurus tnystus , et que l'anale elle- 
même a proportionnellement plus de hauteur, en sorte qu'elle s'est étendue à-la- 
fois dans tous les sens. Au reste, il est facile de prévoir que l'accroissement en 
longueur de cette nageoire ne doit pas s'être fait sans un accroissement dans le 
nombre des rayons dont d\e se compose; et c'est ce qui a lieu en effet, comme 
le montre le tableau suivant (1) : 

Silure schilbé. D. 7. P. 1.1- V. 6. A. 65. C. 18. 
Silure oudney. D. // P. 11. V. 6. A. jj. C. 18. 

Le Silure oudney est très -semblable au Silure schilbé par ses couleurs; ce 
qu'indique la grande ressemblance qui existe constamment entre les individus 
des deux espèces conservés dans les collections par l'emploi des mêmes moyens , 
et ce que mon père a constaté en Egypte par des observations faites sur le frais. 



Les deux silures dont je viens de tracer la description sont assez bien connus 
en Egypte : les Arabes ont donné au premier le nom de schilbé , et au second 
celui de schilbé oudney [schilbé à oreilles _ ]; désignations analogiques par lesquelles 
ils indiquent qu'il existe des rapports, mais aussi des différences, entre les deux 

( i)Je n'ai pu indiquer dans ce tableau le nombre des que je sais positivement, par les notes que mon père 

rayons de la dorsale du Silurus auritus , parce que les a recueillies en Egypte sur le Silurus tnystus , qu'il est 

nombreux individus de cette espèce que j'ai examinés assez rare de trouver la nageoire dorsale entière dans 

avoient tous cette nageoire mutilée, ou même compïé- cette espèce , parce que , disent les pêcheurs , les schilbés 

tement détruite. Cette circonstance «endroit - elle à ce la briseur eux-mêmes en cherchant à l'enfoncer dans le 

que, l'oudney faisant pour sa défense un grand usage de sa corps de leurs ennemis. Or ne doit-on pas penser que le 

foible dorsale, il lui arriverait fréquemment de la briser Silurus auritus ressemble par ses mœurs au Silurus mys- 

lui-même! to,comme il lui ressemble par son organisation et 

Cette explication me paroît d'autant plus vraisemblable, ses caractères extérieurs! 

espèces. 



LE MALAPTERURE ELECTRIQUE. PL. 12. 20 1 

espèces. La chair du Silurus mystus est meilleure que celle de la plupart des 
poissons de la même famille, et elle est assez estimée : celle du Silurus auritus 
possède vraisemblablement les mêmes qualités; mais ce poisson est, à cause de 
sa petite taille, méprisé des pêcheurs, qui souvent négligent de le porter au 
marché, et même de le retenir lorsqu'il vient à se prendre dans leurs filets. On 
prétend d'ailleurs que le schilbé oudney est assez rare; opinion qui a peut-être 
son origine dans le peu d'empressement qu'on met à s'emparer de ce poisson , à 
cause de son défaut de valeur. 



LE MALAPTERURE ÉLECTRIQUE, 

Malapterurus electricus 

(Poissons du Nil, planche 12, fig. 1, 2, 3 et 4). 

Quand cette espèce, si célèbre sous le nom de Silure trembleur, ne seroit pas 
par ses propriétés électriques l'une des plus remarquables de la grande série 
ichthyologique , die n'auroit pu manquer d'exciter à un haut degré l'intérêt des 
zoologistes par ses seuls caractères extérieurs. C'est, en effet, l'un de ces êtres 
isolés dans la nature qui, offrant à la méthode de nouvelles combinaisons de 
caractères, enrichissent la science d'un genre, et quelquefois d'une famille de plus, 
et deviennent, pour ainsi dire, le type d'une nouvelle organisation. 

Le Malaptérure ( 1 ) électrique forme effectivement l'une des divisions les plus 
tranchées du groupe des siluroïdes. Nous avons vu que les schilbés ont une dor- 
sale composée seulement d'un très-petit nombre de rayons , et presque rudimen- 
taire : chez le malaptérure , cette nageoire disparoît entièrement , et ii n'existe 
plus sur le dos qu'une petite adipeuse triangulaire, opposée à la fin de l'anale. A 
ce caractère très - remarquable se joignent quelques autres modifications d'une 
moindre importance. Le corps est un peu comprimé latéralement, et va en dimi- 
nuant de devant en arrière, sa partie la plus antérieure étant à-la-fois et beaucoup 
plus large et beaucoup plus haute que la postérieure. La tête, courte, imparfai- 
tement conique et légèrement déprimée, est bornée en dessus par une surface 
oblique, qui ne s'élève pas, à beaucoup près, au niveau du bord dorsal. La bouche 
se prolonge à peine de quelques lignes latéralement; mais elle ne manque cepen- 
dant pas de largeur , à cause de la forme déprimée du museau. Les deux mâchoires 
sont garnies d'une multitude de dents dirigées en arrière et d'une extrême finesse, 
qui, disposées assez irrégulièrement, forment cependant dans leur ensemble une 
figure parfaitement régulière, dont on ne sauroit mieux donner l'idée qu'en la 
comparant à un fer à cheval. Les barbillons sont au nombre de six, dont quatre 
t inférieurs disposés comme chez le schilbé, et deux supérieurs correspondant par 

(1) Ce nom, qui indique le plus apparent des carac- mots Grecs, /mixcucoç , mollis; fsrrtQpv, pirwa ; et oJgjt, 
tères génériques du Silure électrique, est formé des trois cauda [ mollis pinna supra cai/dam], 

H. N. TOME L», i. re partie. p p 



2^2 POISSONS DU NIL. 

leur position à la paire externe de ce silure (i) : du reste, ceux-ci sont les plus 
longs de tous, et les inférieurs et internes les plus courts. L'œil, assez éloigné de 
l'extrémité du museau, est très-petit, et se trouve recouvert d'une conjonctive 
assez épaisse; deux caractères qui paroissent avoir frappé les anciens, et qui ont 
valu à l'espèce (en adoptant la détermination proposée par mon père) le nom 
de typhlinus , dérivé de rv<p\oç , aveugle. L'ouverture branchiale , dirigée presque 
verticalement, a peu d'étendue, et se termine supérieurement au point d'origine 
de la ligne latérale. Celle-ci est sensiblement droite, et occupe assez exactement 
la région moyenne du corps et de la queue, où on la voit très-distinctement 
jusqu'au point d'insertion de la caudale. L'anus occupe une position bien diffé- 
rente de celle qu'il nous a présentée chez le schilbé et sur-tout chez l'oudney : 
i\ se trouve rejeté vers le tiers postérieur de la longueur totale ; circonstance 
d'autant plus remarquable, que, chez le Malaptérure, presque tous les organes 
appartenant au système digestif sont très-peu volumineux. 

Les nageoires sont généralement peu développées : les pectorales, dont l'in- 
sertion est très-voisine de l'ouverture branchiale , ne présentent aucune épine , 
et sont uniquement composées de rayons mous; les ventrales, arrondies et assez 
courtes, sont placées vers la moitié du corps, et l'anale, composée de rayons 
assez longs, mais peu nombreux, se trouve rejetée vers le quart postérieur. La 
caudale est au contraire assez étendue ; bien loin de présenter , comme à l'ordi- 
naire, une échancrure plus ou moins profonde, elle est terminée par un bord 
convexe, et par conséquent plus longue dans sa .partie moyenne qu'à ses extré- 
mités. Le nombre des rayons de la membrane branchiostége et des nageoires est 
comme il suit : 

B. 7.* D. o. P. 9 . V. 6. A. 11. C. 18. 

Cette espèce a ordinairement d'un pied à un pied et demi de long, du bout du 
museau à l'origine de la nageoire caudale. Son corps et sa tète sont couverts d une 
peau lisse enduite d'une mucosité abondante, et présentent un assez grand nombre 
de taches noires ou noirâtres sur un fond grisâtre. La forme, la grandeur et la 
situation de ces taches n'offrent rien de bien régulier ; et il suffira de dire à leur 
égard qu'elles sont le plus souvent arrondies, et qu'elles se trouvent, pour la 
plupart, disposées par petits groupes le long de la ligne latérale. Quelques autres, 
fort petites et très-irrégulières, se voient également sur les nageoires ventrales et 
pectorales, et principalement sur l'anale et la caudale. 

Le Malaptérure ressemble généralement par ses organes digestifs à la plupart 
des genres de la famille des siluroïdes; mais l'estomac et même tout le canal ali- 

( j ) Une membrane élargie et triangulaire, dont la certain point, considérer la paire qui existe seule chez 

partie externe naît vers l'angle de la commissure des le premier, comme représentant à-Ia-fois les deux paires 

lèvres, et l'interne vers la narine, forme pour chacun du second. 

des barbillons supérieurs du Malaptérure électrique une * Sept, suivant M. Cuvier; six, suivant M. de Lacé- 
double origine qui correspond exactement aux points pède : mais je me suis assuré qu'ils sont réellement au 
où prennent naissance séparément les quatre barbil- nombre de sept , comme le dit le premier de ces illustres 
Ions du schilbé. Il suit de là que l'on peut, jusqu'à un naturalistes. 



LE MALAPTÉRURE ÉLECTRIQUE. PL. 12. 29^ 

mentaire ( fig. 2) sont plus petits que chez ceux-ci. L'intestin, principalement 
remarquable par l'absence des ccecums, est soutenu dans une grande partie de 
son étendue par une masse graisseuse dans laquelle se trouve plongée la rate. 
L'estomac représente un sac dont les dimensions, prises chez un individu de très- 
grande taille, sont de deux pouces et demi en longueur sur un pouce et demi 
en largeur : il est entouré par une petite portion de l'intestin, et occupe le 
centre de la cavité abdominale. Le foie, placé au-dessus de lui, est composé de 
deux masses principales, et fournit de chaque côté, en haut et en dehors, une 
petite languette qui pénètre, mais peu profondément, entre les muscles du bras. 
Le cœur est très-peu volumineux. La vessie natatoire (fig. 4) se compose de deux 
portions : l'une, antérieure, petite et en forme de cœur; l'autre, postérieure, de 
moitié plus grande, et de figure elliptique : ces deux portions sont séparées par 
un étranglement qui ne les empêche pas de communiquer entre elles. En outre, 
il existe dans l'intérieur de la vessie une cloison longitudinale qui la partage en 
deux cavités, l'une droite, l'autre gauche. 

Mais ce que l'anatomie du Malaptérure offre de plus intéressant, c'est sans 
aucun doute son appareil électrique (fig. 3 ) ; appareil que mon père a découvert 
et fait connoître le premier. J'extrais les détails suivans du mémoire dans lequel 
il a consigné les résultats de ses recherches (1) : 

« Ce n'est ni sur les côtés de la tête, comme dans la torpille, ni au-dessous de 
» la queue, comme dans le Gymnote engourdissant, que se trouve l'organe élec- 
» trique dans le Silure trembleur : il est étendu tout autour du poisson ; il existe 
» immédiatement au-dessous de la peau , et se trouve formé par un amas consi- 
» dérable de tissu cellulaire tellement serré et épais , qu'au premier aspect on le 
» prendroit pour une couche de lard : mais, quand on y regarde de plus près, on 
» s'aperçoit que cet organe est composé de véritables fibres tendineuses ou aponé- 
» vrotiques qui s'entrelacent les unes dans les autres, et qui, par leurs différens 
» entre-croisemens, forment un réseau dont les mailles ne sont distinctement 
» visibles qu'à la longue. Les petites cellules ou alvéoles de ce réseau sont remplies 
» d'une substance albumino- gélatineuse; elles ne peuvent communiquer à l'inté- 
» rieur, à cause d'une très-forte aponévrose qui s'étend sur tout le réseau élec- 
» trique, et qui y adhère au point qu'on ne peut le séparer sans le déchirer : 
» d'ailleurs cette aponévrose tient seulement aux muscles par un tissu cellulaire 
» rare et peu consistant, 

» Le système nerveux qui complète cet organe électrique, n'a pas plus de 
>-> rapport avec les branches nerveuses que nous avons examinées dans la torpille 
» et le gymnote, que les tuyaux de ceux-ci n'en ont avec l'enveloppe particulière 
» du Silure trembleur. Ces nerfs proviennent du cerveau : ce sont les mêmes que 
» mon célèbre ami M. Cuvier a vus se porter directement dans tous les pois- 
» sons sous la ligne latérale; mais ces deux nerfs de la huitième paire ont dans 
» le Silure trembleur une direction et un volume qui sont particuliers à cette 

( 1 ) Mémoire sur l'anatomie comparée des organes et du Silure trembleur. ( Annales du Muséum d'histoire 
électriques de la Raie torpille , du Gymnote engourdissant naturelle, tome I. cr , 1 802. ) 

H. N. TOME I.«, impartie. Pp a 



294 POISSONS DU NIL. 

» espèce : ils descendent, en se rapprochant l'un de l'autre à leur sortie du crâne, 
» vers ie corps de la première vertèbre qu'ils traversent; ils s'introduisent d'abord 
» par un orifice qui est propre à chacun d'eux, et en sortent ensuite, du côté 
» opposé, par une seule ouverture; après s'être rencontrés, ils s'écartent tout-à- 
» coup et se rendent sous chacune des lignes latérales : on les trouve alors logés 
» entre les muscles abdominaux et l'aponévrose générale qui s'étend sur le réseau 
» électrique ; enfin ils pénètrent sous la peau au moyen de grosses branches qui 
» se portent à droite et à gauche du nerf principal. Ces branches sont au nombre 
» de douze à quinze de chaque côté ; elles percent l'aponévrose qui revêt la surface 
» interne du tissu réticulaire, pénètrent jusqu'au centre du réseau, et finissent par 
» s'y épanouir. » 

Les Arabes connoissent très-bien le Malaptérure ; et le nom même qu'ils lui 
ont donné suffirait pour prouver qu'ils n'ignorent pas les propriétés électriques 
qui le rendent si remarquable (1). Comparant la commotion produite par ce 
poisson aux effets de la foudre, ils lui ont donné le nom de râad ou raasch, qui 
signifie tonnerre , comme s'ils eussent voulu rapporter à l'électricité céleste les 
phénomènes de l'électricité animale , et comme si l'un des plus grands faits de la 
science des Franklin et des Volta eût été deviné par un peuple demi-barbare. 
Il est même à remarquer que les Arabes donnent aussi le nom de râad à la tor- 
pille, malgré les caractères si difFérens de ces deux poissons, et malgré les usages, 
on pourroit dire, malgré les lois qu'ils ont constamment suivies dans leur nomen- 
clature. Chaque espèce porte en Egypte, comme dans les méthodes des natura- 
listes, deux noms, dont l'un indique le genre, et dont l'autre détermine l'espèce; 
et il n'y a guère d'exception que pour les deux poissons électriques. 

La chair du râad est un peu plus estimée que celle de la plupart des autres 
silures; et sa peau s'emploie à divers usages. Le peuple prétend aussi que la 
graisse sous-cutanée de ce poisson possède d'importantes propriétés thérapeu- 
tiques : on la brûle sur des brasiers, devant lesquels on expose les malades pour 
leur procurer le contact des gaz produits par cette combustion. 

EXPLICATION DE LA PLANCHE 12. 

Anatomie du Malaptérure électrique. 

Fig. 2, Les viscères abdominaux. — f, le foie; ii, le canal intestinal. 

Fig. 3. La colonne vertébrale et l'appareil électrique. — vv, vertèbres; c, côtes; f et m , apophyses des 
premières vertèbres, portant la partie supérieure de la vessie natatoire; gg, coupe de (a peau 
et du tissu adipeux sous-cutané ( voye^ plus haut ) ; n n , le nerf de l'appareil électrique. 

( 1 ) Forskael, qui a indiqué cette espèce sous le nom encore dans Adanson. Depuis, Broussonnet a publié sur 

de Raia torpédo, et Adanson, ont eu, le premier en lui un mémoire exprofesso, intitulé, Mémoire sur le trem- 

Egypte, et le second au Sénégal, l'occasion de faire bleur, espèce peu connue de poisson électrique (Mémoires de 

quelques expériences sur les propriétés électriques du Ma- l'Académie royale des sciences , année J782); mais ce 

laptérure ; mais les détails qu'ils ont recueillis sont si in- travail ne contient aucune observation nouvelle, et la 

complets, que l'histoire entière de ce poisson si remar- science attend encore une histoire détaillée des effets 

quable forme seulement une page dans Forskael, et moins électriques produits par le Malaptérure. 



LES PIMELODES. PL. 12-15. 2QC 

Fig. 4- La vessie natatoire. — o, sa partie supérieure ; i, sa partie inférieure ; a , coupe pour montrer son 
intérieur. Voye% ci-dessus la description de la vessie natatoire. 

Les deux dernières figures représentent le crâne et les premières vertèbres, vus en dessus et en dessous: 
d, vomer; e, maxillaire supérieur; p, frontaux; j, os du palais ; s, sternum; r, rayons branchiostéges; 
a et b, apophyses des premières vertèbres , portant la partie supérieure de la vessie natatoire. 



LES PIMELODES 

(Poissons du Nil, planche 12. fig. ; et 6 , planche 1 3 et planche 14 ), 

ET LES BAYAD ou BAGRES 

( planche 15). 

LÉs sept espèces de la famille des siluroïdes figurées dans l'Atlas sous les 
noms de pimélodes et de bayad appartiennent, suivant la classification de M. de 
Lacépède, au genre Pimelodus, et suivant celle de M. Cuvier, à trois sous-genres 
distincts, celui des schals, synodontis , Cuv.; celui dès pimélodes proprement 
dits , pimelodus , Lacép.; et celui des bagres, auquel l'illustre auteur du Règne ani- 
ma/ ri a. point donné de désignation Latine, mais que mon père avoit déjà appelé 
porcus. Je me conformerai à ces bases de classification dans la description que 
j'ai à donner des sept pimélodes d'Egypte ; et je rapporterai chacun d'eux au 
sous -genre auquel il appartient, suivant les principes de la méthode exposée 
dans le Règne animal. 

I. LES SCHALS, SYNODONTIS, Cuv. 

Ce sous-genre est caractérisé à peu près de la manière suivante par M. Cuvier : 
museau étroit; mâchoire inférieure portant un paquet de dents très-aplaties 
latéralement, terminées en crochet, et suspendues chacune par un pédicule 
flexible (1); le casque rude, formé par le crâne, se continuant sans interruption 
avec une plaque osseuse qui s'étend jusqu'à la base de l'épine de la première dor- 
sale, épine qui est très-forte, aussi bien que les aiguillons des pectorales; les bar- 
billons inférieurs, quelquefois même les maxillaires, ayant des barbes latérales. 

LE PIMÉLODE SYNODONTE 

( Pimelodus synodontes , Geoffr. S. t - Hil. , planche 1 2 , fig. 5 et 6 ). 

Cette espèce pourra être désignée sous le nom de Synodontis macrodon , d'un 
caractère très-remarquable que présentent ses dents inférieures, semblables, pour 
leurs formes générales et leur disposition, à celles des autres espèces du sous- 
genre, mais beaucoup plus longues, et pouvant même être comparées pour 

( 1 ) On ne connoît point d'autre exemple de ce système de dentition. 



2ÇÔ POISSONS DU NIL. 

leurs dimensions aux incisives des rongeurs. Ces dents sont d'ailleurs très-facile- 
ment visibles à l'extérieur, à cause de l'extrême brièveté de la mâchoire inférieure ; 
celle-ci se termine, quelques lignes avant la fin de la supérieure, par quatre bar- 
billons, dont les externes ont cinq barbes sur leur côté interne, et les autres, six 
ou sept, disposées alternativement l'une à droite, l'autre à gauche, et non pas 
opposées entre elles. Les barbillons supérieurs, à peu près doubles des inférieurs, 
et deux fois plus longs que la tête, ont aussi sur un de leurs côtés neuf barbes 
parallèles entre elles et disposées très-régulièrement ( i ). 

L'œil est de grandeur moyenne, et un peu plus éloigné de l'ouverture buccale 
que de la fente branchiale. Celle-ci est, comme la bouche, très-étroite : elle se 
dirige très-obliquement de bas en haut et d'avant en arrière. La tête dans son 
ensemble a la forme d'une pyramide quadrangulaire, dont le sommet corres- 
pondroit à la pointe de la mâchoire d'en haut; sa face supérieure est très-peu 
convexe; et ses faces latérales sont, de même que l'inférieure, presque exac- 
tement planes. Le corps, beaucoup moins large que la tête, est très-comprimé 
dans sa partie supérieure et en arrière; cependant il est assez épais dans sa 
région inférieure , depuis l'insertion des pectorales jusqu'à l'anus : son bord 
inférieur est rectiligne et horizontal, et le supérieur est convexe jusqu'au niveau 
de l'anale ; tous deux deviennent ensuite légèrement concaves jusqu'à l'origine 
de la nageoire caudale , où la queue prend un peu plus de hauteur. La ligne 
latérale est rectiligne et occupe toujours la région moyenne : elle est très-visible 
depuis l'insertion de la caudale jusqu'au niveau de la dorsale; mais elle devient 
ensuite de moins en moins apparente, et on la distingue très-difficilement sur la 
partie antérieure du corps. L'anus est situé vers les deux cinquièmes postérieurs 
de la longueur totale, et placé à égale distance des ventrales et de l'anale. Cette 
dernière nageoire, assez courte, est deux fois plus haute en avant qu'en arrière, 
et se trouve séparée de la caudale par un intervalle assez grand. Les ventrales 
sont assez grandes, mais ne présentent rien de particulier. Les pectorales, un 
peu plus étendues que celles-ci, sont, au contraire, très-remarquables : leur pre- 
mier rayon est une épine très-large, très-épaisse et très-dure, hérissée sur son 
bord interne d'une série de dentelures en scie, très-fortes et dirigées en avant, 
et, sur l'externe, d'une seconde série de dentelures beaucoup plus fines et 
dirigées en arrière. Il est à ajouter que le Pimélode synodonte jouit, comme un 
grand nombre de siluroïdes, de la faculté de fixer à volonté son épine pec- 
torale sur l'os de l'épaule (qui est chez lui une pièce très-large et très-épaisse); 
dispositions qui concourent toutes à faire de cette épine une arme dangereuse. 

La caudale , profondément échancrée , se compose de deux lobes très-alon- 
gés et très-pointus à leur extrémité : elle ne s'insère pas seulement sur le bord 
postérieur de la queue, mais aussi sur la fin de ses bords supérieur et inférieur, 
et n'est séparée de l'adipeuse que par un très-petit intervalle. Celle-ci commence 
au niveau des ventrales, et se prolonge un peu plus en arrière que l'anale : elle 
est généralement assez basse, sur-tout dans sa partie antérieure, et se termine par 

( i ) Voyez, pour la disposition et la forme des barbillons , de la bouche et des dents, la figure 6. 



LES PIMELODES. PL. 12-15. 2 Q7 

un bord convexe La dorsale rayonnée est postérieurement presque égale à l'adi- 
peuse; mais, en avant, elle devient trois fois plus haute. Son épine est aussi forte, 
mais beaucoup plus longue que les épines pectorales; elle est aplatie latérale- 
ment, et non pas d'avant en arrière, comme celles-ci, dont elle diffère d'ailleurs 
en ce qu'elle n'est dentelée que sur la moitié inférieure de son bord antérieur 
et sur la moitié supérieure de son bord postérieur ; les dentelures postérieures 
sont très-petites et dirigées en bas ; et les antérieures , beaucoup plus petites encore, 
se dirigent, quelques-unes en haut, et le plus grand nombre transversalement. 
Cette épine pourrait n'être considérée que comme le second rayon dorsal : en 
effet, il en existe antérieurement une autre; mais celle-ci est très-courte, très- 
obtuse, et véritablement sans aucune importance réelle. 

La peau, de couleur grisâtre, est généralement très-fine, et laisse apercevoir 
les muscles sous-cutanés; mais le dessus de la tète et du dos, jusqu'à l'épine dor- 
sale et même un peu au-delà, est couvert par une plaque osseuse , rude et tu- 
berculeuse dans presque toute son étendue, et sur laquelle on n'aperçoit aucune 
trace de division. La pièce très-large qui forme l'os de l'épaule présente aussi, 
dans sa partie supérieure, des tubercules; mais ceux-ci sont plus petits et sur-tout 
beaucoup moins nombreux que ceux du casque crânien. 

Cette espèce, que les pêcheurs connoissent sous le nom de schal senen, a 
quelquefois près d'un pied de longueur totale; mais l'individu qui a servi de type 
à notre description , n'avoit que cinq pouces et demi du bout du museau à l'in- 
sertion de la nageoire caudale, sur un pouce trois quarts de hauteur au niveau 
de l'épine dorsale, un pouce un quart au milieu de l'adipeuse, et huit lignes vers 
l'extrémité de la queue. L'épine dorsale étoit longue de deux pouces une ligne, les 
pectorales d'un pouce deux lignes, et la caudale avoit un pouce et demi sur son 
bord inférieur, et une ou deux lignes de plus sur le supérieur. 

LE PIMÉLODE GEMEL 

( Pimelodus membranaceus , Geoffr. S. t - Hil., planche 1 3, fig. 1 et 2 ). 

Le gemel, Pimelodus ou Synodontis membranaceus, est une espèce assez voisine 
du Synodonûs macrodon , pour qu'il me suffise d'indiquer ses caractères spécifiques. 
Il se distingue très-facilement de cette espèce et de la suivante par sa nageoire 
adipeuse, de même forme que chez elles, mais un peu plus basse, plus épaisse, 
plus prolongée antérieurement, et commençant immédiatement au point où se 
termine la dorsale rayonnée. Le corps est aussi, chez le gemel, un peu plus élevé 
à sa partie postérieure que chez ses congénères, et les lobes de la caudale sont 
plus inégaux, le supérieur étant toujours le plus grand. De plus, l'os de l'épaule 
présente une multitude de tubercules très-fins, et la partie antérieure du museau, 
un grand nombre de petites saillies et de petites éminences qui la rendent très- 
inégale; double caractère qui n'existe pas chez le macrodon. Il est presque inutile 
d'ajouter que ies dents sont aussi plus courtes et moins visibles à l'extérieur. 






298 POISSONS DU NIL. 

L'épine dorsale, assez longue, présente un sillon longitudinal très-prononcé 
sur la partie antérieure de chacune de ses faces latérales; elle n'est dentelée que 
dans la moitié supérieure de son bord postérieur. L'épine rudimentaire, placée 
en avant de la nageoire dorsale, est très-petite, très-obtuse, et presque entièrement 
cachée sous les tégumens. 

Les épines pectorales, de même longueur que la dorsale, mais beaucoup plus 
fortes et plus larges, présentent, sur le milieu de leur bord externe, de petites 
dentelures dirigées en arrière, et sur toute la longueur de l'interne, de fortes 
dentelures comparables aux dents d'un peigne, et dirigées en avant, mais seule- 
ment sous un angle très-peu aigu. 

Cette espèce a quatre barbillons de chaque côté; savoir, deux inférieurs et deux 
supérieurs. Ceux-ci partent de l'angle de la commissure des lèvres, et sont l'un 
au-devant de l'autre : l'antérieur, aussi long que la tête, est bordé en arrière par 
une membrane assez large, qui se continue inférieurement avec la peau; le pos- 
térieur (1) , huit fois plus court que l'antérieur, est peu visible et enveloppé par 
l'antérieur. Les quatre barbillons inférieurs naissent sous la lèvre ; la paire 
externe est deux fois plus longue que l'interne : tous sont d'ailleurs beaucoup 
moins grands que les barbillons antérieurs de la mâchoire supérieure, dont ils sont 
très-dirTérens par leur forme; en effet, ils n'ont de membrane qu'à leur extrémité , 
et présentent quelques barbes longues et écartées sur la bordure de leur moitié 
antérieure (2). Les rayons branchiaux sont au nombre de cinq. 

Le Synodontis membranacens a communément plus d'un pied de long : sa peau , 
lisse et très-fine, est généralement d'un gris blanchâtre argenté sur le dos et les 
flancs, d'un bleu noirâtre sur le ventre : les barbillons sont couleur de chair; mais 
les membranes et les barbes dont ils sont bordés sont noirâtres. Les nageoires ont 
de petites taches de cette dernière couleur. 

Ce poisson remarquable est bien connu des pêcheurs, qui l'appellent schal gemel 
ou schal caumari dans l'Egypte inférieure, et gourgar hengaoui ou gourgar gallabe 
dans la supérieure. Ces noms, qui se correspondent parfaitement entre eux, sont 
tous composés de deux mots, dont le premier sert de désignation générique pour 
tous les pimélodes, et dont le second appartient en propre à l'espèce (3). 

Mon père a trouvé le gemel deux fois figuré d'une manière très-reconnoissable 
dans une des grottes sépulcrales de Thèbes. Au milieu de plusieurs autres pois- 
sons (4), tous placés dans leur attitude naturelle, ce poisson étoit représenté 

( 1 ) Je dois prévenir que je n'ai vu sur aucun individu (3) Le gemel est aussi appelé, dans la haute Egypte, 

cette seconde paire de barbillons supérieurs, quoique je abou sari , c'est-à-dire, père du mât, parce que les Arabes 

l'aie cherchée avec beaucoup de soin sur deux sujets; et je ont comparé à un mât la longue épine dorsale : mais ce 

n'en parle que d'après une description àn'Phnelodus mem- nom, qui convient également aux autres pimélodes, leur 

branaceus que mon père a faite en Egypte sur un individu est aussi quelquefois donné; d'où naît une cause d'erreur 

frais. Elle n'est pas représentée non plus dans les figures de contre laquelle il est bon d'être prévenu. 
l'Atlas, quoique l'une d'elles ( fig. 2 ) ait pour but spécial (4) Tels sont l'oxyrhynque, le cyprin Iébis, une espèce 

d'indiquer la disposition et la forme des barbillons. qui paroît être le raï ou le raschal, et quelques autres. 

(2) C'est par erreur que les figures ne représentent C'est vraisemblablement parmi ces poissons qu'il faut cher- 
pas comme ciliés les barbillons externes : je me suis assuré cher le rnœoûs des anciens , sur lequel les auteurs ne 
qu'ils ont, comme les internes, des barbes assez alongées, donnent aucun détail, et que l'on sait seulement avoir 
mais à la vérité peu nombreuses. été honoré par les habitans de l'île d'EIéphantine. 

nageant 



LES PIMELODES. PL. 12-15. 2 9Q 

nageant sur le dos; fait remarquable, et qui montre par un exemple de plus 
combien les anciens Egyptiens étoient riches d'observations sur les mœurs des 
animaux de leur pays. En effet, comme mon père s'en est assuré par les récits 
des pêcheurs, et comme il a eu lui-même à Qené l'occasion de le constater 
plusieurs fois, le gemel n'a guère d'autre allure que celle qui lui est attribuée par 
les figures de l'hypogée de Thèbes : il nage presque constamment sur le dos, se 
dirigeant en avant dans le sens de sa longueur, ou bien, ce qui lui arrive plus sou- 
vent encore, s'avançant dans le sens de sa largeur. Cependant, lorsqu'il redoute 
quelque danger, il se retourne aussitôt, reprend la position ordinaire aux autres 
poissons, et s'enfuit avec rapidité. 



LE PIMÉLODE SCHEILAN 

( Pimelodus clarias, Geoffr. S. t -Hil. , planche 13, fig. 3 et 4)- 

Cette espèce, qui ressemble par ses proportions et sa taille au Synodontis ma- 
crodon, mais qui paroît cependant avoir la tête un peu plus large et le corps un 
peu plus haut dans sa partie postérieure, est très-facile à distinguer de ses con- 
génères. Elle a six barbillons, deux supérieurs plus longs que la tête , et quatre, 
beaucoup plus courts, partant de la lèvre inférieure : les premiers n'ont ni mem- 
brane ni barbes, et ne présentent rien de remarquable; mais les inférieurs sont 
ciliés, savoir, ceux de la paire extérieure sur leur côté interne où se voient sept 
ou huit barbes , et les autres sur leurs deux bords ( fig. 3 et 4 )• 

L'épine dorsale ( au-devant de laquelle on remarque, comme à l'ordinaire, une 
autre épine fort petite et rudimentaire ) est remarquable par sa force et son 
épaisseur : elle est d'ailleurs comprimée latéralement, et, quoique d'une longueur 
moyenne, elle se trouve un peu plus courte que les épines pectorales. Ses faces 
latérales ne présentent antérieurement qu'un sillon peu prononcé; et il n'y a de 
dentelures que sur la moitié supérieure de son bord postérieur : encore ces dente- 
lures sont-elles peu nombreuses et très-petites. Au contraire , les épines pectorales 
sont fortement dentelées, comme chez le Synodontis macrodon, et ressemblent à 
celles de cette espèce, avec cette différence qu'elles sont proportionnellement 
beaucoup plus longues. 

Le scheilan a encore quelques caractères particuliers dans son adipeuse, séparée 
par un intervalle assez considérable de la première dorsale, et sur-tout dans la 
longueur considérable de l'os de l'épaule : celui-ci envoie en arrière un prolonge- 
ment triangulaire, qui s'étend jusqu'au niveau de l'insertion des premiers rayons 
mous de la nageoire du dos, La caudale, profondément fourchue, a son lobe 
supérieur sensiblement plus long que l'inférieur; et l'anus est placé plus près de 
l'insertion des ventrales que de l'origine de l'anale ; caractère qui se trouve égale- 
ment dans l'espèce précédente. 

Ce poisson, qui est le Silurus clarias d'Hasselquist, et qui pourra être appelé 

H. N. TOME I.«, i.» partie. Q q 



^OO POISSONS DU NIL. 

Synodontis chinas ( i ) , est, en dessus, d'un bieu noirâtre; sur les côtés, d'un blanc 
argenté, et sous le ventre, d'un blanc de lait : les barbillons supérieurs sont cou- 
leur de rose, et les inférieurs blanchâtres. .Les jeunes sujets diffèrent des adultes, 
en ce qu'ils sont finement ponctués de noir; et il est à remarquer que ces taches 
persistent chez quelques individus jusqu'à un âge assez avancé. 

L'espèce, excessivement commune dans le haut Nil, est très-bien connue des pê- 
cheurs, et elle a reçu différens noms, tels que ceux de schal araby et de schalbeledy , 
qui sont usités dans l'Egypte inférieure, et ceux de scheilan et de gourgar, qu'elle 
porte dans la supérieure. Sa chair est peu estimée, de même que celle de la plupart 
des silures, et il n'y a guère que le bas peuple qui ne la dédaigne pas. Néanmoins, 
encouragés par la facilité avec laquelle se laisse prendre le schal araby, les plus pau- 
vres d'entre les pêcheurs se livrent à la pêche de ce pimélode , aussi vorace et aussi 
hardi que son espèce est commune : ils se servent de filets, de paniers, ou de 
lignes amorcées avec du pain, et ils sont toujours sûrs, même par ce dernier 
moyen, de se procurer en quelques heures un assez grand nombre d'individus. 

On conçoit qu'un poisson aussi commun a dû fixer de bonne heure l'attention 
des voyageurs qui ont parcouru l'Egypte ; et il est assez étonnant que Forskael ne 
l'ait pas mentionné dans son estimable travail sur les animaux du Levant , d'autant 
plus que l'espèce avoit déjà été indiquée par Hasselquist, l'un de ses devanciers. 
Au reste, le Synodontis clarias est assez bien connu depuis la publication de l'ou- 
vrage de Sonnini , qui en a donné une description détaillée et une figure assez 
exacte dans l'Atlas du Voyage dans la haute et basse Egypte (2). 

Il est vraisemblable que c'est aussi au Synodontis clarias que l'on doit rapporter 
le poisson que les anciens connoissoient sous le nom de porcus , parce que, 
disent les auteurs, il grogne comme le cochon. Ce fait, d'un poisson qui feroit en- 
tendre des sons sous l'eau, et plusieurs autres observations analogues recueillies 
par quelques naturalistes modernes, quoique long-temps révoqués en doute et 
presque rejetés comme inexplicables, sont cependant d'une exactitude parfaite, 
comme mon père l'a constaté. A la vérité, ces sons ne sont pas comparables à 
la voix des animaux à respiration aérienne, et sont seulement le produit du 
frottement des épines dorsales et pectorales dans leurs cavités articulaires. 

Au reste, ce trait remarquable de ressemblance n'est pas le seul qu'on puisse 
signaler entre le scheilan et le porcus. Strabon rapporte, au sujet de ce dernier, 
que les crocodiles se gardent bien de 1 attaquer, et qu'ils abandonnent même la 
poursuite des autres poissons lorsqu'ils viennent à se réfugier près de lui : tant 
ces redoutables reptiles mettent de soin à éviter les épines dont le porcus est 
pourvu, dit Strabon, aux environs de la tête. Ces détails curieux s'appliquent par- 
faitement au Synodontis clarias : en effet, les épines de ses nageoires sont véritable- 
ment des armes très-dangereuses, et tellement, qu'Hasselquist , d'après des obser- 
vations recueillies sur les lieux mêmes, les regardoit comme venimeuses. 

( 1) Suivant la remarque de M. Cuvier, il faut bien ment dits. (Voyez le Règne animal , tome II, page 203, 

se garder de confondre cette espèce avec le Sïlurus cla- notes 2-4- ) 

rias de Gronovius et de Linné, et avec celui de Bloch, (2) Atlas, pi. 21 , fig. 2; et texte, tome II, pages 278 

qui appartiennent au sous-genre des pimélodes propre- et suivantes. 



LES PIMÉLODES. PL. 12-15. ?Ql 

II. LES PIMÉLODES PROPREMENT DITS, 
PIMELODUS, Lacép., Cuv. 



LE PIMÉLODE KARAFCHÉ 

(Pimelodus biscutatus , GEOFFR. S.VHil., planche i4, %• 1 et 2 ). 

Le sous-genre des pimélodes comprend, suivant M. Cuvier, les espèces qui 
ont des dents en velours aux deux mâchoires, mais où la supérieure n'en a 
qu'une Lande intermaxillaire : tel est le Pimelodus biscutatus , ainsi nommé de ce 
que la plaque osseuse du crâne et du dos est divisée en deux pièces, dont l'une, 
très-petite, est placée en avant et sur les côtés de l'épine dorsale, et dont l'autre, 
beaucoup plus grande, couvre la partie la plus antérieure du corps et tout le 
dessus de la tête jusqu'aux narines. Ces deux pièces sont placées à la suite l'une de 
l'autre, et contiguës entre elles; mais elles ne se touchent que sur la ligne 
médiane et seulement dans une très-petite étendue, parce qu'elles sont toutes 
deux terminées, du côté où elles se rencontrent, par un bord convexe, demi- 
circulaire. Du reste, presque toute leur surface est hérissée de petits tubercules 
arrondis, comme chez les schals; mais ce qui n'existe pas chez ceux-ci, c'est que 
non-seulement l'os de l'épaule, qui est ici étroit et alongé, mais aussi l'opercule et 
même les épines dorsales et pectorales, sont couverts de semblables tubercules. 

Le karafché se distingue encore des espèces précédentes par plusieurs autres 
caractères assez remarquables. La nageoire caudale, très-peu échancrée, et ter- 
minée par des bords arrondis, est presque contiguë à l'adipeuse : celle-ci est à peu 
près de même forme que chez les schals, mais eik est plus haute et plus courte. 
La dorsale, placée vers la moitié de la longueur totale, est opposée à l'insertion 
des ventrales : elle se termine antérieurement par deux épines, dont l'une est 
très-petite et rudimentaire , et dont l'autre, très-forte et très-épaisse, est, comme 
je l'ai dit, hérissée de tubercules, mais présente à peine quelques traces de den- 
telures. La nageoire anale est peu développée, et surpasse même à peine en 
étendue les ventrales et les pectorales : celles-ci sont remarquables par leur épine 
égale en longueur à celle de la dorsale, mais plus forte et plus épaisse encore, et 
fortement dentelée sur son bord interne. 

Le corps est, dans son ensemble, de même forme que chez le scheilan : il 
paroît cependant plus large et plus épais, et la tête est aussi plus déprimée. La 
lèvre inférieure est plus courte que la supérieure , et se termine par quatre bar- 
billons non ciliés, dont les internes sont de grandeur moyenne, et dont les externes 
sont presque aussi longs que la tête. Les barbillons supérieurs, plus longs encore 
que la paire externe de la mâchoire inférieure, sont seulement au nombre de deux: 
ils ne sont ni ciliés ni élargis par une membrane ( frg. 1 et 2 ). 

Cette espèce, dont la taille diffère peu de celle du gemel, est généralement d'un 

H.N. TOME I.«, i. re partie. Qq 2 



202 POISSONS DU NIL. 

gris -blanchâtre argenté sur le ventre et les flancs, et d'une nuance un peu plus 
foncée sur le dos. Les barbillons sont d'un gris rosé, de même que le bord pos- 
térieur de l'opercule. Quelques individus présentent des taches noires sur toutes les 
nageoires, et principalement sur l'anale et les ventrales. Ce poisson remarquable 
est connu des Arabes sous le nom de schal karafche ou karafchi. 

III. LES B A GRES, PORCUS, Geoffr. S. t -Hil. 

Ce troisième sous -genre est ainsi caractérisé par M. Cuvier : dents de la 
mâchoire supérieure disposées, sur deux bandes transverses et parallèles, une inter- 
maxillaire et une vomérienne; le crâne généralement plus lisse, et la plaque de la 
nuque plus petite que dans les deux premiers sous-genres. 

L'ABOURÉAL 

{Pimelodus auratus , Geoffr. S. t -Hil. , planche i4, %• 3 et 4). 

Cette espèce est remarquable par sa nageoire dorsale, composée d'une épine 
rudimentaire et à peine visible, d'une autre épine de grandeur moyenne, grêle et 
peu épaisse, dentelée seulement sur son bord postérieur, et de rayons mous tel- 
lement inégaux, que le dernier est deux fois plus court, et le premier deux fois 
plus long que l'épine. La caudale est profondément échancrée comme chez les 
schals, et composée ainsi de deux lobes dont le supérieur est le plus long. L'adi- 
peuse est très-petite et assez éloignée de la dorsale : elle se termine postérieu- 
rement à peu près au même niveau que l'anale. Les ventrales , dont la forme n'offre 
rien de remarquable, occupent le milieu de la longueur totale : la dorsale, plus 
antérieure, est aussi éloignée de leur insertion que de celle des pectorales. Celles-ci 
sont de grandeur moyenne : leur épine est assez courte, mais très-large, très-dure, 
et hérissée sur son bord interne de fortes dentelures dirigées en avant. 

L'abouréal s'éloigne des schals par l'aspect lisse que présentent chez lui le crâne 
et la partie antérieure du dos, et par son casque peu apparent et divisé en deux 
pièces, dont la postérieure, placée à la base de l'épine dorsale, est très-petite. Les 
barbillons sont au nombre de six, et ressemblent à ceux du karafche pour leur 
grandeur et leur disposition (fîg. 3 et 4 ). La tête est déprimée, et sa face supé- 
rieure est presque plane; le corps est comprimé, grêle, fusiforme et propor- 
tionnellement très-alongé. 

Ce bagre, qui pourra être nommé Porcus auratus, est assez différent des autres 
siluroïdes par ses couleurs : il a le dos d'un noir bleuâtre , le ventre blanc , les 
nageoires jaunâtres, les barbillons d'un gris rosé, et, ce qui le distingue plus 
particulièrement, le dessus de la tête d'un jaune doré. Il est aussi assez remarquable 
par sa petite taille ; car il n'a communément que six à sept pouces de longueur 
totale, et un pouce et demi de hauteur vers l'insertion de l'épine dorsale. 






LES PIMÉLODES. PL. 12-15. 2 O 2 

Le Pimelodus ou Porcus auratus est connu dans l'Egypte inférieure sous le nom 
de schal aboureal, et dans la supérieure sous celui de zammar ; il est aussi appelé 
à Rosette xaxoug roumi. 

LE BAYAD FITILÉ 

[Porcus bayad, Geoffr. S. t -Hil., planche 15, fig. 1 et 2 ). 

Ce poisson est très-remarquable par sa tête large et tellement déprimée, que 
les yeux sont plutôt supérieurs que latéraux, et qu'antérieurement sa hauteur est 
à peine de quelques lignes. L'ouverture buccale, fendue transversalement à l'ex- 
trémité du museau, est très-grande, quoiqu'elle ne se prolonge pas sensiblement 
sur les côtés. La lèvre supérieure , un peu plus longue que l'inférieure , a quatre 
barbillons, dont les deux internes, très-courts et très-grêles, naissent devant les 
orifices des narines, et dont les externes, naissant près de l'angle de la commis- 
sure, sont très-gros, et tellement prolongés, que leur extrémité atteint la nageoire 
anale; dimensions véritablement considérables, et dont nous n'avons point encore 
vu d'exemple. Les barbillons inférieurs sont aussi au nombre de quatre : ils ne 
présentent rien de remarquable , si ce n'est qu'ils sont un peu plus longs que de 
coutume. Les yeux sont assez petits et circulaires. La fente branchiale, peu pro- 
longée supérieurement, est au contraire très-étendue inférieurement. Les rayons 
des ouïes sont au nombre de neuf. 

Le corps est alongé, arrondi en dessous, caréné en dessus, beaucoup plus élevé 
que la tête, et généralement couvert d'une peau fine et lisse. La tête offre aussi 
à peu près le même aspect, parce que le casque crânien est peu apparent, et qu'il 
ne présente d'ailleurs aucune trace de tubercules. La ligne latérale, qui occupe la 
région moyenne, est, comme dans toutes les espèces précédentes, droite et très- 
visible jusqu'au niveau antérieur de la dorsale : elle présente ensuite quelques 
légères inflexions, et devient de moins en moins apparente. L'anus est placé vers 
la moitié de la longueur totale ; il correspond au niveau postérieur de la nageoire 
dorsale, et est beaucoup moins éloigné de l'insertion des ventrales que de l'ori- 
gine de l'anale. La grande épine dorsale est assez courte , grêle et non dentelée : 
il en existe, comme à l'ordinaire, une seconde, très-rudimentaire , placée plus 
antérieurement. Les rayons mous de la nagçoire dorsale sont très-inégaux, les 
premiers étant deux fois plus grands , les derniers deux fois plus petits que l'épine : 
mais tous ont cela de remarquable, qu'ils ne sont pas enveloppés dans la mem- 
brane jusqu'à leur extrémité, comme cela a lieu le plus ordinairement. Les épines 
pectorales sont à peu près de même forme et de même dimension que la dorsale; 
mais elles présentent sur leur bord interne quelques dentelures très-fines. La cau- 
dale, profondément échancrée, est, comme chez les schals, formée de deux lobes 
un peu inégaux. L'adipeuse est assez haute et très-longue : elle est presque contiguë 
antérieurement avec la dorsale, et se prolonge postérieurement beaucoup au-delà 
de l'anale. 

Le bayad [ Silurus bajad, Forsk. n.° 95 ] est généralement d'un blanc argenté 
avec le dos d'un noir bleuâtre : les nageoires sont verdâtres , et la tête est 






3 04 POISSONS DU NIL. 

variée de gris rosé, de bleu et de couleur de chair; les barbillons sont d'un rose 
très-pâle. 

Cette espèce, connue des Arabes sous les noms de bayad et dzfitîle, est l'une 
des plus grandes de la famille des siluroïdes. On voit communément au marché 
du Kaire de très-grands individus, dont quelques-uns ont jusqu'à trois pieds six 
pouces. Ces poissons, dont la chair, assez estimée, forme véritablement le fond 
de la nourriture du pays, sont ordinairement transportés au quartier des Francs 
et vendus par fragmens : ils sont très-abondans pendant les trois mois de l'accrois- 
sement du Nil. 

Il y a lieu de croire que c'est cette espèce qui a été indiquée et figurée 
(planche 27, fîg. 2) par Sonnini sous le nom de bayatte : cependant, comme 
la figure est peu soignée et la description très-incomplète et sur-tout très-peu 
précise, elles pourroient être rapportées presque également à l'espèce suivante, qui 
se distingue assez difficilement de celle-ci. 

LE BAYAD DOCMAC 

[Porcus docmac, Geoffr. S. t -Hil. , planche 15, fig. 3 et 4 )• 

Cette espèce, qui porte en Egypte le nom de bayad docmac , et que Forskael 
a appelée Silurus docmak, est très-voisine de la précédente, et ne se distingue guère 
que par le nombre de ses rayons, par sa couleur qui est d'un gris bleuâtre plus 
uniforme, et par les proportions de sa tête, qui est à-la-fois et plus large et plus 
haute. Cette modification très-remarquable a entraîné aussi quelques changemens 
dans la forme du corps , qui est sensiblement plus gros et plus épais à sa partie 
antérieure, et dans la position des yeux, qui sont plus latéraux. La plupart de 
ces caractères ne peuvent être indiqués avec précision que par des mesures : je 
crois donc utile de donner avec quelque détail les dimensions des diverses parties 
de la tête, prises comparativement chez l'une et chez l'autre sur deux indi- 
vidus de même taille ( un pied un pouce du bout du museau à l'origine de la 
caudale ). 

BAYAD. DOCMAC. 

Largeur de la tête 2 pouc. 2 lig. 2 pouc. 9 lig. 

au niveau des yeux 1 9 2 . ' 4 

au niveau des barbillons 1 3 1 9 

Distance entre les yeux i 1 1 6 

Largeur de la bouche 1 4 * 9 

Distance de l'épine dorsale au bout du museau 5 // 5 6 

Hauteur de la tête en arrière 1 8 2 // 

au niveau des yeux // 9 1 4 

■ en avant n 5 // 6 

Il me reste peu de chose à dire sur les autres caractères de cette espèce; car 
les barbillons, les épines dorsales et pectorales, l'adipeuse, la caudale et les ven- 
trales sont semblables chez le bayad et chez le docmac ; et les différences que 
présentent les autres nageoires sont assez peu importantes, comme le montrera 



LES HÉTÉROBRANCHES. PL. 16-17. 30j 

le tableau comparatif du nombre des rayons chez tous les schals , les pimélodes 

et les bagres (1) ; 

Synodonûs macrodon D. 8. P. 9. V. 7. A. 12. C. 18 

membranaceus . . D. 8. P. 10. V. 7. A. 12. C. 18 

clarlas D. 8. P. 9. V. 7. A. 1 1 . C. . 8 

Pimelodus biscutatus D. 8. P. 10. V. 5. A. o. C. 18 

Porcus auratus D. 8. P. 9. V. 6. A. 1 1. C. 1 8 

bayad D. 11. P. 10. V. 6. A. 12. C. 1 8 

— docmac D. 10, P. 11. V. 6. A. 9. C. 1 8 



L'HÉTÉROBRANCHE HARMOUT, 
Heterobranchus anguillaris 

(Poissons du Nil, pi. 16, fig. 1, 3, 4, et pi. 17, fig. 1,2, 3,4, 5 , 6 et 7 ) , 

ET L'HÉTÉROBRANCHE HALÉ, 

Heterobranchus bidorsalis 

( planche 16, fig. 2 et 5 , et planche 17, fig. 8 et 9 ). 

Une question qui a beaucoup occupé dans ces derniers temps, et dont la 
solution, très-importante pour les progrès de la zoologie, ne doit pas non plus 
rester sans influence sur l'avancement de la philosophie naturelle elle-même, est 
celle-ci : Peut-on , par la connoissance des caractères extérieurs d'un animal , déter- 
miner à priori les modifications que présente son organisation intérieure ! et peut-il 
exister une méthode naturelle basée seulement sur un des caractères extérieurs l 
Il est peu d'animaux dont l'examen soit plus propre à fournir la solution de ce 
problème que celui des hétérobranches : car, assez semblables par leurs caractères 
extérieurs aux autres siluroïdes pour que M. Cuvier ait cru devoir n'en faire 
qu'un simple sous-genre parmi les silurus, ils présentent néanmoins dans leur appa- 
reil respiratoire des modifications qui semblent de la plus haute importance, 
et qui ne se trouvent chez aucun autre poisson ; fait d'autant plus remarquable, 
que l'appareil respiratoire est toujours un appareil de premier ordre , et devient 
même dans beaucoup de cas l'élément dominateur de toute l'organisation. 

L'hétérobranche harmout, que je décrirai le premier, ressemble au bayad et au 
docmac par la forme déprimée et par l'extrême largeur de sa tête , par sa lèvre 
supérieure un peu plus longue que l'inférieure, et par ses dents en velours, dont 

( 1 ) L'épine dorsale et rudimentaire et les rayons in- tableau. La même remarque est applicable, à l'égard de 
complets qui existent, comme à l'ordinaire , sur les bords ces derniers, à tous les genres précédemment décrits, 
de la nageoire caudale, n'ont point été comptés dans ce 






^06 POISSONS DU NIL. 

la disposition est la même; mais il en diffère par son casque crânien tuberculeux, 
très-é tendu, prolongé antérieurement jusqu'à l'extrémité du museau, et en même 
temps plus large que chez aucun silure, à cause de l'existence de deux pièces acces- 
soires placées latéralement et à la suite l'une de l'autre, derrière l'orbite. Il est 
d'ailleurs à remarquer que le casque crânien est séparé par un intervalle assez con- 
sidérable du premier rayon de la nageoire dorsale, et qu'il existe sur la ligne 
médiane, un peu en arrière des yeux, une petite surface longitudinale, concave, 
lisse et non articulée; deux caractères, dont le premier est propre aux hétéro- 
branches, et dont le second, peu important en lui-même, mais remarquable par 
sa constance, se trouve au contraire chez presque tous les siluroïdes à casque 
mamelonné. 

L'harmout a le corps comprimé latéralement, mais un peu arrondi, terminé 
par deux bords rectilignes et presque parallèles, peu élevé et très-alongé; ce qui 
l'a fait comparer à une anguille , et ce qui lui a valu les noms de Silunis anguil- 
laris, Hasselq. et Lin., et tiHeterobranchus anguillaris , Geoffr. SZ-Hil. L'anus, un 
peu plus éloigné du bout du museau que de l'extrémité de la queue , est assez 
rapproché de l'insertion des nageoires ventrales, et sur-tout de l'anale, qui com- 
mence presque immédiatement après lui. La ligne latérale, peu visible et droite 
dans presque toute son étendue , occupe la région moyenne ; elle commence dans 
un sillon que présente latéralement le casque crânien dans sa partie la plus pos- 
térieure, et qui est situé au-dessus et un peu en avant de l'ouverture branchiale, 
parce que celle-ci est fort étroite et sur-tout placée très-bas. 

La bouche est au contraire très-large à cause de la forme déprimée de la tête, 
et ressemble à celle dubayad. Les barbillons sont au nombre de quatre à la mâchoire 
supérieure; savoir: deux externes, naissant à l'angle de la commissure des lèvres 
et un peu plus courts que la tête, et deux internes, naissant au-devant des narines, 
deux fois moindres que les premiers. Les deux paires inférieures présentent la 
même disposition que chez toutes les espèces précédentes ; seulement l'interne est 
proportionnellement un peu ; plus longue. 

Les nageoires méritent d'être décrites avec beaucoup de soin, parce qu'elles 
présentent d'importans caractères, soit pour la distinction des espèces du genre 
Hétérobranche, soit pour la détermination du genre lui-même. La dorsale est chez 
KHeterobranchis anguillaris très-basse , mais d'une extrême longueur : die commence 
vers le tiers antérieur de la longueur totale, et est presque contiguë postérieu- 
rement avec l'insertion de la caudale : elle est composée de rayons tous égaux 
entre eux et tous de même nature; car l'épine se trouve seulement remplacée par 
une petite tige osseuse, très-courte, très-grêle, et presque entièrement cachée sous 
la peau. Les pectorales sont au contraire composées d'une épine assez forte et 
finement dentelée sur son bord, et de rayons mous dont les premiers sont d'un 
tiers plus longs que l'épine. Les ventrales sont un peu arrondies à leur extrémité, 
et ne présentent rien de remarquable. L'anale est composée de rayons de même 
grandeur que ceux de la dorsale : elle commence vers la moitié de la longueur 
totale, et se termine très-près de l'origine de la caudale. Celle-ci, assez courte, 

est 



LES HÉTÉROBRANCHES. PL. 16-17. 207 

est entière et terminée par un bord convexe ; caractère que nous n'avions encore 
trouvé chez aucun siluroïde. 

Les viscères sont généralement semblables à ceux des silures; mais ce qui 
n' existe dans aucun autre genre de siluroïdes et même dans aucun autre genre de 
poissons, c'est, un organe d'une structure toute particulière, qui a été désigné 
par Je nom de bra?ichie surnuméraire , et qui peut être comparé sous plusieurs 
rapports à un poumon (1). Cet organe a été découvert par mon père, et décrit 
par lui pour la première fois dans le Bulletin de la Société philomathique (1801, 
n.° 62 de la première série) : c'est de cette description que j'extrais les détails 
suivans : 

« La gueule du Silurus anguillaris se prolonge de chaque côté beaucoup en 
r» arrière des branchies, en sorte qu'on prendroit pour des abajoues l'espèce de 
» sac auquel cette prolongation donne lieu. C'est dans ce fond qu'en outre des 
» branchies on trouve deux arbres membraneux et même en partie cartilagineux : 
» ils sont de taille inégale, et imitent parfaitement dans leurs innombrables rami- 
» fîcations l'arbre que figurent les bronches des poumons des mammifères ; ces 
« deux arbres sont tapissés et colorés par des vaisseaux sanguins aussi fins et aussi 
» déliés que ceux des branchies. 

« Malgré une certaine ressemblance de ces arbres avec les ramifications des 
» bronches , et leur différence apparente avec les branchies , c'est , essentiellement 
» parlant, à ces dernières qu'ils appartiennent : ils sont entièrement solides. Ce 
» n'est donc pas par un canal intérieur que l'air va faire subir au sang les modi- 
» fîcations nécessaires à ce fluide, mais c'est à l'extérieur que s'opère cette décom- 
» position; ces arbres, quoique retirés dans un cul-de-sac, n'en sont pas moins 
» exposés à l'action de l'élément ambiant, et la compression de ce fluide a autant 
» de prise sur eux à cette distance qu'il en a sur les branchies elles-mêmes. Ces 
» arbres sont donc de véritables branchies d'une forme jusqu'ici inconnue , les- 
» quelles, surajoutées aux premières, procurent au Silurus anguillaris une vitalité 
» supérieure et des habitudes différentes des autres poissons. » 

L'espèce qui a présenté la première cette organisation remarquable, l'harmout, 
est l'une des plus grandes de la famille des siluroïdes : elle a communément plus 

(1) Mon père, dans un travail récent, a établi que les pement, et l'appareil pulmonaire et l'appareil branchial : 

animaux possèdent tous élémentairement deux appareils tels sont plusieurs reptiles , comme la sirène , le protée 

respiratoires : l'un, branchial, rudimentaire chez les es- et les têtards des autres batraciens; et tels paroissent 

pèces qui respirent dans l'air, très développé chez celles être aussi plusieurs crustacés, et particulièrement le genre 

qui respirent dans l'eau ; l'autre, pulmonaire, rudimentaire Birgus. 

chez les espèces qui respirent dans i'eau, et très-développé Ces idées, que mon père a communiquées à l'Aca- 
chez celles qui respirent dans l'air. A la première de ces demie des sciences en septembre 1825, l'ont conduit à 
deux divisions appartiennent essentiellement les mammi- regarder chez les hétérobranches l'organe désigné autré- 
fères, les oiseaux, &c. ; à la seconde, les poissons et plu- fois sous le nom de branchie surnuméraire, comme un or- 
sieurs familles d'invertébrés. Mais les deux systèmes d'or- gane de respiration aérienne, comme un véritable pou- 
ganisation que représentent ces deux divisions, ne sont mon; et il paroît, en effet, non-seulement que l'harmout 
pas les seuls que l'on puisse rencontrer dans la série ani- peut vivre plusieurs jours hors de l'eau , mais même qu'il 
maie : car, de même qu'il existe des êtres qui ont la fa- quitte quelquefois de lui-même le fleuve, et s'avance en 
culte de respirer dans un milieu aérien comme dans un rampant dans la bourbe des canaux qui aboutissent au Nil. 
milieu liquide, de même il existe des êtres chez lesquels (Voyez Bulletin universel des sciences et de l'industrie, 
se trouvent à-Ia-fois, dans un degré moyen de dévelop- 2. e section, septembre 1825. ) 

H. N. TOME I.«, i.« partie. Rr 



3 08 POISSONS DU NIL. 

de deux pieds, du bout du museau à l'extrémité de la queue. Sa peau , généra- 
lement lisse et couverte d'une épaisse mucosité, est blanche sous le ventre, mais 
d'un noir bleuâtre sur le dos et sur les côtés du corps. C'est à cette dernière 
circonstance que se rapporte le nom sous lequel le Silurus anguillaris est connu 
des Arabes, celui de harmout (i) ou harmout araby , et de poisson noir. Il est à 
remarquer que les femelles se distinguent des mâles par quelques caractères exté- 
rieurs : elles ont le dos d'une nuance un peu plus claire ; et de petites taches 
noires sont éparses sur le corps et les nageoires (2). Les pêcheurs, qui apprécient 
très-bien ces différences de coloration, prétendent que les femelles ne ressemblent 
pas entièrement aux mâles par leurs habitudes : elles sont, disent-ils, plus farouches, 
et se tiennent plus constamment éloignées du rivage. Les femelles passent aussi 
pour avoir la chair plus délicate; et ce qu'il y a de certain, c'est que les pêcheurs 
les distinguent toujours des mâles lorsqu'ils les vendent, et les tiennent à un prix 
plus élevé. Au reste, l'harmout est en toute saison assez commun dans le Nil, 
principalement dans les roseaux; et il se laisse prendre avec une telle facilité, 
que les plongeurs de Rosette en saisissent avec la main un très-grand nombre 
d'individus. L'espèce se trouve aussi dans le lac de Menzaleh. 

U Heterobranchus anguillaris est encore intéressant sous un autre rapport : sui- 
vant les recherches de mon père, c'est à cette espèce que doit être rapporté 
ïalabes des anciens. En effet, ce nom (qui peut être traduit par le mot insai- 
sissable ) convient parfaitement à un poisson que sa forme très-alongée et presque 
cylindrique, et sa peau enduite d'une mucosité abondante, rendent nécessairement 
très-difficile à saisir. 



Je passe maintenant à l'histoire de YHeterobmnchus bidorsalis , Geoffr. S.'-Hil., 
ou ( comme l'appellent les Arabes) de ï harmout halé ou ala. Cette espèce est aussi 
rare en Egypte que X harmout araby y est commun : elle appartient essentielle- 
ment au Nil supérieur; et ce n'est, pour ainsi dire, qu'accidentellement qu'on la 
trouve en Egypte, où, par une raison assez facile à concevoir, il n'arrive jamais 
que de très -grands individus : ceux-ci, chassés de leur véritable patrie par leur 
extrême voracité , s'engagent à la poursuite des troupes de poissons voyageurs 
qui descendent le fleuve, et arrivent avec eux dans le Nil Égyptien. 

Uharmout halé , très-voisin de K harmout araby par presque tous ses caractères 
extérieurs et par son organisation interne, en diffère cependant d'une manière 
très-remarquable par sa nageoire dorsale : celle-ci se termine vers le tiers pos- 
térieur de la longueur totale, et se trouve remplacée en arrière par une adipeuse, 
■qui lui est presque contiguë. Cette seconde dorsale , très-épaisse dans sa partie 
antérieure et terminée par une saillie demi-circulaire, est soutenue par l'extré- 

( 1 ) Ce nom a été écrit d'une manière un peu diffé- Sonnini (Atlas, pi. 21 , fig. 2, et tome II, page 288 du 

rente par plusieurs auteurs : ainsi ÏHeterobranchus an- texte ). 

guillaris est appelé sharmuth par M. Cuvier, charmuth (2) II paroît que les jeunes mâles présentent aussi ce 

par Hasselquist et par M. de Lacépède , et karmouth par dernier caractère. 



LES HÉTÉROBRANCHES. PL. 16-17. 3O9 

mité des apophyses épineuses des dernières vertèbres ( 1 ) ; disposition assez remar- 
quable qui dépend de la longueur considérable de ces apophyses, mais qui n'est 
pas apparente extérieurement à cause de l'épaisseur de la nageoire adipeuse. 

L'halé diffère encore de Xharmout a'raby par quelques autres caractères de 
moindre importance : son corps est plus uniformément bleuâtre ; sa tête est pro- 
portionnellement plus longue et sur-tout plus large ; son épine pectorale est à 
peine dentelée, et sa taille est aussi généralement plus considérable. Enfin il 
existe aussi d'importantes différences dans le nombre des rayons, comme le mon- 
trera le tableau suivant (2) : 

Hétérobranche harmout. B. 9. D. 60. P. 10. V. 6. A. 50. C. 19. 
halé... B. 13. D. 42. P. 11. V. 6. A. 56. C. 21. 

Je terminerai cette histoire des deux hétérobranches du Nil, en présentant le 
tableau comparatif des dimensions de l'un et de l'autre : 

HARMOUT. HALÉ. 
Longueur totale , prise du bout du museau à 

l'origine de la nageoire caudale. 2 pieds 1 pouc. 2 lig. 2 pieds 4 pouc. 6 lig. 

de la caudale // 3 // „ 4 ■„ 

de la tête // 7 ,/ „ ^ 2 

Largeur de la tête en arrière // 4 <? " 6 6 

au niveau des yeux. ..'./; 4 un 5 6 

Hauteur de la tête u 4 " >' 4 // 

du corps un peu après l'anus ( en 

comprenant les nageoires dorsale 

et anale ) // 5 o // 6 



11 



EXPLICATION DES PLANCHES 16 ET \J. 

Anatomie de ï Hétérobranche harmout et de l' Hétérobranche halé. 



HETEROBRANCHE HARMOUT. 

Planche 16. 

Fig. 3 , myologie de l'épaule ; fig. 4 > myologie de l'os furculaire ; fig. 5 , vessies natatoires et vessie 
urinaire. 

Planche 17. 

Fig. 1. Les viscères abdominaux dans leur position naturelle. — iii, canal intestinal; m, mésentère; 
e, estomac; rr, rein; o, ovaire. 

Fig. 2. Les viscères abdominaux préparés. — iiii, canal intestinal; m mm, mésentère; ee, estomac; 
o , ovaire. 

Fig. 3 et 4- Les organes de la respiration et de la circulation. — bbfa, branchies; s s, branchie surnumé- 
raire ( voyei plus haut) ; c, cœur; o, oreillette; a, pédicule de ï'artère pulmonaire; p, pha- 
rynx ; v , corps vertébral. 

(1) Voyei la fig. 8 de la pi. 17, où se trouve représenté mon père sur des individus frais; mais je dois remarquer 

le squelette entier de VHeterobranchus bidorsalis. qu'on distingue difficilement plus de quinze ou seize 

( 2 ) Ce tableau est extrait des observations faites par rayons dans la nageoire caudale. 

H. N. TOME I.«, impartie. R r3 



3 I O POISSONS DU NIL 

Fig. 5. Elle montre les deux languettes inférieures du foie, qui, dans leur position naturelle, sont 
cachées par les autres viscères abdominaux, comme on le voit dans les figures 1 et 2. 

Fig. 6'. L'os de l'épaule et l'ép'me pectorale. — ce, l'os de l'épaule ; f, l'épine pectorale, et r , son arti- 
culation sur l'os de l'épaule. 

Fig. 7. Le crâne vu en dessus , les rayons branchiostéges et le sternum. — s, sternum; a etn, appendices 
sternaux portant les rayons : a est le gauche; n, le droit : r, rayons; m, maxillaire inférieur; 
b, occipital inférieur; u , occipital latéral ; p et o, pièce qui paroît être l'analogue du premier 
os de l'épaule, mais qui est soudée à la tête ; v et q, vertèbre soudée : v est la pièce centrale , 
ou le cycléaï; q, la partie latérale. Iï importe de remarquer, 1 ,° que fa suture qui est indiquée 
entre p et o n'existe pas; 2. qu'il manque dans la figure 7 plusieurs des pièces représentées 
dans la figure 9 ; et 3. que les lettres de ces deux figures ne se correspondent pas toujours 
exactement. 

HÉTÉROBRANCHE HALE. 

Planche 17. 

Fig. 8. Le squelette. — u, occipital supérieur ; o, première pièce ou pédicule de ï'épaule ; p, rocher ; 

j, temporal; s, interpariétal; m, mâchoire inférieure; a, appendice sternal portant les rayons; 

r, rayons; e , os de l'épaule ; f, épine pectorale ; d , rayons de la nageoire dorsale ; c , côtes; 

e , apophyses épineuses des vertèbres post-anaîes : ces apophyses soutiennent la nageoire 

adipeuse , mais eiies ne sont pas apparentes à l'extérieur ( voye^ plus haut ). 
Fig. 9 . c , os de l'épaule ; s , sternum ; n , appendice sternal portant les rayons ; r , les rayons ; a , mâchoire 

inférieure; i, vomer; e et d, maxillaires supérieurs: e est le droit; d, le gauche : b, occipital 

inférieur; u, occipital latéral; o et p , premières pièces de l'épaule; v et q, vertèbre soudée: 

v est la partie centrale ou le cycléaï; q, la partie latérale. , 



HISTOIRE NATURELLE 



DES 



POISSONS DE LA MER ROUGE 

ET DE LA MÉDITERRANÉE, 

Par M. Isidore GEOFFROY-SAINT-HILAIRE, 

Aide Naturaliste de zoologie au Muséum royal d'histoire naturelle, Membre 
de la Société d'histoire naturelle, &c. * 



S. I." 
LES SARGUES 

( Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée , pï. 1 8 , fig. i , 2 et 4 ) , 

ET LE PAGRE MORMYRE 

( planche 1 8, fig. 3 ). 

JLes poissons dont il me reste à parler appartiennent aux deux mers qui baignent 
les côtes de l'Egypte, la mer Rouge et la Méditerranée. La plupart d'entre eux se 
rapportent à des genres bien connus ; et quelques-uns, principalement parmi les 
espèces méditerranéennes, ont déjà été décrits avec soin dans les ouvrages de plu- 
sieurs naturalistes. D'un autre côté, ceux de la mer Rouge, qui sont encore peu 
connus, ne tarderontpas à l'être de la manière la plus complète. En effet, M. Cuvier 
est parvenu à se procurer toutes les espèces indiquées par Forskael; et il n'y a point 
de doute que leur histoire ne soit traitée d'une manière qui ne laissera plus rien à 
désirer, dans le grand ouvrage dont s'occupe en ce moment l'illustre auteur du 
Règne animal, secondé par M. Valenciennes. Dans ces circonstances, les détails 
que je pourrois donner sur les espèces figurées dans l'Atlas seraient généralement 
peu utiles; et je crois devoir me borner à donner, pour la plupart d'entre elles , des 
notices très-succinctes. 

LA SARGUE ENROUÉE 

( Sargus raucus , Geoffr. S. t -Hil., planche 1 8 , fig. 1 ). 

Cette espèce est connue des Arabes sous le nom de ghenyné [enroué]. Elle a le 
corps très-comprimé, très-élevé, et de forme ovale. L'anus est placé vers le tiers, 

* Voyez la note de la page 26 5 ci - dessus. 



3 I 2 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

postérieur de la longueur totale ( sans y comprendre la caudale ) ; et les pectorales, 
longues, étroites et pointues, se prolongent jusqu'au niveau de cet orifice. Les 
ventrales, dont la forme ne présente rien de remarquable, s'insèrent au-dessous et 
un peu en arrière du point d'origine des pectorales. La dorsale , un peu plus haute 
à sa partie antérieure que près de sa terminaison, commence vers le tiers antérieur 
du corps, au-dessus des pectorales et des ventrales, et se prolonge en arrière aussi 
loin que l'anale. La caudale est assez longue, et très-légèrement échancrée. 

La mâchoire inférieure est un peu plus courte que la supérieure ; elle porte huit 
incisives assez grandes , égales entre elles, et disposées très-régulièrement : les in- 
cisives supérieures, au nombre de douze, sont un peu plus petites que les infé- 
rieures, auxquelles elles ressemblent par leur forme et leur disposition; les autres 
dents sont des molaires semblables à celles de la plupart des sargues. 

Le ghenyné est généralement d'un bleu plombé, avec les nageoires d'un noir 
assez pur; en outre, la ligne latérale, qui est, comme cela a ordinairement lieu 
chez les sparus, courbe et placée vers le tiers supérieur du corps, est coupée obli- 
quement par une tache brune et assez large qui occupe la partie supérieure de la 
queue, et par six ou sept bandes onduleuses, de même couleur, qui sont dirigées 
perpendiculairement à l'axe du corps. La première de ces bandes commence vers 
l'insertion des premières épines dorsales, et se termine un peu au-dessus de l'origine 
de la pectorale. 

Cette espèce a communément de cinq à six pouces de long sur deux pouces et 
demi ou deux pouces trois quarts dans sa plus grande hauteur. La tête , très-com- 
primée comme le corps, et à peu près triangulaire, est longue d'un pouce un 
quart, et haute d'un pouce au niveau de l'œil et d'un pouce un quart en arrière. 

LA SARGUE ORDINAIRE 

i 

( Sargus vulgaris, Geoffr. S. t -Hil., planche 18, fig. 2 ). 

Cette espèce, que les Arabes nomment chargouch (c'est-à-dire, rat de mer), res- 
semble beaucoup à la précédente par sa taille et ses proportions ; mais elle a l'anus 
un peu plus antérieur, et la nageoire caudale plus profondément échancrée. Les 
incisives sont au nombre de huit à chaque mâchoire , et comparables pour leur 
forme à celles de l'homme; les autres dents sont des molaires hémisphériques, 
égales entre elles , et dont la disposition est assez régulière. 

Les couleurs de cette sargue sont assez remarquables : le corps est généralement 
d'un blanc argenté, avec six bandes noirâtres, transversales, étroites, et un grand 
nombre de lignes longitudinales obscures. Les bords extérieurs des nageoires cau- 
dale et anale, et deux rayons des ventrales , sont noirâtres. Enfin, vers la terminaison 
de la dorsale et de l'anale, on remarque une grande tache, d'un noir foncé, qui 
n'occupe pas seulement la partie supérieure de la queue , mais qui s'étend vertica- 
lement sur toute sa hauteur, et se trouve ainsi disposée en anneaux. Les yeux, qui 
sont, comme chez tous les spams , circulaires et assez grands, ont l'iris brun avec 
un cercle bleuâtre autour de la pupille. 






LE PAGRE MORMYRE. PL, 1 8. 

LA SARGUE ANNULAJRE 

Sargus annularis, Geoffr. S. t -Hil. , planche 18, fig. 4). 



313 



Cette troisième espèce, que les Arabes connoissent sous le nom de sabares, est 
très-voîsine des précédentes; mais elle est beaucoup plus petite, sa longueur n'étant 
que de quatre pouces sur une hauteur d un pouce et demi. Du reste, elle ressemble 
par son système dentaire et ses proportions à la sargue ordinaire, dont elle ne diffère 
guère que par sa queue aussi foiblement échancrée que celle de la sargue enrouée. 

Le corps est généralement d un blanc argenté, avec des reflets d'un beau vert 
doré, et une tache noire annulaire sur la queue ( comme chez le Sargus vulgaris). 
La tête est verdâtre en dessus , et les nageoires ventrales et anale sont en partie 
d un jaune citrin. L'œil , d'une grandeur moyenne , a l'iris d'un jaune verdâtre. 

LE PAGRE MORMYRE 

( Pagrus mormyrus, Geoffr. S. t -Hil. , pi. 18, fig. ) ; Spams mormyrus , Lin. ). 

Cette espèce, que les Arabes désignent sous le nom de mangeur de sable, 
mourmar om mormar , a les mâchoires garnies latéralement de molaires rondes, et 
antérieurement d'un grand nombre de petites dents coniques formant une brosse, 
et dont les plus longues sont celles qui composent la première rangée : elle appar- 
tient par conséquent au genre Pagre, Pagrus de M. Cuvier. 

Ce pagre est évidemment très-voisin des espèces du genre Sargus que je viens 
de décrire : il a, comme elles, la queue un peu échancrée, la ligne latérale courbe 
et très -rapprochée du dos, les yeux grands et situés très -haut, les pectorales 
longues et pointues, les ventrales placées au-dessous et un peu en arrière de 
l'insertion de celles-ci, enfin l'anus séparé de la nageoire anale par un petit 
espace, et rejeté vers les deux cinquièmes postérieurs du corps. Toutefois ce 
pagre a aussi quelques caractères qui lui appartiennent en propre : son corps, 
beaucoup plus alongé et beaucoup moins élevé que celui des sargues , a repris 
la forme qu'il présente presque constamment dans la grande famille des perches ; 
la tête est aussi un peu plus fine, la bouche plus fendue, l'œil plus reculé en 
arrière, et la queue plus grêle et plus prolongée. 

Le Pagre mormyre est, comme les espèces précédentes, de très-petite taille; 
les plus grands individus n'ont que cinq pouces, du bout du museau à l'origine de 
la nageoire caudale, sur une hauteur d'un pouce huit lignes. Le corps est, en 
dessous et sur les côtés , d'un blanc argenté ; en dessus , d'un violet lavé de bru- 
nâtre ; et il existe sur le dos et les flancs une série de cinq ou six bandes trans- 
versales, obscures, assez écartées l'une de l'autre et très-prononcées, et de six ou 
sept autres de même couleur et de même direction, mais plus étroites et moins 
apparentes. Celles-ci occupent pour la plupart le milieu des larges intervalles 
que laissent entre elles les premières ; en sorte que chacune des bandes les plus 
visibles se trouve placée entre deux bandes moins distinctes. Les nageoires ventrales 






3 I 4 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

sont d'un jaune citrin , et l'anale est jaunâtre. L'œil, de grandeur moyenne, a 
l'iris de couleur d'or. 

Le nombre des rayons est comme il suit dans cette espèce et dans les précédentes : 

Sargus mucus. . . B. 7. D. ■—. P. 17. V. j. A. -^. C. 17. 

vulgaris. . B. 5 . D. j±. P. 1 6. V. i. A. -^ C. . 7. 

annularis. B. 5. D. ±f P. 14. V. f . A. ^. C. 17. 

Pagrus mormyrus . B. 5. D. |^. P. 15. V. -J-. A. -^. C. 17. 

Les quatre spares dont je viens de donner la description sont assez communs 
dans la Méditerranée , près d'Alexandrie et de Rosette. Quelques-uns d'entre eux 
ont été .également trouvés dans d'autres parties de la même mer : c'est ce dont on 
se convaincra facilement en comparant les figures de l'Atlas et mes descriptions 
aux figures et aux descriptions publiées, d'après des individus recueillis sur divers 
points de la Méditerranée, par plusieurs naturalistes, et principalement par 
MM. Risso et Delaroche (1). Ainsi il n'y a point de doute que le Spams annularis 
de ce dernier \Sparus haffara , Riss.) ne soit le Sargus annularis , et, par conséquent , 
que cette sargue ne soit répandue sur les rivages de Maïorque et d'Iviça et sur les 
côtes du Piémont. Au reste, cette même espèce existe également dans la mer 
Rouge : mon père s'en est procuré à Soueys plusieurs individus. Un fait très- 
remarquable, c'est que ces individus lui avoient été apportés parles pêcheurs avec 
d'autres poissons de même forme , de même taille et de même couleur, mais à 
dents grêles et pointues; d'où il résulte que ces derniers, entièrement semblables, 
comme espèce, au Sargus annularis , sans ce dernier caractère, et pouvant être 
facilement confondus avec lui, appartiennent réellement à un genre très-différent. 

s. 11. 

LA SCIÈNE AIGLE, SCI^NA AQUILA 

( Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée, planche 19, fig. 3 et 4 ) *, 
ET LA SCIÈNE CORB, SCI^ENA UMBRA 

( planche 19, fig. 5 ). 

Ces deux espèces, très-communes dans toute la Méditerranée, sont trop bien 
connues des naturalistes pour que je croie devoir en donner une longue descrip- 
tion dans un ouvrage de la nature de celui-ci; je me bornerai à indiquer leurs 
principaux caractères. 

La Sciène aigle [Sciœna aquila, Cuv.], ou, comme on l'appelle sur nos côtes, 
le fégaro, a la mandibule supérieure sensiblement plus longue que l'inférieure, et 

(1) Risso , Ichthyologie de Nice ; Delaroche, Mémoire des spams, du peu de concordance des nomenclatures 

sur les espèces de poissons observées h Iviça ( Annales du adoptées par ces deux savans. 

jMuséum royal d'histoire naturelle, tome XIII). — Ces * La figure 4 représente les rayons branchiaux, et 

deux auteurs ont quelquefois donné le même nom à des indique leur forme avec exactitude; mais elle pourrait 

espèces différentes; mais M. Cuvier a levé en grande induire en erreur au sujet de leur nombre, qui est de 

partie les difficultés qui résultoient pour la synonymie sept, et non pas seulement de six. 

garnie 



LES SCIÈNES. PL ip. o j c 

garnie de dents coniques, assez longues, très - écartées les unes des autres , très- 
variables, même d'un côté à l'autre, pour leur grandeur et leur position, et dont 
le nombre est ordinairement de douze à vingt. Les dents de la mâchoire inférieure 
sont de deux sortes : les unes, placées latéralement, sont semblables aux supé- 
rieures , mais un peu moins grandes ; les autres , placées antérieurement , sont 
beaucoup plus petites, beaucoup plus rapprochées les unes des autres , et plus nom- 
breuses. Le corps, assez alongé et semblable à celui de la plupart des sciènes, est 
terminé par deux bords convexes en sens opposés. La queue, dont la forme ne 
présente rien de remarquable, est terminée par une nageoire assez longue, entière 
et coupée carrément. La dorsale épineuse est deux fois plus courte que la dorsale 
molle, mais aussi beaucoup plus basse; son premier rayon est rudimentaire, le 
second est lui-même beaucoup plus court que le troisième, et le quatrième est le 
plus long de tous. La pectorale est étroite, mais très-alongée et aiguisée en pointe. 
La ventrale ne présente rien de remarquable, non plus que l'anale, dont le premier 
rayon est une épine très-foible, très-grêle et assez alongée. 

Le corps est généralement couvert de grandes écailles d'un gris argenté ; la face 
interne des mandibules et la langue sont de couleur de chair. Les yeux, fort grands, 
ont l'iris jaune. L'espèce atteint une taille considérable : dk a assez communément 
plus de trois pieds de long, et quelques auteurs ont même fait mention d'indi- 
vidus de plus de cinq pieds. 

La Sciène aigle est bien connue des Arabes, qui la désignent sous le nom de 
but; et dk est particulièrement assez commune à Damiette. 

C'est également dans cette ville que mon père s'est procuré la Sciène ombre, 
Sciœna timbra, Lin. ; Sciœna nigra, Bl., pi. 297, ou , comme on l'appelle ordinaire- 
ment, le corb ou corbeau. Cette sciène, l'une des plus communes, est aussi l'une des 
mieux connues des espèces méditerranéennes; et sans entrer dans les détails d'une 
description, je crois devoir me borner ici à indiquer quelques caractères qui me 
semblent mal indiqués dans la figure. Les dents inférieures, beaucoup plus petites 
que les supérieures, sont très-nombreuses, très-rapprochées les unes des autres, et 
disposées irrégulièrement sur plusieurs rangées. La nageoire pectorale , un peu 
plus courte proportionnellement que chez le fégaro, est aussi un peu moins pointue 
et moins étroite ; mais dk n'est pas aussi large que la représente la figure. La cau- 
dale, à peu près de même forme et de même grandeur que chez la Sciœna aquila, 
est cependant un peu arrondie à ses extrémités. Enfin la dorsale est composée de 
rayons plus élevés et moins nombreux; et l'anale a une épine plus forte et un rayon 
de plus que ne le montre la figure (1). En effet, les rayons sont comme il suit, chez 
le fégaro et chez le corb : 

Sciœna aquila. D'. f£. D". ^. P. ,7. V. \ . A. f C. 17. 
■ umbra. D\ -^. D". ^. P. ,4. V. £. A. -^. C. 17. 

( 1 ) Je n'ai pu me rendre compte de ces nombreuses les côtes d'Egypte : je me suis assuré de ce fait par la com- 

différences, qui pourroient faire penser que la fig. 5 de la paraison de deux individus entièrement semblables, dont 

pi. 19 représente une autre espèce que le corb. Ce qu'il y l'un avoit été rapporté d'Egypte par mon père , et l'autre 

a de certain, c'est que le véritable Sciœna timbra existe sur envoyé de Marseille au Muséum d'histoire naturelle. 
H. N. TOME L", 1 » partie. Ss 



3 l6 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

s. m. 

LA PERCHE NOCT, PERÇA PUNCTATA 

(Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée, planche 20, fig. 1 ), 

ET LA PERCHE SINUEUSE, PERÇA SINUOSA 

( planche 20, fig. 2 ). 

Le noct, Perça punctata , Geoffr. S^-Hii. , est l'espèce figurée sous le nom 
de Sciœna punctata dans la planche 305 de Bloch , et ne doit nullement être 
confondue avec la Perça punctata de cet auteur. 

Celle-ci , qui est le Spare pointillé de M. de Lacépède , n'appartient pas même, 
suivant la classification de M. Cuvier, à la tribu des perches proprement dites ou 
persèques, mais à celle des perches à dorsale continue, ou sparoïdes. Ainsi l'es- 
pèce à laquelle Bloch donnoit le nom de perça :, ne doit plus être considérée, dans 
l'état présent de la science , comme une perche , tandis qu'on doit placer parmi les 
perches proprement dites le poisson qu'il appeloit Sciœna punctata : opposition re- 
marquable, et qui fait bien sentir l'importance des changemens qu'a subis, depuis 
l'époque de Linné et de Bloch, la grande famille des perça, dont la distribution 
est devenue, par les travaux de M. Cuvier , aussi exacte et aussi précise qu'elle étoit 
autrefois arbitraire et imparfaite à tous égards. 

La Perche ponctuée a été ainsi nommée de son système de coloration : die est 
d'un gris -blanchâtre argenté , parsemé de petites taches noires dont la disposition 
est assez régulière , et dont le nombre est de cinquante environ. Les autres carac- 
tères de l'espèce consistent dans sa taille, qui est ordinairement de moins d'un 
pied ; dans sa nageoire caudale légèrement échancrée ; dans ses deux dorsales sépa- 
rées à leur base par un petit intervalle , et presque égales en hauteur et en lon- 
gueur; dans ses ventrales armées d'un aiguillon grêle et alongé, et un peu moins 
larges que les pectorales ; dans ses épines anales , dont la première est très-petite, 
et dont la troisième, quoique la plus longue de toutes, est encore assez courte; 
dans sa ligne latérale presque droite , mais plus rapprochée du dos que du ventre ; 
dans sa tête de forme triangulaire, et terminée par un museau assez aigu ; dans sa 
mâchoire inférieure plus longue que la supérieure ; dans son préopercule crénelé 
sur son bord postérieur, et garni sur l'inférieur de quelques dentelures assez fines; 
enfin dans son opercule terminé par deux aiguillons minces et aplatis, au-delà 
desquels la membrane branchiostége se prolonge et forme une sorte d'appendice 
triangulaire. Ses dents, petites, très-nombreuses, et dirigées un peu en dedans, 
sont disposées assez irrégulièrement sur plusieurs rangs. Ses yeux , circulaires et 
très-grands, ont l'iris d'un blanc de nacre. 

Ce poisson, assez remarquable par ses couleurs, est bien connu des Arabes, 
qui le désignent sous le nom de noct (1). 

(1) Les Arabes ont aussi donné le nom de noct ou noct de la Méditerranée, appartenir à la famille des 
nocta à un poisson de la mer Rouge qui paroît, comme le perches. 






LES SERRANS. PL. 20-21. 3 \J 

La Perche sinueuse , Perça sinuosa, Geoffr. S.'-Hil., est une espèce assez voisine 
de la précédente, dont elle se distingue néanmoins assez facilement par ses deux 
mâchoires égales entre elles ; par sa tête plus longue et terminée par un museau 
moins fin ; par sa dorsale épineuse placée dans un sillon où elle se cache en partie 
lorsqu'elle est repliée; par sa caudale un peu moins échancrée ; par ses écailles un 
peu plus petites ; enfin par son os de l'épaule , qui présente, au niveau de l'angle 
postérieur de l'opercule, quelques dentelures très -fines, mais très-visibles. Du 
reste , la ligne latérale et les nageoires sont comme chez le noct ; et il en est de 
même de la forme générale du corps, terminé en dessus par un bord presque rec- 
tiligne dans tout l'espace qui donne insertion aux dorsales. Le nombre des rayons 
est lui-même peu différent, comme l'indique le tableau suivant : 

Perça punctata. B. 7. D'.'f. D". -^. P. 15. V. £ A. -%'. C. 17. 
sinuosa. . B. 7. D'. f. D". ■£. P. 17. V. \. A. ^. C. 17. 

La Perche sinueuse est rayée longitudinalement de blanc argenté sur un fond 
d'un blanc plus terne. Le dos est d'un brun verdâtre chez les jeunes sujets, d'un 
brun bleuâtre chez les adultes. L'iris est d'un blanc de nacre. 

Cette espèce a communément de sept pouces à un pied, du bout du museau à 
l'origine de la nageoire caudale ; mais die parvient quelquefois à une taille beau- 
coup plus considérable, et il n'est pas rare de prendre des individus de deux pieds, 
et même de deux pieds et demi. Les Arabes désignent ce poisson sous le nom de 
karous lorsqu'il est parvenu à une grande taille, et ils l'appellent hais lorsqu'il n'a 
qu'un pied de long. 

C'est à Damiette que mon père s'est procuré les deux espèces que je viens de 
décrire : toutes deux sont assez communes, et assez estimées pour leur chair ( 1 ). 

s. IV. 

LE SERRAN TAUVIN, SERRANUS TAUVINA 

( Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée , pi. 20 , fig. 1 ), 
ET LE SERRAN AIRAIN, SERRANUS sENEUS 

( planche 21 , fig. 3 et 4 )• 

Le genre Serran, établi par M. Cuvier aux dépens du groupe des holocentres 
de M. de Lacépède, est caractérisé par l'existence de dentelures au préopercule, 
et de piquans à l'opercule, et se compose déjà, dans l'état présent de la science, 
d'un très -grand nombre d'espèces, qui peuvent être divisées en deux sections 
d'après la forme de leur caudale : cette nageoire est tantôt terminée par un bord 
convexe, comme chez le Serranus œneus, et tantôt légèrement échancrée, comme 
chez le tauvin. 

( 1 ) Je suis obligé de passer sous silence l'espèce figurée de me procurer, et que je ne connois que par un dessin 
dans la planche 19, fig. 1 et 2 , qu'il m'a été impossible non colorié, qui a servi d'original à la figure de l'Atlas. 
H. N. TOME L«, i.« partie. S s 2 



3 1 8 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

Ce dernier ( qui paroît différer à plusieurs égards du Perça tanvina de Forskael ) 
a en effet la caudale terminée par un bord concave, les rayons moyens étant un 
peu plus courts que ceux qui avoisinent les deux bords de la nageoire : la diffé- 
rence est d'ailleurs très-légère, et par conséquent l'échancrure très-prononcée. La 
dorsale est assez longue; elle commence au niveau de l'insertion des pectorales, 
un peu en avant de celle des ventrales, et se prolonge un peu plus en arrière que 
l'anale; sa portion épineuse et sa portion molle sont de même longueur et de 
même hauteur : mais les derniers aiguillons et les premiers rayons articulés sont 
un peu plus courts que les autres ; d'où il résulte que la nageoire est légèrement 
échancrée dans sa région moyenne. L'anale est assez haute et arrondie à son bord 
postérieur. Les pectorales et les ventrales, qui sont aussi arrondies à leur extré- 
mité, sont presque égales entre elles. La ligne latérale esta peu près parallèle au 
dos, et très-rapprochée de lui. L'anus, séparé seulement de sa nageoire par un 
très-petit intervalle , est placé vers les deux cinquièmes postérieurs du corps. 

Le corps est généralement de même forme que chez les autres serrans. La 
tête n'offre guère de caractères remarquables que dans la mâchoire inférieure, 
beaucoup plus alongée que la supérieure. Les narines ont deux orifices placés 
l'un au-devant de l'autre, et dont le postérieur est beaucoup plus grand que l'an- 
térieur. Le préopercule est dentelé sur toute la longueur de son bord posté- 
rieur (i) : les dentelures supérieures sont très-fines, mais les inférieures sont larges 
et un peu obtuses. L'opercule présente en arrière un aiguillon assez fort, et un 
peu plus bas, un autre plus petit; et il existe aussi vers sa partie supérieure une 
petite pointe mousse, très-peu visible. Les dents, disposées sur plusieurs rangs, 
sont dirigées un peu en arrière, et pour la plupart très-fines : il en existe anté- 
rieurement à la mâchoire inférieure deux de forme conique, comme les autres, 
mais moins pointues et beaucoup plus grandes, qui ont été comparées par Forskael 
à des canines. 

Ce serran (Serranus tauvina, Geoffr. S.VHil. ), qui parvient aune très-grande 
taille, est remarquable par la disposition de ses couleurs : le corps et la tête 
présentent sur un fond blanchâtre une multitude de taches ferrugineuses, de 
forme/ arrondie, et très-rapprochées les unes des autres; et des taches de même 
forme, mais plus obscures, existent aussi sur toutes les nageoires. 

Cette espèce se trouve dans la mer Rouge : elle est assez commune sur la côte 
de Soueys , et les pêcheurs de cette ville en prennent fréquemment à la ligne un 
grand nombre d'individus,. 



C'est au contraire dans la Méditerranée que se trouve le Serran airain [ Serranus 
œneus, Geoffr. S. r -Hilaire ]. Cette espèce ressemble par ses formes générales à 
la précédente : mais elle en diffère par sa nageoire dorsale un peu plus prolongée 
en arrière; par ses mâchoires un peu moins inégales; par l'existence, à la mâchoire 

(i) Cet os est le seul dont le bord soit dentelé, quoique la figure représente aussi de petites dentelures sur quelques 
autres des pièces operculaires. 



LES SERRANS. PL. 20-2I. t jg 

supérieure, de deux longues dents, très-pointues et un peu recourbées sur elles- 
mêmes, et à l'inférieure, de deux autres de même forme, mais plus petites; par 
l'extrême brièveté de la première épine anale (i); par les dentelures inférieures 
du préopercule très-fortes et très-pointues; par la queue entière et arrondie; par 
l'anus un peu plus éloigné de sa nageoire; enfin par la forme du prolongement 
que la membrane branchiostége envoie au-delà de l'opercule : ce prolongement 
finit en pointe chez le tau vin, et se termine carrément chez le Serran airain. Enfin 
ce dernier présente aussi quelques dentelures très-fines sur le bord inférieur du 
préopercule. 

Les deux espèces sont d'ailleurs très -différentes par leur système de coloration : 
le dos et les flancs sont, chez le Sermnus œnens , variés de vert foncé et de vert 
clair; le ventre est blanc, et les lèvres sont d'un vert-pré uniforme; les nageoires 
pectorales et la caudale sont verdâtres ; les ventrales sont blanches à leur origine et 
sur leur bord externe, vertes dans leur portion moyenne, et bleues à leur extré- 
mité : l'anale est verte avec son bord bleu, et la dorsale est rayée de vert foncé 
et de vert clair. L'opercule présente trois lignes blanches parallèles à son bord 
supérieur, et qui sont disposées de la manière suivante : la première commence 
vers le haut du préopercule, la seconde vers la partie postérieure et inférieure de 
l'orbite, et la troisième derrière la mâchoire supérieure. L'œil , assez grand et très- 
saillant, a l'iris de couleur d'or, et la pupille paroît d'un beau bleu. 

L'individu qui a servi de type à ma description, n'avoit qu'un pied de longueur 
totale sur trois pouces de hauteur; mais le Serranus œneus parvient très -proba- 
blement à une taille beaucoup plus considérable. Les rayons sont comme il suit 
dans cette espèce et dans la précédente : 

Serranus tauvina. B. 7. D. j±. P. 18. V. f . A- iV C - '7- 
œneus... B. 7. D. j£. P. 19. V. -i A. -X. C. 17. 

C'est à Damiette que mon père s'est procuré le Serran airain : ce poisson, qui 
a quelques rapports par ses couleurs avec une autre espèce d'ailleurs très-différente, 
ÏHolocentrus virescens de Bloch , est assez rare sur les côtes de l'Egypte ; néanmoins 
l'espèce est très-bien connue des pêcheurs , qui ont coutume de la désigner sous 
le nom de dalouse. 

s. v. 

LE SERRAN MÉLANURE, SERRANUS MELANURUS 

( Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée, pi. 21 , fig. 1 et 2. ). 

Cette espèce, figurée sous le nom de Bodianus melanurus, me paroît devoir être 
rapportée au genre Serranus de M. Cuvier. En effet, son opercule présente trois 
aiguillons aplatis; et son préopercule, qui est très-manifestement dentelé sur toute 

(1) Cette épine a été omise dans la figure, le peintre ne chez le Serranus tauvina, quoique l'inférieur (à peine 
l'ayant pas aperçue à cause de. sa petitesse. Je dois aussi distinct des écailles qui l'environnent) n'ait pas été in- 
remarquer que les aiguillons de l'opercule sont comme diqué sur la planche. 



^20 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

sa longueur, présente même inférieurement quelques pointes très-saillantes. Du 
reste, la membrane branchiostége, les sept rayons des ouïes ( i ) , les nageoires 
pectorales et l'anale , et la forme générale du corps , rapprochent également le 
mélanure des autres serrans , et particulièrement du tauvin ; et les différences qui 
existent à d'autres égards entre ces deux poissons, sont, comme on va le voir, 
purement spécifiques. 

La nageoire caudale est entière , coupée carrément et terminée par un bord 
rectiligne, ou, pour parler plus exactement, par un bord si légèrement convexe, 
qu'il paroît rectiligne. La dorsale est plus haute dans sa portion épineuse que dans 
sa portion molle; son premier rayon est près de trois fois plus court que le se- 
cond, et se trouve libre à son extrémité, de même que les autres aiguillons. Les 
pectorales, qui commencent au niveau de l'origine de la dorsale, sont un peu 
plus reculées et plus courtes que les ventrales. L'anus , séparé de sa nageoire par 
un intervalle assez considérable, est placé vers les deux cinquièmes postérieurs du 
corps. La ligne latérale, les yeux, les narines et les mâchoires, sont comme dans 
les espèces précédentes. Mais le système dentaire présente quelques différences : 
toutes les dents, à l'exception des quatre canines ( pour employer l'expression de 
Forskael), sont très-grêles et très-pointues; toutes sont aussi très-courtes, à l'ex- 
ception de celles qui composent la rangée postérieure de la mâchoire d'en bas et la 
rangée antérieure de la mâchoire d'en haut, et de quelques autres qui occupent 
la partie la plus interne de cette dernière. Enfin l'opercule présente sur son bord 
inférieur une série de dentelures très -fines et même très -peu visibles; caractère 
qui existe également chez le Serran airain, mais que je n'ai pas retrouvé chez le 
tauvin. 

Les rayons sont comme il suit, chez le Serran mélanure \_Serrajius tnclanurns\ (2) : 

B. 7. D.if P. .6. V.f A:-&. C. 17. 

Ce serran, représenté de grandeur naturelle dans l'Atlas, a sur les nageoires 
anale et caudale des taches arrondies d'un blanc ferrugineux, et dont la disposi- 
tion est assez régulière. La dorsale a aussi quelques taches irrégulières, et les autres 
nageoires paroissent d'une nuance uniforme : mais je n'oserois rien affirmer à 
cet égard, l'espèce ne m'étant connue que par deux individus rapportés, il y a 
près de trente ans , par mon père , de la mer Rouge , et dont les couleurs doivent 
avoir subi une grave altération. Je ne possède d'ailleurs aucun renseignement sur 
les mœurs du mélanure, et je me trouve ainsi dans l'impossibilité de compléter 
son histoire. 

( 1 ) Voyez la figure 2. 

(2) Le nom de mélanure donné à l'espèce indique que la queue est noire. 



LE VOMER DALEXANDRIE. PL. 22. pi 

S- VI. 
L'OMBRINE BARBUE, UMBRINA CIRRHATA 

( Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée, pi. 22,fig. 1 et i'). 

Cette espèce , si remarquable par l'éclat de ses couleurs disposées par bandes 
alternatives d'or et d'argent, et par son petit barbillon submaxillaire, est trop 
connue pour qu'il soit besoin de la décrire ici : il me suffira de dire qu'elle est 
assez commune dans lapartie Egyptienne de la Méditerranée, et qu'elle est connue 
des Arabes sous le nom de chefche. J'ai comparé les individus que mon père a 
rapportés de Damiette , avec d'autres individus envoyés au Muséum d'histoire 
naturelle, des îles Baléares par M. Delaroche, et de Naples par M. Savigny, et 
je me suis assuré qu'il n'y a entre eux aucune différence spécifique. En effet, le 
nombre des rayons, la forme du corps, la grandeur du barbillon, sont absolument 
semblables chez tous; et je sais d'ailleurs, par les notes de mon père, que les 
couleurs des ombrines d'Egypte se rapportent parfaitement à celles qui sont 
indiquées dans la figure de Bloch, et même dans la description un peu trop 
succincte que M. Risso a donnée de l'espèce dans son important ouvrage sur 
l'ichthyologie de Nice. 

s. vu. 

LE VOMER D'ALEXANDRIE, VOMER ALEXANDRINUS 

( Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée, pi. 22 , fig. 2 ). 

On a remarqué que les genres les plus remarquables par l'anomalie de leurs 
formes se trouvent le plus ordinairement composés d'un très -petit nombre 
d'espèces, et que souvent ils appartiennent en propre à l'un des deux mondes, 
à l'exclusion de l'autre. C'est en effet ce qui a lieu d'une manière générale dans 
toutes les classes, sauf quelques exceptions, dont l'une des plus remarquables est 
celle que forme le genre Vomer de M. Cuvier. Ce genre, l'un des plus singuliers 
de toute la grande classe des poissons, est répandu dans presque toutes les parties 
du globe, et renferme plusieurs espèces réparties en quatre ou cinq sous-genres, 
mais véritablement très-voisines entre elles, comme on peut s'en convaincre en 
comparant avec ses congénères celle qui est figurée dans l'Atlas, et dont je vais 
donner la description. 

Ce poisson ( Gallus Alexandrinns de l'Atlas , ou plutôt Voîiier Alexandrinus ) a 
le corps élevé et comprimé à l'excès, et aminci sur ses bords, comme la lame 
d'un instrument à deux tranchans ; seulement l'extrémité antérieure , où se trouve 
l'ouverture buccale, est un peu obtuse , et la queue, de forme arrondie, est presque 
aussi large que haute. Mais on ne donneroit qu'une idée très-imparfaite du Vomer 
d' Alexandrie , si l'on n'indiquoit pas avec plus de précision la forme singulière 
de son corps. Celui-ci est terminé par cinq bords, dont la direction est très-remar- 
quable. L'un, antérieur, parallèle à la fente branchiale, est très-légèrement concave, 



3^2 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

et présente vers sa partie moyenne une petite échancrure placée au-devant des 
narines et de l'œil : il est mince et tranchant dans sa moitié supérieure , mais il 
devient obtus et arrondi depuis la petite échancrure jusqu'à la symphyse de la 
mâchoire d'en bas. Le bord inférieur, rectiligne, presque perpendiculaire au pré- 
cédent , et plus long que lui d'un quart, s'étend de l'extrémité de la lèvre infé- 
rieure à l'origine de l'anale : il présente vers son tiers antérieur la fin de l'ouver- 
ture branchiale, et vers ses deux tiers l'anus séparé par un très-petit intervalle, en 
avant, de l'insertion des ventrales, et en arrière, d'une lame osseuse verticale, 
dont la disposition, très-remarquable, sera indiquée plus bas. Le bord supérieur, 
de même longueur que l'antérieur , forme avec lui un angle très-obtus , mou et 
arrondi; il est légèrement concave, et porte la première dorsale, qui est très- 
petite et presque rudimentaire. Les deux autres bords, qui sont, l'un, postérieur 
et supérieur, et l'autre, postérieur et inférieur, forment des angles obtus avec les 
bords supérieur et inférieur et avec l'axe du prolongement caudal ; mais ils sont 
exactement perpendiculaires l'un sur l'autre : le premier donne insertion dans 
toute son étendue à la deuxième dorsale, et le second à l'anale; tous deux sont 
d'ailleurs rectilignes, tranchans et égaux en longueur au bord inférieur, et, par 
conséquent , semblables entre eux pour leur forme et leurs dimensions. Nous 
verrons aussi que la seconde dorsale et l'anale sont presque exactement sem- 
blables l'une à l'autre, et que les deux lobes de la caudale ne présentent entre 
eux aucune différence ; en sorte que le Vomer Alexandrïnns présente avec autant 
d'évidence que d'exactitude cette symétrie signalée par le célèbre Meckel, entre 
la moitié dorsale et la moitié abdominale du corps ; symétrie qu'on parvient si 
difficilement à démontrer, ou même à rendre vraisemblable, chez les animaux 
supérieurs, chez les mammifères et sur- tout chez l'homme (i). 

(i) La raison de cette différence me semble assez facile ment comparables entre eux, savoir, les deux périaux et 

à saisir. Lorsque chez un mammifère on a voulu établir les deux épiaux pour l'une, les deux paraaux et les deux 

une homologie entre la face dorsale et la face ventrale du cataaux pour l'autre ; et c'est par la comparaison de ces 

corps, on a comparé la colonne vertébrale à la série des parties qu'on peut nommer similaires, qu'on trouve dans 

pièces du sternum et à ïa ligne blanche, les côtes aux car- les vertèbres parvenues à leur maximum de composition 

tilages costaux, l'aorte et la veine cave aux vaisseaux une homologie de la plus parfaite exactitude, 

connus sous les noms d'épigastriques et de thoraciques La différence entre ces deux manières de chercher des 

internes, et la moelle épinière au grand nerf sympathique. rapports est celle-ci : dans la première , on agit sur des 

Or, si la disposition en série des vertèbres et des pièces du organes complexes, sur des appareils entiers ; on agit, si je 

sternum établit nécessairement quelque analogie entre les puis employer cette expression, sur les masses : dans la 

unes et les autres, ne doit-on pas aussi reconnoître qu'il seconde, on opère seulement sur les élémens des organes : 

y a beaucoup plus de dissemblance que de ressemblance par la première, on trouve des homologies déforme, de 

entre une vertèbre composée d'un grand nombre de situation, de disposition; par la seconde, on est conduit à 

noyaux élémentaires, et une pièce sternale dans laquelle des homologies déformation, de composition. Or, de même 

on ne peut distinguer que deux points osseux, l'un pour que la recherche des analogies ou des ressemblances qui 

sa moitié droite , l'autre pour sa gauche \ et ne peut-on pas existent entre les mêmes parties , considérées chez divers 

faire de semblables remarques à l'égard des autres homo- animaux, n'est devenue véritablement scientifique que 

logies que je viens de citer ! p depuis quelques années , de même la recherche des homo- 

Au contraire, si l'on compare la région dorsale et la ré- logies ou des ressemblances qui existent entre diverses 

gion ventrale d'un poisson, les parties entre lesquelles on parties du même animal (sorte particulière d'analogies), 

cherche des rapports sont la moitié supérieure et la moitié ne deviendra peut-être scientifique à son tour que 

inférieure de la colonne vertébrale, et les muscles, les lorsqu'elle sera faite dans le même esprit qui préside 

vaisseaux et les nerfs qui appartiennent à chacune d'elles. maintenant à la recherche des analogies, c'est-à-dire, 

Or ces deux moitiés se composent, comme l'a établi mon lorsqu'on cherchera les homologies entre les élémens des 

père [Mém. du Muséum, tome IX), d'élémens parfaite- organes. 

Les 



LE VOMER D ALEXANDRIE. PL. 22. 7 27 

Les nageoires présentent des caractères non moins remarquables. La seconde 
dorsale est composée de vingt-un rayons dont les proportions sont très-remar- 
quables : le premier est très-court et presque rudimentaire ; mais le second est 
tellement développé, qu'il égale en longueur le corps tout entier : les suivans dimi- 
nuent insensiblement jusqu'au huitième, et les treize autres sont à peu près de 
même grandeur que celui-ci. L'anale, qui n'a que dix-neuf rayons, répète d'une 
manière très-remarquable les formes de la dorsale : ses trois premiers rayons sont 
semblables aux trois premiers, et les seize autres aux seize derniers de celle-ci, 
en sorte que le quatrième et le cinquième dorsaux sont les seuls qui ne soient 
pas représentés dans la nageoire de l'anus. Quant à la première dorsale, elle est 
très-petite et presque rudimentaire : j'ignore le nombre des rayons dont elle se 
compose, les individus que j'ai examinés ayant tous cette nageoire mutilée ou 
même complètement détruite. La caudale est longue , profondément échancrée 
et fourchue; ses deux lobes sont minces , triangulaires et pointus. Les ventrales, 
placées au-dessous des pectorales, sont de grandeur moyenne et ne présentent 
rien d'extraordinaire ; bien différentes , comme on le voit, de celles de quelques 
autres vomers. Les pectorales sont très -longues et falciformes : leur bord est 
convexe et recourbé sur lui-même; l'inférieur est concave et très- sinueux. Du 
reste, le nombre des rayons est comme il suit : 

D'. // D".^, P. iS. V. 6. A. jV. C. i8. 

La ligne latérale est, dans sa partie postérieure, rectiiigne et un peu plus 
éloignée du bord abdominal que du bord dorsal : vers le tiers postérieur du corps, 
elle se rapproche beaucoup plus encore de celui-ci, et forme une courbe demi- 
circulaire , dont la convexité est tournée vers le dos, et dont l'extrémité antérieure 
est placée tout près et au-dessus de l'ouverture branchiale. Cette disposition est 
très-facile à apercevoir; mais on ne distingue souvent qu'avec quelque difficulté 
une petite ligne qui semble être une branche de la latérale, et qui s'étend depuis 
le point où celle-ci cesse d'être rectiiigne jusqu'à celui où elle se termine. L'anus 
est placé vers le tiers antérieur du corps, au-dessous de l'insertion des pectorales, 
et, comme je l'ai déjà dit, en avant d'une lame osseuse verticale, dont la dispo- 
sition est très-remarquable. Celle-ci, dont on peut donner une idée très-exacte 
en la comparant à un soc de charrue, se montre à l'extérieur sous la forme d'une 
petite plaque verticale, très-mince, assez étroite, cachée en grande partie dans un 
sillon profond, ou plutôt dans une cavité particulière, et faisant saillie, par son 
extrémité antérieure, de haut en bas et d'avant en arrière : elle est soutenue à 
l'intérieur par une longue tige osseuse, convexe antérieurement, mais creusée en 
arrière d'une large et profonde rainure, de forme demi-cylindrique. Cette tige me 
paroît résulter de la réunion des deux cataaux (i) de la première vertèbre post- 
abdominale, et pouvoir être comparée aux os en V ou furcéaux des cétacés et 
d'un grand nombre de mammifères. La lame verticale, vue dans son ensemble, 

(i) Voyez Geoffroy-Saint-Hilaire , Mémoire sur la vertèbre (Mémoires du Muséum royal d'histoire naturelle, 
tome IX ). 

H. N. TOME I.«, i.w partie. Tt 



^24 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

représente un triangle isocèle, sur la base duquel la tige osseuse est perpendi- 
culaire, et qui est divisé par elle en deux triangles rectangles, très-réguliers, dont 
le postérieur s'insère dans le quart inférieur de la rainure de la tige , et l'autre sur 
une crête que fournit inférieurement la face convexe de cette même tige. Celle-ci 
est articulée dans ses deux tiers postérieurs avec la grande apophyse inférieure 
de la première vertèbre post-abdominale, pièce qui résulte, suivant la théorie et 
la nomenclature de mon père ( 1 ), de la soudure des deux paraaux, et qui, concave 
à sa face antérieure, convexe à sa face postérieure, est reçue par celle-ci dans la 
rainure de la tige des cataaux. ' Enfin cette tige renferme dans son intérieur un 
petit canal cylindrique, ouvert par son extrémité supérieure, contenant des vais- 
seaux et probablement des nerfs, dont la paroi fait saillie dans le fond de la 
rainure. Telle est la disposition très- curieuse de la première vertèbre post-abdo- 
minale du vomer, disposition que présentent aussi, mais avec quelques diffé- 
rences, les vertèbres suivantes, qui sont toutes, jusqu'à l'origine de la nageoire 
anale, terminées par de petites lames verticales, dont le bord inférieur est visible 
extérieurement. 

Ces modifications singulières de la forme des cataaux et des paraaux ne sont 
pas seulement très-curieuses sous le rapport anatomique : on peut supposer en 
effet qu'elles ne sont pas sans quelque utilité pour l'animal qui nous les a pré- 
sentées. Il résulte en effet de la forme et de la direction de la lame post- anale 
qu'elle peut être employée pour creuser dans la vase des sillons semblables à 
ceux qui sont tracés par le soc d'une charrue ; et l'on peut dire même que le 
vomer ne peut nager, le ventre appuyé sur la vase, sans y tracer un sillon, à la 
vérité peu profond. 

Le Vomer Alexandrinus est généralement d'un blanc métallique sur le ventre et 
sur les flancs, et d'un violet bleuâtre sur le dos, et il semble même, à cause de 
sa peau parfaitement lisse, recouvert dune feuille d'argent. Il présente ainsi des 
couleurs très-semblables à celles de la plupart de ses congénères , dont plusieurs 
ont été, comme on le sait, comparés à la lune à cause de leur éclat argenté, et sont 
même connus sous le nom de sélènes. Sa taille est peu considérable : il a quel- 
quefois huit ou neuf pouces de long, mais le plus souvent cinq ou six seulement. 
Ses proportions sont indiquées dans le tableau suivant : 

Longueur totale ( mesurée en ligne droite du bout du museau à 

l'origine de la nageoire caudale ) 5 pouc. 6 fig. 

Hauteur du corps ( prise au niveau de l'origine de l'anale et de ia 

deuxième dorsale ). . . . 3 P 

Longueur du bord antérieur du corps 2. 2. 

du bord supérieur 2. « 

du bord inférieur 2 9 

du bord postérieur et supérieur 2 11 

du bord postérieur et inférieur. . . 2 8 

de la queue ( depuis la fin des deux bords postérieurs 

du corps ) '/ 8 

(1) Geoffroy- S aint-Hilaire, mémoire déjà cité. 



LES CARANX. PL. 23 ET 24. ^2J 

Distance du bord antérieur à la fente branchiale 1 pouc. 3 lig. 

du bord antérieur à l'insertion des pectorales 1 6 

du bord antérieur au niveau de l'insertion de l'anale et 

de la deuxième dorsale 2 3 

-du bord antérieur au bord antérieur de l'orbite // 3 

du bord antérieur au bord postérieur / 8 

C'est à Alexandrie que mon père s'est procuré cette espèce remarquable : les 
Arabes la connoissent sous le nom de gemel el-bahr, ou chameau de mer, nom 
sous lequel une autre espèce est aussi désignée par eux. If paroît que la chair du 
Vomer Alexandrinus est assez délicate; mais ce poisson est peu estimé en Egypte, 
sans doute à cause du peu de profit que l'on peut tirer de la chair d'une espèce 
chez laquelle, le corps se trouvant presque aussi aminci que la lame d'un ins- 
trument tranchant, les muscles sont nécessairement réduits à un très-petit volume, 

s. VIII. 
LES CARANX 

( Poissons de la mer Rouge et de la Méditerranée , pi. 2 3 et 24 , fig. 1 , 2 , 3 et 4 )• 

Les quatre espèces du genre très -remarquable des caranx qui sont figurées dans 
l'Atlas , se distinguent très-facilement entre elles par la forme générale de leur 
corps, par leur système dentaire, par la position de leur anus, et par les modifi- 
cations que présente l'armure de leur ligne latérale. C'est ce que montrera la 
description succincte que je dois présenter pour chacune d'elles. 

LE CARANX SAUTEUR 

( Caranx petaurista , Geoffr. S. t -Hil., pi. 23 , fig. 1 et 2 ). 

Cette espèce a été figurée , mais d'une manière très-imparfaite , par M. de 
Lacépède (1), et décrite avec beaucoup d'exactitude par Forskael sous le nom de 
Caranx rim ou speciosus. Je me suis assuré , en effet, par un examen attentif, que 
tous les caractères de forme et de proportion assignés au rim par le voyageur 
conviennent parfaitement au Caranx petaurista, et j'ai même réussi à constater que 
le système de coloration du premier étoit aussi celui du second. Je suis parvenu, 
en faisant sécher lentement (2) la peau de l'un des individus rapportés par mon 

(1) V oy ez Histoire naturelle des poissons, tome III, netteté pour qu'il me fût possible d'en connoître avec 
pi. 1, fig. I. exactitude la disposition, et quelquefois même la nuance. 

(2) J'ai plusieurs fois employé avec avantage ce pro- Lorsque la surface de la peau étoit complètement sèche, 
cédé à l'égard des individus conservés dans la liqueur, les couleurs se perdoient de nouveau ; je pouvois alors, 
lorsque l'alcool n' étoit ni trop fort ni trop foible. Après en mouillant le poisson et en' le faisant sécher avec les 
avoir tiré de son bocal le poisson dont je voulois faire re- mêmes précautions, faire reparoître encore les couleurs : 
paroître les couleurs, j'avois soin de l'envelopper dans mais il est à remarquer que celles-ci se distinguoient alors 
une serviette plusieurs fois repliée sur elle-même, pour moins nettement que la première fois, et que, si je venois 
ralentir la dessiccation de la peau : de cette manière et au à recommencer quatre ou cinq fois de suite la même opé- 
moyen de quelques autres précautions, je voyois au bout ' ration, elles sembloient entièrement effacées, ou ne re- 
de quelque temps les couleurs se reproduire avec assez de paroissoient plus. 

H. N. TOME I.«, r « partie. • Tti 






Jl6 POISSONS DE LA MER ROUGE, &C. 

père et conservés depuis près de trente ans dans l'alcool , à faire reparoître chez 
lui pour quelques instans ses couleurs primitives avec assez de pureté pour qu'il 
m'ait été possible de les décrire. Le corps est généralement d'un jaune doré avec 
des bandes transversales noires disposées de la manière suivante : la première est 
placée au niveau de l'opercule; les deux suivantes correspondent, l'une au com- 
mencement, l'autre à la fin de la dorsale épineuse; la quatrième et la cinquième 
sont situées, l'une vers l'origine de la dorsale molle, l'autre un peu en arrière du 
premier rayon de l'anale , au point où la ligne latérale devient droite ; enfin on 
en voit encore postérieurement deux autres qui s'étendent de la région moyenne 
de la seconde dorsale à celle de l'anale. Ces bandes , toutes séparées les unes des 
autres par des intervalles égaux, étoient ainsi au nombre de sept; mais il est possible 
qu'il en existât antérieurement une huitième au niveau de l'œil, et même en ar- 
rière une neuvième, vers la terminaison de l'anale et de la dorsale molle, comme 
l'indique la figure , d'ailleurs très-inexacte à plusieurs égards , que M. de Lacépède 
a donnée dans son grand ouvrage. Toutefois je n'ai aperçu aucune trace de ces 
deux dernières bandes. 

Les autres caractères spécifiques du caranx sauteur consistent dans sa tête 
courte, triangulaire, très-élevée, terminée en bas par un bord presque rectiligne, 
en dessus par un bord convexe , très-oblique de haut en bas ; dans son museau 
obtus; dans sa bouche, placée très -bas, entourée de lèvres charnues très-épaisses, 
revêtues d'une peau molle, couverte de petits tubercules ; dans ses mâchoires 
courtes, sur lesquelles on ne distingue aucune dent; enfin dans son corps ter- 
miné par deux bords si peu convexes, qu'ils paroissent presque parallèles depuis 
la fente branchiale jusqu'au niveau de la partie moyenne de la dorsale molle. 
L'anus, placé vers les deux cinquièmes antérieurs de la longueur totale, est assez 
rapproché de l'insertion des ventrales pour que l'extrémité de celles-ci le dépasse 
postérieurement. La ligne latérale, beaucoup plus rapprochée antérieurement 
du bord dorsal du corps que de l'abdominal , commence au-dessus de l'ouverture 
branchiale : elle ne tarde pas à se courber de haut en bas, en décrivant un arc 
dont la convexité est tournée supérieurement ; mais elle est droite et occupe 
la région moyenne dans sa moitié postérieure. Sa carène est composée, dans 
la portion de la queue qui suit la fin de l'anale, de très-grandes plaques écaii- 
leuses, dont la plupart sont quadrilatères : mais celles-ci sont suivies de quelques 
autres écailles très-petites et qui ne sont pas sensiblement carénées ; disposition 
assez remarquable , et qui place le Caranx petaurista ou speciosus dans le sous-genre 
auquel M. Cuvier a donné le nom de seriola ( i ). 

Le Caranx sauteur ( qui pourra être appelé Seriola speciosa ) a les nageoires 
pectorales très-longues, falciformes, convexes à leur bord supérieur, concaves 
et échancrées en croissant à l'inférieur. Les ventrales, placées au-dessous de 
celles-ci, sont deux fois plus courtes et ne présentent rien de particulier; il 

(i) Ce mot est le nom italien d'une espèce que M. Risso de Nice). II n'est pas inutile de remarquer que le Caranx 
a découverte dans la Méditerranée, et qu'il a dédiée à l'il- Dumerilii , type du sous-genre sériole, est une espè